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EAN : 9791032704899
Éditeur : Editions Ki-oon (19/09/2019)

Note moyenne : 4.28/5 (sur 48 notes)
Résumé :
Certaines choses devraient rester cachées pour l'éternité...
En 1935, au fin fond de l'Australie, le Pr Nathaniel Peaslee recherche avec frénésie les traces d'une civilisation inconnue. Il ne comprend pas pourquoi, mais il connaît ces lieux, comme si un autre avait implanté des souvenirs en lui. Il sait que quelque chose d'aussi mystérieux que terrifiant se tapit, là, dans les profondeurs du sable du désert...

Son monde a été chamboulé près d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
Alfaric
  25 septembre 2019
Le professeur d'économie Nathaniel Peaslee a un malaise durant un cours donné à l'université… Et il se réveille 5 ans plus tard pour découvrir que durant tout ce temps il étudié en autodidacte tous les savoirs possibles et imaginables avec un don des langues inouï, des talents mathématiques hors du commun et une incroyable mémoire eidétique avant de partir en explorations aux quatre coins du monde. Pour ses médecins il s'agit d'un de dédoublement de la personnalité, pour sa femme qui est partie avec leur fille et leur fils aîné il s'agit cas d'usurpation d'identité, pour le père et le fils cadet c'est un mystère et ils se reconvertissent l'un et l'autre dans la psychologie pour le résoudre. Ils traversent la WWI, les Années Folles et la Grande Dépression pour découvrir que ce mystère s'est reproduit siècle après siècle depuis des générations et des générations. Mais c'est quand ils se font une raison et qu'ils acceptent que tout cela est le fruit de leur imagination, un ingénieur australien vient leur prouver qu'ils avaient raison et que la réalité dépasse la fiction !
Étrange homme qu'H.P. Lovecraft capable de créer indéfiniment autant de démons que de merveilles, capable de magnifiques démonstrations d'humanité comme de faire l'apologie de criminels contre l'humanité. "Dans l'Abîme du temps" (traduction maladroite de "The Shadow Out of Time") parue en 1935 est la dernière nouvelle du Maître de Providence, pierre angulaire du genre horrifique qu'il a révolutionné avant de le marquer à tout jamais de son empreinte. Il s'agit un peu de son testament, qui est à la fois le remake et la suite des "Montagnes hallucinées". On retrouve l'expédition dans un lieu reculé voire inaccessible de la planète, la découverte d'une civilisation antédiluvienne pas si disparue que cela, ainsi que l'horreur indicible qui a causé leur perte et qui pourrait causer la perte de l'humanité (sans parler du Professeur Dyers survivant de l'expédition polaire qui ici aide Nathaniel Peaslee à comprendre et à aller de l'avant avant d'achever sa quête de vérité). Alors certes la mise en place du récit est différente mais comme d'autres inspiré du film "Berkeley Square" et de la nouvelle "The Shadowy Thing" : on associe transfert d'âmes et voyages dans le temps et on reconnaît "L'Affaire Charles Dexter Ward" et "Le Monstre sur le seuil", ainsi que plusieurs oeuvres majeures du pape du space opera Edmond Hamilton (on va dire que ces tropes ont fait les beaux des genres de l'imaginaire à l'époque où il n'y avait pas de frontières entre les genres de l'imaginaire). Ensuit il reprend ses thématiques favorites mais avec une inflexion optimiste peu courante dans la mythologie qu'il a façonnée de ses propres mains…
La peur de soi :
Nathaniel Peaslee ne se reconnaît plus, plus il enquête sur lui-même et les 5 années qu'il a perdues et moins il se reconnaît… Sa perception du temps est étrange, et les incroyables visions qui assaillent ses rêves débordent sur la réalité. Qui est-il ? D'où vient-il ? Où va-t-il ? Quel est le vrai et le faux entre celui qu'il a été, celui qui l'a remplacé pendant 5 ans et celui qu'il est aujourd'hui. Notre narrateur ne sait plus s'il fou ou saint d'esprit, où la frontière entre la réalité et ce que son esprit peut inventer, et à un moment s'il est encore humain...
La peur de l'autre :
L'autre c'est l'ennemi, et l'ennemi c'est l'horreur. Les exceptions sont rares dans la bibliographie de l'auteur, et donc d'autant plus marquantes (l'alien perdu en croisade contre les abominations de la Constellation du Taureau, le zombi qui ignorait qu'il était un zombie, le mystérieux sorcier saxon venu du passé). Dans "Les Montagnes hallucinées" les créatures venues du passé n'interagissaient pas directement avec les humains, les traitant comme les humains auraient traité n'importe quelle « espèce inférieure », et même si on apprenait leur histoire et leur destin où elles passaient de maîtres à esclaves, de bourreaux à victimes, elles étaient plutôt moralement neutres par rapports aux autres créatures du mythe elles carrément maléfiques… Dans le présent récit, les créatures venues du passé décrites du manières plutôt positives : des purs esprits en quête de savoir, observant sans intervenir mais défendant la terre contre les envahisseurs octopodes ou reptiliens avec les technologies venues de toutes les civilisations du passé et de l'avenir. Mais tout pouvoir rencontre un jour un pouvoir plus grand, et on prend parti pour elles quand elles affrontent des créatures d'outre-espace encore plus éloignées de nous qu'elles dans l'échelle de l'évolution, et qu'elles choisissent la fuite plutôt que la guerre à outrance. En plus dans leur exode elles auraient pu parasiter l'humanité ce qui nous aurait donné une Histoire Secrète bien paranoïaque que Philip K. Dick aurait adorée, mais elles ont choisi d'habiter la race coléoptère qui succédera à la race humaine (encore une fois l'auteur rend hommage à H.G. Wells et à "La Machine à explorer le temps")...
La peur de l'inconnu :
Chez H.G. Wells comme chez H.P. Lovecraft l'homme n'est plus l'être créé par Dieu à son image qui règne sur une planète créée pour lui et placée au centre de l'univers, mais une espèce comme les autres qui apparaît, évolue et disparaît comme les autres… Mais entouré voire cerné par d'autres espèces bien plus vieilles, bien plus intelligentes et bien plus évoluée que l'humanité. Dans la mythologie créée par l'auteur elles sont le plus souvent malveillantes, et prêtes à écraser les êtres humains comme des insectes dès que les astres seront propices. Mais ici on nous dépeint des explorateurs et des chercheurs plongés dans une éternelle quête de savoir, suivant une éthique stricte et rigoureuse et appliquant une diplomatie claire : ne pas être agresseur et ne pas être agressé… le narrateur les découvre eux et leurs ennemis, et s'ils ne parvient pas à révéler l'ultime vérité à l'humanité c'est peut-être mieux ainsi. Alors certes l'humanité n'est pas grand-chose, et si elle n'est pas seule elle n'a pas forcément que des adversaires indicibles et incommensurables totalement étrangers à notre mode de pensée. Malgré tous les jets de SAN qu'il aura dû effectuer, il trouve ainsi une forme d'équilibre donc de sérénité !

Alors j'ai été très bavard sur l'oeuvre d'H.P. Lovecraft mais que penser de l'oeuvre de Gou Tanabe ? Elle est de qualité, très fidèle et très respectueuse, pleine de bonne volonté et d'humilité. Dans "Les Montagnes hallucinés", les explorateurs étaient un peu les hobbits dans le "SdA" de JRR Tolkien : ils étaient là pour les lecteurs soient à la fois spectateurs et acteurs du drame… Ici le récit est plus intimiste, et nous suivons de manière très touchante la quête d'un père et d'un fils qui veulent découvrir la vérité pour reconstruire leur famille. le mangaka prend tout son temps pour mettre en scène leurs questions, leurs doutes et leurs peines durant les 27 années de tortures psychologiques que subit le narrateur : la mise en scène est très travaillée et très soignée, et pour rien gâcher l'ambiance et le rythme qui s'en dégage sont parfait. Après je ne suis complètement convaincu par ses graphismes en particulier le charadesign, mais le sentiment d'étrangeté qui s'en dégage colle parfaitement aux univers et aux ambiances lovecraftiennes. Par contre les dialogues / monologues sont excellentes : les échanges entre Peaslee et Dyers sont denses et intenses, le monologue final est ciselé de main de maître, et il y a ce passage sur l'Allemagne où on dézingue subtilement mais clairement les accointances douteuses entre le régime nazi et le Maître de Providence. Pour terminer, je n'ai qu'un chose à dire : vivement le prochain ! (car oui, il y a encore d'autres adaptations d'H.P. Lovecraft par Gou Tanabe !)
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Tachan
  09 octobre 2019
Lovecraft est un auteur dont j'ai mis longtemps à découvrir l'univers de peur que ce soit trop sombre et effrayant pour moi. du coup, chaque découverte est assez frappante. Je me rends compte du génie du monsieur disparu quand même au début du XXe siècle et qui a inspiré tant d'auteurs après lui. Ki-Oon met les petits plats dans les grands avec cette série de beaux livres mettant en image ses plus célèbres récits. Après Les montagnes hallucinées, place à Dans l'abime du temps où l'on retrouve le même très beau coup de crayon de Gou Tanabe pour nous embarquer dans une histoire abyssale.
Premier point, encore une fois, l'objet livre est de toute beauté. Même reliure souple et pourtant étonnamment solide que dans Les montagnes hallucinées mais dans un gris correspondant bien au ton et à l'ambiance de l'histoire. L'impression, tout comme la traduction sont impeccables et j'adore le petit effet "collection" que cela va donner dans ma bibliothèque.
Pour ce qui est de l'histoire, on nous replonge dans l'univers propre à Lovecraft fait d'anciennes civilisations de créatures étranges qui peuplaient la Terre à un âge inconnu et qui ont laissé des traces mystérieuses que seuls certains scientifiques peuvent reconnaitre et poursuivre. Pour ceux ayant lu Les montagnes hallucinées les points communs sont nombreux et pour autant le titre est très différent.
Cette fois, l'auteur s'intéresse à la possession et au voyage dans le temps de façon assez différente de ce que l'on peut connaitre. le héros est un économiste célèbre qui se réveille 5 ans après avoir fait un malaise et découvre que pendant ce temps-là une créature d'un autre âge habitait son corps. S'en suit une sorte de voyage à la fois en lui-même et dans les abimes du temps pour découvrir cette étrange créature, ses congénères et les mystères qui les entourent. On est à la fois dans de la SF, du récit d'aventure à la Indiana Jones mais également dans quelque chose de bien plus intime et psychologique qui fait s'interroger sur soi. C'est assez étrange voire dérangeant parfois.
J'ai beaucoup aimé suivre les méandres des pensées du héros, ses avancées et percées sur l'appréhension de cette ancienne civilisation. J'ai trouvé le récit bien construit avec une angoisse d'abord omniprésente qui saisit à la gorge et dérange profondément, puis une lente montée en tension vers un terrible mystère qui pourrait avoir des conséquences sur nous. Pour autant, je ressors un peu frustrée aussi de cette lecture qui semble d'arrêter alors qu'elle démarre et comme c'est la dernière oeuvre de Lovecraft, je doute de trouver une suite à cette trame narrative dans la suite de son oeuvre, mais après tout comme je la connais mal peut-être est-ce que je me trompe.
Les dessins participent grandement à l'immersion dans le récit. Il rendent parfaitement l'angoisse, l'horreur et la peur que ressentent tour à tour les personnages. Cependant, je regrette que leur obscurité soit telle qu'elle empêche de distinguer les créatures et l'action parfois. Je me doute que ça participe bien à l'effet voulu par Lovecraft. Je sais que dans ses récits il livre peu de description et joue plutôt sur les non-dits et l'imagination des lecteurs pour qu'ils se fassent peur eux-même. Je sais aussi qu'il n'est rien de tel qu'une créature qu'on ne montre jamais complètement pour faire bien peur (coucou Alien premier du nom), mais n'empêche ça ma frustrée.
Dernier point que je tenais à soulever et qui est peut-être un point de détail, mais j'ai été agacée de voir le mangaka (parce que ça ne peut venir que de lui) commettre un anachronisme monstrueux en faisant parler de la Seconde guerre mondiale à l'un de ses personnages à demi-mots, alors qu'il est impossible que ça vienne de Lovecraft puisqu'il est mort en 1937... Rien de mieux pour me sortir d'une histoire et titiller mon agacement...
En conclusion, Dans l'Abime du temps se révèle une nouvelle fois passionnant à suivre même si différent des montagnes hallucinées que je lui ai préféré. Ici, nous sommes dans un récit qui nous questionne encore plus et où l'horreur s'accroche à ce que nous avons de plus intime : notre corps et notre esprit. le traitement du voyage dans le temps et de la possession par l'auteur est encore une fois très surprenant que on remet l'oeuvre dans son contexte et rien que pour ça, je suis bluffée !
Lien : https://lesblablasdetachan.w..
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Rickola
  22 octobre 2019
Howard Phillips Lovecraft fait clairement partie des auteurs absolument intouchables de l'histoire de la littérature. Des artistes dont l'oeuvre ont eu un impact tel que la fiction dans sa globalité en serait modifiée si elle n'avait pas existé. Que ce soit par l'influence exercée sur ceux qui les ont suivi, ou par des éléments mis en place qui, encore aujourd'hui semblent des sommets indépassables. Cependant, je dois avouer que je connais très peu Lovecraft, n'ayant lu que le recueil L'Appel de Cthulhu. Mais même sans connaître ses oeuvres, j'ai bien conscience de l'impact de celles-ci sur l'imaginaire collectif et sur des artistes s'exprimant dans des domaines variés. Me concernant, j'ai surtout eu à de nombreuses reprises l'occasion de constater son impact sur le cinéma, en particulier chez des cinéastes tels que Guillermo del Toro ou John Carpenter. Ainsi, je ressent pour son oeuvre une familiarité mêlée d'étrangeté, qui semble finalement très bien caractériser la lecture que fut cette adaptation de Dans l'abîme du temps, par Gou Tanabe.
Car si vous êtes féru de manga, vous n'avez sans doute pas pu passer à côté de la collection Les Chefs d'oeuvre de Lovecraft, lancée par Ki-oon avec Les Montagnes Hallucinées, du même Gou Tanabe, disponible en deux volumes (et qui va d'ailleurs connaître un coffret pour les fêtes de fin d'année, une bonne occasion pour craquer). L'histoire dont il est question dans cet article étant la deuxième proposée dans la collection, et qui sera enrichie début 2020 par une nouvelle adaptation de Tanabe avec La Couleur venue du ciel (une histoire courte figurant dans le recueil que j'ai lu). Ainsi, on peut clairement dire que Lovecraft permet à Tanabe de faire une grande oeuvre en plusieurs parties qui, au vu de la qualité de Dans l'abîme du temps, risque de valoir le détour. Je m'en vais vous expliquer pourquoi après le traditionnel résumé.
En 1935, au fin fond de l'Australie, le Pr Nathaniel Peaslee recherche avec frénésie les traces d'une civilisation inconnue. Il ne comprend pas pourquoi, mais il connaît ces lieux, comme si un autre avait implanté des souvenirs en lui. Il sait que quelque chose d'aussi mystérieux que terrifiant se tapit, là, dans les profondeurs du sable du désert…
Son monde a été chamboulé près de 30 ans plus tôt. À l'époque, il enseigne à la prestigieuse université de Miskatonic. Il mène une vie paisible, entouré de sa femme et de ses enfants… jusqu'au jour où il s'effondre en plein cours. À son réveil, personne ne le reconnaît. Il a toujours la même apparence, mais semble avoir perdu la raison ! Il parle un dialecte inconnu et se comporte comme un étranger. Pire, il se prend de passion pour les sciences occultes, allant même jusqu'à se plonger dans l'étude du Necronomicon, ouvrage maudit entre tous…
Comme je l'ai dit dans ma longue introduction, cette histoire dégage une forme de familiarité teintée d'étrangeté, en même temps qu'une sorte de fascination mêlée de répulsion. Je pense que ces émotions contradictoires viennent du travail sur le point de vue du personnage principal que l'on est amené à partagé, qui est brillamment retranscrit.
Comme l'explique le résumé, notre personnage se retrouve avec un trou d'environ cinq ans dans sa mémoire, attribué à une amnésie qui s'apparente davantage à un voyage à travers l'espace et le temps, dans le corps d'une créature étrange d'une espèce inconnue (et très probablement extra-terrestre). le retour dans son corps va déclencher chez lui un comportement obsessionnel afin de comprendre la signification des événements vus (et peut-être vécus) durant ces années, tout comme les rêves qui l'assaillent chaque nuit depuis son retour. Une obsession qui le mènera à effectuer des recherches dans des sources documentaires assez exotiques, notamment dans le Necronomicon, le fameux magnum opus fictif qui, il me semble, émaille toute l'oeuvre de Lovecraft.
Et de ce point de vue, Tanabe fait un travail remarquable. de par mon unique lecture lovecraftienne, mais aussi par le biais de conversations que j'ai pu avoir concernant son oeuvre, j'ai le sentiment que le fait d'adapter cet auteur est très compliqué, ne serait-ce que parce que les choses qu'il décrit sont assez difficiles à s'imaginer. Et dans le cas de cette histoire, un des intérêts vient du fait que le personnage principal a toutes les difficultés à comprendre ce que signifie ce qu'il voit. L'ambiguïté concernant la réalité ou non de ces visions est d'ailleurs un des ressors principaux de l'histoire, et un des éléments qui contribue grandement à l'ambiance du récit.
Ainsi, Tanabe ne va cesser tout au long du récit d'alterner entre les visions et la réalité, offrant un travail visuel saisissant parfaitement mis en valeur par une édition de grande qualité. Que ce soit le format plus grand, la couverture avec un effet cuir et l'impression de qualité, tout met parfaitement en valeur le travail visuel de l'auteur, et contribue à donner à cette oeuvre une véritable singularité jusque dans la place qu'elle occupe au sein d'une mangathèque. Car le volume se démarquera sans peine parmi les formats plus classiques avec des jaquettes toutes simples. C'était déjà le cas avec Les Montagnes Hallucinées, et on peut supposer qu'il en sera de même avec La Couleur tombée du ciel, l'édition que propose Ki-oon est à saluer !
Cet aspect étant évoqué, nous pouvons revenir sur le récit en lui-même. Comme je l'ai dit, l'esthétique est particulièrement importante, tant le travail de transcription visuel de l'imaginaire lovecraftien est un exercice casse-gueule, dans lequel Tanabe arrive pourtant à exceller. Les créatures ainsi que les environnements peuplant les rêves du professeur Peaslee ont cet aspect à la fois fascinant et dérangeant, contribuant à nous faire épouser le point de vue du héros. de plus, le mystère est parfaitement entretenu durant l'intégralité de l'histoire, et la résolution nous invite à l'interprétation mais surtout, à la réflexion, nous demandant si ce voyage nous amène dans l'abîme du temps, ou bien dans l'abîme de la folie. La folie étant un élément majeur de l'oeuvre de l'auteur. Ainsi, on referme le volume avec un sentiment étrange et fort, de même que son personnage principal une fois arrivé au terme de son entreprise…
En résumé, Dans l'abîme du temps est un manga vraiment puissant, nous faisant partager une vision d'auteur originale tout en ayant une forme de familiarité. Un travail esthétique, d'écriture et d'ambiance de qualité parfaitement mis en valeur par un travail éditorial à saluer. Il s'agit de mon premier essai dans la collection Les chefs d'oeuvre de Lovecraft, et il me donne clairement envie de poursuivre la découverte !
Lien : https://apprentiotaku.wordpr..
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FMK
  06 novembre 2019
Dans l'Abîme du Temps, ou The Shadow out of Time dans la langue d'H. P. Lovecraft... Comment adapter une nouvelle aussi visionnaire, aussi fondatrice et célèbre que celle-ci, en manga ? Après de magistrales Montagnes hallucinées en deux tomes (dans la même collection, chez le même éditeur), Gou Tanabe nous propose de poursuivre notre voyage en terre lovecraftienne, en un seul volume relié doté à nouveau d'une grande qualité d'impression et d'une reliure imitation cuir du plus bel effet, grise cette fois.
Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le matériau d'origine, je vais tenter d'être bref. Cette nouvelle rapporte le récit (étrange, forcément !) de Nathaniel Peaslee, professeur d'économie à l'université de Miskatonic, dans la ville d'Arkham, au Massachusetts. Suite à un malaise soudain alors qu'il donnait un cours magistral, Peaslee perd connaissance, puis se réveille avec une impression étrange. En effet, il apprend vite, horrifié, que plusieurs années se sont écoulées depuis sa crise, durant lesquelles il a agi de façon très étrange, délaissant ses proches ainsi que l'économie pour se consacrer à des recherches personnelles dans des domaines divers tels l'archéologie et l'occultisme, comme s'il était un autre individu. le problème, c'est qu'il ne garde aucun souvenir de tout cela, mais est assailli chaque nuit par des visions de créatures cauchemardesques et d'une immense cité...
Que lui est-il donc arrivé ? Est-il atteint d'un trouble de l'identité, ou bien ses visions ont-elles une part de réel ? C'est ce qu'il va s'évertuer à découvrir.
Graphiquement, le trait de Gou Tanabe est d'une justesse anatomique et architecturale impressionnante, et l'ensemble dégage une criante sensation de réalisme sublimée par des contours sombres et des visages à la palette d'expression variée, du moins pour les humains... Les créatures innomables chères à Lovecraft sont bien entendu de la partie, et après les fameux Anciens des Montagnes Hallucinées, c'est à nouveau une très grande réussite. Encore une fois, l'idée d'accompagner la représentation des différentes créatures avec une description textuelle de leur apparence permet de se rendre compte de la fidélité à l'oeuvre d'origine, et c'est avec un certain plaisir mêlé de fascination et d'angoisse que l'on découvre une image de ces êtres dont on dit qu'aucun l'humain ne devrait jamais voir, sous peine de basculer dans la folie...
La narration, elle, n'hésite pas à utiliser la voix off de Peaslee pour accompagner les différentes étapes de son investigation et de sa réflexion sur sa mésaventure, comme dans la nouvelle originale, et cela fonctionne très bien. Ainsi, le lecteur n'est jamais perdu et l'intrigue reste claire, en particulier pour les néophytes.
De la même manière, l'auteur illustre ici, dans des planches magistrales, l'histoire complexe de la Grand Race de Yith, ce qui lui permet de poursuivre une formidable mythologie des êtres cosmiques débutée dans les Montagnes Hallucinées, si riche en détails et en images fortes qu'elle pourrait servir de nouvelle référence aux lecteurs désireux d'en savoir plus sur le fameux "Mythe", en toute simplicité.
De plus, en un seul tome certes plus épais que la majorité des mangas, aucun détail important de l'histoire ne semble avoir été omis, et l'ambiance inquiétante est bien présente et nous tient en haleine de bout en bout.
On peut donc à nouveau louer Gou Tanabe pour son travail d'orphèvre et remercier Ki-oon de nous donner la possibilité d'en profiter d'aussi agréable façon, en attendant avec impatience la suite de cette rétrospective avec La Couleur Tombée du Ciel, déjà annoncé...
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blogconstellations
  19 octobre 2019
Ce nouveau Lovecraft par Tanabe adapte l'un des textes les plus connus du maitre de Providence. « Dans l'abîme du temps » est, selon Lin Carter, le plus abouti des textes jamais écrits par Lovecraft. C'est aussi la nouvelle qui a le plus d'intertextualité avec le reste du mythe Cthulhu. J'ai lu il y a quelques années une traduction récente, l'histoire m'avait beaucoup plu, mais j'avais trouvé le jargon sur « l'inconcevable, l'indicible et le cyclopéen » un poil répétitif.
Bonne idée de l'auteur et de l'éditeur de publier ce livre maintenant, car, l'histoire se passe après « Les montagnes hallucinées » et y est connectée. On suit ici 25 ans de la vie de Nathaniel Peaslee professeur en économie à l'université Miskatonic qui « revient à lui » après cinq années (1908-1913) où il a été frappé d'une forme de folie, il n'était plus lui-même, étudiait l'occulte et les civilisations anciennes et a fait quelques trucs bizarres. Lorsqu'il redevient lui-même, il n'a plus que son fils cadet. Sa femme et l'ainé ont refait leur vie loin de l'étrange Nathaniel. Ce dernier tente de reprendre le cours de sa vie, mais il se met rapidement à faire des rêves très étranges. Ces rêves sont en fait des souvenirs de lorsqu'il habitait le corps d'un membre de la Grande Race de Yith pendant que son propre corps servait donc de vaisseau à l'un de ses êtres. Tout ceci est complètement fou, mais ces rêves lui semblent trop réels et expliqueraient ces années perdues.
On alterne alors présent et flashback pendant que notre protagoniste — assisté de son fils Wingate — tente de comprendre ce qu'il lui est arrivé.
Finalement en 1934, après que Nathaniel Peaslee ait publié ses recherches sur ce qu'il lui est arrivé, un chercheur australien le contacte, car il a découvert d'étranges ruines dans le désert du centre de l'Australie. Ces ruines, d'une civilisation inconnue, ressemblent à celles que Peaslee a décrites. L'université Miskatonic accepte de monter une expédition. Dans cette dernière on retrouve le professeur William Dyer déjà rencontré dans « Les montagnes hallucinées » et qui se doute un peu du genre de chose qu'il pourrait rencontrer.
J'arrête là pour ce qui est de divulguer l'intrigue. C'est en tout cas très bien adapté d'un point de vue textuel. Ce livre est un peu plus dense que les deux tomes des « Montagnes hallucinées », moins contemplatifs, plus bavards. Il est d'ailleurs dommage que les bulles n'aient pas de queues, car cela entraine le risque de voir les lecteurs se mélanger les pinceaux dans les dialogues. Les deux cents premières pages alternent entre la vie de Peaslee à Arkham et les flashbacks durant lesquels Tanabe semble se faire plaisir en donnant vie aux cités cyclopéennes imaginées par Lovecraft. D'ailleurs la façon que l'auteur a de gérer les niveaux de gris et textures avec des trames ultrafines est bluffante. Tant par le rendu que par la quantité de travail que cela a dû demander. Niveau créatures, le design des Yith respecte les canons établis par d'autres dessinateurs (pro comme amateur), par contre Tanabe semble s'être lâché sur le design du polype. Un design qui n'a rien de commun avec les autres versions que je lui connais et qui est franchement assez dément. Les visages un peu trop figés qui m'avaient gêné dans « les montagnes hallucinées » sont toujours présents (c'est le style de l'auteur), mais c'est moins gênant dans ce tome, car les visages n'étant pas couverts par des tenues polaires sont plus différenciables. En tout cas après cette lecture, ce qui est sûr c'est que Gou Tanabe est fait pour dessiner de la SF et du Fantastique. Gros coup de coeur sur la couverture du Necronomicon version Tanabe est qui est juste génial.
Lien : https://blogconstellations.h..
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critiques presse (4)
ActuaBD   22 novembre 2019
Goū Tanabe parvient, tout en développant un style léché, à conserver cette part de mystère, suscitant l’imaginaire du lecteur et retranscrivant les intentions de l’auteur initial. Une réussite en tout point !
Lire la critique sur le site : ActuaBD
BDGest   29 octobre 2019
Tanabe s'attaque aux descriptions les plus abstraites de la science fiction, et encore une fois, il défie toutes les attentes : réussissant à représenter un bestiaire improbable de manière tangible, à figurer des architectures et éléments contre-nature, l'auteur nous fait littéralement pénétrer cauchemars et hallucinations, donnant une chair inespérée à l'indescriptible !
Lire la critique sur le site : BDGest
Actualitte   14 octobre 2019
Un one shot d’une telle qualité, je vous forcerais presque à le prendre et à le lire. Vraiment. L’œuvre initiale de Lovecraft est parfaitement respectée. On garde cette lenteur au démarrage et cette descente aux enfers qui s’accélère et nous coupe le souffle au fur et à mesure.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Elbakin.net   08 octobre 2019
La vision du dessinateur colle à l’ambiance, et on prend plaisir à rester quelques minutes sur une double-page pour en admirer la richesse des détails. [...] Il y a fort à parier que cette lecture vous interrogera sur le destin de l’homme, sa place dans l’univers, et qu’elle provoquera chez vous quelques sueurs froides…
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
AlfaricAlfaric   15 octobre 2019
- Selon la théorie de l’évolution, toute forme de vie se transforme graduellement au fil des générations pour s’adapter à son milieu, par conséquent l’intégralité des espèces vivantes actuellement sur Terre sont des variantes de…
- « L’intégralité » ? Allons, donc :
- Euh… Vous avez une question, Monsieur Peaslee ?
- Et bien, loin de moi de prétendre que cette théorie est entièrement fausse… Cependant vouloir l’appliquer à l’ensemble des espèces est un raisonnement bien puéril, vous ne trouvez pas ?
- Vous considérez sans doute, d’un point de vue religieux, que ce principe ne peut pas rendre compte de l’origine de l’homme, n’est-ce pas ? Pourtant, la science est formelle : l’homme est un primate !
- Non, je ne parle pas de l’homme. Je sais très bien qu’il n’est que la fragile et imparfaite évolution d’un vulgaire germe. Ce que j’aimerais savoir, c’est jusqu’où porte votre connaissance de tous les êtres venus des étoiles voilà des milliards d’années ! Euh... ha ha ha ha ! Pardonnez-moi ! Je plaisante, bien évidemment ! Ha ha ha ha !
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AlfaricAlfaric   25 septembre 2019
Il n’y a rien de tel que les livres pour développer ses connaissances, dans n’importe quelque domaine que ce soit !
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AlfaricAlfaric   26 septembre 2019
Il existe sur terre certaines choses qu’il est préférable que l’homme ignore !
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AgillianAgillian   27 octobre 2019
Il y a en ce monde certaines choses dont il est préférable pour l'homme d'ignorer l'existence.
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