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ISBN : 2742728899
Éditeur : Actes Sud (31/08/2000)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 15 notes)
Résumé :

Invitée en 1998 au Rwanda dans le cadre d'une résidence d'écrivains, l'Ivoirienne Véronique Tadjo découvre un pays saccagé, marqué par la guerre et les conséquences du génocide. Cherchant des réponses à l'horreur dans l'écriture, elle témoigne, puis donne la parole à ceux qu'elle a croisés : les prisonniers, les victimes, les femmes, les malades, les enfants perdus, les réfugi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
ATOS
  21 mars 2018
« J'ai vu » équivaut toujours à « je sais ». Un regard engage toujours une responsabilité. Je terminai par ces termes mon commentaire de lecture sur l'essai de Susan Sontag : devant la douleur des autres. La responsabilité d'un témoignage. Engagement du Je devant l'image verbe de l'autre.
1998. Quatre ans se sont écoulés depuis le génocide rwandais. Quatre ans...Quelques secondes dans l'histoire de notre humanité. Véronique Tadjo répond à une invitation du Festival fest'Africa. Ils seront une dizaine, auteurs africains, à y répondre. Pas d'images, des mots. Pas de corps, mais des os. Plus de cris, mais des larmes, des silences, plus de meutes mais une foule de regards, une foule de vies. Des hommes et des lieux.
C'est aux vivants que Véronique Tadjo s'adresse. A nous, les vivants, tous. Les rescapés, les victimes, les innocents, les aveugles, les sourds, les coupables, ceux qui devront prendre en charge des orphelins de la guerre, des viols, du sida, de tous ces enfants du pays des mille collines qui grattent et fouillent une décharge à ciel ouvert en tentant de survivre. le génocide Rwandais n'est pas une question africaine. Il n'interroge pas uniquement le Rwanda, ni le continent africain, mais il interroge le monde entier de notre humanité. Cambodge, Europe, Turquie, Amérique, ..Afrique. « « Sur les collines du Rwanda, il n'y avait que l'homme, tel qu'en lui-même la haine le retrouve. » Colette Braeckman, Rwanda, histoire d'un génocide , 1994 .
Il n'y avait pas de diable , ni aucun dieu sur les collines. Mais l'Homme.
C'est un témoignage, le témoignage des vivants dont Véronique Tadjo a pris note. Témoignage de leur espoir, de leur survivance, de leur solitude, de leurs questions. Les morts ne reviendront pas.
Le calme est revenu. Mais est ce la paix ?
Les bruits, les lumières, les rues , rien n'est inconnu. Tout les lieux de ressemblent. Les mêmes échoppes, les mêmes musiques, , les mêmes rires d' enfants, les gestes des mères, les mêmes champs égrainant le rythme des saisons.
Quelle folie réveille un jour les germes de la haine dans les entrailles des hommes ?
Quel mécanisme, quel mensonge ? Quand ? Sur qui s'abat-elle ? Pourquoi ?
D'un matin calme à la nuit de l'horreur.
Quels signes avant coureurs n'ont pas été entendus ? Quelle bourbier a t il été entretenu, nourri, déversé, goutte par goutte dans le coeur des hommes ? D'où vient cette perversion de l'esprit qui pousse l'homme a se dévêtir de son humanité ?
«  Tout acte de barbarie documente l'état de nos cultures, toute oeuvre de culture documente l'état de nos barbaries » , 11.04.2013, G. Didi-Huberman, Aperçues, p104.
« Qui peut dire de quoi est faite la mémoire de tout un peuple?Quelles images tapissent son inconscient ? Qui peut savoir quelles tueries cachées sous les siècles anciens sculptent aujourd'hui le devenir d'une nation ? » Véronique Tadjo.
Rawanda-1994, cela nous regarde tous.
Je me permets s'inclure dans ce commentaire un extrait de l'article de Claire Brissert paru en novembre 1994 dans le monde diplomatique, «  comment et pourquoi, le diable est revenu sur terre ? » :
«  Première question : qu'en est-il réellement de cette haine prétendument ancestrale entre Hutus et Tutsis, d'où tout serait parti ? Ce conflit, répond Colette Braeckman, spécialiste incontestée de l'Afrique centrale, n'est pas celui qu'ont décrit les colonisateurs, allemands d'abord, puis belges, ni les intellectuels rwandais qui leur ont fait suite. Ce n'est pas tant une opposition « ethnique » entre des nobles Tutsis, venus depuis la nuit des temps, avec leurs troupeaux, de la lointaine Ethiopie et les cultivateurs bantous, hutus, asservis aux premiers. C'est bien plutôt une stratification renforcée par l'endogamie et accusée par des caractéristiques physiques largement dues à des facteurs nutritionnels entre Tutsis éleveurs de troupeaux, rendus longilignes par la consommation du sang et du lait de leurs animaux, et les Hutus, agriculteurs, consommateurs de racines et de céréales. Une stratification devenue antagonisme du fait d'intrusions extérieures.
« Race de seigneurs », les Tutsis ? Ainsi les ont vus les Allemands des années 20, puis les colons belges, suivis des missionnaires catholiques. Avec des méthodes inspirées de Gobineau, écrit Colette Braeckman, ils ont mesuré les crânes, les nez, les membres « et conclu qu'ils se trouvaient en présence d'une race de seigneurs avec laquelle il fallait gouverner » . Les Tutsis deviennent peu à peu le relais du pouvoir colonial, et c'est ainsi que, « dans la mémoire collective des paysans hutus, les corvées, les exactions qui pesaient jadis sur leurs pères ne sont pas imputables aux Européens, peu nombreux, peu visibles, mais aux nobles tutsis » .
Surviennent les tensions qui préludent à l'indépendance, et les troubles sanglants du Congo voisin. Les Belges, appuyés par l'Eglise, changent brusquement d'alliance et décident de confier les destinées du futur Rwanda indépendant à la majorité hutue. Tout change alors : pour les Tutsis commencent l'exclusion, la marginalisation et, très vite, les massacres.
Massacres qui dureront plusieurs décennies. »
Rawanda-1994, cela nous regarde tous.
1920 nous regarde.
1933 en Europe nous regarde.
1975 au Cambodge nous regarde.
La liste serait longue. Si longue.
2018, nous regarde aussi, de la Birmanie, de la Syrie, ...de la Turquie,... du Kurdistan. Tous les banquets de la terreur commencent part des danses macabres.

Le livre de Véronique Tadjo m'a touché. Je prends conscience de la difficulté de son travail.
Il a fallu intégrer en soi toutes ces voix. Aller là-bas, respirer, regarder, entendre, écouter.
Prendre tout cela en soi, à l'intérieur de soi et porter cela par écrit. Cela, c'est ce livre, cet écrit, une adresse faite au vivants, à tous les vivants.
Cela aurait pu être toi, moi, ici, hier, maintenant ou demain.
Ni dieu, ni diable. Ni destin, ni hasard.
Un jour pour ta couleur , un jour pour ton Livre, un jour pour ton sexe, un jour pour ton nom.
Qui sait quelle martingale infernale invente le Mal ?
L'ombre d'Imana , livre de Véronique Tadjo, est terriblement et merveilleusement humain.
Je ne connais pas de prière assez puissante pour faire fleurir des fleurs sur les collines, mais je me souviendrai toujours du Poème.
« Demain »
Âgé de cent mille ans, j'aurais encor la force
De t'attendre, ô demain pressenti par l'espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir : le matin est neuf, neuf est le soir.
Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l'oreille
À maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.
Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c'est pour guetter l'aurore
Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent.
Robert Desnos, 1942
Guettons l'aurore. Gardons l'espoir.
La vie est notre seule raison.

Astrid Shriqui Garain
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Clelie22
  01 décembre 2013
C'est rare mais, cette fois, je ne saurais combien d'étoiles mettre à ce livre. Une ? Deux ? Quatre ?
Ce livre écrit par une Ivoirienne au cours d'une résidence d'écrivains organisée en 1998 tente "d'exorciser" le génocide qui a ensanglanté le pays quatre ans plus tôt. Il se compose d'une multitude de textes courts plus ou moins en rapport avec le génocide. Souvent, on ne sait pas très bien de qui ou de quoi parle l'auteur et on est à peine entré dans un texte qu'on en ressort pour se plonger dans un autre. Tout cela est très morcelé, fragmenté, à l'image de la population rwandaise après l'horrible génocide qui l'a déchirée. L'auteur nous fait entrevoir l'ampleur des crimes commis, des conséquences (le nombre de prisonniers à juger, par exemple, est sidérant). Certains passages m'ont paru franchement sans intérêt tandis que d'autres resteront longtemps gravés dans ma mémoire. Ce qui s'est passé au Rwanda ne peut laisser personne indifférent et, par là, tout ouvrage qui en parle ne peut qu'être profondément touchant. Mais, en même temps, le morcèlement du texte et son caractère très personnel m'ont souvent ennuyée.
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Polars_urbains
  15 juillet 2018
Ecrit dans le cadre d'une résidence d'écrivains au Rwanda, L'ombre d'Imana revient sur l'un des génocides du vingtième siècle (on en compte malheureusement plusieurs). Des entretiens, des témoignages et des réflexions pour tenter finalement de répondre à la question essentielle : « Dans la nuit de l'aveuglement absolu, qu'aurais-je fait si j'avais été prise dans l'engrenage du massacre ? »
Peut-on comprendre et expliquer les génocides ? Ce petit livre tente de le faire. Il vient à point alors que le monde bascule de plus en plus dans l'intolérance et les affrontements : « Comprendre. Notre humanité est en danger. »
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
IansougourmerIansougourmer   22 mars 2014
Ce qui s'est passé nous concernait tous. Ce n'était pas uniquement l'affaire d'un peuple perdu dans le cœur noir de l'Afrique. Oublier le Rwanda après le bruit et la fureur signifiait devenir borgne, aphone, handicapée. C'était marcher dans l'obscurité, en tendant les bras pour ne pas entrer en collision avec le futur.
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Clelie22Clelie22   01 décembre 2013
La haine dort en chacun de nous. Ce qui nous tourmente le plus, c'est cette inconnue dans notre esprit qui peut se réveiller pour nous faire basculer dans un monde parallèle. Qui sait ce que je ferais demain si la peur d'être punie était levée ?
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Polars_urbainsPolars_urbains   15 juillet 2018
Je suis allée au Rwanda mais le Rwanda est aussi chez moi d’appartenance, de non-appartenance. Civiliser. Façonner les étrangers. Inventer l’histoire du rejet. Comment l’identité ethnique s’apprend-elle ? D’où surgit cette peur de l’autre qui entraîne la violence ?
Un jour la vie quotidienne s’efface pour faire place au chaos. Où étaient enfouies les graines de la haine ?
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