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Citations sur Histoire du christianisme en France (17)

AuroraeLibri
AuroraeLibri   09 octobre 2017
Les controverses théologiques, en revanche, touchent peu la masse des chrétiens. Avant la fin du Ve siècle, la conversion des barbares ariens n’est pas à l’ordre du jour. De même, les évêques semblent peu intéressés par les débats sur la nature du Christ qui agitent l’Orient. En 451 cependant, 44 prélats gaulois, réunis au concile d’Arles, souscrivent à la formule de foi énoncée par le pape Léon dans le Tome à Flavien et professent dans le Christ une seule personne en deux natures distinctes. Les Gaulois sont plus intéressés par la controverse, née des écrits de Pélage et d’Augustin, sur le rôle du libre arbitre et de la grâce dans l’œuvre du salut. Dès 429, un concile envoie Germain d’Auxerre et Loup de Troyes en Bretagne pour combattre le pélagianisme. Au contraire, à la même époque, les milieux monastiques du Midi, avec Cassien et Vincent de Lérins, s’élèvent contre la doctrine augustinienne qui rend vains les efforts ascétiques de l’homme non prédestiné. Il y a en effet de quoi décourager les vocations monastiques mais aussi, plus généralement, les efforts des fidèles, quand le débat finit par arriver jusqu’à eux. C’est ce que découvre Fauste, ancien abbé de Lérins devenu évêque de Riez, lorsqu’il apprend, vers 470, qu’un prêtre de son diocèse pousse à l’extrême les idées d’Augustin sur la prédestination. Il faut vite arrêter la contagion : Fauste réussit, non sans peine, à convaincre Lucidus de condamner à la fois ceux qui nient la nécessité de la grâce et ceux qui croient à son caractère sélectif. Puis un concile « de toutes les Églises des Gaules », réuni à Arles par l’évêque Leontius, proclame l’indispensable coopération de la grâce divine et des efforts de l’homme. Ces questions relatives aux conditions du salut troublaient vraisemblablement une grande partie des chrétiens, comme le montrent les inquiétudes dont un certain Paulinus fait part avec angoisse au même Fauste : la pénitence demandée sur le lit de mort est-elle sans valeur ? Les péchés de la chair vouent-ils à l’enfer éternel le chrétien qui n’a pas eu le temps de faire pénitence ? Si oui, quelle est la différence avec les impies ? Le chrétien pécheur ne peut-il expier ses fautes entre la mort et la résurrection (le futur purgatoire) ? Mais Fauste, malgré le canon 11 du concile d’Orange et les directives pontificales, nie toute valeur à la pénitence in extremis : celui qui n’a pas fait la pénitence appropriée est voué aux supplices éternels, gradués selon l’importance des fautes commises, donc encore plus insupportables pour les impies. Entre la mort et la résurrection, ceux qui sont déjà condamnés par leurs vices se préparent au châtiment « dans l’incendie de leur conscience », tandis que les pécheurs ordinaires se préparent au Jugement.

Chapitre 1 - Les premières communautés chrétiennes de la Gaule, des origines au Ve siècle
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AuroraeLibri   08 octobre 2017
En dehors de Lyon et de Vienne, il faut attendre le milieu du IIIe siècle pour trouver trace d’autres communautés chrétiennes en Gaule.

Chapitre 1 - Les premières communautés chrétiennes de la Gaule, des origines au Ve siècle
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AuroraeLibri
AuroraeLibri   09 octobre 2017
Les évêques travaillent aussi à l’affermissement spirituel de leur troupeau par leur prédication. Sidoine Apollinaire vante ainsi l’éloquence efficace de Principius de Soissons dont l’enseignement inculque la vraie foi et dont les exhortations guident les fidèles sur les chemins de Dieu. Les conseils moraux sont au cœur du recueil de sermons attribués par la tradition manuscrite à Eusebius Gallicanus mais rédigés en réalité par plusieurs pontifes. L’un d’eux, œuvre sans doute de Fauste de Riez, prononcé lors de la fête des Maccabées, reflète bien les progrès de l’Église, enracinée désormais dans le quotidien. Malgré l’identité des personnages célébrés, le modèle proposé n’est pas le martyre mais celui de la mère qui a su éduquer correctement ses enfants. Dans chaque Église, l’enseignement est renforcé par la mise en place d’un calendrier liturgique qui honore tout au long de l’année non seulement les saints bibliques universels mais aussi les saints propres à chaque communauté : tous sont proposés en modèle à imiter, comme l’atteste la rédaction de Passiones, telle la Passio Saturnini (de Toulouse), ou de Vitae, telles la Vita s. Honorati par Hilaire d’Arles ou la Vita s. Germani Autissodoriensis par Constance de Lyon.

Chapitre 1 - Les premières communautés chrétiennes de la Gaule, des origines au Ve siècle
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AuroraeLibri
AuroraeLibri   09 octobre 2017
Les Gaulois sont vite persuadés de la réalité de ces pouvoirs mais pensent que des saints locaux seraient, en tant que concitoyens, encore plus efficaces. Or, au début du Ve siècle, la Gaule manque de martyrs. Ce vide est comblé peu à peu par l’inventiomiraculeuse de corps saints et par l’essor du culte de saints qui, tel Martin, ont « atteint, sans verser le sang, la plénitude du martyre » par leur combat incessant contre le Mal. Le développement de ce culte est orchestré par les évêques qui, pour des raisons diverses bien analysées par Brigitte Beaujard, en sont les véritables « impresarii ». À Tours, un petit sanctuaire est rapidement construit au-dessus de la tombe de Martin, mais c’est surtout Perpetuus qui place la cité sous la double protection des apôtres et de Martin en édifiant, entre 458 et 467, deux somptueuses basiliques et en organisant un calendrier festif.
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AuroraeLibri
AuroraeLibri   09 octobre 2017
Dans la tourmente, les communautés chrétiennes trouvent force et réconfort auprès de saints protecteurs. Le culte des martyrs apparaît tardivement en Gaule, mais il y connaît un développement rapide, sans doute sous l’influence d’Ambroise dont la découverte des corps de Gervais et Protais à Milan en 386, puis d’Agricola et Vital à Bologne en 393, eut un grand retentissement. Faute de martyrs locaux, on eut en effet d’abord recours à des reliques importées. Ainsi, dès 386, Martin et Victrice reçoivent-ils à Tours et à Rouen des reliques des martyrs milanais ; à Rouen, parviennent aussi des reliques orientales. En 396, à l’occasion de l’arrivée d’un deuxième lot, Victrice justifie l’introduction de cette nouveauté qui ne fait pas l’unanimité. Certes, ce ne sont que des « restes infimes », « du sang et de la terre », mais il s’agit de « quelque chose » d’où irradie la puissance de Dieu. Les martyrs, remplis de puissance divine de leur vivant, ont vaincu la mort : ils sont « vivants », ils ont gardé « toutes leurs vertus », chaque parcelle de leur corps est remplie de « la substance de la lumière », « attachée par un lien à toute l’envergure de l’éternité ». Le contraste stupéfiant entre la modestie de la relique et l’ampleur de sa virtus met en valeur l’extraordinaire miséricorde de Dieu. Par « la vertu de l’esprit », le corps qui a tant souffert guérit le corps de celui qui souffre. C’est pourquoi, « les reliques apportent un soulagement aux malheureux », les martyrs « défendent, purifient, protègent ».

Chapitre 1 - Les premières communautés chrétiennes de la Gaule, des origines au Ve siècle
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AuroraeLibri   09 octobre 2017
Le monachisme se développe en effet en Gaule dès la seconde moitié du IVe siècle. La première trace en est l’ermitage fondé vers 360 par Martin près de Poitiers, à Ligugé, où des disciples viennent rapidement le rejoindre. Devenu évêque, l’ancien soldat continue de vivre en moine dans le monastère qu’il fonde à Marmoutiers et que fréquenta Sulpice Sévère. D’après ce dernier, « 80 disciples s’y formaient à l’exemple de leur bienheureux maître. » Mais le plus célèbre monastère gaulois est sans conteste celui qui fut fondé par Honorat dans l’île de Lérins (au large de Cannes) vers 400-410. Son rayonnement spirituel et intellectuel est immense et beaucoup des moines qui y font retraite deviennent ensuite évêques, tels Honorat lui-même, puis Hilaire à Arles, Loup à Troyes, Eucher à Lyon, ses deux fils, Salonius et Veranus, à Genève et peut-être Vence, ou encore Fauste à Riez.

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AuroraeLibri   08 octobre 2017
D’où venaient les premiers évangélisateurs ? Ils étaient peut-être originaires d’Asie Mineure, puisque la lettre des survivants est envoyée aux frères d’Asie et de Phrygie et que Pothin porte un nom grec ; mais ils avaient probablement fait escale à Rome. On est en effet frappé par les liens précoces entre Lyon et Rome : ainsi, après la tourmente, l’Église de Lyon prie le pape Eleuthère d’avoir « en grande recommandation » son nouveau chef, le « presbytre » Irénée (lui-même venu d’Asie). En outre, dans la querelle pascale, Lyon suit l’usage romain, contre l’usage asiate quartodéciman, qui célèbre la Pâque le quatorzième jour du mois de Nisan. Enfin, Irénée estime qu’il suffit d’être en accord avec l’évêque de Rome pour être en accord avec la Tradition des Apôtres, c’est-à-dire l’enseignement transmis de génération en génération à travers la succession épiscopale.

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AuroraeLibri   08 octobre 2017
Les chrétiens de 177 appartiennent donc à une Église naissante qui utilise le vocabulaire ministériel des premiers temps missionnaires et ne connaît pas encore un cursus hiérarchisé rigoureux.

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AuroraeLibri   08 octobre 2017
(...) : les premiers témoins du christianisme sûrement attestés en Gaule sont les martyrs de Lyon et de Vienne en 177. Les communautés chrétiennes, encore peu nombreuses jusqu’en 314, s’épanouissent aux IVe et Ve siècles, malgré l’installation des barbares en Gaule au Ve siècle qui modifie la situation.

Chapitre 1 - Les premières communautés chrétiennes de la Gaule, des origines au Ve siècle
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AuroraeLibri   08 octobre 2017
L’historien doit éviter de se transformer en journaliste ou en prophète, et son rôle n’est pas de porter un jugement sur les transformations en cours, encore moins de prévoir leurs aboutissements. Mais la considération des crises profondes qu’a traversées le catholicisme français, en particulier depuis 1789, et des renaissances qu’il a connues à l’issue de tribulations qui semblaient annoncer sa disparition prochaine, devrait au moins permettre de prendre un peu de recul par rapport aux problèmes actuels, en les situant dans une perspective de longue durée où les temps d’épreuves ont été au moins aussi fréquents que les heures de gloire ou les moments de paix.

Préface
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