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ISBN : 2343042918
Éditeur : Editions L'Harmattan (04/09/2014)

Note moyenne : 1/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Ce livre, consacré à l'oeuvre de Léonora Miano, se veut à la fois un hommage à une romancière confirmée et un texte de référence pour les chercheurs et tous ceux qui s'intéressent à sa production littéraire. Il rassemble des articles de chercheurs qui se sont intéressés à l'esthétique et à l'histoire des textes qui la composent. Ils posent ainsi un regard transversal et innovant dans le décryptage de ces textes, en tant que spécialistes des littératures francophones... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (1) Ajouter une critique
YvesParis
  21 novembre 2014
Professeure de littérature à l'université de Yaoundé-1, Alice Delphine Tang a dirigé cet ouvrage collectif consacré à l'oeuvre romanesque de Léonora Miano. Il rassemble une vingtaine de contributions rédigées par des chercheurs – et pour les trois quarts des chercheuses – en poste au Cameroun, en France, au Canada, aux États-Unis, au Ghana …
En moins de dix ans, l'écrivaine française d'origine camerounaise a publié une dizaine d'ouvrages. Contours du jour qui vient, s'est vu décerner le prix Goncourt des lycéens en 2006 ; La saison de l'ombre, son dernier roman en date, a obtenu le prix Fémina en 2013.
Son oeuvre romanesque fait preuve d'une grande cohérence. Dans la forme comme dans le fond. Elle est traversée par quelques thèmes fédérateurs.
Le plus évident est l'Afrique où se déroule l'essentiel de l'action de sa trilogie intitulée Suite africaine. Léonora Miano porte sur elle un regard dépourvu de toute idéalisation. Loin de l'imagerie d'Épinal d'un Camara Laye, Leonora Miano décrit le quotidien d'une génération d'enfants africains livrés à la violence guerrière, à l'exploitation sexuelle, au soupçon de mauvais oeil. C'est Musango, la fillette de 12 ans que sa mère chasse du foyer familial avant de tomber dans les mains d'une secte évangélique (Guedeyi Yaeneta Hayatou, « La représentation de l'enfance fragmentée dans Contours du jour qui vient »). C'est Epa, le jeune paysan enrôlé dans une milice et transformé en enfant-soldat (Valérie Dusaillant-Fernandes, « le sort des enfants de la postcolonie »).
Les femmes sont au coeur des romans de Léonora Miano, se substituant aux hommes lâches et veules. Les contributrices à l'ouvrage collectif dirigé par Alice Delphine Tang sont nombreuses à le souligner, au risque de réduire l'oeuvre romanesque de Léonora Miano à une oeuvre féministe, ce qu'elle n'est pas – ou pas seulement. Les femmes sont les héroïnes de ses romans : la jeune Musango des Contours du jour qui vient, les bigger than life de Blues pour Élise, les mères courageuses de la saison des ombres. Quand les hommes se révèlent incapables de défendre le groupe, c'est aux femmes de prendre le relais (Patricia Bissa Enama, « Léonora Miano ou la gynécocratie racontée »). Pour autant Léonora Miano ne verse pas dans le manichéisme de genre : les femmes ont aussi leur part d'ombre telle la mère de Musango qui soupçonne son enfant de sorcellerie et la met à la rue (Augustine H. Asaah, « la dialectique lutte/paix ou le rapport mère :fille dans Contours du jour qui vient)
De cette Afrique post-coloniale, le Blanc est absent. A rebours d'une littérature qui impute au colonisateur la responsabilité des maux qui affligent l'Afrique, Léonora Miano n'instruit pas ce procès-là. Est-ce à dire qu'elle l'en exonère ? Non. Léonora Miano n'est pas Axelle Kabou. Mais, ce sont les Africains qui, selon elle, portent la responsabilité de leur destin (Germain Nyada, « Figure et voix du peuple dans Les Aubes écarlates »)
Léonora Miano les exhorte d'abord à regarder leur histoire en face. Et au premier chef l'histoire de la traite négrière qui traverse en filigrane toute son oeuvre jusqu'à constituer le coeur de son dernier roman, La saison de l'ombre, sans doute le plus épique. Là encore, ce n'est pas le procès de l'Occident que Miano instruit. Mais plutôt celui des Africains coupables d'avoir vendu leurs fils aux négriers. C'est cet épisode fondateur qui a creusé un fossé entre les deux composantes de la « communauté noire » de France : les Antillais, qui reprochent aux Africains de les avoir abandonnés tandis que les Africains méprisent les Antillais pour s'être laissé asservir. L'invocation d'une Afrique précoloniale fantasmée n'est pas la panacée comme le montre avec force le premier roman de Léonora Miano (Rosine Paki Salé, Configurations idéologiques dans l'esthétique romanesque de Lénora Miano : une lecture de L'intérieur de la nuit »). La milice qui envahit le paisible village d'Eku, assassine ses habitants et oblige les survivants à cuisiner et manger leurs dépouilles, est dirigée par un chef de guerre qui dénonce les méfaits de la colonisation et promeut le retour aux origines (Trésor Simon Yoassi, « paroles, personnages subalternes et nations postcoloniales »). Une telle attitude n'est d'ailleurs pas propre aux Africains d'Afrique. Léonora Miano raille aussi l'idéologie kémite des Africains de la diaspora (Christiane Félicité Ewane Essoh et Amos Kamsu Souop Tetcha, « Sur les traces des rastafaris dans Tels des astres éteints »)
Car ses romans ne se situent pas seulement en Afrique. Comme ses « grandes soeurs » Calixte Beyala, Marie N'Diaye ou Fatou Diome, Léonora Miano interroge le mal-être identitaire des populations noires qui vivent en France. Pour les désigner, elle récuse le terme à la mode de « métissage » qui surinvestit la couleur de la peau mais lui préfère celui d'Afropéen (« Sophia Mizouni, « Léonora Miano et espace afropéen : territoire physique, site virtuel et identités dans Blues pour Élise »). Entre la mythification de la terre d'origine et la désillusion provoquée par l'émigration en Occident, Léonora Miano invite les Afropéens au réalisme. Elle identifie un lieu, un entre-deux, où forger des « identités frontalières ». Une Afropéa réconciliée avec elle-même, avec l'Afrique, avec l'Europe, ne refusant pas son ancrage en Europe sans renier pour autant la culture de ses ancêtres africains.
Cette critique sera publiée dans le numéro 254 de la revue "Afrique contemporaine" de l'AFD
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