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Gaston Renondeau (Traducteur)
EAN : 9782070402113
887 pages
Éditeur : Gallimard (23/05/1997)

Note moyenne : 4.35/5 (sur 92 notes)
Résumé :
Dans une vieille famille de commerçants aisés dont tout le monde connaît le nom à Osaka, quatre filles ont mené une vie luxueuse jusqu'à la mort de leur père. Sa disparition et les changements de vie dans le Japon de l'entre-deux-guerres les ont laissées dans une situation financière précaire.

Les deux aînées sont mariées. Leur destin est tout tracé, mais celui des cadettes ?

Youki ko, timide, fidèle aux coutumes anciennes, refuse les ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
isanne
  24 août 2020
Quand le récit commence, nous sommes dans le Japon du milieu des années 1930, et partageons le quotidien d'une famille aisée qui s'articule autour de quatre soeurs.
Autant de soeurs, autant de facettes du Japon, de son art de vie, de ses traditions et de son évolution vers une forme de vie plus occidentalisée.

Deux soeurs sont mariées : l'une , l'aînée dans le respect des traditions et des coutumes du Japon, son mari représentant le chef de famille puisque celui-ci est décédé et étant celui qui a la charge de toutes les décisions prises concernant la famille.
L'autre soeur mariée partage la vie d'un homme qui, bien que respectueux de la Culture de son pays, s'attache à privilégier les rapports humains et à faire en sorte d'adoucir la vie de chacun. Celle-ci peut donc agir comme bon lui semble dans son quotidien, ses rapports avec ses amies, et a toute liberté de choix dans ses actes.
Quant aux deux soeurs célibataires : si l'une a décidé de vivre à la manière occidentale en ce qui concerne ses prises de position et ses rapports avec les hommes, l'autre attend patiemment qu'on la marie selon la tradition c'est-à-dire qu'elle prendra pour époux l'homme qu'on aura choisi pour elle en faisant valoir une sécurité matérielle ou un niveau social plutôt qu'en privilégiant un accord de sentiments.


C'est un livre qui happe littéralement le lecteur en l'entraînant dans une autre Culture, un rapport différent aux choses qui l'entoure, une façon de vivre - parce que cela est possible pour cette famille favorisée, en symbiose avec une nature magnifiée. Même la façon de raconter, par le style de l'écriture, invite à la lenteur, à la précision, à la minutie. C'est une découverte des traditions japonaises comme les codes du kimono, les habitudes de cuisine, l'attitude face aux péripéties de la vie.

J'étais très intimidée au début de cette lecture, mais j'ai toujours eu un plaisir immense à retrouver les personnages et à vivre à leurs côtés et j'ai fini par me sentir si bien auprès d'eux que je quitte ce Japon avec beaucoup de regrets... ou alors avec l'envie encore plus forte d'en apprendre davantage sur ce pays, ses habitants, son art de vivre.


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kuroineko
  03 juin 2013
Tanizaki dut attendre la fin de la guerre pour publier son chef d'oeuvre, jugé trop scandaleux par la censure nipponne en plein conflit.
Dans ce gros roman (un peu moins de 900 pages), l'auteur dresse le portrait de quatre soeurs de la famille Makioka,. Il situe son intrigue à la fin des années 1930 et au début des années de guerre, soit une période charnière et importante de l'Histoire japonaise.
En fait, l'attention se porte principalement sur les trois cadettes. L'aînée Tsuruko et la seconde Sachiko sont toutes deux déjà mariées dès l'ouverture du roman. Les plus jeunes Yukiko et Taeko sont quant à elles toujours célibataires
Dans son récit, Tanizaki aborde plusieurs thèmes majeurs.
Tout d'abord la famille et le mariage. Au fil des pages, on suit les tractations et négociations en vue de mariages arrangés. La famille a un poids énorme, surtout la branche aînée qui impose ses décisions finales. Les rencontres avec les potentiels fiancés se transforment en foire aux bestiaux (bon, j'exagère un peu!) où l'on soupèse les avantages, tant physiques, moraux et financiers des parties. Qu'advienne une tache sur la peau lisse de la jeune femme et c'est la catastrophe !
La famille joue un rôle coercitif car la moindre erreur d'une des soeurs entraînent de graves compromissions pour les autres. On se retrouve donc dans une société cloisonnée et figée, même si la quatrième soeur, Taeko, tend à renverser les valeurs.
L'opposition entre le Japon traditionnel et le Japon qui se veut occidentalisé et moderniste constitue le second thème principal du roman. Tanizaki se sert des destinées et caractères des deux soeurs cadettes pour mettre en avant cette opposition, Taeko apportant un souffle nouveau quasi révolutionnaire au sein de cette famille traditionnelle. Les Makioka furent au temps de leur faste une des principales famille de commerçants d'Osaka et occupaient un rang social d'importance, rang que les aînées ont du mal à oublier malgré la déchéance financière. Tanizaki pose ainsi la question du choix: faut-il rester figé dans sa souveraineté passé(ist)e ou convient-il de s'ouvrir aux nouvelles tendances?
Enfin, Tanizaki oppose dans son roman le Kantô( région de Tokyo) au Kansai(région formée autour d'Osaka, Kyoto et Kobe). A de multiples passages, on note une différenciation très forte entre ces deux régions, presque comme si elles formaient deux pays différents. Bien que né à Tokyo, Tanizaki choisit de vivre dans le Kansai par la suite, d'où sans doute cet attachement aux moeurs et à l'accent d'Osaka.
Le style très fluide et dynamique de Tanizaki rend la lecture de ce pavé très agréable. J'ai dévoré ce roman très rapidement. Je le conseille vivemet pour ses grandes qualités et ce goût un peu suranné de l'époque.
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Woland
  28 mars 2010
Sasame Yuki
Traduction : G. Renondeau
Connu également sous le titre "Bruine de Neige" - plus proche du titre original - "Quatre Soeurs", le roman le plus long de Tanizaki, fut interdit dès sa parution en feuilleton par la censure japonaise. Les temps étaient à l'effort de guerre et, plus encore, à la propagande ; toute oeuvre digne de ce nom devait en conséquence rentrer dans le rang et glorifier le sacrifice des patriotes, l'infâmie de l'ennemi, etc, etc ... Questions qui laissaient Tanizaki suprêmement indifférent.
Seuls l'intéressaient les rapports humains, tout particulièrement dans le jeu de l'amour, qu'il s'agît d'un binôme ou d'un triangle, que tout cela fût platonique ou pervers, que cela tournât au drame ou se confinât à la routine maritale. Fidèle à toutes ses autres productions, "Quatre Soeurs" traite donc de l'attitude de l'être humain face à l'amour mais aussi des relations amoureuses revues et corrigées par la société japonaise, surtout lorsque le mariage rentre en jeu.
Les femmes, ici, sont à l'honneur. Sur les quatre soeurs dont fait état le titre, l'auteur s'attache surtout à trois d'entre elles, l'aînée, Tsuruko, demeurant un peu en retrait, d'autant que, au milieu du livre à peu près, elle déménage d'Osaka pour suivre son mari à Tôkyô. Mariée la première, ainsi que le veut l'usage, Tsuruko a cinq enfants et se décharge à peu près de toutes ses responsabilités de soeur aînée sur sa cadette, Satchiko. En effet, ce sont Satchiko et son mari, le patient et aimable Teinosuke, qui se retrouvent à traiter les demandes en mariage concernant Yukiko, la troisième des soeurs Makioka, même si la maison aînée n'a pas pour autant renoncé au rôle décisionnel final qui, en théorie et aux yeux du monde, reste son apanage.
Or, le rituel des demandes en mariage, dans le Japon de l'entre-deux-guerres, n'a rien d'une partie de plaisir. Au vrai, on pourrait parler sans exagération de parcours du combattant, et ceci tant pour les personnes extérieures à la famille qui s'entremettent dans l'affaire, que pour les parents accompagnant la jeune fille aux entrevues avec le prétendant éventuel et qui, par la suite, s'occupent de l'enquête de moralité (indispensable) et, le cas échéant, ont la désagréable tâche de transmettre le refus de la jeune fille ou de ses tuteurs. le pire se produit bien sûr quand le refus vient du candidat au mariage et de sa famille.
Chez les Makioka, la situation s'avère très délicate : la quatrième soeur, Taeko (également appelée "Koi-san"), aurait pu se marier depuis longtemps, n'était son rang dans la fratrie. le prétendant, elle l'a depuis ses seize ans mais, bien que les deux jeunes gens aient jadis fugué ensemble, il n'a pas été possible de procéder à leur union puisque Yukiko n'avait pas trouvé chaussure à son pied. Dans la bonne société japonaise, marier la quatrième soeur avant la troisième ne se fait pas. En outre, cela pourrait porter malheur.
Taeko est donc condamnée à ronger son frein tandis que Yukiko, timide, introvertie, ne fait que repousser prétendant après prétendant ...
Le style fluide de Tanizaki, la façon qui est la sienne d'exposer les défauts de ses personnages ainsi que leurs mauvaises actions sans jamais les juger, la tendresse dont il s'est manifestement pris envers ses héroïnes, sa critique subtile de conventions qu'il juge archaïques mais auxquelles il n'est pas sans reconnaître un certain bien-fondé, tout cela fait entrer de plain-pied le lecteur dans une intrigue qui lui fait découvrir un peu mieux les subtilités du caractère et de la culture japonais. Découvrir mais non pas saisir dans toutes leurs nuances. Pour atteindre à ce résultat, la route est encore longue. Mais, avec sa fin "ouverte" - et très nippone - "Quatre Soeurs" constitue l'une des meilleures introductions à ce cheminement. ;o)
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LePamplemousse
  01 mai 2013
Gros coup de coeur pour cette saga familiale dans laquelle on suit quatre soeurs japonaises déjà adultes mais n'ayant pas la même vie.
Deux sont mariées et respectées, les deux plus jeunes sont encore célibataires...l'une étant difficile à marier et la dernière ayant des prédispositions à la rébellion !
Je me suis attachée à elles, qu'elles soient déjà mère de famille avec un très fort sens du devoir ou célibataire désirant faire ses propres choix dans un Japon qui ne donne pas encore aux femmes le droit de choisir leur propre vie.
Les personnages sont très bien décrits, on comprend bien quelles sont leurs envies mais aussi ce qu'il leur et permis de faire ou dire et pourquoi.
J'ai dévoré ces 900 pages il y a quelques années et je l'ai relu deux fois depuis, car j'avais plaisir à passer du temps avec ces quatre soeurs, comme j'en aurais eu à passer un week-end avec des amies.
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Colchik
  14 avril 2018
Osaka, 1938. Les Makioka sont une très ancienne famille de la ville, qui bénéficie d'une réputation et d'un prestige intacts bien qu'au décès du chef de famille, il ne reste plus rien de la fortune familiale. Tatsouo, le mari de Tsourou ko, l'aînée des soeurs Makioka, est devenu le chef de famille à la mort de son beau-père et a donc la responsabilité de marier ses deux plus jeunes belles-soeurs encore célibataires, la timide Youki ko et la très vive et entreprenante Tae ko. Celles-ci préfèrent séjourner chez leur soeur Satchi ko, mariée à un expert-comptable, Teinosuke, car le traditionalisme de Tatsouo leur pèse, ainsi que le contrôle étroit qu'il entend instaurer sur leurs faits et gestes. Youki ko, à trente ans, ne parvient pas à trouver un époux car les Makioka se montrent exigeants vis à vis des prétendants et, au fil du temps, la belle Youki ko semble être la proie de la malchance. Quant à Tae ko, elle aurait volontiers épousé Okoubata, le plus jeune fils d'une riche famille de bijoutiers, mais la fugue qu'elle avait faite en sa compagnie quelques années auparavant a discrédité le jeune couple auprès des deux familles. Par ailleurs, Tae ko ne peut se marier avant que l'avenir matrimonial de sa soeur ne soit assuré.
Tanizaki nous introduit dans l'intimité des Makioka pendant les quatre années qui marqueront le destin des deux plus jeunes soeurs (1938-1941). En pénétrant les pensées de Satchi ko, nous vivrons les rencontres successives arrangées pour l'établissement de Youki ko, leur échec jusqu'à la rencontre d'un architecte peu conformiste, Mimaki, fils naturel d'un noble de la cour. Nous suivrons aussi l'émancipation de Youki ko qui, d'amours déçues en amours malheureuses, perdra son statut social et son enfant.
L'auteur nous montre le Japon à une période cruciale de son histoire. Les règles de la bonne société sont bouleversées au contact de nouveaux modèles issus de l'Occident : si Youki ko incarne la parfaite jeune fille japonaise, réservée, obéissante, soucieuse de remplir ses devoirs envers la famille, Tae ko incarne la modernité et les déboires qui résultent d'un choc des cultures. Elle travaille pour assurer son indépendance financière (même si celle-ci est factice), elle refuse de se plier aux convenances et de se soumettre au diktat familial, elle forge son comportement sur celui des jeunes femmes occidentales qu'elle est amenée à rencontrer.
Il serait tentant de voir dans le destin des deux sœurs, la bonne voie, conforme à la tradition, et la mauvaise, celle qui emprunte à la modernité. Je ne pense pas qu'il s'agit là du propos de Tanizaki.
Le roman de Tanizaki nous fait découvrir le quotidien d'une famille japonaise de la bonne société : l'éducation des enfants, le monde domestique et la place des servantes, les plaisirs et les loisirs, les obligations familiales qui lient chaque membre de la famille aux autres.
La période sur laquelle se déroule l'histoire se situe entre l'Anchluss et les débuts de la Seconde Guerre Mondiale. En filigrane, apparaît la guerre de la Chine et du Japon (les restrictions imposées à la population se font de plus en plus sentir au fil du récit, des médicaments viennent à manquer, on ne peut plus commander certaines étoffes luxueuses), des cérémonies sont organisées pour les combattants et la victoire de l'Empire, les danses ou les promenades pour admirer les cerisiers en fleurs se font discrètes. Le départ de la famille Stolz, les voisins allemands de Satchi ko, et leurs lettres renvoient à l'entrée en guerre de l'Allemagne. Katharina Kyrilenko, l'amie russe de Tae ko, s'installe en Angleterre et peu de temps après commencent les bombardements. Tanizaki nous donne une toile de fond sans que les évènements dramatiques qui se déroulent ne préoccupent les protagonistes au-delà de la gêne qui s'ensuit pour la vie quotidienne. Cela confère au roman une étrange impression de vase clos. On sent une mise à distance volontaire de l'auteur qui donne un côté surréaliste à la tragédie de la guerre et instaure une gêne chez le lecteur quand apparaissent ici ou là des références aux conflits qui se déroulent à l'extérieur du Japon.
Ce gros roman demeure passionnant quand il radioscopie les rapports de la famille Makioka et nous livre toute la gamme des sentiments qui habitent les quatre soeurs.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   05 mai 2010
[...] ... Quand ils étaient entrés dans le hall [du restaurant], Satchiko et son mari avaient remarqué, assis seul, un monsieur qu'ils reconnurent pour le personnage de la photo. Il écrasa nerveusement dans le cendrier la cigarette qu'il avait commencé de fumer, et se leva. Il était plus râblé qu'ils ne le supposaient, il avait l'air plus solide, mais, ainsi que Satchiko le craignait, il paraissait plus âgé que sur sa photo ; son visage était terne, couvert de petites rides, il avait l'air d'un vieux mal tenu. On n'avait pas pu en juger d'après sa photo mais, s'il n'était pas chauve, ses cheveux étaient plus qu'à moitié blancs, rares, hérissés, mal peignés. Bien qu'il ne fût que de deux ans plus âgé que Teinosuke, il paraissait dix ans de plus que lui [ce qui revient à dire qu'il fait largement cinquante ans.] Comme Yukiko en revanche avait l'air de sept à huit ans plus jeune que son âge réel, on les aurait pris tous deux pour le père et la fille. Satchiko se sentait coupable d'avoir entraîné sa soeur dans cette entrevue. Les présentations terminées, les six personnes se réunirent sans façons autour d'une table pour boire du thé. La conversation s'établit mal ; il y eut, de temps en temps, des silences ; Nomura [le candidat au mariage] était difficile à pénétrer. Le ménage Jimba, qui faisait office d'intermédiaire, aurait dû intervenir mais ils paraissaient gênés vis-à-vis de Nomura ; ils se sentaient raides devant lui. Sans doute Jimba devait-il témoigner du respect au cousin de Hamada, son vieux bienfaiteur, mais ce sentiment semblait dépasser l'obséquosité. D'ordinaire, Teinosuke et sa femme entretenaient habilement une conversation languissante, mais aujourd'hui, Satchiko manquait d'entrain, et Teinosuke, sous l'influence de sa femme, était taciturne. [Tous deux sont préoccupés car Satchiko relève d'une fausse couche.] ... [...]
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WolandWoland   05 mai 2010
[...] ... Lorsque vint l'époque, on discuta pour savoir quel jour serait le plus convenable pour voir les fleurs dans toute leur beauté. Il fallait choisir un dimanche, à cause de Teinosuke [époux de Satchiko] et d'Etsuko [leur fille]. Les trois soeurs avaient peur de la pluie et du vent, tout comme les anciens, dont Satchiko avait trouvé jadis les craintes tellement vulgaires. Il y avait bien des cerisiers autour d'Ashiya et on pouvait en contempler un grand nombre par les fenêtres du tramway Osaka-Kobe ; ce n'est pas seulement à Kyôtô qu'il s'en trouvait mais, de même que Satchiko estimait qu'il n'y avait pas de daurades supérieures à celles d'Akashi, elle s'imaginait qu'elle n'avait pas vu les fleurs de cerisier si elle n'avait pas contemplé celles de Kyôtô. Au printemps précédent, Teinosuke avait hasardé que, pour changer, on pouvait aller au pont de Brocart ; mais après leur retour, Satchiko avait eu l'air d'avoir oublié quelque chose ; elle avait l'impression que ce printemps-là n'était pas un vrai printemps ; elle avait pressé Teinosuke d'aller à Kyôtô, où ils étaient arrivés encore à temps pour voir les cerisiers d'Omurô. Leur programme habituel était celui-ci : départ le samedi après-midi, dîner de bonne heure au restaurant de la Gourde, puis, après avoir vu les danses auxquelles ils ne manquaient jamais d'assister, en revenant, ils contemplaient les cerisiers de Gion aux lumières ; ils passaient la nuit à l'hôtel ; le lendemain, ils allaient à Arashi-yama ; ils consommaient dans une auberge le repas froid qu'ils avaient apporté et rentraient en ville l'après-midi, pour voir les cerisiers du temple de Heian. Alors, Etsuko s'en retournait avec ses deux jeunes tantes, laissant Teinosuke et Satchiko passer encore une nuit à Kyôtô. Ainsi se terminait l'excursion. Satchiko laissait pour la fin les cerisiers du temple de Heian parce qu'ils étaient les plus beaux de l'ancienne capitale ; leurs fleurs étaient les plus splendides. Le grand cerisier pleureur de Gion était vieux maintenant ; d'année en année, la couleur de ses fleurs s'affaiblissait. En vérité, il n'y avait qu'à le regretter, mais il n'était plus le représentant du printemps de Kyôtô. Alors, quand Satchiko, dans l'après-midi de leur deuxième journée, revenait des environs de Kyôtô, un peu fatiguée par une demi-journée de promenade et n'ayant plus guère la force de marcher, elle choisissait le moment mélancolique où le soleil du printemps va se coucher pour errer sous les branches fleuries du jardin de Heian, et elle contemplait chaque arbre avec amour, celui qui est au bord de l'étang, cet autre à l'entrée du pont et celui qui se trouve au coude du chemin, ceux qui sont devant la galerie. Quand elle serait rentrée à Ashiya, pendant toute une année, jusqu'au printemps prochain, elle n'aurait qu'à fermer les yeux pour revoir la couleur et les formes des branches fleuries. ... [...]
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isanneisanne   13 août 2020
Un trait lumineux traversa la chambre. Une luciole chassée par la fumée de l'encens anti-moustiques cherchait à s'enfuir. Elles avaient relâché la plupart de leurs lucioles dans le jardin et comme il en était entré beaucoup dans la maison, elles avaient pris la précaution de les chasser avant de fermer les volets pour la nuit. Où celle-ci avait-elle pu se cacher ? Elle s'éleva légèrement et vola à cinq ou six pieds en l'air. Epuisée, elle traversa la chambre en biais et se posa sur le kimono de Satchi ko étendu sur un porte-habits. Elle rampa sur le motif de crêpe imprimé, se cacha dans une manche dont le tissu léger laissait transparaître une faible lueur.
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isanneisanne   11 août 2020
Etait-ce le reflet des préférences de sa propriétaire qui aimait les fleurs de printemps plus que celles d'automne ? Le jardin avait peu de fleurs pour attirer l'oeil : un lotus fleurissant, tout seul, au bas de la petite colline artificielle, un buisson de lespédèze laissait pendre ses fleurs blanches le long de la barrière du jardin des Stolz. C'était tout. Les santals et les platanes, tellement feuillus en été, étaient des branches flétries par la chaleur. Le gazon étalait un tapis d'un vert aussi intense que lorsqu'elle était partie pour Tokyo, mais le soleil dardait ses rayons un peu moins forts. On avait une faible sensation de fraîcheur ; il venait d'on ne sait où un parfum d'olivier odorant qui rappelait que dans ces parages aussi l'automne était proche.
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UnhomosapiensUnhomosapiens   25 novembre 2016
Sachiko en tête, toutes trois se tenant par la main descendaient l'escalier derrière Teruo quand une si forte rafale ébranla la maison qu'on crut que tout croulait. L'escalier, dont déjà en temps normal les marches trop minces, ployaient et craquaient, donnait l'impression qu'il allait voler en éclats, comme pris en sandwich entre les murs qui se gonflaient comme des voiles, le vent s'engouffrait entre les piliers et les murs y accumulant la poussière. Craignant d'être broyée entre les deux murs Sachiko dans sa précipitation dégringola sur Teruo au point de le culbuter ou presque. Tant qu'elles étaient au premier, le rugissement du vent et les bruits de tout ce qui volait - feuilles d'arbres; branches; plaques de tôle; enseignes - couvraient les cris qu'elles entendaient maintenant, remplissant le rez-de-chaussée.
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Videos de Junichirô Tanizaki (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Junichirô Tanizaki
Émission “Une vie une oeuvre” de Matthieu Garrigou-Lagrange diffusée sur France Culture et consacrée, le 15 décembre 2012, à l'évocation de l'écrivain japonais Jun'ichirō Tanizaki. “Jun'ichirō Tanizaki, l'emprise des sens”. Par Michel Pomarède. Réalisation : Jean-Claude Loiseau. Jun'ichirō Tanizaki est le seul écrivain japonais publié en Pléiade, seul à faire l'unanimité parmi les spécialistes de littérature japonaise, dont il est l'enfant terrible. Alors que Mishima se mêle de l’histoire de son pays en fondant une milice paramilitaire, que Kawabata signe un appel en 1967, un an avant de recevoir le Nobel de littérature, contre la révolution culturelle en Chine, Tanizaki se tient en retrait de la vie publique. S’il est engagé, c’est dans son œuvre. Son obsession : donner libre cours à ses intrigues, ses narrations et ses fantasmes. Ceux-ci apparaissent sont révélés dès sa première nouvelle, publiée en 1910, à l’âge de 24 ans, et intitulée « Le Tatouage ». Il y met en scène des rapports sadomasochistes et fétichistes du pied. Adepte dans sa vie de relations triangulaires, il cède sa femme à un ami et l’annonce dans les journaux ! Il fait scandale en incarnant lui même son œuvre. À sa mort en 1965, il est au panthéon des lettres japonaises. En France, c'est surtout pour son court essai intitulé « Éloge de l’ombre », qu'il est connu. Une vie, une œuvre pénètre au cœur des fantasmes de cet ogre littéraire et met en lumière cet obsédé textuel.
Avec les traductrices et professeurs de japonais, Anne Bayard Sakai, Cécile Sakai, Jacqueline Pigeot, les romanciers René de Ceccaty et Michael Ferrier, le spécialiste du cinéma japonais underground Julien Sévéon et Agnès Giard, auteur des “Histoires d’amour au japon (des mythes fondateurs aux fables contemporaines)” et aussi du dictionnaire érotique au Japon, publiés chez Glenat.
Bibliographie : Les 2 volumes de Tanizaki dans la Pléiade Le volume In-quarto Tanizaki , publié chez Gallimard Les livres d’Agnès Giard chez Glénat Le cinéma enragé au Japon, publié par Rouge Profond, par Julien Sévéon
Sites internet : www.shunkin.net/tanizaki/accueil/accueil.html (bio et biblio complète) www.plathey.net/livres/japon/tanizaki.html (bio et adaptations cinématographiques)
Thèmes : Arts & Spectacles| Asie| Littérature Etrangère| Jun'ichirō Tanizaki
Source : France Culture
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