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EAN : 9782246825623
120 pages
Éditeur : Grasset (12/05/2021)
4.51/5   35 notes
Résumé :
Une île perdue en Méditerranée. Des collines, des oliveraies et, au fond d’une crique rocheuse, un village paisible avec son port minuscule. Depuis toujours, sa poignée d’habitants se tient à distance du continent... Ils racontent que de mystérieuses créatures marines veillent sur eux.

Assis sur un banc face à la mer, un vieillard se souvient. C’était l’époque de la dictature. Un jour, un jeune inconnu à l’allure de dieu grec, Benjamin, avait débarqué... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
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HordeduContrevent
  16 juin 2021
« Maritimes », ce roman solaire, est une parenthèse humaniste qui fait du bien. Une bulle de fraicheur en cette chaleur pré-estivale. Un tout petit livre qui dépeint l'amour, les origines, la tragédie. Tant de choses, tant de puissance en un si petit format. le choix du conte, nous pourrions dire de la fable même, par Sylvie Tanette permet cette prouesse, elle permet aussi de distiller onirisme et magie. Une fable oui, car nous pourrions en effet la raconter, tous blottis autour d'un feu.
L'île qui nous est présentée, tel un mirage, me fait rêver. Pourtant pas de longues plages de sable fin, pas de cocotiers, pas d'eau turquoise ici. C'est une simple miette dans la Méditerranée cette île, une île indéfinie, c'est la minéralité des rochers et des criques, l'odeur de garrigue des collines, des caroubiers et des oliveraies, c'est la blancheur du village écrasé sous le soleil, protégé par la mer à perte de vue, avec son port et ses barques, ses ruelles et ses petits escaliers. « Et partout des pierres. Des pierres et des pierres. Des rochers entassés qui forment des criques. Ils semblent avoir été posés là tout exprès pour que les petits garçons d'ici puissent apprendre à plonger ».
Cette île c'est également ses habitants, taiseux et mystérieux, qui cultivent olives, agrumes et amandes, qui pêchent le poisson, se suffisant de peu, se suffisant d'eux-mêmes. Ses habitants surtout me font rêver. Une poche d'humanité comme il en existe encore. Des gens qui savent, sans les mots, sans la science, qui refusent l'autoritarisme naturellement avec bienveillance, en gardiens de ce temple sauvage, qui font de l'entraide la valeur essentielle, l'hospitalité une pierre angulaire. L'humanité dans ce qu'elle a de plus pure. Malgré l'ignominie.
La blancheur du village est symbole de pureté et de protection lorsque le continent, en face, dont on aperçoit les côtes lors de beau temps, est en proie à la dictature. le narrateur, un vieux monsieur qui régulièrement se rend à l'arrière de l'île pour venir nettoyer l'autel de Sainte Michaëla au rocher du voile de la mariée, nous raconte.
Il nous raconte la vie sur l'île, la présence et le rôle des mouettes, les vagues d'émigration qui font disparaitre les personnes de l'île depuis des années, la réserve polie et touchante que les îliens affichent aux personnes du continent qui viennent parfois les observer comme s'ils étaient des animaux curieux. Il nous conte l'arrivée de Benjamin depuis le continent un beau matin. Son installation loin du village dans une modeste maison de pierres.
Il nous raconte la méfiance des habitants pour ce nouveau régime qui enflamme par stades entiers les gens sur le continent, l'intégration bienveillante de Benjamin, dans ce contexte inquiétant, qui sera aimé peu à peu comme un fils.
La légende dit que l'île a été découverte par une population sortie de la mer. « Des gens qui vivaient dans les grands fonds avaient un jour décidé de fausser compagnie aux créatures marines. Ils avaient nagé sous l'eau de longues heures jusqu'au moment où ils avaient aperçu des rochers perçant la surface. Ils s'étaient hissés dessus, épuisés, et avaient vu de leurs yeux combien la mer est magnifique quand on la contemple depuis l'extérieur ». Ils ont l'habitude les îliens. Personne ne s'est jamais intéressé à ce que qu'ils racontent. Sauf Benjamin justement.
Il y a de l'amour également dans ce conte, beaucoup d'amour. de la beauté. Et une tragédie terrible. Depuis « les touristes s'étonnent parfois de notre peu d'empressement à bavarder avec eux. Ils disent que sur l'île nous sommes des taiseux, c'est le mot qu'ils emploient. Si ça peut leur faire plaisir, je me fiche de les entendre dire que nous sommes des taiseux. Nous les laissons à leurs considérations et aux adjectifs vieillots qu'ils affectionnent quand ils parlent de nous. Ce que nos yeux ont vu ce jour-là nous a éloignés pour toujours de la compagnie des hommes ».
La plume de l'auteure est douce et délicate. Profondément humaine. Engagée tout en étant poétique. Militante l'air de rien, par petites touches fulgurantes. Il fait chaud au coeur ce livre à la fois simple et d'une grande puissance. Curieuse et empressée de découvrir les autres livres de Sylvie Tanette, notamment « un jardin en Australie ».


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HundredDreams
  03 août 2021
Envie d'un bain de soleil au bord de la mer, contempler cette immensité bleutée qui me fascine, écouter le bruit mélodieux du ressac et admirer le vol des oiseaux marins qui se jouent des vagues.
Et c'est avec cette pensée que mon regard s'est posé sur le dernier roman de Sylvie Tanette, auteure que je découvre avec son roman « Maritimes ».
*
Sylvie Tanette a choisi d'emmener ses lecteurs sur une petite île isolée, loin du continent. Peut-être pas celle qu'auraient choisie les touristes pour y passer leurs vacances d'été, mais les mots de l'auteure enveloppent cette petite île d'un charme fou. Cette petite île rocailleuse est comme une perle précieuse dans l'immensité de l'océan. Et c'est vers elle que mon choix s'est porté.
« Notre île est une miette dans la Méditerranée. Des rochers et des criques, quelques kilomètres de collines, des oliveraies à moitié abandonnées, le village blanc comme de la craie avec son petit port et ses barques. Autour, la mer à perte de vue nous protège. Nous, les pêcheurs, nous la connaissons par coeur. Les poissons qui se faufilent entre les rochers, les méduses, les murènes en embuscade, nous pouvons dire quel est le caractère de chacun de ces animaux marins car depuis toujours nous vivons avec eux. »
Si vous vous rendez sur cette île, vous y rencontrerez une petite communauté de pêcheurs qui vit en paix, respectueuse de son environnement.
Vous ferez, sans aucun doute, la connaissance d'un vieux pêcheur qui chaque matin se promène le long du sentier côtier jusqu'à la pointe baptisée « le voile de la mariée ».
C'est lui le narrateur de cette histoire.
Le vieil homme se remémore lorsque la dictature s'est installée sur le continent.
J'ai aimé le regard sage, bienveillant et tolérant qu'il pose sur le monde des hommes.
« Il y a des moments où la mer donne l'impression de vouloir communiquer avec nous, et d'autres fois où elle semble comprendre exactement ce que nous attendons d'elle. »
*
Lorsqu'un voile de brume est apparu à l'horizon amenant une légère brise, les habitants ont continué à vivre humblement selon leurs principes, dans le respect et la tolérance. La dictature militaire qui frappait le continent n'a pas eu de prise sur eux.
Mais cette petite perle est comme une tache que certains hommes brutaux et tyranniques voient comme une insulte.
« …les phoques moines ne sortent que la nuit et se cachent dans leurs grottes comme des réfugiés apeurés. Ils sont les survivants d'une époque que nous n'avons pas connue, car leur histoire a commencé bien avant notre présence sur l'île. Il suffit de regarder leurs visages, ils donnent l'impression de surgir de temps très anciens. Nous sommes désolés de leur disparition que nous ne nous expliquons d'ailleurs pas. de l'avis de certains pêcheurs ils n'ont pas su s'adapter à l'époque moderne, ou peut-être ils préfèrent ne pas la vivre. Selon moi ces imbéciles des rives d'en face les ont trop chassés, tout simplement, voilà pourquoi ils fuient toute compagnie. Nous ne savons pas quoi faire, la disparition de ces bêtes qui jamais n'ont prononcé le moindre mot annonce sans doute quelque chose de grave, mais nous ignorons quoi. »
Et puis un beau jour, le vent du continent a amené Benjamin.
Et les habitants de cette île, au premier abord taiseux et discrets, ont accueilli avec chaleur et générosité ce jeune homme « à l'allure de dieu grec » qui souhaitait vivre avec eux et s'intégrer.
Ce jeune homme avait de belles idées.
« Pour adoucir mon malheur, je me souviens de ce que nous racontait Benjamin, je me dis que ses paroles continuent de s'éparpiller sur la Méditerranée et ça, aucun préfet ne peut l'empêcher. »
*
La plume de l'écrivain est belle par son apparente simplicité d'où émane une puissance rare et poétique.
« Maritimes » est un très beau conte qui m'a séduite par son humanité et ses beaux messages sur la fraternité, le respect, la résistance à l'oppression. Je me suis laissée emporter par cette histoire tragique.
Je vous conseille très vivement ce tout petit roman plein d'émotions et de poésie. Et je tiens à remercier à nouveau HordeduContrevent dont les effluves marins de sa critique sont arrivés jusqu'à moi.
« … celui qui ne sait pas sauver son prochain se perd lui-même. »
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Merik
  08 juillet 2021
C'est une île ensoleillée sans nom ni localisation GPS, "une miette dans la Méditerranée". Pourtant on apprendra vite à la situer, quelque part à l'horizon d'une ligne de sagesse, de tradition séculaire et de bon sens. Et ce grâce au talent de conteur de notre pêcheur narrateur, sans nom lui non plus, à un âge qu'il ne sait même pas. "Moi je dirais : au moins trois mille ans". Une chose paraît certaine cependant, il a gardé à proximité son âme d'enfant.
C'est une communauté de pêcheurs à la lisière de l'humanité qu'il nous présente, des pêcheurs sensibles aux créatures maritimes dont ils sont issus, à l'écoute aussi des mouettes ou des éléments. Plus proches de la nature que les humains du continent d'en face c'est sûr, d'autant qu'il y règne une dictature. Ils accueillent pourtant sans s'opposer leurs frères humains et parfois touristes, à la fois si proches et si lointains, de manière toujours affable, "des modèles de bonhomie méditerranéenne" avec les mains croisées dans le dos à écouter leurs jérémiades et leurs leçons, opinant sagement du bonnet avant de n'en faire qu'à leur tête. Celle posée depuis la nuit des temps sur les rochers du bon sens et de la raison.
C'est plus précisément l'histoire de personnages à l'allure mythique sur l'île, preuve en est qu'ils ont quant à eux un prénom : Benjamin ce garçon "à l'allure de dieu grec" descendu du bateau-navette, "le plus beau jeune homme de l'île mais aussi un garçon très droit, très juste", ou Michaëla, future sainte non reconnue par l'Église des touristes.
C'est aussi un petit livre par l'épaisseur, qui contient un très joli texte sensible et poétique, au ton un brin décalé, parfois drôle ou impertinent mais toujours bienveillant, comme celui d'un enfant éternel qui regarderait avec surprise un monde fou d'adultes paumés.
Mais c'est surtout un délicieux conte aux airs allégoriques, à la résonance désenchantée immédiate en ces temps de course obstinée de l'humanité. À déguster les pieds dans l'eau, de préférence dans un endroit préservé.
« Et le soir par nos cris déchirants nous tenterons de le rappeler à nos frères humains : celui qui ne sait pas sauver son prochain se perd lui-même. »
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DianaAuzou
  01 juillet 2021
J'ai enchaîné la lecture de Maritimes tout de suite après Là où chantent les écrevisses, de Delia Owens. Les deux livres s'appellent. Ce n'est que naturel.
Le bateau est reparti, Benjamin est resté sur l'île. Il était jeune grand, avec "son allure de dieu grec"... Une petite île dans la Méditerranée, perdue ou bien oubliée et un vieil homme qui parle à ses souvenirs, à voix basse, une basse continue. Il est très vieux, il ne sait pas l'âge qu'il a "au moins trois mille ans" peut-être, le fil de la mémoire remonte très loin, quand l'île n'était pas habitée et quand les créatures marines l'avait choisie pour s'y installer. Il se souvient de Benjamin, de son accent, et du mystère de son passé que tous sur l'île avaient laissé tel qu'il était. Il voit encore sa petite maison en pierre et le caroubier qui lui fait de l'ombre. Tous aimaient ce garçon, sauf la dictature, et si on a la malchance d'être poursuivi par sa haine, y échapper c'est une utopie. Il se souvient aussi de Michaëla et des noces qu'ils avaient tous préparées pour elle et Benjamin. Mémoire ineffaçable, le coeur de l'île, ses habitants pêcheurs depuis des générations, taiseux, mystérieux, vivant à l'écart du monde, des préfets, et de l'armée, en bonne entente avec la mer, les mouettes, le vent et les créatures marines.
Les petites pages du livres tournaient toutes seules et m'emmenèrent sur l'île à la rencontre de ces hommes et femmes qui accueillent et sourient et gardent encore le sens du partage et de la fraternité, ils sont grands, simples, des pierres brutes, précieuses, non taillées.
La petite île est isolée et sereine, mais pas loin le monde est noir et la dictature déclare la guerre à tous ceux qu'elle n'aime pas. L'abominable arrive sans crier gare avec sa faux meurtrière.
Le vieux se souvient des moments de résistance silencieuse, ferme, imparable : "Nous avons gardé nos mains croisées dans le dos, nos épaules se touchaient et nous étions tous face au préfet, nous avons pris des mines très sérieuses et nous avons répété : bien, très bien... Nous l'avons laissé repartir avec sa clique... Alors nous avons dit aux migrants qu'ils pouvaient sortir de leurs cachettes, il n'y avait plus aucun danger. D'ailleurs c'était bientôt l'heure de manger."
Il se souvient..."nous sommes toujours là, mais notre temps est compté."
La chaleur de l'île c'est le coeur de ses habitants, pour les touristes c'est un endroit extraordinaire, divin, paradisiaque. Un d'eux veut acheter, à n'importe quel prix. "Les villageois l'écoutent poliment, mains croisées dans le dos. Mais alors qu'il s'agite comme un désespéré il voit leurs visages se fermer... Ces gens qui d'habitude sont des modèles de bonhomie méditerranéenne regardent cette fois-ci l'affolé dans les yeux et invariablement lui répondent : Non merci."
Cri de douleur, ode à la fraternité, hymne à l'amour, ce petit livre a une immense profondeur, et le style de Sylvie Tanette est d'une rare délicatesse dont la sobriété fait vibrer encore plus une émotion contenue qui appelle et touche. Je la garde.
Un très grand merci à deux amies Babeliottes, HordeduContrevent et Zazaboum qui m'ont fait découvrir ce petit bijou.
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dannso
  08 septembre 2021
C'est un conte. Cela se passe en Méditerranée, dans une petite ile, où vivent quelques pécheurs et leurs familles. le narrateur se promène et se souvient. C'était une période trouble, la dictature régnait sur le continent. Benjamin est arrivé dans l'ile et s'y est installé, à la recherche d'un refuge sans doute. Il va être peu à peu accepté de tous, jusqu'à bientôt vouloir s'y marier. Mais les sbires des dictateurs n'ont pas dit leur dernier mot….
C'est un texte solaire, à la fois plein de vie et de mélancolie. J'ai senti en le lisant la chaleur du soleil, le sel de la mer, les parfums de la terre chauffée par le soleil.
Les habitants de l'ile forment un groupe soudé. On ne sait pas d'où ils viennent et on ne le saura pas : ils ont refusé de cracher dans un tube à ADN. Leur dialecte est à part, peut-être parce qu'à une époque ils conversaient avec les créatures marines.
C'est un récit surprenant, alternant entre l'époque de la dictature et l'époque actuelle, alternant entre une vision pratique de la vie, les transports, la pèche, les impératifs évités tant que ce peut de la vie moderne et un récit mythologique, faisant intervenir des créatures venues du fond des mers.
C'est un texte où l'humanité et la solidarité ne sont pas des mots vains, où l'auteure nous fait ressentir l'horreur de cette dictature et la valeur de la vie sur cette ile, épargnée par cette dictature, mais aussi épargnée par les dérives du progrès. Les habitants partagent la même vision de ce que doit rester leur ile, ils se comprennent sans beaucoup parler, ils savent faire front sans faire de vagues, mais de façon très efficace, sauf une fois….
Je ne suis pas amatrice en temps normal de textes courts, et je suis d'autant plus impressionnée quand un auteur réussit à me captiver en si peu de pages. Je remercie infiniment les éditions Grasset pour ce partage #Maritimes #NetGalleyFrance
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critiques presse (3)
Bibliobs   06 juillet 2021
« Maritimes » de Sylvie Tanette : une fable insulaire et ensorcelante.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeFigaro   25 juin 2021
Sur une petite île en Méditerranée débarque un beau jeune homme fuyant la dictature. Un roman solaire, onirique et envoûtant.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaTribuneDeGeneve   10 mai 2021
Sylvie Tanette publie «Maritimes», un beau roman solaire et méditerranéen qui parle d’hospitalité, d’amour et d’insoumission.
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
HundredDreamsHundredDreams   03 août 2021
Ce matin je suis allé marcher.
Maintenant que je suis vieux, je ne pars presque plus en mer, j’ai laissé ma barque à mes fils et ce sont eux qui vont relever les filets chaque jour. Alors j’ai du temps, et souvent j’en profite pour faire un grand tour sur le sentier au-dessus des criques, jusqu’à l’extrémité de l’île. Jusqu’au promontoire appelé Le Voile de la mariée.
C’est le nom que nous donnons à cet endroit qui surplombe la falaise et la mer. Comme d’habitude quand je vais là-bas, j’ai pris soin de nettoyer le petit autel de sainte Michaëla. J’ai enlevé des toiles d’araignée, des brindilles. Quelqu’un avait déposé un bouquet sur le rebord cimenté. Les vieilles femmes du village s’occupent à tour de rôle de fleurir le lieu.

(Incipit du roman)
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HordeduContreventHordeduContrevent   16 juin 2021
Un cormoran est debout sur un rocher depuis des heures, il ne bouge pas. Le cormoran est une bête étrange, il est toujours seul. Il ne veut pas se mêler aux mouettes alors qu’ils sont presque de la même famille. Il fait comme s’il ne les connaissait pas, c’est l’animal le plus solitaire que personne ait jamais vu.
Les vieux dans le temps racontaient qu’il s’était montré trop acerbe envers les autres oiseaux, ils n’ont plus voulu de sa compagnie.
Depuis il reste tout seul sur les rochers, immobile, et les mouettes ne font pas attention à lui. Il agit comme si ça n’avait aucune importance, regarde la mer d’un air supérieur en maître des lieux, il fait le fier, mais en vérité c’est un paria.
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HundredDreamsHundredDreams   03 août 2021
L’un des derniers touristes présents sur l’île en cette fin de saison est venu me tirer de mes souvenirs. Il m’a rejoint sur le banc où je suis assis et m’a demandé comment il lui serait possible d’apercevoir des phoques moines. Si ça l’amuse, il peut toujours partir cette nuit sur une barque en compagnie des pêcheurs, c’est le meilleur moyen pour surprendre ces animaux mais il a peu de chances d’y parvenir, je l’ai prévenu. Je ne sais pas comment ce touriste est au courant de la présence des phoques moines, sans doute il l’a lu dans un guide. Les derniers de la région, et peut-être même de Méditerranée, vivent en effet quelque part sur le flanc sud de l’île, au fond de grottes marines. Il n’y a pas si longtemps leur colonie comptait des centaines d’individus, ils ne sont plus que quelques-uns aujourd’hui et il est difficile de les débusquer, les phoques moines ne sortent que la nuit et se cachent dans leurs grottes comme des réfugiés apeurés. Ils sont les survivants d’une époque que nous n’avons pas connue, car leur histoire a commencé bien avant notre présence sur l’île. Il suffit de regarder leurs visages, ils donnent l’impression de surgir de temps très anciens. Nous sommes désolés de leur disparition que nous ne nous expliquons d’ailleurs pas. De l’avis de certains pêcheurs ils n’ont pas su s’adapter à l’époque moderne, ou peut-être ils préfèrent ne pas la vivre. Selon moi ces imbéciles des rives d’en face les ont trop chassés, tout simplement, voilà pourquoi ils fuient toute compagnie. Nous ne savons pas quoi faire, la disparition de ces bêtes qui jamais n’ont prononcé le moindre mot annonce sans doute quelque chose de grave, mais nous ignorons quoi.
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nath45nath45   24 juillet 2021
Ce nouveau régime qui s’était abattu sur le pays, nous autres depuis l’île nous nous en sommes tout de suite méfiés, contrairement à ceux d’en face qui se sont enflammés par stades entiers. Les habitants des îles sont par essence des marginaux, nous en particulier car notre histoire n’a rien à voir avec celle du continent. Aussi nous nous sommes claquemurés. Moi de toute façon, les démonstrations de force des autorités m’ont toujours fatigués. Nous vivons en bonne entente avec les créatures maritimes, les animaux, les monstres des profondeurs, nous n’avons pas envie que les préfets, l’armée ou qui sait quel président se mêlent de nos affaires et nous ne nous mêlons pas des leurs. (Page 23)
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HordeduContreventHordeduContrevent   16 juin 2021
Cela dit je dois l’avouer, nombre d’entre nous aimaient tenter d’apercevoir la femme du pêcheur dans l’obscurité, juste pour le plaisir de regarder ses quelques gestes pleins d’impatience quand elle ôtait ses vêtements, voir ses cheveux tomber comme un rideau sur ses cuisses et la contempler alors qu’elle se glissait sans bruit dans la mer sombre.
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VIOLAINE SCHWARTZ – UNE FORÊT DANS LA TÊTE Lecture par l'auteure Rencontre animée par Sylvie Tanette Lors d'une rupture d'anévrisme, 35 % meurent sur le coup, 35 % présentent des séquelles neurologiques, les autres n'ont rien du tout comme la narratrice. Elle peut encore faire tout ce qui lui passe par la tête, comme avant, mais avec la crainte que cela ne recommence. Tout va bien et soudain tout va mal, cette crainte l'empêche d'en profiter, la réveille toutes les nuits. Elle vit à Paris, mais ne supporte plus la violence, la foule, le bruit. Trop fragile pour reprendre le chemin du travail, elle part dans la maison familiale, un grand mas perdu au bout d'une route de terre, au fond des Pyrénées, à la frontière espagnole. C'est l'endroit d'avant la rupture d'anévrisme. Là-bas, personne ne sait ce qui lui est arrivé. Elle part toute seule pour la première fois. Heureusement, il y a Frida, une marginale qui vit dans une cabane perdue, son amie de la montagne et de l'été, la clocharde céleste, la sorcière des forêts. Frida vit avec son homme en autarcie au milieu de la forêt, depuis plus de vingt ans. Ce roman devient l'histoire d'une guérison à travers le portrait croisé de deux femmes amies que tout oppose dans la société, mais qui l'une et l'autre ont appris l'extrême fragilité de la vie.
Ce livre est le récit d'une guérison après une rupture d'anévrisme. Par la puissance des mots, le goût des chemins de traverse et de la rencontre avec l'autre.
À lire – Violaine Schwartz, Une forêt dans la tête, P.O.L, 2021.
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