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EAN : 9782021421835
Éditeur : Seuil (07/03/2019)

Note moyenne : 3.53/5 (sur 30 notes)
Résumé :


Dans la France d'après les attentats de 2015, Mounir, parisien homosexuel de 40 ans d'origine marocaine, vit dans une situation précaire. Il vient d'emménager dans un appartement rue de Turenne. Madame Marty, une vieille dame de 80 ans, survit difficilement au-dessus de chez lui dans un minuscule studio.

L'amitié entre ces deux exclus de la République s'intensifie jusqu'au jour où elle vire au cauchemar. Les affrontements et les déchir... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
8tiret3
  05 avril 2019

J'ai rencontré l'écriture d'Abdellah Taïa en 2012, lorsque j'ai acheté l'édition poche d'Une mélancolie arabe lors d'un petit salon littéraire consacré à la littérature LGBT. Dès les premières pages, j'ai été soufflé par les mots de l'auteur comme par une déflagration qui emporte tout sur son passage. Sept ans plus tard, l'effet est toujours le même quand je découvre son dixième roman : La vie lente, paru le 7 mars aux éditions du Seuil.

Dans ce roman, on découvre les relations tumultueuses qu'entretiennent Mounir, Marocain homosexuel de quarante ans vivant dans le Marais à Paris, et Simone Marty, sa voisine du dessus, deux fois plus âgée que lui. Si, au moment où s'ouvre le récit, on comprend que l'entente entre les deux est loin d'être cordiale, on découvre au fil des chapitres qu'il n'en a pas toujours été ainsi et qu'ils avaient même développé une certaine tendresse l'un à l'égard de l'autre. le problème, c'est que Mounir a très vite été dérangé par les bruits de sa voisine, jusqu'à en perdre le sommeil et la raison, ce qui l'amène à adopter une attitude hostile envers les autres personnes de l'immeuble et à s'attirer des ennuis. La situation dégénère au point que Mounir est interpellé par la police et soupçonné d'adhérer au combat que mènent les djihadistes. C'est avec cet interrogatoire qu'on découvre Mounir et son histoire.

Dès les premiers mots, j'ai retrouvé avec plaisir ce qui me fait tant aimer l'écriture d'Abdellah Taïa. Des phrases courtes qui s'enchaînent et qui permettent au lecteur d'avancer dans le texte selon un rythme ambivalent : l'écriture syncopée d'Abdellah Taïa encourage le lecteur à accélérer en même temps qu'elle lui donne de nombreuses occasions de s'arrêter et de faire durer les phrases autant qu'il le souhaite. Les points qui ponctuent chaque phrase tiennent tantôt le rôle d'un staccato nous donnant envie de scander le texte plus ou moins rapidement, tantôt celui d'un point d'orgue, comme une respiration nécessaire pour apprécier la beauté et la dureté des mots choisis.

Car les mots sont beaux, même quand ils dépeignent des événements difficiles et, à l'inverse, les mots sont durs, même s'il est question d'amour. Et c'est ce que j'aime particulièrement chez Abdellah Taïa : cette dualité dans l'écriture qui libère les émotions, ce dialogue entre la rude réalité et la tendresse dont peuvent faire preuve les personnages.

Dans La vie lente, comme souvent dans ses écrits, Abdellah Taïa parle avec justesse et sans détour de ce que veut dire être un émigré marocain aujourd'hui. Dans la France post-attentats, être arabe est aussi synonyme d'être regardé avec méfiance. « Antoine m'a tué. Il croit que je suis devenu islamiste. Un terroriste en devenir. Un Marocain. Tu es marocain, n'est-ce pas… Cela voulait tout dire dans sa bouche. Marocain. Prononcé de la même manière que par les journalistes des chaînes d'information quand il y a des attentats. » C'est également être méfiant à son tour, être sans cesse sur ses gardes et cela conduit Mounir vers une paranoïa qui ne peut que lui porter préjudice.

Écrire sur ce roman est difficile pour moi tant j'ai l'impression de dénaturer le texte en cherchant à comprendre pourquoi je l'ai apprécié. Toujours est-il qu'Abdellah Taïa est un auteur dont les textes ne me déçoivent jamais et dont j'attends chaque nouvelle production avec impatience. Si vous ne le connaissez pas encore, je ne peux que vous encourager à le découvrir.
Lien : https://8tiret3.blogspot.com..
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Yurugu
  17 août 2020
Un habile jeu de parole dans la vie de Mounir, écrivain marocain, prof de français à Paris, homosexuel, Arabe dans le regard des autres (donc potentiel terroriste). Un homme qui, même en habitant un logement confortable dans un quartier riche de Paris, n'échappe pas au soupçon post-attentat. Homme violent parce qu'arabe, dangereux parce que musulman. le personnage se déploie en même temps que tous ceux qui ont partagé sa vie depuis son arrivée à Paris, dans un habile jeu de parole et de mémoire quoique dans une langue qu'on aimerait éteeendre. Les phrases ne se déploient pas, la langue est à la mode et souvent sans caractère, ou impersonnelle (ce ne sont pas les mots qui conviennent, mais il manque une puissance subjective), mais pourquoi ? Abdellah Taïa, que j'aime beaucoup par ailleurs, donne l'impression de forcer le trait pour faire de la vie de Mounir un soupçon pour la police et enferme le roman dans un système qui veut nous révéler une injustice systémique mais qui ne parvient pas cependant à nous surprendre. En revanche, que le temps soit pris pour faire naître et découvrir le sentiment, la rencontre avec Antoine, est une grande qualité du roman, mais l'intensité est autant le fait du texte que de l'effort du lecteur qui veut la faire. La lecture est agréable, curieuse, peut-être même marquante (à voir) mais le roman n'est pas à la hauteur de son ambition. La vie lente méritait un grand roman, et une épaisseur accrue du personnage et de la syntaxe.
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jostein
  03 avril 2019
Mounir, d'origine marocaine, vit en France depuis de nombreuses années. Avec un doctorat en littérature française du XVIIIe siècle à la Sorbonne, il reste toutefois toujours inférieur dans cet immeuble de la rue de Turenne. Surtout depuis les attentats de 2015.
« Les gens en France n'étaient plus les mêmes. »
Depuis quelques mois, il ne dort plus. Devait-il s'installer dans ce quartier de Paris? Comment supporter les bruits de ses voisines? Même Madame Marty, sa vieille voisine du dessus qui le voyait comme un fils, devient insupportable. Sans réussir à lui faire comprendre qu'il ne supporte plus sa violence sonore, il finit par l'insulter. Des insultes qui le conduisent en garde à vue et dans un acharnement policier à vouloir voir en lui un terroriste.
En cet inspecteur qui l'interroge, Mounir voit un ancien amant, Antoine. Sa première grande rencontre avec un français après les expériences sexuelles, consenties ou subies, dans son village marocain de Salé.
Au travers des histoires d'amour, de famille qui ont construit Mounir, La vie lente est surtout le récit d'une rencontre, d'une amitié entre une vieille femme isolée et un immigré rejeté, accusé.
Mounir a quitté le Maroc pour échapper à la pauvreté. il n'a aucune nostalgie des gens de son pays, peut-être seulement de ses sensations, de la capacité d'aimer, de se mettre en danger.
A quatre-vingt ans, Simone, française, vielle et pauvre est abandonnée dans ce si petit appartement avec toilettes sur le palier. n'est-elle pas, elle aussi, une exclue?
Simone sait que la France peut avoir le coeur dur. Elle se souvient de l'humiliation faite à sa soeur lors de la libération à la fin de la seconde guerre mondiale.
» Sans Manon, il y a juste l'attente vaine. Des promesses qui ne se réalisent pas. le temps et l'espace qui se déforment. La vie lente. Interminable. qui ne signifie plus rien. »
Autour des thèmes de l'homosexualité, de l'exil, de la différence, de l'abandon, Mounir nous plonge dans l'apitoiement sur soi. La lecture se veut donc assez lourde et lancinante. Mais finalement avec le recul, en reprenant mes notes, je me rends compte que tant d'histoires ( celles de Mounir, de Simone, de Majdouline, la cousine de Mounir, même du jeune Turenne ou des portraits de Fayoum) , de thèmes sont abordés. Au-delà des tourments de cet homme désarmé, épuisé, il faut donc savoir reconstruire l'ossature du texte et saisir le regard sur une France où certains se trouvent réduits à leur identité, leurs actes sans chercher à comprendre la richesse de leur vie.
Lien : https://surlaroutedejostein...
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jack56
  25 septembre 2019
Comme avec les portraits du Fayoum dans le livre, il se passe quelque chose avec Abdellah Taïa lorsque je lis ses livres. Une fascination difficile à expliquer. C'est un peu modianesque. On retrouve les mêmes histoires, les mêmes désillusions.
Ce n'est pas un livre particulièrement gai mais l'écriture y est belle, poétique. C'est un livre intimiste qui donne l'impression de partager un moment privilégié avec l'auteur.
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MaryLico
  26 juin 2020
Je suis un peu déçue de ce roman " La vie lente". J'ai lu beaucoup d'oeuvres de Taia mais ce roman m'a déçue. Mais je trouve un truc intéressant chez Taia et qui me fascine c'est qu'il fait parler les êtres stigmatisés comme les homosexuels, immigrés, voire femmes. C'est intéressant!
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critiques presse (1)
LeMonde   01 avril 2019
L’écrivain marocain, installé en France depuis vingt ans, revient avec un nouveau roman, La Vie lente, qui interroge le repli sur soi.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
rkhettaouirkhettaoui   16 mars 2019
Il a fallu que j’arrive à ce point précis de ma vie, à cet âge, pour que je me tourne vers eux, que je reconnaisse leur humanité, leur histoire, et que, avec une curiosité bienveillante et une humilité sincère, j’aille à côté d’eux réapprendre la vie. Les voir dans les ghettos de la France. Les aimer. De près. De loin. Les enregistrer en moi. Leur donner je ne sais quoi de moi. Construire un pont entre nous.
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rkhettaouirkhettaoui   16 mars 2019
J’étais en apparence si libre à Paris, si maître de moi, si réfléchi, si cultivé, si indépendant. Mais malgré moi une nostalgie du monde d’avant m’habitait désormais jour et nuit. Pas une nostalgie des gens du Maroc et de leur dictature stérile, la famille et tout ça, non, non. Plutôt une nostalgie des sensations fortes, violentes, trop violentes que je ressentais en traversant ce monde. Le monde. Ici, à Paris, on ne me regardait pas, personne ne jouait avec moi, ne faisait attention à moi. Je pouvais passer des jours et des jours sans parler à personne. Que moi à moi. Dans trop de moi.
 
J’étais moi. Et c’est tout.
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jack56jack56   16 septembre 2019
J'étais moi. Et c'est tout. Après avoir tout détruit pour être soi-disant enfin libre, je me rendais compte que je ne construisais plus rien avec les autres, avec le monde. J'avançais. Oui. J'évoluais. Oui. Mais dans la déconnexion, la solitude. Une autre forme de solitude.

page 67
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rkhettaouirkhettaoui   16 mars 2019
Je ne supportais plus cette nouvelle voix dans ma tête. Elle était là tout le temps et elle me disait que j’étais nul, que la France, à vouloir me cultiver, me civiliser, m’avait castré. Mais est-ce que tu te vois un peu, pauvre chose, pauvre et imbécile Mounir ? Regarde. Regarde bien dans le miroir. C’est qui ? Toi ? Non. Non, ce n’est plus toi. Tu n’es plus digne de ce très beau prénom. Mounir. Tu devrais t’appeler Philippe ou Baptiste. Ou alors, tiens, pourquoi pas, Fabien. Cela t’irait mieux. Ce n’est pas possible.
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rkhettaouirkhettaoui   16 mars 2019
Elle me parlait comme on parlait aux indigènes. En mauvais français. Sans le vouloir peut-être, elle avait retrouvé les réflexes pour diminuer l’autre, l’étranger, le colonisé, l’immigré, le ramener à sa vraie place : en situation d’infériorité éternelle par rapport aux autres, tous les autres. Même madame Marty, pauvre Française qui survit depuis les années 1970 dans un studio de 14 mètres carrés, pouvait et savait utiliser parfois le langage des maîtres pour se défendre.
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Abdellah Taïa - Celui qui est digne d'être aimé
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