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EAN : 9782234064430
288 pages
Stock (06/03/2013)
3.47/5   50 notes
Résumé :
VIe siècle de notre ère. L’empire romain d’Occident s’est effondré, laissant place aux instables royaumes « barbares ». Constantinople cependant ne renonce pas à l’espoir de reprendre les territoires perdus. Au coeur de cette époque troublée, déchirée par les dissensions religieuses, deux figures historiques vont tenter de frayer les voies d’une société nouvelle.
Cassiodore, romain de vieille souche, intellectuel et homme d’État passé au service du roi ostro... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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Par Ecriture du monde il faut entendre le monde tel qu'il se construit, tel qu'il se grave dans la mémoire du temps, sachant que « Dieu ne crée que de l'irréparable. La créature est une catastrophe. Et l'existence à laquelle il nous appelle, le destin de chacun, si humble soit-il, consiste à tenter de réparer le dégât d'être né. » Voilà pour Celui qui préside à nos destinées. Il en prend pour son grade avec cette assertion de François Taillandier.

Auteur que j'avais découvert et célébré l'écriture avec son excellente biographie d'Edmond Rostang. Découverte qui m'avait au passage imposé le devoir d'aller visiter la villa Arnaga au pays Basque. Ce que j'ai fait et qui m'avait transporté de ravissement. Je confirme mon goût pour ce genre d'écriture avec cet ouvrage.

Une écriture riche que celle de ce phraseur érudit, une écriture qui pondère des sentences devenues par le fait lourdes de sens, d'une portée invitant à la réflexion. A l'introspection même, lorsque comme tout un chacun on s'interroge sur le sens de la vie et le rôle de la religion face à cette question sans réponse, devenue pour le coup fondamentale. Des religions devrais-je dire d'ailleurs, car dans le domaine de la croyance, il y a pluralité, il y a divergence et contre toute attente intolérance. Et donc malheureusement affrontement.

François Taillandier a choisi deux personnages qui ont laissé leur cicatrice sur la terre dans cette époque succédant tout juste à la chute de l'empire romain et nous ouvre aux formidables bouleversements consécutifs et aux appétits que cela a pu faire naître chez des peuples jusque-là sous domination : Cassiodore, un homme politique lettré qui a servi sous le nouveau maître de ce qui n'est pas encore l'Italie du nord, le roi ostrogoth Théodoric. Et Théolinda qui devint reine des Lombards et jouera un rôle prépondérant dans la conversion de ces « barbares » à la foi chrétienne.

Ce premier tome d'une trilogie que je me fais l'obligation de compléter dans ma PAL ouvre ses premières pages en un temps où la religion chrétienne commence donc à installer ce qu'elle voudrait bien être un monopole sur le vieux continent. En ce sixième siècle de notre ère, elle commence à prendre le pas sur le paganisme, l'arianisme et ne s'attend pas encore à voir poindre une nouvelle concurrente. L'ouvrage se referme sur l'année 630 avec l'entrée de Mahomet à La Mecque à la tête de quelques milliers d'hommes, bien décidé à imposer le culte exclusif d'Allah.

Superbe fresque historique d'un temps pour lequel les références écrites sont rares et sujettes à caution. Tout le talent de l'auteur est dans la précaution qu'il prend avec ces références et dans la crédibilité du liant qu'il applique aux faits avérés.
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Pourquoi ressusciter, dans un roman scrupuleusement historique, mais qui s'adresse à un lecteur du XXIe siècle, le personnage de Cassiodore, surtout connu pour avoir livré au moyen âge un condensé des sept arts libéraux ? Sans doute parce que l'époque de transition dans laquelle il a vécu, au VIe siècle, n'est pas sans rappeler notre époque, où la transmission d'une culture agonisante, la multiplication des contacts entre civilisations, les conflits politiques et religieux, peuvent évoquer les derniers soubresauts d'un empire romain que l'on croyait universel et éternel. L'évocation des « barbares qui piétinent à nos frontières » dans la bouche de saint Benoît ne restera peut-être pas sans échos… Mais surtout, parce que l'expérience d'un homme qui traverse et accompagne la course mouvementée de son siècle, et qui, à l'occasion, l'infléchit, ne peut qu'inspirer un romancier qui a toujours eu une vision d'ensemble de son époque et qui s'est laissé imprégner de ses courants, pour les accompagner ou les dénoncer. Gageons que derrière le jeune Cassiodore soucieux de faire converger les intérêts sociaux et réunir les cultures, se cache la même volonté d'« oeuvrer en conscience, au risque de l'erreur », du romancier impliqué dans son temps. « Nous ne déchiffrons pas ce que nous inscrivons sur le Grand Livre », conclut-il : ce n'est pas la lecture, mais « l'écriture du monde » qui a donné son titre au roman. Nous l'écrivons à l'aveugle, mais sans l'homme, le monde resterait une page blanche. Alors, la question essentielle, pour chacun, est la manière dont il marquera le bref passage qu'il accomplit ici-bas. Pour tous ces héritiers d'un monde en déliquescence, l'effort est le même : « rassembler, pour léguer. » Peut-être est-ce cela que nous ressentons dans l'encyclopédisme brouillon du XXIe siècle.
Disons-le d'emblée : la partie purement historique, qui tente de retracer les grands équilibres des forces en présence, les motivations des personnages, glissements tectoniques qui écrivent le monde, passionnera à coup sûr l'historien par la précision des références et l'intelligence des interprétations. Malgré la clarté de l'exposé, le non spécialiste s'y sentira un peu perdu. Il y reconnaîtra quelques grands noms, saint Benoît, Grégoire le Grand, Justinien ou Boèce, figures imposantes qui servent surtout de prétextes à évoquer les grands domaines culturels ou politiques qu'ils ont fait progresser : la piété monastique ou ecclésiastique, le droit, l'érudition…
L'écrivain s'est amusé, surtout dans les premières pages, à créer une langue plausible et lisible, au léger parfum antiquisant obtenu par un imperceptible décalage lexical ou orthographique, l'usage de mots rares (haret pour chat sauvage) locaux (maremmes), latins (magister pour maître), archaïques (géhenner pour gêner), ou par l'usage discret du subjonctif imparfait. Il n'abuse pas du procédé, se contentant, par passages, de recréer une atmosphère vaguement archaïsante qui crée une atmosphère feutrée. L'écriture du monde passe aussi par l'invention d'une langue.
Derrière cette écriture du monde, c'est la sensibilité d'un personnage que l'on cherche. Et Cassiodore est écrivain. L'écrivain qui l'évoque sait de quoi il parle. En filigrane, nous lisons souvent les affres de la création, les doutes qui saisissent l'auteur lorsque son travail est achevé, « l'effondrement intérieur » de le voir lui échapper, dès qu'il est publié. Et puis, le « petit jeu » du succès, des critiques, des ventes, des réactions des lecteurs… le vieillissement de la cinquantaine, décrit avec une brutale lucidité : « l'abdomen comme une outre usée, veinée de bleu » ; les « misérables et têtus obstacles » qui s'interposent « entre le vouloir et l'agir ». le reflux du corps, le soir, dans la fatigue chaque jour plus vivement ressentie. « Alors vient le sommeil, qui te prend dans ses bras de prostituée sans sexe, et t'engloutit, inconscient, abandonné, infans, dans la matrice du silence et de l'oubli. » Et la hantise, soudain, d'être devenu un coeur desséché, « un inspecteur, un administrateur » qui ne s'exalte plus de tout ce qu'il a vu…
Les pages les plus fortes de ce roman, celles où l'on retrouve la puissance de la Grande Intrigue, sont les évocations grandioses des orgies romaines, ou les quatre rêves prophétiques où Léandre, admirateur posthume de Cassiodore, découvre l'avenir irrémédiable du genre humain. C'est ici que l'écriture visionnaire de François Taillandier se donne libre cours et que le roman prend tout son sens. C'est ici que le romancier vibre, et ne se contente plus, non, d'être « un inspecteur, un administrateur », mais un créateur, au sens plein du terme, qui parvient à faire vibrer le lecteur à l'unisson de sa vision.
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J'aurais bien du mal à faire croire que je n'ai pas aimé ce livre que j'ai dévoré en une journée. Il correspond exactement à ce que j'attend d'un roman historique dans la mesure où il est magnifiquement documenté, suffisamment pédagogique - même si je le déconseille fermement aux non-initiés à l'histoire de cette époque - et à la fois assez romancé pour ne pas être un livre d'histoire simplement informatif et barbant.

Bref, un livre très équilibré de ce point de vue, qui, au travers de trois personnages historiques réels bien que très méconnus, nous laisse entrevoir cette époque intéressante de transition entre l'antiquité et le moyen-âge.

ça, c'était le bon côté. le moins bon côté est ce sentiment de tristesse et de mélancolie avec lequel je clôture ce livre qui parle finalement de la mort, de l'échec, de la vanité des intentions humaines au regard de l'histoire, et de l'oubli. Rien ne subsiste que ces livres, ces écritures, dont il est question tout au long du récit.
J'ai également trouvé que les trois parties étaient très inégales dans leurs écritures et ne semblaient presque pas écrites par la même personne, si ce n'est par cette impression de mélancolie qui s'en dégage.

Bref, si vous êtes déjà érudit en la matière mais qu'un balayage, presque synthétique, de 150 ans d'histoire en une seule lecture vous intéresse, ce livre est pour vous. Si par contre vous espérez passer un bon moment lors d'un roman historique, léger, amusant ou passionnant, allez plutôt lire du Cavanna sur la même époque.
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Alléchée par l'histoire contée par ce livre, les fondements de la civilisation judéo-chrétienne en Europe, j'ai acheté ce livre lors de sa parution.
Attention il s'agit d'un roman de lecture ardue (nombreuses références historiques). L'écriture choisie (peu de dialogues par exemple) en fait un roman ...peu romanesque !!!
Dommage car un style plus fluide, plus proche des protagonistes de cette histoire aurait permis que l'on s'attache aux personnages ...
J'ai continué cette lecture pour en savoir plus sur cette période.
Attention, amateur de roman historique basé sur des intrigues diverses, des histoires d'amours impossibles disposant d'un fond ou d'un contexte historique, passez votre chemin ! Dommage ...
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Marguerite Yourcenar a donné la preuve que le roman historique pouvait être proche de l'essai, que la narration de faits passés et l'évocation des atmosphères des siècles pouvait aller de pair avec une réflexion, et d'une pensée sur l'actualité de l'auteur. "L'écriture du monde" illustre bien cela, et ses récits ont un charme prenant et une puissance de rêve à laquelle je suis sensible. Je vois bien aussi que l'atmosphère de barbarisation, de déculturation, rapproche notre vécu actuel de ce que nous imaginons des V° et V° siècles de Rome. J'aurais aimé toutefois que l'auteur soit plus attentif à éviter les anachronismes, dont la tentation est grande dans ce genre de sujet.
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critiques presse (4)
LeFigaro
06 mai 2013
Aventures fascinantes, prose élégante, ambitions tenues: ce roman est un hymne à l'écriture - celles de Dieu, des hommes, de l'écrivain. Avec lui nous traversons le VIe siècle, de Rome à Byzance, immergés dans une fresque foisonnante peuplée de rois, de prêtres, d'assassins, de papes et de mendiants.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lexpress
06 mai 2013
L'écriture du monde est riche en faits historiques, d'un style dynamique, d'un vocabulaire précis, le ton n'est jamais pédant ni empesé malgré l'érudition remarquable de son auteur.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lhumanite
02 avril 2013
Un projet d’une considérable ambition, dont cette première livraison apparaît tout simplement remarquable. Fouillée et captivante, portée par un formidable sens du détail comme de la synthèse. Dans une langue non seulement belle et continûment juste, ajustée à la hauteur du propos, mais aussi chargée d’émotion et d’intelligence.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
LeMonde
18 mars 2013
Le roman peut, d'aventure, nous apprendre deux ou trois choses sur l'Histoire. Il peut surtout, quand il est porté aussi haut que François Taillandier le porte, témoigner, face aux agonies dont l'Histoire est le récit toujours recommencé, de l'indestructible vitalité des hommes.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Il approfondit vers ce temps-là une intuition ancienne, au point qu'elle prit en lui les caractères d'une conviction, et même d'une évidence: il est des intérêts humains trop décisifs pour être subordonnés à l'idiotie politique. Le mot intérêt était faible: c'est de l'homme qu'il s'agissait. Le devenir moral d'une société, le sens qu'elle fournit au simple fait de vivre, la place qu'elle attribue aux actes de chacun, les notions qu'elle implante en chaque conscience, les lois par lesquelles elle s'oriente et cherche le salut commun, tout cela requérait d'autres soins que ceux de l'administration et de la guerre, et le cheptel humain avait besoin d'autres bergers que des monarques, des sénateurs, des généraux et des logothètes.
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En dépit des erreurs et des brutalités de ses dernières années, Théodoric avait assuré trente années de paix à la péninsule. Les Italiens lui en savaient gré, ils s'étaient accoutumés à ce régime ; il était prévisible qu'ils accueilleraient fort mal une intervention de Constantinople. Les grands principes ne comptent pas pour la masse : n'importe quel régime politique s'impose, du moment qu'il assure une vie quotidienne à peu près tranquille à des gens moyens.
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Et cette autre, selon eux était une princesse.
C'était de cela qu'on parlait, lorsque son père la faisait amener devant sa cour, c'était cela qu'on saluait en elle. Elle était princesse, fille de Garibaldi, roi des Bavarii. Elle avait admis ce privilège (car on lui donnait fièrement à comprendre que c'en était un) avec la placidité des enfants ; un enfant à qui l'on dirait qu'il est Dieu ou Satan lui-même, il n'en douterait pas.
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Vidéo de François Taillandier
Maison de la poésie (4 juin 2019) - Texte et Lecture de Alban Lefranc, extrait du Dictionnaire des mots parfaits (dirigé par Belinda Cannone et Christian Doumet, éd. Thierry Marchaisse, parution mai 2019).
Le Dictionnaire des mots parfaits :
Pourquoi certains mots nous plaisent-ils tant ? S?adressant à notre sensibilité, à notre mémoire ou à notre intelligence du monde, ils nous semblent? parfaits. Bien sûr, parfait, aucun mot ne l?est ? ou alors tous le sont. Pourtant, chacun de nous transporte un lexique intime, composé de quelques vocables particulièrement aimés. Après ceux consacrés aux mots manquants et aux mots en trop, ce troisième dictionnaire iconoclaste invite une cinquantaine d?écrivains à partager leurs mots préférés. Il vient parachever une grande aventure collective où la littérature d?aujourd?hui nous ouvre ses ateliers secrets.
Auteurs : Nathalie Azoulai, Dominique Barbéris, Marcel Bénabou, Jean-Marie Blas de Roblès, François Bordes, Lucile Bordes, Geneviève Brisac, Belinda Cannone, Béatrice Commengé, Pascal Commère, Seyhmus Dagtekin, Jacques Damade, François Debluë, Frédérique Deghelt, Jean-Michel Delacomptée, Jean-Philippe Domecq, Suzanne Doppelt, Max Dorra, Christian Doumet, Renaud Ego, Pierrette Fleutiaux, Hélène Frappat, Philippe Garnier, Simonetta Greggio, Jacques Jouet, Pierre Jourde, Cécile Ladjali, Marie-Hélène Lafon, Frank Lanot, Bertrand Leclair, Alban Lefranc, Sylvie Lemonnier, Arrigo Lessana, Alain Leygonie, Jean-Pierre Martin, Nicolas Mathieu, Jérôme Meizoz, Gilles Ortlieb, Véronique Ovaldé, Guillaume Poix, Didier Pourquery, Christophe Pradeau, Henri Raynal, Philippe Renonçay, Pascale Roze, Jean-Baptiste de Seynes, François Taillandier, Yoann Thommerel, Laurence Werner David, Julie Wolkenstein, Valérie Zenatti
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