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EAN : 9791032703984
336 pages
Éditeur : Editions Ki-oon (07/03/2019)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 88 notes)
Résumé :
A son arrivée au campement du Pr Lake, l'équipe du Pr Dyer découvre un véritable charnier... Seul Gedney, l'assistant du biologiste, aurait vraisemblablement réussi à fuir en traîneau. Mais l'homme a-t-il réellement une chance de survivre dans ces contrées hostiles ? Rien n'est moins sûr... Il est pourtant le seul qui saurait expliquer le spectacle de désolation que les scientifiques ont sous les yeux et surtout le mystérieux tumulus qui renfermait les spécimens déc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Alfaric
  14 mars 2019
Comme vous le savez l'intertextualité est mon dada donc je suis obligé d'écrire que tout commence en 1838, quand Edgar Allan Poe surprend tout le monde en publiant "Les Aventures d'Arthur Gordon Pym de Nantucket", une histoire inachevée racontant une exploration polaire aux frontières du réel : c'est un choc culturel qui marque Jules Verne, Jorge Luis Borges, Gaston Bachelard et Howard Phillips Lovecraft... Le Maître de Providence qui a révolutionné le genre fantastique reprend et transcende le récit d'origine pour le transposer dans son propre imaginaire horrifique : c'est un nouveau choc culturel qui inspire John W. Campbell, Christian Nyby, John Carpenter et Gô Nagai…
Le récit d'HPL se veut une suite directe de celui d'EAP, mais les variations sur le thème sont désormais tellement nombreuses qu'il faut bien connaître toute les œuvres concernées pour identifier les apports de tel ou tel auteur dans les nouvelles versions de ce qu'il faut bien appeler un Mythe (et ici malgré tous les codes du récit d'exploration à l'ancienne, impossible de ne pas être plonger dans le film d'horreur moderne de John Carpenter) : l'homme qui confronté à l'inconnu se retrouve confronté à lui-même ! Et "Dans les Montagnes hallucinées" c'est loin du soutien et du réconfort de la civilisation qu'en 1931 des pionniers à la fois aventuriers et intellectuels, quelque part les meilleurs des leurs, découvrent dans la douleur que l'homme est immensément loin d'être la mesure de toutes choses, qu'il n'a pas été crée par Dieu à son image et placé au centre d'un univers créé pour son bon plaisir, non face à l'immensité du temps et de l'espace ils ne sont qu'une espèce parmi d'autres et que l'humanité est loin d'être la plus évoluée ou même la plus dangereuse ! A l'image des Martiens de H.G. Wells qui faisaient subir aux Anglais ce que les Anglais avaient fait subir aux Aborigènes d'Océanie, les Choses Très Anciennes d'Antarctique font subir aux Américains que ce que les Américain ont fait subir à leurs découvertes : des tests, des expériences, des dissections et des vivisections... Mais HPL va plus loin encore en s'inspirant du Mythe de Frankenstein avec des êtres antédiluviens à la fois bourreaux et victimes : tout pouvoir rencontre un jour un pouvoir plus grand encore, et en jouant aux apprentis sorciers les Choses Très Anciennes ont donné vie aux créatures qui allaient anéantir leur civilisation toute entière...
Après les médiocres romans graphiques d'Ian Culbard, les mangas de Gou Tanabe sont un véritable retour aux sources du mythe : le Japon est un terre de prédilection pour la culture horrifique, et le mangaka très discret semble s'être spécialisé dans les adaptations de qualité de classiques du genre.
Nous sommes dans l'entre-deux-guerres, et les expéditions se succèdent vers le Pôle Sud pour combler sur le continent blanc les derniers blancs des cartes du monde... Nous suivons celle de l'Université Miskatonic du Massachusetts, financée par la fondation Nathaniel Derby Pickman, quatre professeurs, seize étudiants diplômés, leurs assistants et cinquante cinq chiens qui partent avec deux bateaux et quatre avions. Tout se passe bien, et après avoir établi leur base sur les pentes du volcan Erebus l'équipe du Professeur Lake s'envole pour découvrir un chaîne de montagnes noires, et à l'intérieur des cavernes de celles-ci les reliques de formes de vie inconnues jusqu'à ce jour propres à bouleverser l'Histoire de la Terre ! La découverte aurait eu le même retentissement sur la biologie que les découvertes d'Einstein en avaient eu sur les mathématiques et la physique, si elles ne correspondaient pas à d'inquiétants mythes archéens qui finissent par revenir à la vie...
Le tome 2 de 340 pages est tout aussi fidèle et tout aussi bien dessiné que le premier, et on suit une quête de savoirs blasphématoires : et au-delà des nuages Pabodie et Danforth découvrent sur un haut plateau isolé au centre de l'enfer blanc l'ultime bastion des Choses Très Anciennes… La curiosité est un vilain défaut, mais ils ne peuvent s'empêcher d'explorer les ruines cyclopéennes construites par d'autres mains que celles des hommes. Et c'est en décryptant les bas-reliefs qu'ils découvrent l'Histoire et la Culture d'une civilisations antédiluvienne qui n'a rien d'humaine. Il ne s'agit rien de moins que le Mythe de Cluthue raconté par ceux qu'ils l'ont précédé sur Terre et qui ont assisté à son arrivée : nous assistons à une théomachie/titanomachie prenant la forme d'un affrontement dantesque entre ce qui ressemble fort à une Atlantide et à une Lémurie peuplées de créatures bien éloignés des bipèdes anthropomorphes… Au bout de leur quête ils apprennent et comprennent ce qui est arrivée aux Choses Très Anciennes, sauf qu'il est déjà trop tard : leurs bourreaux qui au-delà de l'espace et du temps sont déjà sur leurs traces ! Ils fuient pour leur vie, et celui des deux qui se retournera pour voir de ses propres yeux l'horreur qui les poursuit ne retrouvera jamais la raison...
Je me répète mais la démonstration est faite : plus que jamais le frisson existentialiste d’H.P. Lovecraft plonge ses racines dans le frisson existentialiste d’H.G. Wells : si dans "La Guerre des mondes" les Martiens faisaient subir aux Anglais que ce que les Anglais faisaient subir aux Tasmaniens, ici les Shoggoths dissèquent les Choses Très Anciennes qui dissèquent les humains qui dissèquent les animaux... Quelle est la distinction entre la recherche scientifique et la brutalité sadique ? L’homme n’est donc plus la mesure de toute chose placé au centre de l’univers par un dieu aimant et protecteur, mais une création comme une autre d’un univers qui se moque bien de lui, insignifiante créature face à l’immensité de l’espace et du temps parcourus par des titans à une échelle qui nous dépasse totalement…
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cicou45
  05 août 2020
Si l'on m'avait dit un jour que je deviendrais accro aux mangas, je ne l'aurais jamais cru et pourtant, ce fut bel et bien le cas avec cette adaptation de Gou Tanabe des ouvrages du maître de l'horreur Howard Phillips Lovecraft. Dans ce deuxième volet des "Montagnes hallucinées" et alors que la moitié des hommes de l'expédition du Professeur Lake, partie en reconnaissance derrière ce qu'il décrit "les montagnes noires" est portée disparue, deux hommes se distinguent dans cette suite et fin de cette grandiose adaptation : il s'agit du Professeur Dyer et de son assistant Danforth. Alors que tout contact radio a été rompu entre les deux équipes, les deux hommes décident de s'aventurer à leur tour sur place pour tenter, sans grand espoir de retrouver les éventuels survivants ou du moins, en espérant retrouver le matériel que les hommes avaient emportés avec eux, de comprendre ce qu'il s'est réellement passé. A force de toujours vouloir percer l'inexplicable et ce qui n'aurait jamais dû être révélé aux yeux humains, l'Homme, dans sa trop grande curiosité et arrogance de toujours tout expliquer de manière rationnelle s'expose lui-même à de grands dangers et c'est ce que Lake et ses hommes ont fait ici. Il ne faut pas toujours tout vouloir expliquer de manière scientifique et à être trop curieux, l'on finit parfois par en payer le prix. Si certaines choses doivent restées cachées et inexpliquées, c'est qu'il y a souvent une raison (pas toujours certes mais avec Lovecraft, oui...). Dyer et Danforth vont d'ailleurs avoir leur explication mais à quel prix....?
Alors qu'une seconde mission se prépare pour aller à son tour percer les mystères que protège l'Antarctique, Dyer sait à tout prix qu'il oit s'y opposer mais comment ? Quels mystères veut-il à tout prix préserver et pour quelles raisons étranges et mystérieuses ? Se pourrait-il que cela ait un lien avec ce qui est décrit dans l'ouvrage le "Neronomicon" jalousement ou au contraire volontairement ? conservé sous clé dans une partie de la bibliothèque de l'université pour laquelle nos scientifiques travaillent ? Que peut contenir cet ouvrage et se peut-il que les horreurs qu'ils relatent s'avèrent exactes ? Alors, mythe ou réalité ? Se peut-il qu'une autre entité que celles d'origines humaine ou animale et inconnues ait survécu et ait précédé l'homme sur cette terre ? Serez-vous assez fou pour vous lancer dans l'aventure ? Je ne peux que vous le conseillez mais je vous aurai prévenu, ce ne sera pas sans risque et il se pourrait fort bien que tout ce que vous étiez persuadé de savoir jusqu'à présent soit remis en question ! Etes-vous prêts à remettre toute explication rationnelle en question et à vous plongez dans les ténèbres les plus obscures ? Oui ? Alors, c'est part...que l'aventure commence pour vous !
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nebalfr
  17 mars 2019
Attention, il y aura plein de SPOILERS !!!

Suite et fin de la sublime adaptation par Tanabe Gou des Montagnes Hallucinées de Lovecraft, avec un deuxième volume probablement encore plus bluffant que le premier – et toujours dans un aussi bel écrin, avec son simili cuir souple, la bonne idée que voilà (à noter au passage, ce second tome est un peu plus long que le premier, d'une cinquantaine de pages).

Quand le Pr Dyer et, avec lui, le gros de l'expédition antarctique de l'Université Miskatonic, sont arrivés au camp avancé du Pr Lake, au pied de ces colossales montagnes noires qui constituaient déjà une découverte exceptionnelle, ils ont trouvé une scène effroyable : le camp ravagé, les hommes et les chiens morts et mutilés… et les étranges créatures extraites de la glace disparues. Qu'est-ce qui a bien pu se produire ? La stupéfaction règne – l'angoisse, aussi. Mais la curiosité scientifique demeure – en outre, nos savants constatent qu'il manque un cadavre, celui de Gedney, un doctorant qui assistait le Pr Lake : il pourrait avoir survécu, et permettre de comprendre ce qui s'est passé au juste ! Mais comment retrouver sa trace ? À vrai dire, on est en droit de se demander si le sort de Gedney préoccupe tant que cela le Pr Dyer, quand il décide de partir en avion, accompagné seulement de son assistant, Danforth, pour franchir la passe et découvrir ce qui se trouve au-delà des montagnes…

Même s'il s'agira bien d'y trouver une explication au mystère du massacre au camp de Lake : une fois la passe franchie, c'est toute une cité titanesque (ou tentaculaire) qu'ils voient – une cité qui n'a de toute évidence pas été bâtie par des hommes. Ce qui nous vaut de ces doubles planches panoramiques ahurissantes, Tanabe Gou sachant à merveille retranscrire la démesure non humaine de cette mégalopole par essence cyclopéenne. L'avion se pose, et les deux scientifiques se mettent à parcourir cet environnement totalement fou, en quête de réponses… peut-être pas tant sur le sort de Gedney, ou ce qui s'est passé au camp de Lake, plutôt concernant l'histoire préhumaine de la Terre – et le caractère profondément dérisoire de l'humanité au regard du temps et de l'espace.

Dès lors, la où le premier tome mettait en scène toute une troupe de scientifiques agissant avec méthode, ce second volume, pour l'essentiel, se focalise sur deux personnages seulement, Dyer et Danforth – lesquels sont emportés par une pulsion de curiosité presque pathologique, où l'intérêt scientifique, la fascination métaphysique et la terreur pure se mêlent sans cesse. Et, à vrai dire, si nos « héros » demeurent des chercheurs avides de savoir, et si le récit se fait l'écho de découvertes scientifiques récentes (notamment la dérive des continents, selon Wegener, hypothèse avancée quelques années plus tôt mais qui ne serait totalement acceptée que bien plus tard), la science ne joue à ce stade plus le même rôle central que dans le premier tome – la transition entre ces deux parties étant par ailleurs remarquablement bien conçue. C'est que la science, cette fois, n'offre pas vraiment de réponses – elle botte en touche, d'une certaine manière, car ce que découvrent Dyer et Danforth dans la cité invalide trop de données censément « acquises », car bien trop centrées sur l'homme.

Mais, oui, la quête du savoir persiste – qui motive Dyer, surtout, et en dépit du bon sens ; là où le jeune Danforth, amateur de Poe, a bien conscience de ce qu'une menace inconnue rôde dans la cité, Dyer, lui, n'en tient pas compte – il lui faut toujours avancer un peu plus, ils ne sauraient repartir avant d'avoir jeté un oeil à la pièce suivante, puis à la suivante, puis à la suivante, etc., c'est sans fin. Or il est vrai que les parois des couloirs et des plus grandes pièces abondent en révélations stupéfiantes, qui produisent sur le lecteur aussi bien que sur Dyer et Danforth cette sensation de « sense of wonder » trituré par Lovecraft, qui associe en vérité l'émerveillement scientifique à la terreur pure, la fascination faisant office de passerelle entre ces deux ressentis.

Car, comme dans le roman de Lovecraft, les frises instruisent nos explorateurs de toute l'histoire (et même de la société !) des « Anciens ». Or c'est à la fois un élément déterminant du récit, et quelque chose d'un peu problématique dans sa structure – on a du mal à croire que Dyer et Danforth puissent en apprendre autant en quelques heures seulement d'exploration, au rayon d'une lampe torche, et sans maîtriser l'écriture hiéroglyphique ou peut-être plutôt cunéiforme des bâtisseurs de la cité… Et c'est aussi un aspect de la narration qui peut paraître intimidant à mettre en scène.

Pourtant, là encore, Tanabe Gou a fait le choix de la fidélité, et s'attarde donc, le long de trois chapitres, à mettre en scène ces découvertes hallucinantes. Et le résultat… est tout bonnement bluffant. Je ne vais pas revenir dans les détails, ici, de ce qu'est, ou n'est pas, « l'indicible lovecraftien », tout spécialement au regard des Montagnes Hallucinées, je me suis étendu à ce sujet, entre autres, en chroniquant le premier tome de cette adaptation, qui s'y prêtait bien. Mais, dans ce deuxième volume, l'éventuelle ambiguïté à cet égard n'est clairement plus de mise : si ce qui nous est montré demeure essentiellement incompréhensible ou peu s'en faut, les monstres indicibles sont néanmoins en pleine lumière, car ce sont eux-mêmes qui racontent leur propre histoire, centrée sur eux et non sur l'humanité – laquelle s'avère bien être une de leurs créations périphériques, une fantaisie de peu d'importance, conçue par erreur ou par jeu… Et le mangaka en tire le meilleur parti, livrant des planches bluffantes, résolument non humaines, qui peuvent évoquer les gravures d'un Gustave Doré, celles de la Divine Comédie de Dante notamment, ou peut-être aussi, dans la profusion des détails surréalistes, les tableaux de Jérôme Bosch, et sans doute d'autres prestigieux noms encore. Tout spécialement, peut-être, quand le récit de la gloire et de la décadence des Anciens se pare d'atours épiques, en rapportant les guerres apocalyptiques qui les opposent aux rejetons de Cthulhu, puis aux Mi-Go, enfin… à leurs esclaves que sont les Shoggoths, qui prennent le relais de leurs anciens maîtres, et rapportent en définitive les faits à leur manière bien différente.

Un autre point appréciable de l'adaptation de Tanabe Gou est que, dans ces passages, mais aussi dans d'autres qui suivent, il a su rendre la dimension étrangement (ou pas) utopique de la description de l'univers antédiluvien des Anciens : ceux-ci ne sont pas simplement « des monstres », mais ils ont développé une civilisation brillante et qui devrait susciter, aux yeux d'un scientifique, l'admiration au moins autant et peut-être plus que l'effroi – si celui-ci persiste du fait de la requalification brutale de l'humanité que la découverte de cette histoire implique.

D'ailleurs, Tanabe Gou négocie plutôt bien à cet égard un autre passage périlleux du court roman de Lovecraft, quand Dyer, même en ayant bien en tête le sort de ses compagnons au camp de Lake, puis du « pauvre Gedney », fait cet aveu un peu naïf dans la forme, de ce que les « Anciens » sont d'une certaine manière des « humains »…

Et notamment en ce qu'ils sont aussi des victimes – de leurs propres créations, autant dire de leurs propres torts : les Shoggoths. Parce que Tanabe Gou a su aussi brillamment mettre en scène la gloire des Anciens, leur sort aux mains de leurs esclaves protoplasmiques peut toucher le lecteur comme Dyer et Danforth – et la vision de ces êtres décapités produit bel et bien, d'une certaine manière, un effet comparable à celui de la découverte des humains et des chiens mutilés dans le camp de Lake, par ces mêmes créatures.

Mais, oui, si l'horreur revient en force dans les derniers chapitres, c'est bien via les Shoggoths – ces monstres d'aspect fluctuant et indiscernable, ces masses changeantes et proprement indicibles. Mais parce que Tanabe Gou a su « montrer » les Anciens et leurs adversaires, il peut enfin montrer les Shoggoths – et, là encore, mêler la fascination et l'effroi, dans le ressenti de Dyer et Danforth comme dans celui du lecteur. Au point à vrai dire d'une séquence assez improbable, et qui aurait pu se montrer grotesque en d'autres circonstances, où l'on a l'impression… d'un arrêt sur image ? « Freeze », ce qui est approprié pour un récit en Antarctique… Quoi qu'il en soit, Dyer et Danforth fuient… mais en définitive se retournent pour voir ce qui les poursuit – ils « bloquent », comme le lecteur.

Et c'est peut-être ici que Danforth sombre dans la folie. Laquelle atteindra cependant une étape supplémentaire quand les deux explorateurs, parvenus tant bien que mal à quitter la cité et à retrouver la lumière du jour, montent dans leur avion et ont encore à franchir la passe qui les ramènera auprès des autres survivants de l'expédition de l'Université Miskatonic. Lors de ce vol tumultueux, Danforth voit… quelque chose. Mais, comme dans le roman de Lovecraft, l'adaptation par Tanabe Gou joue à nouveau ici, et à plein, de l'ambiguïté, après avoir tant montré (et de manière pertinente) au long de ce deuxième volume : ce que voit Danforth demeure cette fois insaisissable, indicible ; le dessin comme le récit autorisent bien des hypothèses, mais, cette fois, en dernier ressort, nous ne savons pas.

Et c'est terrible.

La bande dessinée s'achève sur un épilogue à Arkham, où Dyer évoque la folie de Danforth, et, surtout, fait le choix de raconter son histoire, mais en privé, pour dissuader l'expédition Starkweather-Moore de se rendre à nouveau dans cet endroit effroyable au bout du monde, abondant en révélations que l'humanité n'est à ce stade tout simplement pas en mesure d'encaisser… Peine perdue ? La suite, pour les rôlistes, ce sera Par-delà les Montagnes Hallucinées

Et… Oui, c'est bluffant. Tanabe Gou a réussi son pari, haut la main. Son adaptation des Montagnes Hallucinées est tout bonnement brillante, peu ou prou parfaite – très fidèle, par ailleurs, mais surtout très juste, fond et forme, parfaitement dans le ton. Si j'avais une seule petite, infinitésimale, réserve, au regard du dessin, ce serait encore une fois à propos de ces regards perpétuellement fous qui caractérisent… eh bien, à peu près tous les personnages humains. Cela dit, dans ce tome 2, le trop caricatural Pr Lake n'est plus de mise, et les découvertes stupéfiantes dans la cité des Anciens justifient sans doute le regard exorbité de Dyer – et que celui de Danforth soit de plus en plus fou au fur et à mesure de leur pérégrination. Mais c'est une critique bien dérisoire de toute façon…

Oui, Tanabe Gou a vraiment livré un travail exceptionnel. Cette brillante adaptation des Montagnes Hallucinées le hisse sans peine au niveau des meilleurs illustrateurs de Lovecraft – disons-le : au niveau de Breccia ; ils sont désormais deux tout en haut de la pyramide (cyclopéenne).

À cet égard, ce deuxième volume est à vrai dire probablement plus bluffant encore que le premier, ce qui n'était pas gagné, au regard des difficultés que présente le récit lovecraftien dans sa seconde moitié.

C'est peu dire que Tanabe Gou a progressé depuis sa première adaptation lovecraftienne, The Outsider

Et maintenant ? Maintenant, j'espèce que Ki-oon nous livrera la suite – les autres adaptations lovecraftiennes de Tanabe Gou. le titre complet de cette édition, soit Les Chefs-d'oeuvre de Lovecraft, semble laisser entendre que ça sera bien le cas – outre que, pour ce que j'en ai lu ici ou là, le premier volume des Montagnes Hallucinées a vraiment très bien marché, séduisant la critique comme le public, au point de rendre nécessaire une réimpression précoce. J'ai entrevu quelque part une rumeur évoquant Dans l'abîme du temps ? Je ne sais pas quel crédit il faut y accorder, mais, vraiment, j'espère de tout coeur que Ki-oon poursuivra dans cette voie – et on peut bien remercier l'éditeur pour ce choix et la qualité de cette édition française. C'est tout simplement parfait.
Lien : http://nebalestuncon.over-bl..
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Tachan
  21 mars 2019
Mon enthousiasme retombe un peu une fois refermé cet ultime tome de l'adaptation de la nouvelle de Lovecraft. Je n'ai toujours pas lu celle-ci donc je ne sais pas si les points qui m'ont chiffonné sont dus à l'oeuvre originelle ou à son adaptation, mais il est clair que je ne suis pas aussi conquise qu'au début.
Commençons par ce qui est directement imputable au mangaka : les dessins. Dans cette suite, j'ai souvent trouvé ceux-ci obscurs, brouillons et donc peu lisibles. Alors oui, par moment, ça contribue au mystère voire à l'horreur de l'oeuvre, mais vraiment j'ai trouvé ça désagréable. J'avais beaucoup m'escrimer à les regarder attentivement, beaucoup de planches me sont restées inaccessible et ne pas comprendre ce qu'on regarde est très désagréable.
Vient ensuite, les défauts dont je ne connais pas le géniteur. Il y a tout d'abord, le rythme que j'ai trouvé moins bon ici. On retombe dans une histoire plus classique avec son long flahback au milieu qui casse tout et apporte peu au rythme de l'histoire. D'ailleurs, soyons honnête le mystère qui est révélé ici, s'il n'est pas inintéressant, n'est pas passionnant non plus. C'était innovant sûrement à l'époque mais ça ne l'est plus. du coup, je n'ai pas été soufflée ni emportée par l'histoire et je l'ai lue avec un certain recul et une certaine froideur à laquelle les dessins, je pense, ne sont pas étrangers. Leur manque de lisibilité et d'âme a dû jouer malheureusement.
Après, pour autant, je n'ai pas détesté ma lecture. J'en attendais sûrement trop. Je pensais être surprise et frissonner d'horreur. Ce ne fut juste pas le cas. Pourtant l'histoire de ses créatures est assez glaçante pour nous, humains. Elles ont une apparence qui ne peut que déranger notre appréhension du monde. Mais leur destin, lui, est inéluctable. Et si j'ai aimé suivre l'avancée de ces deux hommes partis en quête de réponse, la quête en question a manqué de souffle épique pour moi. On se retrouve ainsi, plus avec un récit des origines, qu'avec une vraie aventure haletante. Seules les dernières pages tentent de nous procurer ce sentiment mais comme les personnages ne sont pas vraiment développé, ça tombe à plat.
Je ne sais pas si tout ces défauts que je ressasse sont dus à l'oeuvre d'origine ou non, mais ça clairement fait baisser la qualité de ma lecture. Autant j'avais adoré l'ambiance fantastique et inquiétante du premier tome. Autant, ici, tout est trop classique et déjà vu pour moi, lectrice du XXIe siècle, pour que je m'immerge dans cette histoire. Je suis donc vraiment restée sur ma faim et les dessins n'ont pas aidé en cela. Je retiens tout de même une jolie peinture de l'Antarctique et surtout un très beau travail sur l'objet livre de la part de Ki-Oon.
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MassLunar
  01 octobre 2020
Que voilà un tome 2 des plus réjouissants ! Alors, certes, le premier opus des Montagnes Hallucinées façon Gou Tanabe était déjà d'une immersion et d'une puissance graphique considérable mais ce n'était que le dèbut... Avec ce second opus, on plonge au delà des Montagnes Noires, au coeur d'une très très ancienne Cité. Là ou le premier tome nous racontait les premiers stades de l'expédition jusqu'à la macabre découverte du camp du professeur Lake, ce second opus est concentré sur le professeur Dyer et son jeune étudiant Danforth qui partent à la recherche du seul " survivant " du groupe de Lake. L'intrigue est donc plus resserré et beaucoup plus en proie au suspense avec une certaine révélation sur la nature de la menace qui les entoure.
Ce second volume est très enthousiasmant. Ce suspense in crescendo jusqu'à l'épouvante et le cauchemar rappelle l'une des grandes qualités des romans de Lovecraft , à savoir nous captiver, capter son lecteur et l'emprisonner dans l'horreur, notamment à travers une confrontation ou une fuite face à une menace phénoménale. A l'instar de l'écrivain américain, Gou Tanabe sublime également cette plongée en enfer et garde intact tout ce suspense, toute cette folie autour de la course-poursuite face à la monstruosité. Son style graphique est juste jubilatoire et il est surtout très progressif. le mangaka exploite merveilleusement le noir et blanc pour donner un vrai grain de terreur à cette exploration dans les cavernes et les grottes de la Cité des Anciens. C'est simple, on s'attend à voir débarquer la menace à tout instant et lorsqu'elle survint... On ne peut qu'être fasciné par l'audace avec laquelle Gou Tanabe s'est emparé de l'imaginaire Lovecraftien. C'est excellent.
Bien sûr, le dessin de Tanabe a beau être exceptionnel, il n'égalisera pas l'imaginaire personnel de chaque lectrice et lecteur qui a déjà lu du Lovecraft. Mais cela n'empêche pas de ressentir la même peur que durant la lecture originale. Tanabe prend son temps, maitrise sa narration , offre un découpage silencieux, sublime cette exploration avec des planches et des cases immersives dans laquelle on tente de scruter derrière la pénombre, le moindre détail, la moindre menace...
J'ai eu un peu de gène au départ durant le passage "historique" avec la lecture des fresques qui, forcément, casse un peu le suspense mais permet aussi de montrer à quel point le mangaka s'est parfaitement approprié l'univers Cthulien. Nous sommes vraiment dans une perspective à la fois cosmique et anthropologique à travers la présentation d'une civilisation, d'une race extraterrestre face à laquelle l'être humain est plus que dérisoire. le choix d'adapter Les Montagnes Hallucinées en premier lieu est donc un très bon choix puisque cela permet d'amorcer la peur que suscite les romans de Lovecraft tout en présentant de façon plus scientifique le mythe de Cthulu avec notamment Les Anciens.
Là où le premier tome nous faisait encore survoler le calme "paisible" du vaste pôle arctique, cette suite et fin des Montagnes Hallucinées façon manga nous plonge dans la terreur cloisonnée derrière les murs d'une cité immémoriale. Suspense et frisson garantie avec une pointe d'anthropologie pour celles et ceux qui osent encore s'interroger. Gou Tanabe réussit avec brio l'adaptation manga des romans de Lovecraft.

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critiques presse (2)
ActuaBD   01 avril 2019
Suite et fin de la splendide adaptation manga du chef d’œuvre de Lovecraft. Et la confirmation que l'on tient là l'une des publications asiatiques de l'année.
Lire la critique sur le site : ActuaBD
Elbakin.net   14 mars 2019
La sortie du second tome de ces Montagnes Hallucinées vient confirmer notre impression première : on tient là ce qui est sûrement la meilleure adaptation graphique d’un texte de Lovecraft [...] C’est une fois de plus brillant.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
cicou45cicou45   04 août 2020
"_Cette cité est bien celle du mirage que nous avons observé à plusieurs reprises ! C'est la glace qui en s'élevant dans les couches supérieures de l'atmosphère a projeté son image de l'autre côté des montagnes, selon les lois élémentaires de la réflexion !
Vous voyez, Danforth ! La science peut expliquer tous les mystères..."
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cicou45cicou45   05 août 2020
_Professeur Dyer...je comprends que vous soyer secoué par la perte de vos compagnons, mais une exploration en Antarctique n'est pas sans risques...L'être humain est bien peu de chose face à la force des éléments, que voulez-vous !"
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   09 mars 2019
Nous nous retournâmes tous les deux pour jeter un dernier regard en arrière et nous vîmes une chose que nul œil humain n'aurait jamais dû réfléchir. Un amas informe de bulles protoplasmiques, faiblement phosphorescent, remplissait tout le tunnel et se ruait vers nous à une vitesse invraisemblable, écrasant sur son passage les malheureux manchots affolés ! Un shoggoth ! (p. 253-256)
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cicou45cicou45   04 août 2020
"Même l'auteur du Necronomicon avait nerveusement tenté d'affirmer que ces êtres n'avaient jamais existé, qu'ils ne pouvaient provenir que de l'imagination de rêveurs drogués..."
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MariloupMariloup   20 mars 2020
Je pose donc la question à tous ceux qui sont convaincus de la prééminence de l'espèce humain sur cette planète. Qui peut vraiment savoir avec certitude si dans l'obscurité des eaux les plus profondes de la Terre demeurent ou non des créatures venues des gouffres les plus lointains de l'espace cosmique?
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Vidéo de Gou Tanabe
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Les chefs d'oeuvre de Lovecraft - L'Appel de Cthulhu de Howard Phillips Lovecraft, Gou Tanabe aux éditions Ki-oon https://www.lagriffenoire.com/1053642-livres-mangas-les-chefs-d-oeuvre-de-lovecraft---l-appel-d.html • Batman - Curse of the White knight de Sean Murphy, Matt Hollingsworth aux éditions Urban Comics https://www.lagriffenoire.com/1055569-achat-bd-batman-----curse-of-the-white-knight.html • Les nouvelles aventures de Barbe-Rouge - tome 1 - Pendu haut et court de Jean-Charles Kraehn et Stefano Carloni aux éditions Dargaud https://www.lagriffenoire.com/1050850-achat-bd-les-nouvelles-aventures-barbe---t01---les-n.html • Francis de Loputyn aux éditions Shockdom https://www.lagriffenoire.com/1054629-achat-bd-francis.html • Gideon Falls T1 : La grange noire de Andrea Sorrentino , Dave Stewart aux éditions Urban Comics https://www.lagriffenoire.com/131117-achat-bd-gideon-falls---tome-1.html • Gideon Falls T4 : le Pentoculus de Andrea Sorrentino, Dave Stewart aux éditions Urban Comics https://www.lagriffenoire.com/1053881-achat-bd-gideons-falls-t4-----le-pentoculus.html • Ellis Island de Miras et Philippe Charlot aux éditions Bamboo https://www.lagriffenoire.com/1055073-achat-bd-ellis-island-----bienvenue-en-amerique-.html • Les Frères Rubinstein T1 : Shabbat Shalom de Loïc Chevallier, Luc Brunschwig aux éditions Delcourt https://www.lagriffenoire.com/1050630-achat-bd-les-freres-rubinstein-t1-----shabbat-shalom.html • le Bel Âge - intégrale de Merwan aux éditions Dargaud https://www.lagriffenoire.com/1052776-achat-bd-le-bel-age-----integrale-t1-a-t3.html • Kariba de Daniel Clarke et James Clarke aux éditions Glénat https://www.lagriffenoire.com/1044795-achat-bd-kariba.html • Blue au pays des songes T2 : Bienvenue à Sad City de Davide Tosello aux éditions Vents d'Ouest https://www.lagriffenoire.com/1052628-achat-bd-blue-au-pays-des-songes---tome-02---bienven.html • le Banquier du Reich T1 de Pierre Boisserie, Philippe Guillaume aux éditions Glénat https://www.lagriffenoire.com/1034688-achat-bd-le-banquier-du-reich---tome-01.html • le Banquier du Reich T2 - de Pierre Boisserie, Philippe Guillaume aux éditions Glénat https://www.lagriffenoire.com/1054342-achat-bd-le-banquier-du-reich-t2.html • Renaissance T1 - Les déracinés de Frédéric Blanchard, Fred Duval aux éditions Dargaud https://www.lagriffenoire.com/127329-achat-bd-renaissance---tome-1---renaissance---tome-1.html • Renaissance T2 - Renaissance de Fred Duval, Frédéric Blanchard aux éditions Dargaud https://www.lagriffenoire.com/1016785-achat-bd-renaissance---tome-2---interzone.html • Renaissance T3 - Permafrost de Duval Fred, Blanchard Frédéric aux éditions Dargaud https://www.lagriffenoire.com/1054552-achat-bd-renaissance-t3-----
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