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ISBN : 2864326523
Éditeur : Verdier (06/05/2011)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 210 notes)
Résumé :

L'auteur défend une esthétique de la pénombre comme par réaction à l'esthétique occidentale où tout est éclairé, s'employant à comparer divers usages de la lumière et de l'éclairage (des lieux d'aisance, par exemple) chez les Japonais et les Occidentaux. de plus, fidèle à l'esthétique du « sabi », il revendique la patine des objets par opposition à la manie de la propreté occidentale.

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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
Akayashi
  17 mars 2016
Éloge de l'ombre et par là même mise en valeur de l'esthétique japonaise dans tout ce qu'elle a de plus singulier et fascinant. Tel est le désir de Junichiro Tanizaki lorsqu'il entreprend l'écriture d'un essai qui se révèlera très juste, beau et intéressant.
Dans ce livre, donc, Tanizaki se veut le défenseur d'un Japon traditionnel face à un occident moderne toujours plus à la recherche du progrès : il explique d'ailleurs que là où les japonais apprécient un objet vieilli, voilé et aux reflets profonds, les occidentaux s'empressent de tout faire briller.

Mais l'opposition qui est au coeur de l'éloge de l'ombre, c'est celle de l'obscurité que prône Tanizaki, synonyme de suggestion (et donc d'imagination), de subtilité, de retenue et de calme, a contrario de la vive clarté tant recherchée par l'occidental. Pourtant, en cherchant à chasser la moindre parcelle de ténèbres et en privilégiant la lumière, on gagne certes en visibilité mais on perd aussi énormément en profondeur.

L'auteur se sert très bien de ses souvenirs et évoque non sans un certain désarroi un certain moment passé avec ses amis :
« Une fois déjà l'on m'avait gâché ainsi le spectacle de la pleine lune : j'avais projeté, une certaine année, d'aller la contempler en barque, à la quinzième nuit, sur l'étang du monastère de Suma ; je conviai donc quelques amis et nous y vînmes, munis de nos provisions, pour découvrir que l'on avait, sur tout le pourtour de l'étang, suspendu de joyeuses guirlandes d'ampoules électriques multicolores ; la lune était d'ailleurs au rendez-vous, mais autant dire qu'elle n'existait plus. »
Petit à petit, on ressent tout de même l'inquiétude de l'homme face au fait que les japonais cherchent à imiter les occidentaux, en particulier en matière d'éclairage.

Au final, beaucoup d'exemples sont employés et le passé a valeur de preuve, preuve que l'ombre est un élément inséparable dans la notion de beau au japon.

Un grand livre, qui mérite amplement la note qui est la sienne sur le site.
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Alzie
  23 août 2018
Il m'a franchement amusée Junichirô Tanisaki dans les toutes premières pages de cet éloge à énoncer les principes fondamentaux d'un art de vivre japonais, menacé par la modernité occidentale qui chahute déjà largement les usages traditionnels dans l'archipel au moment où il écrit (1933). Ainsi, quand les commodités les plus élémentaires de la maison d'habitation se voient concurrencées par de rutilantes cuvettes à chasse d'eau, de disgracieux calorifères ou d'inconvenants éclairages électriques, se plait-il à rappeler combien ces "avancées" utilitaires s'accordent mal à l'idéal japonais des "petits coins", découvert quelques pages plus loin, aux monastères de Nara ou de Kyôto. Puis convoquant le "génie national" il questionne ironiquement cette victoire de l'hygiénisme rampant sur des habitudes largement séculaires. Entre purisme de la tradition et modernisme effréné l'auteur, qui n'est pas totalement insensible aux sirènes du confort chez lui, tente avec humour de se frayer une voie médiane au grand péril de son budget. Mais cet antagonisme des valeurs sur lequel il s'attarde volontiers n'est qu'un prétexte, le véritable propos est ailleurs.
Une vraie philosophie cette esthétique de l'ombre et tant de grâce dans l'écriture d'un si petit recueil. Une quête de la beauté enfouie dans l'obscur qui revêt avec Tanizaki une densité étonnante en conjuguant les sobres et discrets moyens de l'ombre avec des effets suggestifs les plus inattendus. Chaque recoin de la maison, chaque parcelle de matériau ou d'ustensile, la forme d'un aliment (jôkan), l'usure d'une patine sont avec lui promesse d'émotion sous lumière tamisée ou même indigente ; la présence d'un auvent, le shôji d'une entrée, le fond d'une alcôve (toko no ma) ; mais aussi le jeu de l'acteur (nô), le trait d'un maquillage, la pigmentation de la peau. Parcours de beauté peu ordinaire qui ne dévie jamais, malgré la subtilité de certains détours, d'un axe de sensualités où les plaisirs de l'oeil et du toucher s'allient à ceux du goût ou de l'oreille. Car outre l'objet, le geste, l'instant, toutes les sensations passent l'épreuve de l'ombre dans cet art inépuisable de la rêverie et de la contemplation auquel semble nous inviter l'auteur : une texture de papier (le hoshô duveteux), une saveur sublimée, une clarté suggérée dans un jeu d'opacités, le décor d'un laque, la profondeur d'un silence. A la moitié du livre, on se prend à plonger le regard au fond d'un bol laqué, en méditant sur quelques reflets luisants agitant la surface d'un simple bouillon. La grande prêtresse, ici, c'est l'ombre, la lumière devient accessoire. Dépaysant à plus d'un titre. Un pas vers la sérénité.
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LUKE59
  22 avril 2013
Dans ce court essai écrit dans les années 30, l' auteur tente de nous (les occidentaux) faire comprendre les règles élémentaires qui régissent la vie quotidienne dans un Japon traditionnel. Il y est question de la douceur d' une lumière naturelle tamisée par les shôji, de dépouillement décoratif, de silence, de refus du clinquant.......Tout en admettant les bienfaits apportés par les progrès techniques galopants, Junichirô Tanizaki estime cette esthétique fortement menacée , par exemple par l' éclairage cru de l' ampoule électrique venant boulverser ces délicats jeux d' ombre et de lumière baignant l' intérieur des maisons traditionnelles.En bref, un livre bien écrit , non dénué d' une pointe d' humour, intéressant tant sur le plan culturel que philosophique.
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kuroineko
  25 janvier 2013
Tanizaki disserte ici sur un des thèmes majeurs de son oeuvre: l'antagonisme entre le Japon traditionnel et l'occidentalisation.
Il aborde dans L'Eloge de l'ombre l'esthétisme traditionnel japonais qu'il sent disparaître en ce début du XXème siècle. Il oppose l'ombre feutrée de la tradition aux lumières crues, éclatantes et électriques de la modernité.
Sous ses mots, on retrouve les grands principes esthétiques, tels que le wabi sabi. Et omniprésente l'ombre qui, comme le vide, permet de sublimer chaque élément du décor. Un exemple: pris en pleine lumière, les paravents largement ornés de dorure semblent clinquants et vulgaires. Replacés dans la lumière tamisée des habitats traditionnels, ils prennent un infinité de nuances, l'ombre adoucissant l'or en n'en faisant rejaillir que les étincelles.
Si Tanizaki montre au fil des pages ses regrets, il n'en perd cependant pas son humour. Il n'est qu'à lire le passage sur les lieux d'aisance traditionnels pour s'en convaincre.
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Pirouette0001
  06 avril 2019
Réflexion sur la conception japonaise du beau, opposée à la conception occidentale. Monde de l'ombre opposé à la mise en lumière estimée clinquante par l'auteur. Celui-ci nous décrit l'esthétisme japonais dans tous les secteurs. Je suis restée un peu sur ma faim. Je pensais davantage découvrir des digressions sur l'ombre , la pénombre dans le sens du yin et du yan, le plein opposé au vide, etc.
Mais lecture intéressante malgré tout.
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critiques presse (3)
NonFiction   15 décembre 2011
Éloge de l’ombre (1933) est à la fois un essai magnifiquement écrit, original et pénétrant, et un texte imprégné de discours culturaliste qui brode à l’excès sur le thème de l’antagonisme occident/orient (Japon) au point d’en être quelque fois irritant et souvent schématique.
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Lexpress   26 juillet 2011
La réédition du chef-d'oeuvre de Tanizaki, Eloge de l'ombre, à savourer dans toute sa subtilité.
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Lexpress   28 juin 2011
Le lecteur se laisse bercer par ce passage en revue encyclopédique quasi hypnotique, sans toujours saisir le dessein du maître. Heureusement, Tanizaki finit par vendre la mèche. Il est en mission pour régler son compte à une littérature japonaise coupable de s'être approprié les artifices du roman occidental.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
sterster   11 mai 2011
[...] à un éclat superficiel et glacé, nous avons toujours préféré les reflets profonds, un peu voilés; soit, dans les pierres naturelles aussi bien que dans les matières artificielles, ce brillant légèrement altéré qui évoque irrésistiblement les effets du temps. "Effets du temps", voilà certes qui sonne bien mais, à vrai dire, c'est le brillant que produit la crasse des mains. Les Chinois ont un mot pour cela, "le lustre de la main"; les Japonais disent l'"usure" : le contact des mains au cours d'un long usage, leur frottement, toujours pratiqué aux mêmes endroits,produit avec le temps une imprégnation grasse; en d'autres termes , ce lustre est donc bien la crasse des mains.
[...] Contrairement aux Occidentaux qui s'efforcent d'éliminer radicalement tout ce qui ressemble à une souillure, les Extrême-Orientaux la conservent précieusement, et telle quelle, pour en faire un ingrédient du beau.
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sterster   11 mai 2011
Le bol de laque au contraire, lorsque vous le découvrez, vous donne, jusqu'à ce que vous le portiez à la bouche, le plaisir de contempler, dans ses profondeurs obscures, un liquide dont la couleur se distingue à peine de celle du contenant et qui stagne, silencieux, dans le fond. Impossible de discerner ce qui se trouve dans les ténèbres du bol, mais votre main perçoit une lente oscillation fluide, une légère exsudation qui recouvre les bords du bol, vous apprend qu'une vapeur s'en dégage, et le parfum que véhicule cette vapeur vous offre un subtil avant-goût de la saveur du liquide, avant-même que vous en emplissiez votre bouche. Quelle jouissance dans cet instant, combien différente de ce que l'on éprouve dans une assiette plate et blanchâtre de style occidental ! Il est à peine exagéré d'affirmer qu'elle est de nature mystique, avec même un petit goût zennique.
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DYPDYP   09 octobre 2012
Le papier est, nous dit-on, une invention des Chinois; toujours est-il que nous n'éprouvons, à l'égard du papier d'Occident, d'autre impression que d'avoir affaire à une matière strictement utilitaire, cependant qu'il nous suffit de voir la texture d'un papier de Chine, ou du Japon, pour sentir une sorte de tiédeur qui nous met le coeur à l'aise. A blancheur égale, celle d'un papier d'Occident diffère par nature de celle d'un hôsho ou d'un papier blanc de Chine. Les rayons lumineux semblent rebondir à la surface du papier d'occident, alors que celle du hôsho ou du papier de Chine, pareille à la surface duveteuse de la première neige, les absorbe mollement. De plus, agréables au toucher, nos papiers se plient et se froissent sans bruit. Le contact en est doux et légèrement humide, comme d'une feuille d'arbre.
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sterster   11 mai 2011
Avez-vous jamais,vous qui me lisez, vu "la couleur des ténèbres à la lueur d'une flamme"? Elles sont faites d'une autre matière que celles des ténèbres de la nuit sur une route, et si je puis risquer une comparaison, elles paraissent faites de corpuscules comme d'une cendre ténue, dont chaque parcelle resplendirait de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.
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ivredelivresivredelivres   18 juin 2011
Je crois que le beau n’est pas une substance en soi, mais rien qu’un dessin d’ombres, qu’un jeu de clair-obscur produit par la juxtaposition de substances diverses. De même qu’une pierre phosphorescente qui, placée dans l’obscurité émet un rayonnement, perd, exposée au plein jour, toute sa fascination de joyau précieux, de même le beau perd son existence si l’on supprime les effets d’ombre.
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