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Marcelo Silva tome 2 sur 2

Daniel Matias (Traducteur)
EAN : 9782382460887
272 pages
Agullo (13/04/2023)
3.57/5   15 notes
Résumé :
Ancré sur le Tage, entre Trafaria et Belém, le yacht d’un milliardaire chinois est le principal sujet de conversation des cafés et des allées du pouvoir. L’« accord historique » que le Portugal s’apprête à signer avec la Chine menace tout et tout le monde : de l’environnement à la liberté, des habitants des quartiers clandestins de la rive sud aux politiciens qui s’opposent à l’hégémonie de Pékin. La plus grande résistance vient de CliMax, un petit groupe d’écologis... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Samedi 22 avril 2023



Un double MERCI aux éditions Agullo que je découvre avec ce roman noir d'un écrivain- journaliste portugais et à Babelio et sa dernière Masse Critique- Mauvais genre...

Avec ce " polar" social...je sors de mes "chemins de confort " habituels...En dépit d'un personnage central intéressant et atypique...qui nous immerge dans les réalités sociales et économiques de son Portugal natal...j'ai eu quelques difficultés à rentrer vraiment dans l'histoire : des longueurs, de multiples personnages et ramifications, des milieux différents et antinomiques s'imbriquent de façon assez confuse....Du mal, par moments, pour s'y retrouver !

Notre personnage central, un journaliste- reporter, Marcelo revient à Lisbonne après un temps d'absence contraint, où il a dû fuir le Portugal, ayant échappé de peu à un assassinat...

Ce Marcelo, un véritable " électron libre", qui avec des enquêtes sensibles aurait permis de renverser des politiques " véreux "...Il revient, apprenant qu'un de ses deux grands amours, elle-même journaliste engagée, est menacée et dans de grandes difficultés...

Elle vient de publier un ouvrage- pamphlet dénonçant les corruptions au sein du gouvernement ainsi que des négociations troubles avec les Chinois qui font main- basse sur l'économie du pays....

Ce "livre- brûlot" , " La grande Pagode " est aussitôt détruit, confisqué, enlevé du circuit....
Une parenthèse ; comme un livre dans un
livre !!
Le titre de notre roman faisant écho à ce livre dénonciateur, cause de moult mésaventures des protagonistes et de la mort de certains !

Tel un " livre- Gigogne"..

"Un jeune vendeur s'occupa de lui.Marcelo recherchait " La Grande Pagode" d'Adriana Zuzarte.Le libraire en herbe consulta son ordinateur pendant quelques minutes." Intéressant, intéressant..." murmura-t-il plusieurs fois avant de s'adresser à son client.

- " La Grande Pagode ", je me souviens maintenant...J'avais feuilleté quelques pages. Il est sorti un peu avant la dernière Foire du livre, avec un tirage très modeste, même pour un essai d'une Auteure inconnue du grand public.
Le jeune vendeur, barbe à la Abraham Lincoln, appuya son coude sur le comptoir, se prit le menton entre le pouce et l'index et ferma à moitié un oeil, cherchant manifestement des souvenirs plus précis pour son client.

- C'est un petit livre conspirationniste sur la stratégie de Pékin pour contrôler plusieurs pays européens, à commencer par le Portugal...
(...)

- le plus étrange concernant ce livre, c'est ce qu'il s'est passé la semaine de son arrivée dans les librairies. Ma collègue m'a raconté qu'un jour un type est venu pour acheter tous les exemplaires.Je viens de voir qu'il est épuisé partout et qu'on ne peut plus le commander.Et l'éditeur a été racheté avant de cesser ses activités .Aucun exemplaire à la Bibliothèque nationale et pas de livre numérique non plus...C'est comme si " La Grande Pagode" n'avait jamais été publié. C'est très surprenant..."

L'auteur, à travers cette politique- fiction" en dit long des gouvernances successives incompétentes et corrompues de son pays, tout en pointant du doigt ce " fameux péril jaune " gagnant tous les pays d'Europe..

Corruption, délits d'initiés, braderie de l'économie nationale au profit de grosses entreprises chinoises...fossés grandissants entre les classes sociales, précarités galopantes, méfaits multiplicateurs de la mondialisation, etc

Le tableau social, économique et politique fait par l'écrivain est des plus sombres et révoltants, miroir déprimant du libéralisme à outrance...On aurait tendance à croire l'auteur, au vu de sa double formation économique et journalistique !

Parallèlement, il ne ménage guère ses compatriotes...

Ce qui ne m'a pas empêché de retrouver des noms et quartiers familiers de Lisbonne où je suis allée plusieurs fois, avec enthousiasme...Sans oublier des descriptions fort alléchantes et sympathiques des spécialités culinaires lisboète et autres !!....

J'apprends qu'il y a un premier livre mettant en scène ce journaliste " franc-tireur" rebelle et contestataire, Marcello...Toutefois ce deuxième opuscule se lit parfaitement, indépendamment du précédent !

Je ne retiendrai , au final, que peu de choses des imbroglios des conspirations, courses des bons et des méchants...En contrepartie, j'ai apprécié l'abondance des observations sociologiques, historiques de son pays, ainsi que les analyses sur les changements , dérapages sociétaux ainsi que les séquelles des colonisations multiples !

"Derrière elle, à quelques dizaine de mètres, s'étendait le bidonville de Terroso, le quartier clandestin des descendants d'Esclaves et des sujets africains du grand empire.Un empire dont les manuels scolaires de l'époque coloniale disaient que le soleil ne s'y couchait jamais
Des manuels qui avaient servi d'éducation à la majorité des politiciens encore au pouvoir aujourd'hui. "

Par curiosité...j'irai sûrement visiter prochainement notre reporter- journaliste, Marcello , dans ses
débuts !


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À vendre : belle occasion à saisir que ce vieux pays d'Europe au passé prestigieux mais au présent peu reluisant dès qu'on soulève un peu le capot ; si la carrosserie reste belle, le reste n'est plus roulant ; une découpe par pièces, de l'industrie et du sous-sol notamment, reste une très belle opportunité. Faire offre…

Au Portugal, il y a bien longtemps que la fête est finie. Après la sévère mise sous tutelle européenne des années 2010, c'est maintenant au tour de la Chine et des États-Unis de se disputer les restes, encore appétissants, de l'économie lusitanienne.

Et lorsque débute La grande pagode de Miguel Szymanski – traduit par Daniel Matias – ce sont les Chinois qui s'apprêtent à l'emporter en signant avec le gouvernement un contrat qui leur livre les clés économiques du pays.

C'est le moment que choisit Marcelo Silva pour rentrer incognito au pays, 6 mois après être parti se faire oublier à Berlin après ses aventures précédentes dans Château de cartes. Et il ne lui faudra que quelques heures pour être plongé malgré lui dans un règlement de compte mortel et un rendez-vous sanglant avec son passé.

Suite de Château de cartes, La grande pagode en reprend les mêmes codes : un fond d'enquête politico-criminelle pour mieux évoquer en mode journalistique, la dégradation morale, financière et sociétale de son pays, le Portugal.

« Un pays endormi, anesthésié par le football diffusé jour et nuit à la télé, par la consommation excessive de vin, par les centres commerciaux où tant de gens fuyaient la fin de journée de leurs maisons froides, sans chauffage les mois d'hiver. Des bouches aux dents pourries, s'alimentant mal, des personnes laides, sans argent pour aller chez un dentiste. le pays était une véritable tache ».

La dent de Szymanski est particulièrement dure contre ses compatriotes et si l'ensemble fonctionnait à peu près dans le premier opus, c'est moins le cas dans celui-ci où l'équilibre du livre se cherche souvent.

Multipliant (au risque d'être lassant) les retours sur la précédente histoire et reprenant les mêmes constats désespérés sur son pays, la trame polardesque en devient confuse et perd peu à peu en intérêt. On aura juste compris que les Chinois vont gagner, et la confusion aussi. Dommage, d'autant plus que les RDV ratés avec Agullo sont rares chez moi…
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Service de presse.

Ce qu'il y a de réjouissant avec une maison d'éditions comme Agullo, c'est cette propension à explorer des territoires méconnus de l'Europe en nous permettant de faire connaissance avec des auteurs qui ont pris une place prépondérante dans le paysage de la littérature noire et blanche à l'instar des polonais Wojciech Chmilarz, Magdalena Parys et tout dernièrement Maryla Szymiczkowa, nom de plume d'un duo de romanciers mariés à la ville que sont Jacek Dehnel et Piotr Tarczynski. On pense également au croate Jurica Pavičić dont le succès ne se dément pas avec des romans d'une grande envergure tout comme les récits dantesques d'Arpad Soltesz se déroulant en Slovaquie. Même s'il porte, lui aussi, un nom aux consonances slaves, on s'éloigne pourtant radicalement des contrées de l'est avec Miguel Szymanski, pour se rendre du côté du Portugal, terre d'origine de ce romancier travaillant également comme journaliste spécialisé dans le domaine de l'économie. C'est surtout l'occasion d'explorer cette culture lusitanienne méconnue en arpentant notamment les rues de Lisbonne en compagnie du journaliste Marcelo Silva dont on découvrait la première enquête avec Château de Cartes (Agullo évoquant les scandales financiers qui ont conduit le pays au bord de la faillite. Avec La Grande Pagode, second opus de la série, on reste sur le même registre économique pour retrouver Marcelo Silva au prise avec des individus s'opposant à l'accord que le Portugal s'apprête à signer avec La Chine.

Une ministre, se retrouvant dans un situation compromettante, démissionne pour des raisons de "santé". Son chauffeur git sans vie sur la plage da Ursa, la plus occidentale d'Europe continentale. Et puis il y ce yacht luxueux, propriété d'un milliardaire chinois, qui mouille dans les eaux du Tage. Pas de doute, cela bruisse dans les arcanes du pouvoir avec l'imminence de cet accord conclu entre le Portugal et la Chine. Pour les opposants, il s'agit d'une menace sans équivoque planant sur l'autonomie du pays ainsi que sur son environnement, avec la perspective d'une exploitation outrancières des sous-sols. Ces opposants on les trouve aussi bien dans les milieux des hautes instances politiques que dans des quartiers clandestins comme Terroso, situé à la périphérie de Lisbonne. Mais il ne fait pas bon faire barrage aux velléités des dirigeants de l'Empire du Milieu qui n'hésitent pas à employer tous les moyens pour parvenir à leur fin avec l'appui des services secrets du pays. C'est ainsi que l'on peut retirer de la circulation un livre dénonçant l'accord tandis que la journaliste qui l'a rédigé trouve la mort lors d'un contrôle de police. Dans cet atmosphère délétère, Marcelo Silva, de retour au Portugal après s'être exilé quelques mois à Berlin, est bien décidé à rendre justice à son amie, ceci au péril de sa vie.

Même si cela n'est pas indispensable, il est préférable de lire tout d'abord Château de Cartes pour mieux comprendre la trajectoire de Marcelo Silva, et plus particulièrement la raison de son exil à Berlin, et percevoir plus distinctement les rapports qu'il entretient avec Margarida, personnage central du récit précédent, qui plane désormais comme une ombre sur l'intrigue de la Grande Pagode et dont on découvrira le destin au terme d'un épilogue aux tonalités mélancoliques. Sur l'espace de cinq jours, le récit s'articule donc autour de l'imminence de cet accord entre la Chine et le Portugal, permettant à Miguel Szymanski de décrypter tous les enjeux sous-jacents avec l'Empire du Milieu bien évidement, mais également avec l'Europe et les USA qui comptent asseoir leurs influences respectives à l'égard d'un pays dont l'économie fragile le place dans une situation de vulnérabilité. On prend conscience de la situation avec Lúcia Salvador, cette ministre de l'économie démissionnaire qui entretient une relation assez singulière avec son fils Tiago Salvador totalement opposé à l'idée d'un tel accord. Autour de ces deux protagonistes, Miguel Szymanski déroule une enquête policière échevelée, manquant parfois un peu de tenue, mais qui va se révéler beaucoup plus surprenante que ce que ne laisse présager les éléments préliminaires du meurtre déroutant du chauffeur de cette ministre de l'économie déchue. Afin de donner plus d'écho aux enjeux économiques qui se jouent entre les deux nations, Marcelo Silva va retrouver Adriana Zuzarte, ancienne collègue journaliste et ex-compagne, qui vient d'écrire un essai, intitulé La Grande Pagode, dénonçant ce rapprochement sulfureux entre la Chine et le Portugal. Une femme audacieuse qui fait désormais l'objet d'un campagne de dénigrement qui va s'achever de manière dramatique. Mais au-delà des aspects économiques habilement mis en perspective au gré d'une intrigue policière prenant l'allure d'un complot aux contours incertains, on apprécie, une nouvelle fois, cette découverte de Lisbonne en compagnie d'un Marcelo Silva, esthète bon vivant, arpentant les rues de la capitale en mettant en valeur notamment tous les aspects savoureux d'un gastronomie régionale qui ne manquera pas de nous faire saliver. Si Lisbonne est mise ainsi en valeur, Miguel Szymanski va également nous entraîner dans sa périphérie et plus particulièrement du côté du Terroso, un quartier "clandestin" abritant des clandestins en provenance de l'Angola et du Brésil et où l'on rencontre quelques individus pittoresques à l'image du capitaine Ali ou de Mãe Gorde, un femme aux origines africaines et dont l'influence sur la communauté est aussi respectable que son âge. Il émane ainsi de cette galerie de portraits, un récit au charme indéniable autour duquel se décline une intrigue policière chaotique, mettant en lumière les contours d'un ordre économique mondial qui bouleverse tout sur son passage avec les conséquences tragiques qui en découlent et dont Marcelo Silva est le témoin impuissant.


Miguel Szymański : La Grandę Pagode (O Grande Pagode). Editions Agullo/Noir 2023. Traduit du portugais par Daniel Matias.

A lire en écoutant : Ó Gente da Minha Terra (piano version) de Mariza. Album : Fado Em Mim. 2011 Warner Music Portugal, Lda under exclusive license to Taberna da Musica, Lsa.
Lien : http://www.monromannoiretbie..
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Tout d'abord, il me semble que c'est la première fois que je lis un livre dont l'intrigue se déroule au Portugal. Je ne connais pas ce pays, et cette lecture a donc été un moment de voyage et de découverte. Après un petit tour sur Mappy pour situer les lieux et visualiser « l'espace, les distances » de l'intrigue, j'ai pu apprécier l'univers de ce roman, les descriptions, le changement par rapport aux rues de Paris ou New York qui sont beaucoup plus communes en matière de polars. Les références à l'histoire du Portugal n'allaient pas de soi pour moi, mais les notes en bas de page ont été éclairantes.

Le sujet est intéressant et d'actualité : corruption, rapport de force de puissances étrangères, manipulation, … le personnage, Marcelo, est attachant. L'intrigue est bien menée, les éléments se dévoilent les uns après les autres. Les personnages, pas toujours très jolis, s'imbriquent bien MAIS je me suis parfois posée la question : c'est qui lui ? d'où il sort ? J'ai parfois été perdue pour suivre le fil : des arrivés de personnages pas assez préparées en amont de l'intrigue peut-être.

En revanche, j'ai noté plusieurs problèmes de mise en page qui gênent vraiment la lecture. Par exemple, un changement de scène et de lieu, sans saut de page. Cela peut paraitre anodin, mais en réalité ne pas distinguer les paragraphes créé beaucoup de confusion. A mettre en lien avant mon commentaire précédent. Des petites coquilles aussi de type : mot en double, oubli d'un espace, feuilles abimées (probablement un défaut dans le process d'impression). L'auteur n'y est pour rien, mais pour le coup ça ne donne pas un super rendu au final. Et surtout ça perturbe la lecture !

Au final : bon roman, mais pas un coup de coeur. Je ne l'ai pas dévoré, et c'est peut-être ce qu'il aurait fallu faire : tout lire d'un coup et non sur plusieurs jours, pour ne pas perdre le fil de l'histoire.
Mais merci pour cette lecture. Il est possible que je lise le tome 1 un de ces jours.
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Quel est le prix du développement? Ici, il ne s'agit pas uniquement d'argent car nous parlons du développement d'un pays, prêt à toutes les facilités qu'elles soient fiscales, administratives ou autres pour attirer le chaland les poches pleines de billets verts et de promesse d'un jour meilleur dans le discours. Les pays acceptent ces prestations tarifées pour satisfaire leurs addictions au développement économique . Il y a quelques années c'est le dollar qui connaît comme l'eldorado mais de nos jours c'est le yuan qui tend à se généraliser comme au Portugal par exemple. C'est ce que nous expose en fiction Miguel Szymanski dans "la grande pagode", traduit du portugais par Daniel Matias et paru aux édition Agullo.

Après son exil berlinois, Marcelo Silva , l'ancien journaliste, revient à Lisbonne sur les bords du Tage où est amarré, entre Belem et Trafaria, un immense yacht appartenant à un magnat chinois. le Portugal va signer un accord financier avec la Chine qui aura des impacts en matière d'environnement, d'indépendance. Et des oppositions locales tentent de se faire entendre comme l'activiste Adriana et son livre qui disparaît curieusement des libraires ou encore une ministre sujette au chantage. Et que dire de cet homme retrouvé mort sur la plage de Sintra, en bas de la falaise...

L'auteur portugais Miguel Szymanski ne fait pas dans la dentelle pour dénoncer la main mise d'une puissance sur une autre. Cette emprise économique vous oblige avec ce roman à vous asseoir sur une forme de fierté nationale pour que le pompe à fric ne s'arrête pas. A travers ce roman d'investigation journalistique pointe par son personnage principal, ce dandy de retour au pays avec une aisance financière mais aussi du vague à l'âme et de la tristesse en voyant son pays se fourvoir. En moins de 250 pages le lecteur est subtilement plongé dans cette ambiance lusophone sous influence chinoise. Miguel Szymanski parvient à nous embarquer sur quelques jours dans son enquête où il retrouve ses anciennes connaissances , conquêtes amoureuses et rivalités policières dans un style très précieux, sans rugosités, une forme de douceur mélancolique comme un bon fado résonnant dans le cloître du monastère San Jeronimus.
Lien : http://www.rcv99fm.org
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
- Ici, cette ville, Almada, a été communiste, des communistes blancs, pendant quarante ans.Le quartier a aussi quarante ans.Ils nous ont fourni l'électricité et l'eau, dit-elle avec un geste ample du bras, visant à englober les centaines d'habitations qui composaient le bidonville.Les communistes qui ont géré la ville nous ont laissé en paix.Ils ont pas fait tomber la statue du Cristo Rei.Ils ont accepté nos enfants et nos petits-enfants à l'école. Et maintenant y aurait des communistes jaunes qui voudraient construire sur nos berges un grand port et des hôtels ? Ils vont détruire nos maisons et nous forcer à déménager loin du fleuve et de la mer ? Pourquoi ? Pour qu'on paye des loyers et qu'on vive dans des immeubles...Personne ne veut ça ici ! Même en vivant comme ça, on a du mal à s'en sortir, alors devoir aller ailleurs...On préfère nos communistes d'ici.Pas question de se retrouver avec les communistes chinois ou avec les gens qui sont au gouvernement et sont devenus leurs amis.

( p.45)
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La femme qui ouvrit la porte s'appelait Marìlia, visage pâle et cheveux clairs.Elle avait toujours été pauvre.Ses arrière- grands-parents avaient quitté l'intérieur de l' Alentejo, fatigués de travailler depuis des générations pour une même dynastie de grands propriétaires terriens. Arrivés en ville pour fuir l'arrogance de ceux qui considéraient que les filles des paysans étaient des trophées de chasse revenant de droit aux pères et aux fils de bonne famille, ils avaient été porteurs d'eau, femmes de ménage, coursiers, chiffonniers, ferrailleurs et autres gagne-pain qui vous clouent à la pauvreté comme le Christ à la croix, depuis votre naissance jusqu'à ce que votre âme soit de nouveau livrée au Créateur.

Marcello venait de l'autre extrême, d'un milieu citadin doté de privilèges qui ne disparaissaient pas, mais se raffinaient de génération en génération, avec des liens familiaux et des réseaux d'amitiés protecteurs, sauf en cas de force majeure ou de chute trop brutale.La fin de chaque cycle, des arrière- grands parents ayant fait fortune aux grands-parents gérant l'héritage familial et dont les enfants concluent des études en anthropologie culturelle, histoire de l'art ou journalisme, est le début d'un nouveau cycle. Leur progéniture créera de nouvelles entreprises, des cabinets de consulting ou d'avocats, accédera à des positions de pouvoir et générera de nouvelles fortunes, ces deux dernières étant unies, dans un.pays corrompu, par un lien de causalité. Et ainsi se perpétuent les inégalités qui placent les Marcelo et les Marìlia de ce monde dans des écoles et des vies différentes afin qu'ils ne se rencontrent pas et ne s'approchent pas, à de rares exceptions près.




( p.196-197)
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Un jeune vendeur s'occupa de lui.Marcelo recherchait " La Grande Pagode" d'Adriana Zuzarte.Le libraire en herbe consulta son ordinateur pendant quelques minutes." Intéressant, intéressant..." murmura-t-il plusieurs fois avant de s'adresser à son client.

- " La Grande Pagode ", je me souviens maintenant...J'avais feuilleté quelques pages. Il est sorti un peu avant la dernière Foire du livre, avec un tirage très modeste, même pour un essai d'une Auteure inconnue du grand public.
Le jeune vendeur, barbe à la Abraham Lincoln, appuya son coude sur le comptoir, se prit le menton entre le pouce et l'index et ferma à moitié un œil, cherchant manifestement des souvenirs plus précis pour son client.

- C'est un petit livre conspirationniste sur la stratégie de Pékin pour contrôler plusieurs pays européens, à commencer par le Portugal...
(...)

- Le plus étrange concernant ce livre, c'est ce qu'il s'est passé la semaine de son arrivée dans les librairies. Ma collègue m'a raconté qu'un jour un type est venu pour acheter tous les exemplaires.Je viens de voir qu'il est épuisé partout et qu'on ne peut plus le commander.Et l'éditeur a été racheté avant de cesser ses activités .Aucun exemplaire à la Bibliothèque nationale et pas de livre numérique non plus...C'est comme si " La Grande Pagode" n'avait jamais été publié. C'est très surprenant...

( p.100-101)
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Le visiteur américain poursuivit.Il expliqua que, même avant que le Portugal ait laissé pénétrer les produits chinois, au début des années 2000, le pays était vu par le PCC (** Parti communiste) comme la principale porte d'entrée en Europe.
La vieille femme écoutait avec la plus grande attention.
- Mais là ils sont sur le point d'anéantir tout ce que nous avons construit ici.Tout.La liberté, la démocratie, l'économie. Les produits chinois ont détruit les usines portugaises, maintenant ils vont finir le travail.

( p.44)
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On s'éprend de quelqu'un grâce à une odeur, au son de sa voix... On aime plus les choses qu'on a goûtées en premier. Chimie élémentaire. Nous fabriquons nos souvenirs et, le temps passant, nous les perfectionnons, nous ajoutons ou effaçons des images, des émotions. Nous sommes insensibles aux arguments. Nous aimons et nous haïssons, nous créons la vie et nous tuons. Nous ne forgeons pas notre destin, nous réagissons à des situations ou bien nous suivons nos instincts.
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Le travail de l'écrivain s'apprend-il ou est il un don ? Peut-on apprendre à écrire rapidement ou est-ce que cela demande du temps ? Chaque écrivain est différent, mais existe il des points d'apprentissage récurents chez les auteurs ? D'ailleurs, comment les écrivains ont ils appris à écrire ? On ils pris des cours d'écriture ? Se sont ils lancés dans l'écriture sans préparation ?
4 romanciers et nouveliste internationaux racontent leur apprentissage de l'écriture : Mariana Enriquez (nouvelliste, romancière argentine), Jan Carson (nouveliste, romancière Irlandaise), Jonathan Coe (romancier, britanique); Miguel Symanski (romancier portugais allemand).
00:09 Mariana Enriquez 02:20 Jan Carson 03:28 Jonathan Coe 03:59 Miguel Szymanski 05:18 Jonathan Coe 06:46 Mariana Enriquez 08:21 Jonathan Coe 09:17 Jan Carson
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