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EAN : 9782864326526
90 pages
Verdier (06/05/2011)
4.14/5   507 notes
Résumé :
Dans cet essai sur l'esthétique japonaise, publié en 1933, l'écrivain défend une esthétique de la pénombre comme réaction à l'esthétique occidentale où tout est éclairé. Il revendique la patine des objets en opposition à la manière lisse de l'Occident.
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Critiques, Analyses et Avis (59) Voir plus Ajouter une critique
4,14

sur 507 notes
Ce texte, parmi les plus célèbres de la littérature japonaise du XXème siècle, pourrait à première vue — à la lumière de ce que nous pensons savoir — sembler avoir un peu mal vieilli.
La claire opposition lumière / obscurité - Occident / Orient semble en effet avoir vécu : la matérialité, avec son cortège de normes de sécurité, sa foulitude de nouveautés, son irrésistible et planétaire attrait, ne connait plus de frontières ni de limites.

Se cantonner à cette lecture ferait à tort oublier la profonde différence qu'il existe encore aujourd'hui ( plus que jamais peut-être ) entre une société dont la préservation de traditions culturelles n'appelle pas forcément de négation à la modernité, et une autre dont la justement convoitée modernité implique l'abandon, voire la dénégation, d'une part importante de cet héritage.
Contrepoint contemporain de cette lecture, évidement absent de ses pages, il rôde dans l'esprit du lecteur habitué à passer outre ces rideaux et cloisons érigés entre les peuples.

Son approche matérielle à vocation spirituelle rappelle à chacun le nombre limité d'objets réellement nécessaires à une vie simple et épanouie, l'entièreté du cycle alimentaire comme centre de gravité.
Des éléments constitutifs et sûrement impératifs à notre humanité ( en opposition, cette fois-ci, à l'animalité ) se nourrir, en l'enveloppant dans un nuage de rites sociaux et concrets, revêt une importance capitale, d'autant plus quand elle permet le respect, la conscience et la sobriété de cette alimentation.
La culture japonaise a toujours beaucoup à apporter, à nous autres reste du monde, à ce sujet.

L'urgence décroissante à recycler, en quelques outils de métal, la petite boîte lumineuse qui partout nous accompagne — hideux miroir rétro-éclairé — se reflète au blanc de ces jolies pages imprimées.
Le commerce de mode auto-destructif comme véritable écueil civilisationnel ; l'âge et l'histoire d'un objet comme authentique richesse.

Une lecture qui prise à temps et en son temps entraînera force réflexions lumineuses, d'autres beaucoup plus sombres, comme cette effrayante ( mais efficiente ? ) volonté de « pureté » culturelle de ce peuple insulaire. Mais ce n'est pas cette nonantaine de pages qui apportera quelques éclaircissements, laissant le choix de la facilité au lecteur…

À noter que la maison d'éditions Philippe Picquier, grande spécialiste de littérature extrême-orientale, n'a pas su résister à la tentation d'avoir ce texte majeur à son catalogue, nous livrant une nouvelle traduction outre-nommée « Louange de l'ombre », comme si la leçon de ce texte, ainsi que sa magnifique première traduction par l'exégète René Sieffert, étaient bonnes pour le placard, alors que de nombreuses ré-éditions existent, celle-ci très jolie chez Verdier.
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Conseiller un livre est une entreprise périlleuse. Combien de fois n'ai-je pas recommandé tel bouquin à telle personne en étant certain qu'ils allaient devenir inséparables, que les pages allaient se faire bouffer toutes crues en une poignée d'heures ! La réalité m'a souvent remis les yeux bien en face des orbites: j'aurais fait un pitoyable libraire ou bibliothécaire.

Chaque lecteur potentiel a des goûts spécifiques, des attentes particulières qui varient en fonction de son vécu, ainsi qu'un degré "d'influençabilité" personnel tellement volatile qu'il faut être fin psychologue avant de dénicher l'objet idéal et ensuite débiter la phrase fétiche “j'ai le livre qu'il te faut !” Avant d'être partagée, la lecture reste un repli où l'on entre en résonance (ou pas) avec une histoire. D'ailleurs, ne dit-on pas que c'est le livre qui nous choisit et non l'inverse?

Tout comme dans l'action d'écouter une musique, il y a dans la lecture une part non négligeable d'initiation. Rares sont les personnes, par exemple, qui discernent à la première écoute la multitude de variations et de nuances d'un concerto de Bach. Il faut être un minimum aiguillé afin d'ouvrir le champ des possibles. La littérature n'échappe pas à cette règle initiatique. Si une personne vous montre dès l'enfance la lecture comme source de plaisir, il y a de grandes chances que vous tournerez des centaines de milliers de pages tout au long de votre vie. Cette initiation continue au gré de personnes rencontrées, de libraires chez lesquels on va fouiner, ou encore de blogs tels que l'excellent Bibliofeel qui propose des chroniques en dehors des sentiers battus. C'est d'ailleurs via ce site que le livre Éloge de l'ombre de Junichirô Tanizaki s'est mis à me faire de l'oeil. Analyse de cet ouvrage culte japonais. 行こう!

Afin de mieux saisir l'intérêt de ce livre publié pour la première fois en 1933, il est important de dire un mot sur Junichirô Tanizaki ainsi que sur la période durant laquelle il écrivit ce bref essai. D'abord l'homme, né un 24 juillet 1886 à Tokyo, est un écrivain qui a, dès ses premiers écrits, apporté un style qui brisa les codes littéraires japonais de l'époque lorgnant jusque-là du côté du romantisme et du naturalisme. Tanizaki a gardé tout au long de sa vie cet esprit anti-conformiste en faisant fi des courants qui traversaient le Japon de la fin du XIX au début du XXe siècle. C'est ce que l'on appelle l'ère Meiji du nom de l'illustre empereur nippon.

Cette période est un tournant dans l'Histoire du Japon. Ce pays, qui vécut pendant des siècles loin de l'influence culturelle et technologique occidentale, se voit soudainement chamboulé par une manière de vivre diamétralement opposée aux siècles de tradition et entre, d'un coup, dans l'ère de la modernité.

Ces deux éléments, c'est-à-dire la gouaille de Tanizaki et l'entrée dans le monde moderne sont pour moi, le socle de l'Éloge de l'ombre où l'auteur japonais regarde le présent en mettant dans la balance le poids d'un héritage multiséculaire.

Le Japon d'autrefois avait alors une identité forte, imprégnée d'une notion de beauté très différente de nos standards occidentaux. Et l'auteur de nous faire découvrir l'âme nippone ancestrale. Celle qui était habituée au dépouillement, à l'obscurité ainsi qu'aux ombres. Chez Tanizaki point de place pour l'éblouissement par la lumière qu'il considère inadaptée à la vie de l'archipel :

“ En fait, la beauté d'une pièce d'habitation japonaise, produite uniquement par un jeu sur le degré d'opacité de l'ombre, se passe de tout accessoire. L'Occidental, en voyant cela, est frappé par ce dépouillement et croit n'avoir affaire qu'à des murs gris dépourvus de tout ornement, interprétation parfaitement légitime de son point de vue, mais qui prouve qu'il n'a point percé l'énigme de l'ombre. “

Il y a dans le concept d'obscurité un respect profond et subtile pour l'environnement dans lequel il se manifeste. Il s'agit d'un tout et non d'une simple variation lumineuse. L'auteur japonais nous emmène jusque dans les toilettes japonaises de l'époque qui était, de nouveau, l'exact opposée des nôtres. Là, pas de carrelage ni de faïence, pas de pièce chauffée à la blancheur immaculée mais une annexe près des feuillages où le confort boisé est certes rudimentaire mais en adéquation parfaite avec la nature. À l'instar de ces lieux d'aisance, Tanizaki nous fait alors découvrir pourquoi l'obscurité était présente partout des WC aux meubles laqués noirs jusqu'aux ustensiles de cuisine rarement brillants mais souvent sombres. C'est qu'il y avait une recherche de poésie dans ce Japon ancestral. L'ombre était alors l'écrin parfait pour mettre en valeur des choses lumineuses telles que certaines couleurs éclatantes comme l'or ou plus banalement dit le… doré.

Cette conception de la beauté à travers l'obscurité est, sans doute, quelque-chose qui continue de perturber bon nombre d'entre-nous qui ne jurons que par la recherche absolue de lumière. Ne dit-on pas qu'une personne est rayonnante voire solaire? À contrario, n'utilisons-nous pas tout un vocabulaire péjoratif lié à l'ombre pour décrire des faits négatifs ? Pourtant les nuances et la subtilité ne se découvrent qu'à travers des jeux d'ombres. Les artistes sont sans doute les premiers à utiliser cet aspect positif de la pénombre. Il suffit d'admirer un chef d'oeuvre de la peinture pour se rendre compte de sa présence indiscutable. Sans elle, la peinture serait totalement différente. Il en va de même pour la photographie, la musique, la calligraphie et bien d'autres pratiques. le livre de Junichirô Tanizaki est culte car il a renversé la réflexion sur le beau en l'abordant, dès le départ, à travers l'obscurité et non via le poncif éculé qu'est la lumière.

“ Je crois que le beau n'est pas une substance en soi, mais rien qu'un dessin d'ombres, qu'un jeu de clair-obscur produit par la juxtaposition de substances diverses. de même qu'une pierre phosphorescente qui, placée dans l'obscurité émet un rayonnement, perd, exposée au plein jour, toute sa fascination de joyau précieux, de même le beau perd son existence si l'on supprime les effets d'ombre. “

Conclusion

Avec ce livre épais de 90 pages seulement, Tanizaki a renversé les codes conventionnels et donné une perspective déroutante afin de nous parler d'un Japon aujourd'hui disparu mais dont l'onde de choc continue encore de se faire sentir aujourd'hui. Car, si son ode à la faveur de l'obscurité peut-être lue de manière historique, artistique ou encore folklorique, elle est aussi une exceptionnelle mise en abyme de la manière dont fonctionne une modernité qui oublie d'où elle vient. Cette recherche viscérale de progrès qui nous fait détester la moindre parcelle d'ombres en nous. Il faut que tout scintille jusqu'à l'épuisement. Et que restera-t-il quand tout s'éteindra à nouveau? Il restera l'obscurité car c'est du néant que jaillit la lumière.

Un livre à mettre entre toutes les mains 😉

À bientôt,
Lien : https://lespetitesanalyses.c..
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Il m'a franchement amusée Junichirô Tanisaki, dans les toutes premières pages de cet éloge, en énonçant les principes fondamentaux d'un art de vivre japonais menacé par la modernité occidentale qui chahute déjà largement les usages traditionnels dans l'archipel au moment où il écrit (1933). Ainsi, quand les commodités les plus élémentaires de la maison d'habitation sont concurrencées par de rutilantes cuvettes à chasse d'eau, de disgracieux calorifères ou d'inconvenants éclairages électriques, se plait-il à rappeler combien ces "avancées" utilitaires s'accordent mal à l'idéal japonais des "petits coins" dont le lecteur découvre les principes, quelques pages plus loin, aux monastères de Nara ou de Kyôto. Puis convoquant le "génie national" Tanizaki questionne ironiquement cette victoire de l'hygiénisme rampant sur des habitudes largement séculaires. Entre purisme de la tradition et modernisme effréné lui, qui n'est pas totalement insensible aux sirènes du confort, tente avec humour de se frayer une voie médiane au grand péril de son budget. Mais cet antagonisme des valeurs sur lequel il s'attarde volontiers n'est qu'un prétexte, le véritable propos est ailleurs.

Une vraie philosophie cette esthétique de l'ombre et tant de grâce dans l'écriture d'un si petit recueil. Une quête de la beauté enfouie dans l'obscur qui revêt avec Tanizaki une densité insoupçonnée dans l'art d'habiter. Les sobres et discrets moyens de l'ombre convoquant les effets suggestifs les plus inattendus. La présence d'un auvent, le shôji d'une entrée, le fond d'une alcôve (Toko no ma), chaque recoin de la maison, chaque parcelle de matériau ou d'ustensile, la forme d'un aliment (jôkan), l'usure d'une patine deviennent promesse d'émotion sous lumière tamisée ou même indigente ; mais aussi le jeu de l'acteur (nô), le trait d'un maquillage, la pigmentation de la peau. Parcours de beauté peu ordinaire qui ne dévie jamais, malgré la subtilité de certains détours, d'un axe de sensualités où les plaisirs de l'oeil et du toucher s'allient à ceux du goût ou de l'oreille. Car outre l'objet, le geste, l'instant, toutes les sensations passent l'épreuve de l'ombre dans cet art inépuisable de la rêverie et de la contemplation auquel semble nous inviter l'auteur : une texture de papier (le hoshô duveteux), une saveur sublimée, une clarté suggérée dans un jeu d'opacités, le décor d'un laque, la profondeur d'un silence. A la moitié du livre, on se prend à plonger le regard au fond d'un bol laqué, en méditant sur quelques reflets luisants agitant la surface d'un simple bouillon. La grande prêtresse, ici, c'est l'ombre, la lumière devient accessoire. Dépaysant à plus d'un titre. Un pas vers la sérénité.

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Dans ce court essai, JunichiroTanizaki met en parallèle la conception de l'esthétique en Occident et en Orient. Notre regard, notre comportement, sont étroitement liés aux matériaux (carrelage, bois, papier, laque, céramique), aux couleurs, mais plus encore à l'éclairage qui influencent non seulement notre approche de l'espace mais également notre représentation de l'autre, en particulier de la femme. Pour illustrer son propos, l'auteur insiste sur la construction et l'agencement des maisons, sur la représentation théâtrale.

Pourquoi cet écrit datant de 1933 peut-il encore de nos jours autant nous parler ? Par la différenciation qu'il propose de l'ombre, de la pénombre, du clair obscur et même des ténèbres. J'y ai surtout vu l'idéalisation par l'auteur d'un Japon traditionnaliste déjà menacé à la sortie de ce livre par les conceptions occidentales.
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Éloge de l'ombre et par là même mise en valeur de l'esthétique japonaise dans tout ce qu'elle a de plus singulier et fascinant. Tel est le désir de Junichiro Tanizaki lorsqu'il entreprend l'écriture d'un essai qui se révèlera très juste, beau et intéressant.

Dans ce livre, donc, Tanizaki se veut le défenseur d'un Japon traditionnel face à un occident moderne toujours plus à la recherche du progrès : il explique d'ailleurs que là où les japonais apprécient un objet vieilli, voilé et aux reflets profonds, les occidentaux s'empressent de tout faire briller.

Mais l'opposition qui est au coeur de l'éloge de l'ombre, c'est celle de l'obscurité que prône Tanizaki, synonyme de suggestion (et donc d'imagination), de subtilité, de retenue et de calme, a contrario de la vive clarté tant recherchée par l'occidental. Pourtant, en cherchant à chasser la moindre parcelle de ténèbres et en privilégiant la lumière, on gagne certes en visibilité mais on perd aussi énormément en profondeur.

L'auteur se sert très bien de ses souvenirs et évoque non sans un certain désarroi un certain moment passé avec ses amis :
« Une fois déjà l'on m'avait gâché ainsi le spectacle de la pleine lune : j'avais projeté, une certaine année, d'aller la contempler en barque, à la quinzième nuit, sur l'étang du monastère de Suma ; je conviai donc quelques amis et nous y vînmes, munis de nos provisions, pour découvrir que l'on avait, sur tout le pourtour de l'étang, suspendu de joyeuses guirlandes d'ampoules électriques multicolores ; la lune était d'ailleurs au rendez-vous, mais autant dire qu'elle n'existait plus. »

Petit à petit, on ressent tout de même l'inquiétude de l'homme face au fait que les japonais cherchent à imiter les occidentaux, en particulier en matière d'éclairage.

Au final, beaucoup d'exemples sont employés et le passé a valeur de preuve, preuve que l'ombre est un élément inséparable dans la notion de beau au japon.

Un grand livre, qui mérite amplement la note qui est la sienne sur le site.
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critiques presse (3)
NonFiction
15 décembre 2011
Éloge de l’ombre (1933) est à la fois un essai magnifiquement écrit, original et pénétrant, et un texte imprégné de discours culturaliste qui brode à l’excès sur le thème de l’antagonisme occident/orient (Japon) au point d’en être quelque fois irritant et souvent schématique.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Lexpress
26 juillet 2011
La réédition du chef-d'oeuvre de Tanizaki, Eloge de l'ombre, à savourer dans toute sa subtilité.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress
28 juin 2011
Le lecteur se laisse bercer par ce passage en revue encyclopédique quasi hypnotique, sans toujours saisir le dessein du maître. Heureusement, Tanizaki finit par vendre la mèche. Il est en mission pour régler son compte à une littérature japonaise coupable de s'être approprié les artifices du roman occidental.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
Au nombre des agréments de l’existence, le Maître Sôséki comptait, paraît-il, le fait d’aller chaque matin se soulager, tout en précisant que c’était une satisfaction d’ordre essentiellement physiologique; or, il n’est, pour apprécier pleinement cet agrément, d’endroit plus adéquat que des lieux d’aisance de style japonais d’où l’on peut, à l’abri de murs tout simples, à la surface nette, contempler l’azur du ciel et le vert du feuillage. Au risque de me répéter, j’ajouterai d’ailleurs qu’une certaine qualité de pénombre, une absolue propreté et un silence tel que le chant d’un moustique offusquerait l’oreille, sont des conditions indispensables. Lorsque je me trouve en pareil endroit, il me plaît d’entendre tomber une pluie douce et régulière.
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[...] à un éclat superficiel et glacé, nous avons toujours préféré les reflets profonds, un peu voilés; soit, dans les pierres naturelles aussi bien que dans les matières artificielles, ce brillant légèrement altéré qui évoque irrésistiblement les effets du temps. "Effets du temps", voilà certes qui sonne bien mais, à vrai dire, c'est le brillant que produit la crasse des mains. Les Chinois ont un mot pour cela, "le lustre de la main"; les Japonais disent l'"usure" : le contact des mains au cours d'un long usage, leur frottement, toujours pratiqué aux mêmes endroits,produit avec le temps une imprégnation grasse; en d'autres termes , ce lustre est donc bien la crasse des mains.
[...] Contrairement aux Occidentaux qui s'efforcent d'éliminer radicalement tout ce qui ressemble à une souillure, les Extrême-Orientaux la conservent précieusement, et telle quelle, pour en faire un ingrédient du beau.
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Un coffret, un plateau de table basse, une étagère de laque brillante à dessin de poudre d'or, peuvent paraître tapageurs, criards, voire vulgaires ; mais faites une expérience : plongez l'espace qui les entoure dans une noire obscurité, puis substituez à la lumière solaire ou électrique la lueur d'une unique lampe à huile ou d'une chandelle, et vous verrez aussitôt ces objets tapageurs prendre de la profondeur, de la sobriété et de la densité.
Lorsque les artisans d'autrefois enduisaient de laque ces objets, lorsqu'ils y traçaient des dessins à la poudre d'or, ils avaient nécessairement en tête l'image de quelque chambre ténébreuse et visaient donc, sans nul doute, l'effet à obtenir dans une lumière indigente ; s'ils usaient de dorures à profusion, on peut présumer qu'ils tenaient compte de la manière dont elles se détacheraient sur l'obscurité ambiante, et de la mesure dans laquelle elles réfléchiraient la lumière des lampes. Car un laque décoré à la poudre d'or n'est pas fait pour être embrassé d'un seul coup d'oeil dans un endroit illuminé, mais pour être deviné dans un lieu obscur, dans une lueur diffuse qui, par instants, en révèle l'un ou l'autre détail, de telle sorte que, la majeure partie de son décor somptueux constamment caché dans l'ombre, il suscite des résonances inexprimables.
De plus, la brillance de sa surface étincelante reflète, quand il est placé dans un lieu obscur, l'agitation de la flamme du luminaire, décelant ainsi le moindre courant d'air qui traverse de temps à autre la pièce la plus calme, et discrètement incite l'homme à la rêverie. N'étaient les objets de laque dans l'espace ombreux, ce monde de rêve à l'incertaine clarté que sécrètent les chandelles ou lampes à huile, ce battement du pouls de la nuit que sont les clignotements de la flamme, perdraient à coup sûr une bonne part de leur fascination. Ainsi que de minces filets d'eau courant sur les nattes pour se rassembler en nappes stagnantes, les rayons de lumière sont captés, l'un ici, l'autre là, puis se propagent ténus, incertains et scintillants, tissant sur la trame de la nuit comme un damas fait de ces dessins à la poudre d'or.
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Je crois que le beau n’est pas une substance en soi, mais rien qu’un dessin d’ombres, qu’un jeu de clair-obscur produit par la juxtaposition de substances diverses. De même qu’une pierre phosphorescente qui, placée dans l’obscurité émet un rayonnement, perd, exposée au plein jour, toute sa fascination de joyau précieux, de même le beau perd son existence si l’on supprime les effets d’ombre.
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Le papier est, nous dit-on, une invention des Chinois; toujours est-il que nous n'éprouvons, à l'égard du papier d'Occident, d'autre impression que d'avoir affaire à une matière strictement utilitaire, cependant qu'il nous suffit de voir la texture d'un papier de Chine, ou du Japon, pour sentir une sorte de tiédeur qui nous met le coeur à l'aise. A blancheur égale, celle d'un papier d'Occident diffère par nature de celle d'un hôsho ou d'un papier blanc de Chine. Les rayons lumineux semblent rebondir à la surface du papier d'occident, alors que celle du hôsho ou du papier de Chine, pareille à la surface duveteuse de la première neige, les absorbe mollement. De plus, agréables au toucher, nos papiers se plient et se froissent sans bruit. Le contact en est doux et légèrement humide, comme d'une feuille d'arbre.
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