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ISBN : 9791032703625
Éditeur : Editions Ki-oon (04/10/2018)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 86 notes)
Résumé :
En 1931, une expédition de sauvetage découvre le campement en ruines du Professeur Lake, parti explorer l'Antarctique quelques mois plus tôt. Son équipe de scientifiques avait envoyé un message annonçant une découverte extraordinaire avant de sombrer dans le silence... Sur place, des squelettes humains dépouillés de leur chair laissent imaginer les scènes d'horreur qui ont pu se dérouler. Plus perturbantes encore : les immenses montagnes noires aux pics acérés au pi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
Alfaric
  09 octobre 2018
Comme vous le savez l'intertextualité est mon dada donc je suis obligé d'écrire que tout commence en 1838, quand Edgar Allan Poe surprend tout le monde en publiant "Les Aventures d'Arthur Gordon Pym de Nantucket", une histoire inachevée racontant une exploration polaire aux frontières du réel : c'est un choc culturel qui marque Jules Verne, Jorge Luis Borges, Gaston Bachelard et Howard Phillips Lovecraft... Le Maître de Providence qui a révolutionné le genre fantastique reprend et transcende le récit d'origine pour le transposer dans son propre imaginaire horrifique : c'est un nouveau choc culturel qui inspire John W. Campbell, Christian Nyby, John Carpenter et Gô Nagai…
Le récit d'HPL se veut une suite directe de celui d'EAP, mais les variations sur le thème sont désormais tellement nombreuses qu'il faut bien connaître toute les œuvres concernées pour identifier les apports de tel ou tel auteur dans les nouvelles versions de ce qu'il faut bien appeler un Mythe (et ici malgré tous les codes du récit d'exploration à l'ancienne, impossible de ne pas être plonger dans le film d'horreur moderne de John Carpenter) : l'homme qui confronté à l'inconnu se retrouve confronté à lui-même ! Et "Dans les Montagnes hallucinées" c'est loin du soutien et du réconfort de la civilisation qu'en 1931 des pionniers à la fois aventuriers et intellectuels, quelque part les meilleurs des leurs, découvrent dans la douleur que l'homme est immensément loin d'être la mesure de toutes choses, qu'il n'a pas été crée par Dieu à son image et placé au centre d'un univers créé pour son bon plaisir, non face à l'immensité du temps et de l'espace ils ne sont qu'une espèce parmi d'autres et que l'humanité est loin d'être la plus évoluée ou même la plus dangereuse ! A l'image des Martiens de H.G. Wells qui faisaient subir aux Anglais ce que les Anglais avaient fait subir aux Aborigènes d'Océanie, les Choses Très Anciennes d'Antarctique font subir aux Américains que ce que les Américain ont fait subir à leurs découvertes : des tests, des expériences, des dissections et des vivisections... Mais HPL va plus loin encore en s'inspirant du Mythe de Frankenstein avec des êtres antédiluviens à la fois bourreaux et victimes : tout pouvoir rencontre un jour un pouvoir plus grand encore, et en jouant aux apprentis sorciers les Choses Très Anciennes ont donné vie aux créatures qui allaient anéantir leur civilisation toute entière...
Après les médiocres romans graphiques d'Ian Culbard, les mangas de Gou Tanabe sont un véritable retour aux sources du mythe : le Japon est un terre de prédilection pour la culture horrifique, et le mangaka très discret semble s'être spécialisé dans les adaptations de qualité de classiques du genre.
Nous sommes dans l'entre-deux-guerres, et les expéditions se succèdent vers le Pôle Sud pour combler sur le continent blanc les derniers blancs des cartes du monde... Nous suivons celle de l’Université Miskatonic du Massachusetts, financée par la fondation Nathaniel Derby Pickman, quatre professeurs, seize étudiants diplômés, leurs assistants et cinquante cinq chiens qui partent avec deux bateaux et quatre avions. Tout se passe bien, et après avoir établi leur base sur les pentes du volcan Erebus l’équipe du Professeur Lake s'envole pour découvrir un chaîne de montagnes noires, et à l'intérieur des cavernes de celles-ci les reliques de formes de vie inconnues jusqu'à ce jour propres à bouleverser l'Histoire de la Terre ! La découverte aurait eu le même retentissement sur la biologie que les découvertes d’Einstein en avaient eu sur les mathématiques et la physique, si elles ne correspondaient pas à d'inquiétants mythes archéens qui finissent par revenir à la vie...
Ce tome 1 de 300 pages est non seulement très fidèle mais aussi très bien dessiné : malgré les dialogues et les monologues, le premier personnage du récit est l'ambiance lourde et pesante qu'on ne voit même pas s'installer tellement la transition de l'aventure à l'horreur est insidieuse : le silence du continent blanc devient étouffant, on sent le froid mordre, on entend le vent hurler, et la peur, l'angoisse, l'indicible et l'innommable arrivent à grands pas ! C'est vraiment du bon boulot, et je peux à peine regretter un charadesign un peu froid, et un phylactère indiquant plein nord alors qu'on se dirige vers le pôle sud... et pour ne rien gâcher les éditions Ki-oon nous offre une version en grand format reliée cuir (qu'on aurait peut-être pu/dû sortir en 1 seul tome) ! A lire et à relire pour les amateurs d'horreur en compagnie des musiques d'Ennio Morricone composées pour le film culte de John Carpenter...
Lien : http://www.portesdumultivers..
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deidamie
  07 décembre 2018
« Bonjour les Babélionautes ! C'est parti pour une nouvelle critique pleine d'enthousiasme ! Je vais vous parler d'une adaptation en manga des Montagnes hallucinées de Lovecraft, par Gô Tanabe.
-Tiens, encore du Lovecraft ?
-Oui.
Or donc une équipe de l'université Miskatonic monte une expédition pour fouiller et explorer l'Antarctique. Ils emportent avec eux tout le matériel nécessaire. Ce qu'ils vont découvrir dépassent leurs cauchemars les plus fous…
Alors le livre est magnifique, avec une fort belle couverture. On jurerait tenir un ouvrage ancien assoupli par les siècles. Quant à l'histoire, elle est très très bien dessinée.
Voilà, les amis ! A bientôt pour une nouvelle critique, bisous ! *essaie de partir très vite*
-Popopopop ! Où tu vas comme ça ?
-Je ne peux pas rester, je passais juste comme ça, il faut que je file, j'ai… euuuh… le lave-vaisselle sur le feu…
-Mais tu peux pas laisser les gens en plan comme ça, tu dis rien sur le machin !
-Ah non. J'ai pas dit rien. J'ai dit « c'est très bien dessiné ». Pour une bonne raison, d'ailleurs : c'est très bien dessiné.
-M'enfin, Déidamie ! Tu dis ça, tu dis rien ! ‘Faut meubler un peu, faire quelque chose de construit, avec des arguments, tout ça, quoi ! Allez, tu reviens là, et tu dis ce que tu en as pensé.
-Pfffffff. J'ai pas envie.
-Déidamie, fais-le au moins pour le challenge !
-Ah oui. Mmmmh. Bon, d'accord.
C'est très bien dessiné.
-Et ?
-C'est tout.
-Comment ça, c'est tout ?
-Ben c'est tout. Je n'ai rien à dire de plus. Tu comprends pourquoi je voulais pas la faire, cette critique ?
Je n'ai rien ressenti, si ce n'est de l'admiration pour le trait du mangaka, bien que certains de ses visages jurent, à mon goût, avec le réalisme qu'il essaie de donner à son trait.
-Mais c'est pas possible, même Télérama a aimé !
-Je suis formelle, voici les résultats de l'électroémotigramme. C'est tout plat.
-Nom de Zeus, tu as raison ! Attends… j'aperçois un pic, là…
-Oui. Sur une page.
-Et là ?
- Là, je me suis glacée d'horreur, en effet. Sinon, c'est calme comme une école le quinze août.
Je n'ai pas lu l'histoire originale et j'ai lu cette adaptation en songeant à ce documentaire sur l'expédition Franklin. Elle était constituée de brillants éléments, qui organisèrent leur départ dans l'euphorie des découvertes à venir, puis ils moururent tous de maladie, de faim, de folie et de froid.
Je me souviens dans ce documentaire d'un puissant contraste entre l'état de ces hommes au départ et à l'arrivée. Il était si considérable qu'on ne pouvait que se sentir horrifié par leur terrible fin.
Je m'attendais à éprouver quelque chose de similaire avec ce livre, (« Je vais tous les aimer, ils vont tous souffrir et ça va être délicieusement affreux »), hélas, rien ne se passa de la sorte. Je suis constamment restée à l'extérieur de l'histoire, sans pouvoir m'attacher aux personnages, sans admiration pour leur courage, sans petite nuance pour les rendre chers à mon petit coeur. Rien.
En tout cas, c'est bien dessiné. Toutefois, ça reste très noir.
-Ah ben, Lovecraft, il n'est pas célèbre pour avoir créé My Little Pony…
-Oui, mais non ! C'est pas ce que je veux dire. le dessin – très bien au demeurant – est en noir et blanc. Parfois, il est tellement noir que j'ai du mal à déchiffrer les paysages ou les créatures, je les distingue mal dans tout ce noir.
Je suppose qu'après l'intensité de Providence il n'était pas possible de m'offrir une adaptation aussi satisfaisante, même très bien dessinée.
Je lirai la version prose, bien sûr. Pas tout de suite pour laisser reposer un peu, mais j'y viendrai. Je ne pense pas que je terminerai le manga, bien que cela me chagrine de rester aussi glaciale face à une oeuvre qui devrait me faire vibrer. »
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nebalfr
  20 octobre 2018
J'aime mes amis ! Et, ces deux dernières semaines, une bonne dizaine d'entre eux au moins m'ont contacté d'une manière ou d'une autre en me disant, en gros : « Es-tu au courant ? Est-ce que tu as lu ça ? Il faut lire ça ? », etc. Eh bien, oui, du coup ! Uh uh. Faut dire, Lovecraft + manga dans l'actualité, je ne pouvais sans doute pas me permettre de passer à côté…

Et ce même si ma première expérience avec Tanabe Gou adaptant Lovecraft, toute récente, soit The Outsider (la nouvelle-titre de ce recueil), ne m'avait pas vraiment emballé... En même temps, le très beau dessin de la dernière histoire du recueil, « Ju-ga », m'avait beaucoup plu et donné envie de redonner une chance à l'auteur – et notamment en matière de lovecrafterie ; car je savais alors, grâce à l'excellente revue Atom, qui lui avait consacré une belle interview, qu'il avait, depuis The Outsider, réalisé bien d'autres adaptations de Lovecraft, et qu'une traduction française était prévue.

Ce sont donc les éditions Ki-oon (que je n'avais jamais pratiquées il y a quelques mois à peine, mais depuis la sublime Emanon est passée par là) qui se sont lancées dans l'entreprise, et en commençant par Les Montagnes Hallucinées, donc – ce premier volume venant tout juste de sortir (combinant deux volumes japonais). le « roman » de Lovecraft devrait être conclu dans un deuxième tome français, mais l'intitulé général de la « série », Les Chefs-d'oeuvre de Lovecraft, laisse entendre que nous aurons droit également au reste – des histoires courtes en fait antérieures (pour la plupart du moins) à cette adaptation d'At the Mountains of Madness : des choses comme « Le Temple » (adapté dès 2009), ou « Le Molosse », ou « Dagon », et aussi des plus « grands textes », sauf erreur, comme « Celui qui chuchotait dans les ténèbres » ou « La Couleur tombée du ciel » ? Nous verrons bien. D'ores et déjà, nous pouvons cependant féliciter l'éditeur pour avoir conféré à cette publication un écrin digne de ses ambitions, avec son format intermédiaire séduisant et cette couverture en simili-cuir souple du plus bel effet.

Bon, je ne vais pas vous faire l'affront de présenter plus avant l'histoire des Montagnes Hallucinées, hein, c'est un des plus fameux textes de Lovecraft, et j'ai eu bien des occasions d'en toucher quelques mots depuis que ce blog existe…

Ce qu'il me faut relever, je suppose, c'est combien ce récit, plutôt long pour l'auteur, est particulièrement intéressant, dans l'ensemble du corpus lovecraftien, pour sa dimension visuelle – qui n'en rend cependant pas l'adaptation plus évidente, loin de là. À vrai dire, des « grands textes » de Lovecraft, et pour s'en tenir à la bande dessinée, ce n'est pas exactement celui qui a donné lieu aux plus nombreuses transpositions – sauf erreur, Breccia comme Lalia l'ont laissé de côté (mais je me plante peut-être, j'avais lu ça il y a très longtemps – je vous recommande quand même, et une fois de plus, le splendide travail de Breccia), même si l'on compte l'étrange adaptation par I.N.J. Culbard, dont la proposition graphique pour le moins étonnante m'a tenu à l'écart (peut-être à tort). En même temps, le texte a pesé de toute son ambiance sur des transpositions moins avouées même si guère hermétiques pour autant – comme, à l'évidence, au cinéma, The Thing de John Carpenter (et Tanabe Gou ne fait pas mystère de ce que cet excellent film l'a inspiré pour sa BD) ; et l'on ne manquera pas, bien sûr, d'évoquer le projet avorté de Guillermo del Toro – dont l'ambition même, en même temps que les freins qui y ont été opposés, sont autant de témoignages de la place très particulière occupée par Les Montagnes Hallucinées dans le « Mythe de Cthulhu » et bien au-delà.

Mais cette dimension visuelle aussi enthousiasmante que redoutable englobe plusieurs caractéristiques différentes. Les Montagnes Hallucinées, tout particulièrement, est un texte essentiel dans toute analyse de « l'indicible » lovecraftien – celui qui, d'une certaine manière, prend le contrepied de « La Couleur tombée du ciel », mettons (texte autrement plus convaincant que… « L'Indicible »), en montrant les… eh bien, les monstres, sans cesse, et avec un luxe de précisions inouï (pensez à l'immortelle scène de dissection) ; pour autant, cette méticulosité même ne rend pas la figuration plus facile – et c'est même tout le contraire ! Pour résumer à la hussarde le procédé, Lovecraft dit qu'une chose est indicible, puis la dit quand même, mais de telle sorte qu'elle est encore plus indicible et fondamentalement incompréhensible pour le lecteur. le péril de l'adaptation est donc là : il faut, à la fois, ne pas trop montrer, afin de susciter une ambiance, et montrer quand même, mais sans que jamais le lecteur ne puisse véritablement comprendre et intégrer ce qu'on lui montre.

Et, pour le coup, Tanabe Gou s'en tire remarquablement bien à cet égard : les Choses Très Anciennes ont chez lui une manière intrigante de se fondre dans le décor, et pourtant d'être inéluctablement présentes. Chapeau, parce que l'exercice n'a rien d'évident – et maint dessinateur moins doué, confronté aux improbables créatures de Lovecraft, aurait été contraint à une figuration grotesque et potentiellement ridicule, les exemples ne manquent pas ; mais non, chez Tanabe, elles ont exactement la forme et la présence, donc, qui doivent être les leurs. Et donc l'angoisse, voire la terreur, qui leur sont associées.

Mais il faut bien sûr mentionner l'autre trait visuel essentiel des Montagnes Hallucinées, qui est le cadre antarctique du récit – littéralement l'environnement le plus hostile que l'on puisse concevoir. Là encore, Tanabe Gou subvertit intelligemment les représentations que nous pouvons nous en faire, en teintant la démesure de ce contexte d'une certaine ambiguïté particulièrement troublante : il se montre notamment habile quand il introduit dans l'illustration les aperçus des montagnes titanesques qui donnent son titre au texte, mais aussi en laissant d'emblée entendre que l'artifice y sa part – ce qui est tout naturellement perçu comme autant de « mirages » dans un premier temps (on y revient régulièrement) s'avère petit à petit bien autrement concret, et les scientifiques tels que Dyer et Lake devinent bientôt, mais sans oser se l'avouer, ce que le lecteur sait quant à lui très bien : ces formes étrangement géométriques ne doivent rien à la nature… et pourtant rien à l'homme non plus. Tanabe Gou livre de belles planches panoramiques qui sont autant de troublants aperçus des montagnes et de la cité, et qui saisissent le lecteur comme un coup de froid et de fièvre, où le malaise perce, qui noue les tripes, et pourtant s'accompagne d'une fascination de tous les instants.

C'est que cela va au-delà. J'ai déjà eu l'occasion de dire combien le milieu polaire, arctique comme antarctique, me passionnait, aussi bien envisagé de manière réaliste (je vous renvoie par exemple à L'Odyssée de l' « Endurance » de Sir Ernest Shackleton, ou aux Derniers Rois de Thulé de Jean Malaurie) que de manière plus romanesque, horrifique (Terreur de Dan Simmons – l'adaptation en série est pas mal du tout, au passage) ou pas (Court Serpent de Bernard du Boucheron) – il n'y a rien d'étonnant, dès lors, à ce que je prise au plus haut degré Les Montagnes Hallucinées comme The Thing de Carpenter. Et l'idée, littéralement, de ces derniers « blancs » sur la carte qui resteront de toute façon blancs m'excite au plus haut point – comme elle excitait beaucoup de monde du temps encore de Lovecraft, avec par exemple les expéditions de l'amiral Byrd, qui l'ont beaucoup inspiré. Bien sûr, Lovecraft, ici, avait des devanciers – Poe avec Arthur Gordon Pym, qui lui a fourni un prétexte référentiel, ou même Jules Verne, avec la « suite » qu'il en avait écrite, le Sphinx des glaces ; mais il a su rendre l'Antarctique plus palpable, effrayant et magnifique en même temps, en l'envisageant au prisme de la science. Et ça, c'est une chose qu'a très bien intégrée Tanabe Gou, aussi bien dans le dessin que dans le scénario : dans cette adaptation, la science est toujours là, à chaque page, et elle est un outil singulier mais d'autant plus pertinent pour susciter cet effroi mêlé d'émerveillement, cette terreur au sens fort, si caractéristique du « roman » de Lovecraft – disons sa version très personnelle et subtilement pervertie du « sense of wonder » classique de la science-fiction.

Tous les développements de ces derniers paragraphes convergent vers un même constat : l'extrême fidélité de Tanabe Gou au texte de Lovecraft. Il ne s'autorise qu'assez peu de libertés, ai-je l'impression – et, quand il y en a, elles sont suffisamment subtiles pour se mouler dans la conformité générale au texte source. On peut relever, par exemple, ce prologue très bienvenu, qui fait débuter l'histoire à la découverte, par l'expédition de secours menée par Dyer, du camp de Lake déserté et visiblement le théâtre d'atrocités ; d'aucuns trouveront peut-être que Tanabe en dit (et montre) trop de la sorte, mais je crois le procédé pertinent – et très lovecraftien, en fait : c'est une variation sur « l'attaque en force » typique de l'auteur, même si, pour le coup, il n'en fait pas précisément usage dans Les Montagnes Hallucinées ; et c'est de toute façon une manière efficace d'accrocher le lecteur, en lui laissant entrevoir d'emblée l'horreur absolue du récit, ce qui autorise ensuite l'auteur à raconter ce qui s'est passé avant cet événement traumatique, et ce en prenant son temps – ce qui est là encore tout à fait bienvenu. Au-delà de cette scène en tant que telle un peu à part, la BD fait le choix d'une narration plus impersonnelle que le « roman », qui, comme assez souvent chez Lovecraft, est un témoignage a posteriori à la première personne – mais la narration BD en bénéficie probablement (les dialogues, notamment).

Cette extrême fidélité convaincra plus ou moins, fonction des attentes des lecteurs. Il s'en trouvera peut-être pour juger que Tanabe Gou s'est montré un peu trop timide… Mais je ne crois pas, pour autant, qu'on puisse parler d'une adaptation « fainéante » : l'auteur s'est vraiment appliqué et impliqué, il a bien étudié le texte, il l'a compris, et a compris les sensations qu'il lui fallait produire de même que les procédés, graphiques comme narratifs, qui le lui permettraient. de fait, l'adaptation ne se montre pas ici aussi aventureuse que dans The Outsider, qui s'autorisait quelques prises de risque bienvenues – mais le résultat global est autrement convaincant dans Les Montagnes Hallucinées.

Au-delà de cette question de la fidélité, je suppose que la BD n'est pas exempte, çà et là, de menus défauts que l'on grossira plus ou moins, là encore, fonction des attentes de chacun. Si le dessin est globalement magnifique, vraiment, il a aussi parfois un côté un peu « statique », voire « monolithique », qui ne rend pas toujours très lisibles les scènes où les choses « bougent » ; mais, certes, il n'en est pas 36 000 chez Lovecraft en général et dans ce récit en particulier, aussi est-ce de peu d'importance. Je suis autrement plus sceptique en ce qui concerne les yeux sempiternellement fous du Pr Lake, qui contribuent, malgré sa compétence scientifique, à en faire un personnage un peu (trop) grotesque (le poète Danforth s'en tire mieux, car plus subtilement – dans ce premier volume du moins, ça aura éventuellement l'occasion de changer dans le second…). Maintenant, on avouera que Lovecraftlui-même ne brillait certainement pas par la caractérisation de ses personnages : je rejoins toujours Houellebecq, parmi d'autres, considérant que le personnage lovecraftien n'a au fond pas d'autre fonction que de ressentir et, éventuellement, de témoigner. Ça n'est donc pas si gênant.

Et, oui, globalement, j'ai beaucoup aimé ce premier volume des Montagnes Hallucinées – il m'a incomparablement plus séduit que The Outsider, et c'est peu dire. Une très bonne adaptation de Lovecraft – un exercice que l'on sait ô combien périlleux. Et si cette BD n'a en rien les ambitions démiurgiques d'une oeuvre plus « libre » comme l'excellente Providence d'Alan Moore, elle fait plus que remplir très bien son office. J'ai donc hâte de lire la suite – celle des Montagnes Hallucinées, mais aussi les autres adaptations lovecraftiennes de Tanabe Gou, pour le coup.
Lien : http://nebalestuncon.over-bl..
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celindanae
  22 novembre 2018
Les Montagnes hallucinées est un des récits de Lovecraft les plus emblématiques. Il a fait l'objet d'une adaptation en bande dessinée par Ian Culbard (voir ici). Une nouvelle adaptation vient de paraitre le 04 octobre, cette fois en manga par Gou Tanabe qui signe scénario et dessins. Gou Tanabe est un mangaka qui s'est spécialisé dans l'adaptation de nouvelles fantastiques. Cette adaptation comptera 2 tomes et bénéficie d'une superbe édition qui fait penser à un carnet de voyage avec une couverture à effet cuir et un papier de très bonne qualité.
Les Montagnes hallucinées est un court roman de H. P. Lovecraft, paru en 1936 dans plusieurs numéros du magazine Astounding Stories. Ce court roman a été écrit par Lovecraft en 1931. Il est raconté à la première personne par William Dyer, professeur et géologue de la prestigieuse Université de Miskatonic. Dyer fait partie d'une expédition scientifique partie en Antarctique, région encore inexplorée au début du XXe siècle. L'expédition dispose d'un très bon matériel, d'experts en géologie et est prête à affronter le climat de la région. le début de l'expédition se déroule sous de bons auspices et les premières découvertes arrivent. Les membres de l'expédition sont bientôt suite à ses découvertes amenés à se séparer et à explorer des zones où l'homme n'a jamais mis les pieds.
Les écrits de Lovecraft sont réputés très difficiles voire impossible à adapter pour une adaptation graphique ou visuelle car ils reposent beaucoup sur la suggestion ou l'indicible. Cependant, il y a beaucoup de descriptions dans ses textes, et la difficulté vient plutôt à mon sens de trouver le juste milieu dans ce qu'il y a à montrer ou non, et d'arriver à créer une ambiance oppressante. Taches qu'a parfaitement réussi, pour ce premier tome, Gou Tanabe. le récit n'est plus narré à la première personne, ce qui permet de suivre les deux parties de l'expédition. Surtout, les dessins mettent particulièrement bien en avant le caractère inhospitalier des paysages. Cela donne une atmosphère de plus en plus oppressante à mesure que le récit évolue et que la tension monte peu à peu.
Les dessins sont très précis et réalistes, et mettent en valeur les paysages, la nature, les objets. Les personnages sont réussis, mais moins impressionnant que les panoramas. Cela colle tout à fait avec le texte d'origine et contribue à l'ambiance. Les montagnes sont magnifiques avec des traits fins et une richesse de détails, les grands plans sur les déserts de glace et les montagnes sont splendides. Les différents aspects de la neige ainsi que ses impacts sont très réalistes. Les instruments mécaniques, avions, bateaux sont également très bien rendus, avec beaucoup de précision, accentuant le rendu de l'expédition.
Gou Tanabe a parfaitement conservé le lien du texte avec la mythologie lovecraftienne: un des bateaux s'appelle Arkham, les chercheurs viennent de l''université de Miskatonic, et on retrouve le fameux Necronomicon et les anciens connus par certains membres de l'expédition. Un autre aspect bien rendu dans ce manga est la dérive vers la folie de certains personnages, thème cher à Lovecraft.
Ce premier tome de l'adaptation des Montagnes hallucinées est une vrai réussite. Les illustrations en noir et blanc de Gou Tanabe sont parfaites et mettent en avant une atmosphère de plus en plus oppressante. Vivement la suite et conclusion de ce récit.
Lien : https://aupaysdescavetrolls...
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Erilalios
  18 mai 2019
Adapté un des plus célèbre roman du maître de l'horreur en la personne H.P. Lovrecraft n'est pas chose aisée. Pourtant Gou Tanabe l'a fait, et de brillante manière en plus. J'avais lu le roman Les Montagnes Hallucinées dont j'avais fait une critique il y a quelque temps déjà et le livre m'avait plu. J'ai donc voulu voir si l'adaptation en manga tiendrait ses promesses et respecterait le roman. Tout d'abord je dois avouer que les éditions KI-oon qui nous propose des mangas très intéressants à lire nous offre un beau manga de part son aspect simili cuir et d'un livre relié de plus les lettres sont incrustées dans le cuir un bien bel objet.
Passons à l'histoire. Et bien celle-ci respecte la trame du roman où l'on découvre une équipe de scientifiques explorant l' Antarctique dans les année 30 et découvre des matières naturels à travers des immenses montagnes mais qui ne serait pas connu de notre monde. Une partie de l'équipe du professeur Lake menée par le professeur dyer part en expédition pour découvrir ce qui ce qui cache dans ces montagnes. Ils vont faire une découverte stupéfiante mais qui renferme de terribles secrets. Sans nouvelle de l'expédition de Dyer, Lake part donc rejoindre l'expédition accompagné du reste de son équipe. Mais sur place ils y découvrent une scène d'horreur ne sachant pas ce qui a causé ce chaos.
A travers les dessins et l'histoire de Gou Tanabe on retrouve le génie de Lovecraft avec le mythe de Cthulhu, le livre comme le manga m'a fais aussi pensé à Alien sur certains points, on s'interroge aussi sur cette découverte et comment les choses vont se suivre.
Cette version en manga respecte bien l'oeuvre original et saura satisfaire les amoureux de science-fiction et d'épouvante. Hâte de lire le second tome.
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critiques presse (5)
BDGest   22 mars 2019
Un incontournable pour les amoureux de Lovecraft et à recommander sans hésitation pour un public adolescent ou adulte, sensible au genre.
Lire la critique sur le site : BDGest
Elbakin.net   06 décembre 2018
Si vous n’avez jamais lu Lovecraft, cette adaptation constitue peut-être la meilleure porte d’entrée pour comprendre l’esprit de l’auteur, et se laisser prendre au jeu d’un récit d’exploration qui sombre peu à peu dans l’irréel. En tout cas, il s’agit là d’un indispensable pour tout amateur du « Mythe de Cthulhu », une franche réussite qui plaira même les plus réfractaires aux mangas.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Telerama   21 novembre 2018
Maître du noir charbonneux, des ombres écrasantes et du beau bizarre, le mangaka met son trait hyperréaliste au service de l’imagination horrifique de l’auteur de La Couleur tombée du ciel et de L’Appel de Cthulhu. Le résultat est chavirant !
Lire la critique sur le site : Telerama
Bedeo   26 octobre 2018
Si vous aimez les mangas, Lovecraft et les beaux livres, nous vous conseillons fortement de vous rendre dans la librairie la plus proche de chez vous et de vous procurer cette pépite !
Lire la critique sur le site : Bedeo
ActuaBD   23 octobre 2018
Gou Tanabe, que l’on connaît en France pour Kasane (Kana), Mr. Nobody (Doki-Doki) et The Outsider (Glénat), construit l’atmosphère de son récit à coup de panoramas fascinants qui rendent parfaitement le caractère écrasant de ce paysage glacial et désolé, à la fois attirant et comme à jamais hors de portée.
Lire la critique sur le site : ActuaBD
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
AlfaricAlfaric   07 octobre 2018
En raison de son redoutable climat, l'Antarctique garda tout son mystère jusqu'au milieu du XIXe siècle... Puis, peu à peu, les progrès en matière de transport et de communication permirent d’entreprendre des incursions pour arracher leurs secrets aux dernières contrées vierges de la planète.
Le grand public se passionnaient pour le récit, abondamment relayé par la presse, de ces expéditions qui se succédaient à un rythme soutenu...
L'exploration du vaste continent blanc et glacial s'étendant au sud du globe constituait pour l'homme, toujours désireux de repousser les limites de l’inconnu, le dernier grand défi géographique mondial.
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adeline80adeline80   29 janvier 2019
Lovecraft est souvent très laborieux à lire. Son style ampoulé peut en faire abandonné plus d'un à la lecture des ses nouvelles. Et c'est dommage car l'univers qu'il a créer est très intéressant. Alors quoi de mieux, pour faire passer la pilule, qu'une bande dessinée. Eh ben … ça marche! On aurait penser s'ennuyer en lisant cette BD qui se passe en plein froid glacière avec rien à porter de vue. Avec des données scientifiques a ne plus pouvoir en avaler. Et pourtant, on retrouve de l'action, du suspense et surtout de l'émotion. On ressent la folie,la peur et l'inquiétude dans les yeux des personnages et c'est important dans l’œuvre de Lovecraft. Cette BD est un bon moyen de découvrir cette nouvelle du maître de l'épouvante.

Challenge Bande Dessinée 2019
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   25 décembre 2018
La fin du XXe siècle marque le début de l'âge héroïque de l'exploration en Antarctique. De courageux aventuriers nommés Shackleton, Amundsen, Scott ou Byrd accomplirent des exploits hors du commun pour percer les mystères des terres australes et combler les blancs de la carte. (p. 32-33)
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TelKinesTelKines   21 avril 2019
- Des avions en pièces détachées... Eh ben ! Avec des engins comme ça... Les vieux loups de mer comme moi auront bientôt fait leur temps !
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TelKinesTelKines   27 avril 2019
- Par nature, la science est toujours incomplète... Elle progresse au fil des nouvelles découvertes... Il est certain que l'exploration du continent Antarctique permettra de grandes avancées ! Messieurs, notre travail fera date dans l'histoire de l'humanité ! Mais cela n'ira pas sans difficultés... Bien des dangers nous attendent, alors tenez-vous prêts !
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