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EAN : 9782849504444
200 pages
Éditeur : Syllepse (01/01/2015)
Résumé :
Elles ont fait reculer l’industrie du sexe Le modèle nordique Trine Rogg Korsvik et Ane Stø (dir.) Préface de Claudine Legardinier - Qu’est-ce que le modèle nordique ?
- Une plongée au cœur de la bataille contre le système prostitutionnel dans les pays scandinaves. En quoi s’avère-t-il efficace pour combattre la prostitution, une industrie basée
sur l’inégalité sociale, raciale et de sexe ? À quoi bon multiplier les objectifs de lutte contre les violen... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
de
  26 janvier 2015
Le plus grand groupe lié à la prostitution : les prostitueurs
Dans sa préface, publiée avec l'aimable autorisation des Editions Syllepse (publiée sur le blog : entre les lignes entre les mots), Claudine Legardinier parle de l'inversion de la charge pénale « en libérant les personnes prostituées des poursuites pour les transférer sur les véritables auteurs de la violence prostitutionnelle, les clients prostitueurs ». Cela en effet contribue à ébranler « l'un des piliers les plus résistants du pouvoir masculin ».La préfacière parle, entre autres, de la parole des « survivantes », du devoir de répondre de ses actes, de sexualité aux ordres des dominants et du profit, de « consommateur » masculin, de service public proxénète, d'explosion de la traite…
Claudine Legardinier utilise le mot abolition dans un sens socio-historique fort. « Les abolitionnistes, accusé·es de vouloir « éradiquer » la prostitution, n'abandonneront pas. Éradiquer ? Non, abolir. L'esclavage n'a pas été éradiqué mais il a bel et bien été aboli. Aucun État n'oserait plus le justifier, l'organiser ou le laisser prospérer. le même choix pour la prostitution serait une avancée de civilisation ».
Dans leur introduction, Trine Rogg Korsvik et Ane Stø reviennent sur les mouvements féministes et leurs revendications et combats depuis le XIXème siècle sur la prostitution. J'indique, sans plus y revenir, qu'il serait plus adéquat de parler de « rapport prostitutionnel », ou de « rapport de prostitution » pour souligner qu'il y a toujours plusieurs individu-e-s à chaque fois concerné-e-s : le client prostitueur (dans la très grande majorité des cas un homme), la personne prostituée (dans la majorité des cas une femme) et le plus souvent le/la proxénète, sans oublier les industriels du sexe, les industriels du crime…
Elles parlent de la Convention pour la répression de la traite des personnes et de l'exploitation de la prostitution pour autrui (ONU 2 décembre 1949), de la Convention sur l'élimination de toutes formes de discrimination à l'égard des femmes (ONU 1979), de la Déclaration et le programme d'action de Beijing (1995), de la Convention dite de Palerme (2000).
Violence envers les femmes, envers toutes les femmes, rapports de pouvoirs et de subordination, « L'analyse féministe de la subordination des femmes aux hommes comme effets de structures patriarcales et économiques – plutôt qu'en raison de la nature ou d'un destin inévitable – a justifié le sentiment que cette subordination pouvait être vaincue politiquement ».
Modèle nordique, loi interdisant l'achat de « services sexuels » : « Ce qu'on appelle aujourd'hui le modèle nordique énonce clairement que la catégorie la plus nombreuse dans l'industrie de la prostitution, à savoir celle des prostitueurs, est responsable d'actes criminels d'exploitation », loi visant à transformer les attitudes et à réduire la demande.
Les auteures avertissent : « On ne trouvera pas ici un ouvrage universitaire visant à présenter une vision impartiale du débat sur la prostitution. Bien au contraire, en donnant la parole aux militantes elles-mêmes et à leurs récits personnels et hautement subjectifs, nous cherchons à documenter les actions féministes menées sur cette question depuis quelques décennies ». Cela vaut bien plus que l'indigence de nombreux textes sociologiques qui omettent les rapports sociaux, les rapports de pouvoir, les clients-prostitueurs, parlent de choix ou de consentement, de sexualité et de travail, au nom d'une soit-disant vision « impartiale » ou « scientifique ».
Trine Rogg Korsvik et Ane Stø présentent succinctement les différentes problématiques traitées dans cette anthologie de textes pouvant être lus comme des comptes rendus de luttes sociales. Elles soulignent le lien entre lutte contre l'achat de « services sexuels », lutte contre le viol, mesures contre le harcèlement sexuel, dénonciation de la pornographie..
Elles parlent des mouvements féministes, des refuges pour les femmes, des analyses « concurrentes » de la prostitution. Elles soulignent que parler de victimes de la violence ne suggère « aucune passivité intrinsèque » de la part des personnes concernées mais une énonciation « qui tient l'agresseur et non la victime responsable de l'abus ». Au soit-disant choix martelé par le lobby des proxénètes et des industriels du sexe, elles indiquent que « C'est l'éventuel prostitueur qui a un véritable choix – celui d'acheter ou non un acte sexuel ». J'ajoute que si cet acte a quelque chose à voir avec la sexualité des prostitueurs, il resterait à démontrer que cela puisse être éventuellement le cas pour les personnes prostituées. Je partage l'idée défendue par Christine Delphy : « Il n'y a pas un « acte sexuel », que l'on se procurerait de diverses façons, dans diverses relations : dans le partage, ou dans la prostitution, ou dans le viol, et qui resterait cependant identique à lui même ; il n'y a pas d'essence de l'acte sexuel. »
Trine Rogg Korsvik et Ane Stø décryptent les méthodes et arguments du lobby pro-prostitution, prônent le refus du sectarisme par le mouvement féministe et des alliances larges pour lutter contre la prostitution.
Je ne saurai rendre compte de l'ensemble des analyses de cette anthologie de textes. Je me contente d'indiquer juste quelques éléments.
Suède et la loi Kvinnofrid. Violence conjugale, en fait violences d'hommes à l'égard de femmes, relations prostitutionnelles achetées par des hommes ordinaires de tous les milieux sociaux, liens et interdépendance entre prostitution et traite des personnes. Débat autour des « besoins » sexuels des hommes, « service sexuel » au profit des hommes et désir des femmes, responsabilité de la société…
Norvège. Des feux de joie anti-porno aux luttes populaires contre la prostitution, divisions du mouvement féministe, « approche féministe mettant en évidence les rapports de pouvoir entre les sexes » contre des perspectives individualistes, commerce frontalier et nouvelles alliances, les objets des débats, les acrobaties verbales et les confusions volontairement entretenues, la réalité des victimes décédées de l'industrie de la pornographie et de la prostitution, les migrations et l'industrie du sexe, la chape de silence imposé…
Mouvement féministe, violence, « La définition de la prostitution comme violence infligée aux femmes recèle un potentiel d'action et, par conséquent, de changement », sortir des relations marquées par la violence et l'oppression, témoignages de « survivantes », on meurt dans la prostitution mais comme l'écrit un auteur cité « Aucun homme n'a encore trépassé pour cause d'érection ! », rapports de pouvoir, actes des hommes et refus de savoir, « Tout le monde en avait ras le bol d'une définition étriquée de la sexualité humaine et du mythe d'une prostitution essentielle à la sexualité masculine et au livre choix des femmes », l'égalité par encore là…
Islande. Danemark. « Prends position, mec ! », les échec des politiques réglementaristes aux Pays-Bas et en Allemagne, la prolifération de l'industrie du sexe, la valeur commerciale des jeunes (Lire le chapitre écrit par Rachel Moran : « La prostitution et la valeur commerciale des jeunes » sur l'excellent blog Scènes de l'avis quotidien), le lobby pro-prositution…Comme l'écrit Rebecca Mott : « En criminalisant l'offre proxénète et la demande masculine, la société enverrait enfin aux personnes prostituées le message qu'elles n'ont jamais été les responsables de la violence qu'elles ont subie – elles étaient piégées dans un monde qui leur dérobait tout accès à une liberté de choix »
De nombreux débats sont détaillés, des arguments couramment employés sont analysés, « les choses ne sont pas toujours ce qu'elles paraissent » et remis en perspective, la rhétorique pro-prostitution est décryptée…
« A chaque occasion, nous avons souligné que le mot « victime » était un concept qui exprime un déséquilibre de pouvoir entre des gens, plutôt qu'une déficience personnelle ».
En mettant l'accent sur les luttes des femmes et plus généralement les luttes de solidarité et de respect, cet ouvrage souligne à la fois ce qu'il est possible, les contradictions et les difficultés des luttes, les limites des législations…
« Avec sa loi contre l'achat de services sexuels, la Suède a montré que la prolifération de l'industrie du sexe n'est en aucune façon inévitable, que la société peut bel et bien intervenir et reprendre le contrôle, et que la prostitution concerne aussi bien notre conception de la situation des femmes que le développement de la société. En deux mots, l'égalité des sexes ».
La pénalisation des clients-prostitueurs est une mesure d'intervention politique. Elle dit quelque chose sur les rapports sociaux de sexe dans leur combinaison avec les autres rapports sociaux de domination, sur la marchandisation des corps et des relations entre individu-e-s, sur l'égalité à construire.
Mais pour être opérante, elle doit être associée à d'autres politiques : la libre circulation et la libre installation des personnes (donc l'attribution automatique de papiers de résidence et le droit au travail), le droit au travail pour toutes les femmes (travail reconnaissant leurs qualifications et correctement rémunéré, à temps plein et non au mystificateur « temps partiel choisi »), des équipements publics et gratuits permettant la socialisation de certaines charges effectuées principalement par les femmes, le souci et le partage des tâches domestiques par les hommes, la lutte spécifique contre les assignations de genre ou la réduction significative du temps de travail pour toutes et tous. Des propositions à articuler avec des mesures d'égalité des droits et d'égalité réelle pour toutes les femmes et des mesures spécifiques de protection pour sortir du système prostitutionnel…
Lien : https://entreleslignesentrel..
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
dede   26 janvier 2015
Les abolitionnistes, accusé·es de vouloir « éradiquer » la prostitution, n’abandonneront pas. Éradiquer ? Non, abolir. L’esclavage n’a pas été éradiqué mais il a bel et bien été aboli. Aucun État n’oserait plus le justifier, l’organiser ou le laisser prospérer. Le même choix pour la prostitution serait une avancée de civilisation
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dede   26 janvier 2015
Avec sa loi contre l’achat de services sexuels, la Suède a montré que la prolifération de l’industrie du sexe n’est en aucune façon inévitable, que la société peut bel et bien intervenir et reprendre le contrôle, et que la prostitution concerne aussi bien notre conception de la situation des femmes que le développement de la société. En deux mots, l’égalité des sexes
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dede   26 janvier 2015
En criminalisant l’offre proxénète et la demande masculine, la société enverrait enfin aux personnes prostituées le message qu’elles n’ont jamais été les responsables de la violence qu’elles ont subie – elles étaient piégées dans un monde qui leur dérobait tout accès à une liberté de choix
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dede   26 janvier 2015
Ce qu’on appelle aujourd’hui le modèle nordique énonce clairement que la catégorie la plus nombreuse dans l’industrie de la prostitution, à savoir celle des prostitueurs, est responsable d’actes criminels d’exploitation
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dede   26 janvier 2015
A chaque occasion, nous avons souligné que le mot « victime » était un concept qui exprime un déséquilibre de pouvoir entre des gens, plutôt qu’une déficience personnelle
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Vidéo de  Syllepse
"C’est dingue. On était bien tranquilles à vaquer à nos occupations, à concocter des libelles, petits et gros, pour explorer les mémoires, redéfinir les contours d’une utopie concrète, interroger le quotidien, moissonner la « gerbe des possibles » et aller au-delà du possible, transgresser la frontière de la « fin de l’histoire » que certains ont cru pouvoir tracer sur les ruines des révolutions trahies et des utopies défaites… Bref la routine… Et paf, le spectre remet le couvert. Peut pas se contenter de hanter les esprits, il faut en plus qu’il nous fasse encore un coup un p’tit coucou pour se rappeler à not’ bon souvenir. Mais qui c’est donksé ? « M’enfin, ne m’dîtes pas que vous savez pas de koikoncause ! », Vous savez bien, dit Zazie métro-boulot-dodo, cé des « zévénements », d’la grève générale, du rouge qui fait peur aux bêtes à cornes, du noir de la chienlit. MAI-SOI-SSANTE-HUIT !, que j’vous dit. Vous z’imaginez ? Le réalisme, c’était de demander l’impossible… À défaut de grand soir, il est temps de penser les petits matins. C’est parti, les pavés de papier vont découvrir les plages où la dialectique pourrait bien un jour, malgré tout, casser les briques. Alors voilà le programme des éditions Syllepse pour le cinquantenaire de Mai 68. Faites en bon usage ! Des livres pour explorer ce mystérieux slogan que l’on pouvait lire sur les murs de la sorbonne : « Assez d’actes, des mots ! »"
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