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EAN : 9782130817833
137 pages
Presses Universitaires de France (08/05/2019)
3/5   2 notes
Résumé :
En 2018, le festival d'Avignon était dédié aux questions de genre et la Manifesta de Palerme à l'écologie. Parallèlement à ce nouvel art militant émergent de nouvelles formes de censures (boycott des films de Woody Allen ou de Roman Polanski, pétition pour le retrait d'un tableau de Balthus, annulation de la pièce Kanata de Robert Lepage...). Après des décennies d'art formaliste, autoréflexif ou transgressif, l'art le plus contemporain se trouve plongé dans une atmo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
pleasantf
  12 octobre 2019
L'auteur constate l'apparition d'un art militant et de formes intransigeantes de critique qui reflètent selon elle une atmosphère grandissante de moralisation autour du monde de l'art contemporain. Dans cet essai, elle se demande si l'art peut se donner des buts éthiques et s'il peut être jugé sur des critères moraux.
Son point de départ est un état des lieux. Ces 10 dernières années, Un certain art a occupé des terrains sociétaux : le combat LGBT, la cause féministe, la lutte postcoloniale, la question des migrants, l'écologie. Et cet art engagé a reçu le soutien des institutions culturelles. Parallèlement des formes de censure et de protestation radicale, une certaine forme d'intolérance peut-on dire, face à certaines oeuvres ou certains artistes sont devenues plus fréquentes.
Carole Talon-Hugon (CTH) fait alors un détour par l'histoire. Elle rappelle la spécificité de l'art moderne : l'évaluation des oeuvres selon des critères extérieurs à l'art y est devenue illégitime. L'art moderne, devenue une activité autonome, n'avait pas â être jugé selon des critères moraux. Les avant-gardes modernistes ont fait naître différents mouvements essentiellement préoccupés de faire de l'art pour l'art et très éloignés de toute question morale. Pourtant certaines avant-gardes ont cherché la transgression et la subversion en s'attaquant volontairement à la morale, au bon goût et aux conventions sociales. Traditionnellement il était très largement admis que la modernité artistique allait de pair avec l'absence de censure et de critique sur des critères moraux.
Le tournant moralisateur récent semble donc marquer une rupture avec l'ère moderne. Pourtant CTH montre que la période moderne est une exception au regard de l'histoire de l'art. La peinture et la sculpture classiques avaient des ambitions éthiques et elles pouvaient être jugées selon des critères moraux. La situation actuelle renoue-t-elle pour autant avec la situation d'avant le XXème siècle ? Non nous dit l'auteur car dans la plupart des cas ce sont des causes propres à certains groupes humains spécifiques et non propres à l'ensemble de l'humanité que défendent aujourd'hui l'art engagé et la critique morale.
Arrivée à ce point, CTH se demande si l'art du XXIème siècle appelé sociétal est efficace, à savoir s'il peut réellement atteindre les objectifs qu'il se fixe, c'est-à-dire, pour simplifier, rendre l'homme meilleur. Il est aujourd'hui souvent sous-entendu que les artistes ont le pouvoir de changer les choses (dans le sens du bien). La question n'est pas nouvelle. CTH commence par disqualifier certaines théories historiques qui défendent l'efficacité morale de l'art (Schiller et le pouvoir de la beauté sur l'éducation éthique, Adorno et l'autonomie de l'art comme moyen de résister à l'aliénation) car celle-ci y est indirecte et peu liée au contenu des oeuvres. La démonstration s'attaque alors à l'efficacité du contenu. L'efficacité supposée d'une oeuvre peut difficilement jouer sur un plan cognitif car un spectateur qui ne connaît pas déjà le sujet traité a peu de chances d'y comprendre quoi que ce soit. Dans le domaine classique de la peinture, l'impact de l'art est indéniable sur le plan émotionnel mais cela lui confère-t-il un pouvoir de moralisation ? Rien n'est moins sûr.
CTH se penche alors sur l'efficacité des formes contemporaines que sont les installations et l'art documentaire. Les installations qui visent un effet moral mettent en oeuvre un symbole qui a un sens caché. le problème est que ce sens reste indéchiffrable sans un discours de mode d'emploi, contrairement à l'art classique où les signes se référaient à une tradition et avaient une signification pré-établie. Et même dans les oeuvres de ce type les plus réussies, CTH pense que l'usage d'un symbole est moins efficace que l'emploi d'une référence directe au sujet traité comme dans le photojournalisme par exemple. Quant à l'art documentaire, CTH conclut que l'efficacité éventuelle des documents exposés se fait au détriment de l'efficacité artistique. Elle relativise aussi l'impact le pouvoir de l'art contemporain quand on voit le peu de poids qu'il représente face aux medias de masse.
Dans sa dernière partie, CTH examine la critique éthique d'aujourd'hui et analyse le moralisme radical qui la sous-tend. Elle rappelle que le caractère immoral de certaines oeuvres est incontestable (les pamphlets antisémites de Céline ou Naissance d'une nation, le film raciste de Griffith de 1915). Un oeuvre peut être dite qualifiée d'immorale pour cinq raisons : son contenu, ses effets ‘performatifs' (les actes qu'elle va déclencher), ses effets psychologiques ou émotionnels, son esthétisation inappropriée et le contexte de sa production. Mais cette immoralité n'est pas simple à établir. La critique éthique affirme qu'une oeuvre moralement mauvaise est un oeuvre artistiquement mauvaise. C'est par exemple la position que défendait Tolstoï. CTH s'efforce alors de montrer les impasses où mène le moralisme radical : relecture sans limite de l'histoire de l'art, vision très restrictive, jugement sur des bases subjectives…
Elle conclut en prônant un moralisme modéré, à visée universelle, qui ne soit pas une somme d'éthiques catégorielles qui aboutiraient à une balkanisation de l'art et de la culture.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
pleasantfpleasantf   10 septembre 2019
les pouvoirs de l'art en matière de moralisation ne sont pas inexistants, mais ne doivent pas être surestimés.
En d'autres termes, on ne peut confier à l'art la charge de traiter des problèmes sociétaux qu'il ne peut résoudre.
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Videos de Carole Talon-Hugon (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Carole Talon-Hugon
Peter Handke, Roman Polanski, Woody Allen, Bertrand Cantat ... Faut-il distinguer l'oeuvre de l'artiste ? Assistons-nous à un tournant moraliste ? D'où se produit le jugement ? Peut-on juger des oeuvres de manière uniquement esthétique ? Existe-t-il vraiment un « camp du bien » ? Pour en parler Emmanuel Laurentin reçoit Gisèle Sapiro (Directrice de recherche au CNRS et directrice d'études à l'EHESS au Centre européen de sociologie et de sciences politique), Carole Talon-Hugon (philosophe, spécialiste d'esthétique et de philosophie de l'art) et Eloise Wagner (avocate en propriété littéraire et artistique).
Le Temps du débat d'Emmanuel Laurentin – émission du 10 décembre 2019 À retrouver ici : https://www.franceculture.fr/emissions/temps-du-debat
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