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Bernard Comment (Traducteur)
EAN : 9782264024589
219 pages
Éditeur : 10-18 (12/09/1999)
4.17/5   305 notes
Résumé :
Titre original italien : "Sostiene Pereira. Una testimonianza", publié en 1994, et traduit en français l'année suivante.

"Comment, tu n'es pas au courant ? Ils ont massacré un homme de l'Alentejo sur sa charrette, il y a des grèves, ici en ville et ailleurs, mais dans quel monde vis-tu, toi qui travailles dans un journal ? " Lisbonne, 1938. Dans l'atmosphère du Portugal d'avant-guerre, dans une ville terrassée par la chaleur, Pereira va prendre consci... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (47) Voir plus Ajouter une critique
4,17

sur 305 notes

andman
  08 novembre 2014
Il est un péché mignon auquel on ne résiste pas longtemps dès lors que l'on flâne par les ruelles pentues de Lisbonne : le “pastel de nata”. Ce flan pâtissier typiquement portugais vous fait un petit clin d'oeil chaque fois que vous passez devant l'une des innombrables ''pastelarias'' qui jalonnent la ville aux sept collines.
Assez curieusement, le personnage central du roman “Pereira prétend”, écrit par Antonio Tabucchi en 1993, évite les pâtisseries. Pourtant il n'a que faire de la diététique, se régalant au quotidien d'omelettes et de citronnades bien sucrées. Veuf depuis quelques années, cet homme entre deux âges est prisonnier de ses petites habitudes et gêné par un embonpoint qui depuis peu tend vers l'obésité.
Sa seule véritable passion est la littérature française dont il abreuve chaque semaine la page culturelle d'un journal lisboète. La montée des nationalismes un peu partout en Europe l'indiffère et, comme la grande majorité de ses compatriotes, il subit avec passivité la dictature de Salazar qui en cette année 1938 sévit depuis six ans déjà au Portugal.
Et puis un jour, un peu par hasard, sans vraiment le vouloir, il met le doigt dans l'engrenage de la subversion en aidant un couple de jeunes gens aux idéaux antifascistes. Ces derniers recrutent dans la clandestinité des volontaires portugais pour les Brigades internationales qui aux côtés des Républicains espagnols combattent les nationalistes de Franco.
Pereira est un être falot, l'antihéros par excellence et pourtant Antonio Tabucchi sait le rendre attachant : ne parle-t-il pas à feu son épouse chaque fois qu'il passe devant son portrait !
Bien qu'il ne croie pas en la résurrection de la chair, Pereira est un catholique convaincu ; son meilleur ami António est père Franciscain. Les prises de positions du Vatican sur la guerre civile espagnole mais aussi celles de Georges Bernanos, François Mauriac et Paul Claudel interpellent les deux hommes et donnent lieu à des échanges enflammés.
Ce roman est d'une densité inversement proportionnelle à sa longueur, vous terminez un chapitre avec le poète futuriste Vladimir Maïakovski pour commencer le suivant avec Alphonse Daudet...
Les événements exceptionnels sont souvent propices à l'émergence de traits de caractère insoupçonnés. L'évolution psychologique de Pereira au contact d'activistes est spectaculaire et son indifférence à l'égard du régime répressif se transforme en quelques mois en aversion profonde.
Pereira prétend” relate une époque peu glorieuse de l'Histoire de la péninsule ibérique et l'intrigue aurait peut-être mérité d'être plus étoffée sur le fond.
Un ton original à la limite parfois de l'ironie et une fluidité d'écriture vraiment coulante de bout en bout caractérisent la forme de ce roman, au final de bonne facture.
Antonio Tabucchi avait choisi le Portugal comme seconde patrie et Lisbonne a servi de cadre à bon nombre de ses oeuvres. Comme le “pastel de nata” de tout à l'heure, je crois bien qu'un autre roman de l'écrivain italien me fait déjà un petit clin d'oeil !
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Eve-Yeshe
  12 septembre 2015
Il y a un an ou plus que je voulais lire ce roman, car j'aime le Portugal, pays où est né mon mari et qu'il a quitté pour échapper à la dictature, il y a longtemps et j'ai fait une belle rencontre.
Pereira est un homme simple, passionné de littérature, épris des auteurs français, qu'il traduit en portugais pour les publier sous forme de feuilletons. Il ressemble à tout un chacun, avec son obésité, ses problèmes cardiaques qu'il traite en mangeant des omelettes aux herbes, arrosées copieusement de citronnade très sucrée, qu'il consomme par litres. Il vit presque en reclus, dans ses livres, son dictionnaire à portée de la main pour traduire aux mieux ses auteurs préférés, Balzac, Daudet...
La concierge le surveille, sans aucune discrétion avec des réflexions ambigües et il soupçonne qu'elle est à la solde du régime. Il a perdu sa femme il y a quelques années et n'a jamais refait sa vie. Il n'a même pas fait son deuil, d'ailleurs, car il parle à sa photo, le soir avant de dormir, ou quand il prend une décision ou simplement pour échanger ses pensées.
Il n'a plus d'amis véritables, à part un prêtre, le père Antonio, avec qui il va discuter de temps en temps, car la mort le fascine. Il est catholique plus ou moins pratiquant, mais la résurrection de la chair est une idée qui le heurte (en reprendre pour une autre vie avec ce même corps obèse, cela ne l'enchante guère. Il vit, ou plutôt survit, dans ce pays où la dictature déploie ses ailes, sort ses griffes tel un aigle qui s'abat sur la population , surveillant tout le monde. Il se passe des choses, par exemple un serrurier assassiné dans l'Alentejo, cela n'est jamais évoqué dans les journaux.
Si on veut savoir, il faut se rendre dans un café, le Café Orquidéa, où certaines nouvelles circulent. Il n'a pas de conscience politique, il survit, dans son monde… " Il y avait simplement des bruits qui courraient, le bouche à oreille, il fallait se renseigner dans les cafés pour être informé, écouter les bavardages, c'était l'unique moyen d'être au courant". P 60
Puis, apparaît dans sa vie Francesco Monteiro-Rossi (Portugais par sa mère, Italien par son père), qui est sympathisant des républicains espagnols, ainsi que son amie. La relation entre les deux hommes est particulière d'emblée. Il s'attache à Francesco qui pourrait être le fils qu'ils n'ont jamais pu avoir, sa femme et lui, donc il a envie de le protéger, de l'aider, en lui faisant faire des rubriques nécrologiques avant l'heure pour des écrivains qui pourraient mourir brutalement.
Il le paye, de ses propres deniers, pour des textes qui sont impubliables du fait de la censure. Il fait l'éloge de Garcia-Lorca, ou de Maïakovski alors que règne la censure. Au début, le fait de le voir payer ainsi pour du vent exaspère, on a l'impression qu'il se laisse manipuler sans rien faire. Mais c'est loin d'être aussi simple…

le style et l'écriture sont particuliers, gênants au début, avec cette litanie « Pereira prétend » qui revient régulièrement, de façon entêtante comme un mantra. Pereira n'affirme pas, il prétend… peu à peu l'oppression s'installe, rythmée par cette petite locution. le poids de la censure, de la pression se trouve renforcé par cet emploi.
Antonio Tabucchi utilise une autre ficelle pour rendre l'atmosphère pesante de l'enfermement de la pensée : il choisit de ne pas écrire les échanges entre les personnages sous forme de dialogue ; certes il ouvre les guillemets, mais ne va jamais à la ligne, ce qui rend le texte encore plus dense.
C'est le premier roman d'Antonio Tabucchi que je lis, et je l'ai dévoré et en même temps savouré, relisant des passages, le posant un peu pour respirer, (Pereira s'essouffle à cause de son coeur malade, au propre comme au figuré d'ailleurs, dégoulinant de sueur (ou peut-être de peur) sous la chaleur moite de Lisbonne, et le lecteur retient son souffle… on entend la mer au loin la brise du soir, le ventre de Lisbonne respire à peine, mais la ville est tellement présente qu'elle est un personnage du livre...
Note : 8,2/10
Lien : http://eveyeshe.canalblog.co..
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berni_29
  05 septembre 2021
J'ai adoré ce roman d'Antonio Tabucchi qui s'appelle Pereira prétend. C'est ma deuxième incursion dans l'univers de cet écrivain italien. Tout comme la première, avec Nocturne indien, j'ai adoré ici l'étrangeté de l'atmosphère, l'écriture particulière comme une musique qu'on reconnaît de loin.
Pourtant, les histoires sont totalement différentes.
Nous sommes à Lisbonne, en 1938, période ô combien tendue qui précédait l'horreur d'une barbarie sans nom. Les signes avant-coureurs étaient pourtant déjà là, dans cette Europe qui se gangrénait peu à peu d'un mal insidieux : le totalitarisme, la haine des Juifs, la peur comme arme du quotidien...
Le Portugal n'y échappe pas. Ce roman se déroule avec en toile de fond le terrible régime de Salazar, dictateur adoubé par Mussolini et Franco. Dès lors, cette ville de Lisbonne particulièrement solaire m'est apparue comme à travers son visage le plus sombre.
Pereira prétend est la chronique presque ordinaire d'un homme sans bruit, sans importance, dont l'activité est d'écrire des chroniques dans le journal Lisboa, pour lequel on vient de lui confier la responsabilité de la page culturelle.
Le monde de Pereira est un monde moribond. Il est veuf, mais sa femme est encore présente en lui, chez lui, son portrait trône dans le hall d'entrée de son appartement, il n'existe pas un jour sans qu'il ne se confie à elle, ou bien lui demande moultes conseils. La vie de Pereira est réglée comme du papier à musique. On sent qu'il la traîne un peu comme un fardeau, il n'a plus le coeur à l'ouvrage, un coeur devenu fragile, malade...
Être un homme ordinaire sous un régime totalitaire, n'est-ce pas du pain béni pour le pouvoir en place, la plus belle des complicités ? Souvenons-nous de cette citation intemporelle d'Étienne de la Boétie : « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »
D'ailleurs, à quoi bon se révolter, le monde autour de lui ressemble à une immense toile d'araignée où les familiers qu'il côtoie, sa concierge qui épie le moindre de ses venues, de ses courriers, le directeur du journal à la solde du régime, ressemblent plus à des menaces potentielles qu'à des figures proches.
Pereira n'est pas un mauvais bougre, c'est un homme fatigué, qui pèse, en bon petit comptable obéissant, chaque mot de ses chroniques pour ne pas décevoir le pouvoir en place.
Antonio Tabucchi traite ici de la lâcheté, de l'égoïsme, avec parfois une ironie mordante, de nos petits silences complices, qu'un hasard insolite peut parfois venir bousculer avec inspiration.
Dans cette existence manquant totalement d'imprévu, Pereira va pourtant faire une rencontre qui va le déstabiliser, vous savez, le fameux grain de sable qui vient gripper le rouage, troubler l'ordre des choses si bien établies...
La rencontre fortuite avec un jeune homme idéaliste italien, Monteiro Rossi, va bouleverser la vie de Pereira, le réveiller de sa torpeur, lui ouvrir peu à peu les yeux sur la réalité du monde trouble dans lequel il vit...
C'est alors une lente métamorphose qui donne brusquement un magnifique élan au texte et un sens au récit.
Sous la plume envoûtante d'Antonio Tabucchi, Lisbonne se révèle un personnage à part entière, c'est une Lisbonne océanique, battue par les vents, qui brusquement s'offre à nous dans le dédale de ses rues secrètes...
L'étrangeté du roman provient sans doute aussi de ses paragraphes ponctués de temps à autre de cette remarque, Pereira prétend, comme une litanie, un leitmotiv presque incantatoire. Et l'on comprend alors dans le contexte politique du récit et l'intrigue qui se noue, combien cela brusquement ressemble à la transcription d'une déposition, presque un réquisitoire à charge...
Pereira prétend est un petit bijou littéraire sans prétention, mais empli d'humanisme. Si vous êtes à la recherche d'un régime, c'est une bonne adresse pour trouver l'inspiration de se révolter contre les pires d'entre eux...
Beau et intemporel.
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michfred
  19 juillet 2015
Le premier Tabucchi que j'ai lu m'a enchantée: c'était "Nocturne indien". le second m'a emballée: c'est "Péreira prétend", tellement différent, et pourtant lui aussi un petit miracle d'écriture, plein de finesse, d'humour et de pénétration!
Le premier personnage, c'est Lisbonne! Lisbonne l'atlantique avec ses vents violents , ses brumes marines, son soleil éclatant et ses couleurs décapantes, Lisbonne avec ses rues en pente, son tramway acrobatique, son port plein d'odeurs salines et ses marchés colorés, sa vie pétulante et pourtant sous étroite surveillance policière ..Lisbonne, une belle frégate arrimée, une cavale bridée, une ville arraisonnée...On est sous le régime de Salazar...
Lisbonne, Pereira y vit, chroniquant, dans le journal Lisboa, la page littéraire, avec une scrupuleuse minutie, et une cécité tout aussi scrupuleuse au contexte politique...Sa grande spécialité, ce sont les chroniques funèbres, les hommages aux écrivains défunts, ou menacés de l'être....
Car le monde de Péreira est mort: sa femme, au portrait de laquelle il se confie à voix haute, dans l'appartement bien rangé et solitaire, ses écrivains -pas tous morts, mais déjà prêts à l'être, empaquetés dans leur élégie funèbre de circonstance..Et surtout lui, Pereira, qui économise ses plaisirs et ses émotions, avec la prudence d'un grand vieillard.
Il est un de ces petits fonctionnaires ternes et obéissants qui sont les rouages bien huilés de toute dictature.
Et un jour, un grain de sable vient enrayer toute cette belle mécanique: Pereira contacte, sans bien savoir pourquoi - une sorte de brusque surgissement de son moi profond - un jeune thésard , Monteiro Rossi, aux idées contestataires...et avec cette rencontre, peu à peu, va se fendiller la carapace d'indifférence, de fausses certitudes et de craintes pusillanimes que Péreira prétend dresser entre lui et le monde, mais qu'il a surtout érigée entre lui et sa conscience..
Ponctué par le leit-motiv "Péreira prétend" le désordre nouveau -j'aime bien...- va miner , saper, corrompre, détruire la petite vie sans histoire, la petite histoire sans vie de notre héros..
J'ai adoré ce récit, drôle, tendre, réaliste et critique, servi par un style parfait- un vrai conte philosophique!
J'aurais aimé le lire en italien...je le ferai peut-être un jour: sostiene Pereira...
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Alzie
  22 février 2017
Qui est Pereira ? Complexe et déroutant journaliste qui se défend de faire de la politique parce qu'il tient une page culturelle au « Lisboa » – journal « catholique et indépendant », comme lui –, alors que l'Estado Novo de Salazar se met en place au Portugal. La « Carte blanche » que lui a octroyé la direction lui permet encore au début du roman de traduire les écrivains français du XIXe. Contre toute attente il recrute bientôt un jeune collaborateur proche de la mouvance républicaine espagnole, Francesco Monteiro Rossi, pour écrire par anticipation des nécros d'écrivains célèbres. C'est qu'il n'aime pas être pris au dépourvu Pereira... Un écrivain célèbre peut toujours mourir... et brutalement c'est bien connu. Mauriac et Bernanos par exemple... Dans ce cas, il lui serait difficile d'assumer sa mission d'information. La page culturelle du « Lisboa » c'est LUI, sa conscience est là.
Où est-il et sur quelle planète vit-il ce cardiaque doublé d'un veuf solitaire domicilié Rua da Saudade ? Sur celle, lointaine et morne, de ceux qui ont déjà vécu (jeune, mince et dansant il le fut, un jour, au temps de l'ami Silva à Coimbra). Le très lucide père Antonio son confident franciscain est le premier offusqué de sa mélancolie égocentrée et très vite le lecteur aussi. Sa métaphysique de la chair, tendance morbide, son rapport névrotique au passé et à sa femme disparue, un ordinaire excluant tout élan ou fantaisie (à l'exclusion d'un régime alimentaire plutôt pittoresque défiant les lois de la cholestérolémie), dresseraient une image rédhibitoire du personnage si l'auteur n'annexait au portrait une bonne dose d'ironie ; intellectuellement Pereira s'est forgé une religion du compromis qui l'abrite peut-être de tous les ennuis possibles et d'inévitables désillusions. Aveugle en temps de dictature ? Non, car il voit et sait tout au contraire et avertit même très paternellement et immédiatement son jeune collaborateur Monteiro Rossi, ainsi que Marta sa pétulante amie, des dangers de leurs emballements juvéniles. Car, oui les opposants disparaissent, oui les nouvelles se taisent, oui la police délègue aux concierges, oui Salazar soutient Franco et oui les plus belles causes sont bien souvent perdues d'avance. Et le coeur dans tout ça ? Le coeur de Pereira est fatigué.
Reste la littérature comme instrument de liberté dans sa survie – traduire Balzac, « Honorine », plutôt que Castelo Branco. Monteiro l'agace, son travail est impubliable. Sa copine ? Une belle allumée. Garcia Lorca assassiné ! Marinetti un salaud ! Qu'importe, Pereira remise toutes les nécros dans un dossier et enjoint à Monteiro de reconsidérer son style. Tiens, il va se mettre sur cette nouvelle de Daudet « La dernière classe », bon sujet. Mais il a beau vouloir s'en détourner la cause espagnole finit par s'immiscer jusque dans ce territoire inviolable de la littérature qu'il comptait justement préserver ; ses écrivains préférés « se mouillent » d'ailleurs à ce sujet, Mauriac, Bernanos. Quant à Claudel ...("ce Claudel est un fils de pute" a affirmé Antonio dans son église). Alors, dans la dictature de plus en plus rampante, "l'âme une et indivisible" de Pereira se morcelle. Les mêmes doutes, hésitations, « combinazzione » avec nous-mêmes – tous ces mécanismes de défense obscurs – auraient identiquement agi et pu nous assaillir, nous inhiber en de semblables circonstances, et Pereira nous touche enfin quelque part. Car dans un sursaut salvateur un humanisme irréductible, tapi dans les profondeurs des « moi » multiples qui lui ont été révélé par le bienveillant docteur Cardoso, lancera l'assaut final et décisif contre sa mortifère léthargie.
Dans un texte publié en 1994 (Il Gazzettino) joint à l'édition Gallimard (folio, 2016) dont je dispose, Tabucchi témoigne d'une dimension fantasmagorique de son inspiration en ce qui concerne le journaliste Pereira. Avant de devenir la figure centrale du roman, Pereira fut le « personnage en quête d'auteur » dont les visites nocturnes successives qu'il se plaît à raconter lui ont suggéré peu à peu le protagoniste de son livre. Derrière cette ombre littéraire l'écrivain voit l'âme voyageuse d'un journaliste Portugais exilé à Paris pendant la dictature salazariste et qu'il a connu dans les années soixante. Rentré au pays après la Révolution des Oeillets le journaliste meurt à Lisbonne alors que Tabucchi y séjourne, en août 1992, sans que les deux ne se soient jamais revus. C'est une nécro dans un journal lisboète qui renvoie Tabucchi à sa mémoire... si l'on songe à la place tenue par l'écriture des nécros d'écrivains célèbres réclamées par Pereira à son stagiaire dans le roman on en sourit ! Cette fable sur l'origine nocturne de Pereira ajoute à mes yeux à son authenticité. La « délégation » d'écriture confiée à Tabucchi par son personnage, donne au texte une touche onirique, le caractère d'une déposition insolite, profonde, subtile, imaginaire bien que fortement et historiquement contextualisée. Trés beau roman politico-existentiel achevé le 25 août 1993 et commençant le 25 août 1938 alors que l'Europe exhibe une collection de chemises les plus diversement sinistres, noires, brunes et vertes au Portugal. Surplus de lumière et d'étrangeté qui ont donné à ma lecture l' éclairage inattendu qui me manquait.



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critiques presse (7)
Actualitte   22 mars 2017
Une relecture pleine de style et d’originalité donnant vie sous une autre forme à un texte fort, bien loin d’une simple transposition sans imagination ou éclat. Lecture recommandée aussi pour un public ado.
Lire la critique sur le site : Actualitte
BoDoi   06 décembre 2016
A petites touches, l’auteur esquisse le poignant portrait d’un homme en mutation qui, tout simplement, prend conscience du monde trouble dans lequel il vit.
Lire la critique sur le site : BoDoi
ActuaBD   28 novembre 2016
La finesse de l’adaptation et la qualité graphique font de son travail bien plus qu’une simple transposition.
Lire la critique sur le site : ActuaBD
ActuaBD   28 novembre 2016
La finesse de l’adaptation et la qualité graphique font de son travail bien plus qu’une simple transposition.
Lire la critique sur le site : ActuaBD
BDZoom   23 septembre 2016
Pereira prétend est une œuvre d’une grande maturité graphique qui, non contente de mettre en images d’un trait caricatural, voire expressionniste, un roman reconnu, met en scène les décors lisboètes.
Lire la critique sur le site : BDZoom
BDGest   20 septembre 2016
Une jolie balade en compagnie d’un héros touchant sur fond de plongée dans les rouages d’un régime totalitaire.
Lire la critique sur le site : BDGest
Bibliobs   27 mars 2012
Protégé par ses deux anges gardiens littéraires, Pessoa et Pirandello, Tabucchi nous a donné avec «Pereira prétend» un de ses livres les plus accomplis. Il nous en donnera encore, ses visiteurs du soir l'ont promis, d'aussi beaux.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   21 avril 2019
Pereira prétend avoir fait sa connaissance par un jour d’été. Une magnifique journée d’été, ensoleillée, venteuse, et Lisbonne qui étincelait. Il semble que Pereira se trouvait alors à la rédaction, il ne savait que faire, le directeur était en vacances, son souci consistait à devoir monter la page culturelle, parce que le Lisboa avait dorénavant une page culturelle, dont on lui avait confié la responsabilité. Et lui, Pereira, réfléchissait sur la mort. En ce beau jour d’été, avec la brise atlantique qui caressait la cime des arbres, avec le soleil qui resplendissait, et une ville qui scintillait, oui, qui scintillait littéralement sous sa fenêtre, et un ciel bleu, un ciel d’un bleu jamais vu, prétend Pereira, d’une netteté qui blessait presque les yeux, il se mit à songer à la mort ? Pourquoi ? Cela, Pereira ne saurait le dire. Peut-être parce que, dans son enfance, son père avait eu une agence de pompes funèbres qui s’appelait Pereira La Douloureuse, ou peut-être parce que sa femme était morte de phtisie quelques années auparavant, ou encore parce qu’il était gros, souffrait du cœur, avait une pression artérielle trop haute, et que le médecin lui avait dit que s’il continuait comme ça il ne lui resterait plus longtemps à vivre, le fait est que Pereira se mit à songer à la mort, prétend-il. Et par hasard, par pur hasard, il commença de feuilleter une revue. C’était une revue littéraire, qui avait aussi cependant une section de philosophie. Peut-être une revue d’avant-garde, Pereira n’en est pas sûr, mais qui avait beaucoup de collaborateurs catholiques. Et Pereira était catholique, ou du moins se sentait-il catholique à ce moment-là, un bon catholique, quoiqu’il y eût une chose à laquelle il ne pouvait pas croire : à la résurrection de la chair. À l’âme oui, certainement, car il était sûr d’avoir une âme ; mais la chair, toute cette viande qui entourait son âme, ah ! non, ça n’allait pas ressusciter, et pourquoi aurait-il fallu que cela ressuscite ? se demandait Pereira. Toute cette graisse qui l’accompagnait quotidiennement, et la sueur et l’essoufflement à monter les escaliers, pourquoi tout cela devrait-il ressusciter ? Non, de ça, dans une autre vie, pour l’éternité, il n’en voulait plus, Pereira, et il ne voulait pas croire à la résurrection de la chair. Il commença ainsi de feuilleter la revue, dans l’indifférence, parce qu’il s’ennuyait, prétend-il, et il découvrit un article qui disait : « À partir d’un mémoire soutenu le mois dernier à l’Université de Lisbonne, nous publions une réflexion sur la mort. L’auteur en est Francesco Monteiro Rossi, qui a obtenu sa maîtrise en philosophie avec la note maximale. Il ne s’agit ici que d’un extrait de son travail, dont nous publierons peut-être d’autres pages dans un proche avenir. »
+ Lire la suite
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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   24 octobre 2020
En ce beau jour d’été, avec la brise atlantique qui caressait la cime des arbres, avec le soleil qui resplendissait, et une ville qui scintillait, oui, qui scintillait littéralement sous sa fenêtre, et un ciel bleu, un ciel d’un bleu jamais vu, prétend Pereira, d’une netteté qui blessait presque les yeux, il se mit à songer à la mort. Pourquoi ? Cela, Pereira ne saurait le dire. Peut-être parce que, dans son enfance, son père avait eu une agence de pompes funèbres qui s’appelait "Pereira La Douloureuse", ou peut-être parce que sa femme était morte de phtisie quelques années auparavant, ou encore parce qu’il était gros, souffrait du cœur, avait une pression artérielle trop haute, et que le médecin lui avait dit que s’il continuait comme ça il ne lui resterait plus longtemps à vivre, le fait est que Pereira se mit à songer à la mort, prétend-il. Et par hasard, par pur hasard, il commença de feuilleter une revue. C’était une revue littéraire, qui avait cependant aussi une section de philosophie. Peut-être une revue d’avant-garde, Pereira n’en est pas sûr, mais qui avait beaucoup de collaborateurs catholiques. Et Pereira était catholique, ou du moins se sentait-il catholique à ce moment-là, un bon catholique, quoiqu’il y eût une chose à laquelle il ne pouvait pas croire : à la résurrection de la chair. À l’âme oui, certainement, car il était sûr d’avoir une âme ; mais la chair, toute cette viande qui entourait son âme, ah ! non, ça n’allait pas ressusciter, et pourquoi aurait-il fallu que cela ressuscite ? se demandait Pereira. Toute cette graisse qui l’accompagnait quotidiennement, et la sueur, et l’essoufflement à monter les escaliers, pourquoi tout cela devrait-il ressusciter ? Non, de ça, dans une autre vie, pour l’éternité, il n’en voulait plus, Pereira, et il ne voulait pas croire à la résurrection de la chair.

(p. 9-10 de la collection Folio)
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AlzieAlzie   22 février 2017
Cher Monteiro Rossi, vous êtes un parfait romancier, mais mon journal n'est pas le lieu adapté pour écrire des romans, sur les journaux on écrit des choses qui correspondent à la vérité ou qui ressemblent à la vérité, vous ne devez pas dire d'un écrivain comment il est mort, dans quelles circonstances et pourquoi, vous devez simplement dire qu'il est mort, puis vous devez parler de son oeuvre, des romans et des poésies, et faire certes une nécrologie, mais qui au fond doit être une critique, un portrait de l'homme et de l'oeuvre, ce que vous avez écrit est parfaitement inutilisable, la mort de Garcia Lorca est encore mystérieuse, et si les choses ne s'étaient pas passées ainsi que vous l'affirmez ? (p. 42)
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Eve-YesheEve-Yeshe   14 septembre 2015
Il se demanda : dans quel monde est-ce que je vis ? Et il lui vint à l’idée que, peut-être, il ne vivait pas, c’était comme s’il était déjà mort. Ou mieux : il ne faisait rien d’autre que penser à la mort, à la résurrection de la chair à laquelle il ne croyait pas et à d’autres sottises de ce genre, sa vie n’était qu’une survie, une fiction de vie. P 19
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AlcaponeAlcapone   13 octobre 2010
La philosophie donne l’impression de seulement s’occuper de la vérité, mais peut-être ne dit-elle que des fantaisies, et la littérature donne l’impression de s’occuper seulement de fantaisies, mais peut-être dit-elle la vérité. p.33
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Videos de Antonio Tabucchi (22) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Antonio Tabucchi
Sostiene Pereira (IT) - Afirma Pereira (PT)
Com realização do italiano Roberto Faenza, Afirma Pereira é uma co-produção entre Portugal, França e Itália que adapta para cinema um dos romances de António Tabucchi.
Pereira é um jornalista português do Lisboa, nos anos 30, que no cinema foi interpretado pelo famoso actor italiano Marcello Mastroianni.
Joaquim de Almeida intrepreta o prestável e informado criado de mesa do café Orquídea que servia a Pereira as suas açucaradas limonadas e as oleosas omoletas e lhe sugeria, ao mesmo tempo, notícias impublicáveis.
Pereira é um ex-jornalista de pequenas notícias que, um dia, é promovido a responsável pela página cultural do vespertino O Lisboa e que, confrontado com as ideias de liberdade de dois jovens, acaba por alterar completamente a sua vida.
Nicolau Breyner é o pároco confidente. Teresa Madruga é a porteira delatora. Nicoletta Braschi (conhecida por A Vida é Bela de Roberto Benigni) e Daniel Auteuil (Dr. Cardoso) são outros actores de renome internacional que participam no filme.
O filme foi rodado em Portugal em locais tão diferentes como o Pavilhão de Exposições da Faculdade de Agronomia (em Lisboa), o Museu Castro Guimarães (em Cascais), a Casa do Alentejo (em Lisboa), o Jardim de S. Pedro de Alcântara e a Estação do Rossio.
A acção decorre no Verão quente de 1938, onde um gasto jornalista se rendia ao politicamente correcto para assim evitar cair nas malhas da Polícia inquisidora.
Pereira consegue recuperar a alegria de viver ao põr o coração à frente da realidade, ao deixar prevalecer a verdade sobre os ditames da PIDE, da censura e da propaganda.
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>Littérature (Belles-lettres)>Littérature italienne, roumaine et rhéto-romane>Romans, contes, nouvelles (653)
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Que peut-on ambitionner, désirer, prétendre, rêver, souhaiter, viser, vouloir avec Pereira ?

Qui est Pereira ?

Un détective privé
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