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Amina Taha Hussein-Okada (Traducteur)
EAN : 9782842611910
168 pages
Le Serpent à plumes (13/04/2000)
3.42/5   19 notes
Résumé :
Futon, de par son titre même, le symbolisme équivoque de cette pièce de literie traditionnelle, l'érotisme qu'elle recèle, suscita dès sa parution en 1907 de violentes polémiques autant qu'une grande excitation. Nul écrivain jusqu'alors, nul homme de son temps, professeur respecté, n'avait parlé de soi et de ses laides vérités aussi crûment que Katai : de la solitude de sa vie conjugale, de son âme tiraillée jusqu'au déchirement entre la "raison droite" qu'exige de ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Futon, paru en 1907, est un célèbre roman emblématique du courant littéraire en vogue au Japon à la fin de l'ère Meiji. Il m'a rappelé fortement le roman lu récemment d'un autre grand nom japonais de cette époque, L'oie sauvage, de Mori Ogaï. Ces deux écrivains sont fortement influencés par le courant naturaliste français, en particulier par Maupassant (Katai a lu ses oeuvres complètes), qu'ils ont adapté au Japon. Futon a fait polémique, car pour la première fois de manière aussi explicite, un écrivain japonais osait une oeuvre autobiographique.

En effet, Katai est déjà un écrivain connu, pour des romans sentimentaux un peu mièvres, mais du coup très apprécié par les jeunes japonaises. Cela lui attire en 1903 Michiyo, qui rêve d'écrire et qu'il accueille sous le toit familial comme élève. Il tombe aussitôt amoureux de cette jeune femme qui n'a pas 20 ans. Lui en a 32, il est marié. Evidemment, c'est inconvenant, et sa femme est jalouse. Dans sa vraie vie, Katai va échapper à cette situation infernale en s'engageant comme photographe en Mandchourie pendant la guerre russo-japonaise qui a commencé. Par ce roman à la première personne, où il narre les tourments et trivialités de la vie quotidienne, Katai va révolutionner l'approche de la littérature au Japon pour des générations d'écrivains. Il se tournera pourtant très vite vers des romans du monde galant, après la rencontre d'une geisha.

Toute l'histoire tourne autour du combat intérieur du narrateur, Toki.o, cet écrivain de 36 ans marié et 3 enfants, qui reçoit souvent des lettres de jeunes admiratrices japonaises, et qui aimeraient écrire elles aussi. Un jour, il accepte d'en prendre une comme élève. Yoshiko est belle, il en tombe amoureux. Alors dans son existence finalement morne, il se met à rêver une vie avec elle, tout en subissant le terrible carcan de sa famille, de sa réputation, et des interdits. Il nous livre sa souffrance intérieure, car tout est en non-dits. Cet homme est sérieux, il réfrène ses ardeurs. Pourtant son combat est tel que sa femme comprend vite ce qu'il se passe en lui. Alors pour éviter la suffocation et l'explosion de sa vie (il commence à s'irriter facilement contre sa femme, à s'alcooliser…), il laisse davantage d'air à Yoshiko qui sous ses airs de travailleuse appliquée va pourtant bientôt rencontrer en ville le jeune Tanaka, dont elle tombe amoureuse. Si sa femme est rassurée, la jalousie a changé de camp. Toki.o est rongé par le soupçon que les rencontres entre les deux jeunes gens ne sont pas chastes comme il sied. S'il sent bien qu'il lui sera de toute façon quasi-impossible de séduire Yoshiko, du moins peut-il s'efforcer d'écarter Tanaka ? Alors il fait tout pour mettre en exergue l'incompatibilité entre une vie d'élève studieuse et une vie d'amoureuse transie : elle devra choisir entre rester son élève ou partir avec son chéri. Il écrit ainsi au père de Yoshiko. Cet homme de pouvoir et de tradition est tout aussi rude sur les libertés que prend sa fille. le sort des deux jeunes tourtereaux se réglera chez Toki.o, entre lui et le père, qui scelleront le sort des jeunes tourtereaux, dont ils comprennent qu'ils ont bien consommé, laissant Toki.o bientôt dans le désarroi du souvenir de sa belle à tout jamais envolée.

Ce court roman est intéressant pour sa qualité d'écriture, car au-delà du récit naturaliste à la première personne, il est constellé de beaux passages romantiques où Toki.o confie ses souffrances mentales. C'est le roman pessimiste d'une occasion ratée, des amours impossibles, et d'une certaine médiocrité, d'une impuissance à agir pour infléchir un destin contraire. Son format ramassé ne laisse pas de place aux longueurs, on savoure chaque phrase avec plaisir. Ce qu'il faut saisir derrière le sujet apparemment d'une banale désillusion amoureuse, c'est le changement profond qui s'opère dans ce Japon de l'ère Meiji (1867-1912), d'une ouverture aux modes occidentales, d'une certaine forme de liberté nouvelle, mode vestimentaire, culture, que recherchent les femmes de la ville, tendances qui seront inexorablement en marche par la suite, alors que les tenants des anciennes traditions font encore beaucoup de résistance dans cette société patriarcale et très codifiée. C'est aussi l'opposition de la ville et de la campagne, le jeune Tanaka, « refusant de s'enterrer à la campagne ».

En conclusion, un bon roman qu'il faut connaître, davantage pour sa place de choix dans l'histoire de la littérature japonaise, que pour des qualités intrinsèques qui sont certes appréciables, mais pas exceptionnelles tant ce type d'histoire n'a plus rien aujourd'hui d'original. C'est un bon complément à l'Oie sauvage de Mori Ogaï, pour moi d'une égale valeur, les deux étant publiés en poche aux éditions Cambourakis, pour comprendre l'évolution de la société japonaise au début du siècle dernier.

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Un roman de plus ayant pour thème le désarroi occasionné par les changements de société survenus à l'ère Meiji. Un lettré approchant la quarantaine s'amourache d'une jeune étudiante. Thème très classique de cette époque. Prétexte à décrire entre autre, l'émancipation des femmes de cette époque , provoqués par les apports occidentaux. On retrouve l'esprit de Soseki ou de Ogaï Mori. Pas désagréable à lire mais pas non plus envoûtant. Quelques belles description de la nature, mais trop centré sur la relation amoureuse des deux jeunes gens et la frustration de l'homme se sentant vieillir. Encore une fois, intéressant pour découvrir cette période de changements brutaux qui caractérise cette époque de l'histoire du Japon.

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Confession

A cause de sa femme, de ses enfants, de sa réputation, de ses relations de professeur à élève, Takenata Toki.o n'a pas osé se laisser emporter par la violence de sa passion. Et pourtant...

Ecrit en 1907, Futon s'inspire de la vie personnelle de Katai Tayama. En effet, entre 1904 et 1906 Katai a pris sous son aile une élève, ce qui a provoqué un joli scandale...Cependant, il ne s'agit pas d'une autobiographie mais bel et bien d'un roman à la troisième personne, d'une fabrication très littéraire avec un narrateur distancié. D'abord, dès le premier chapitre tout est révélé. C'est une histoire tragique. Son intérêt réside dans la confession du personnage, un écrivain très narcissique. Trois ans auparavant, alors que sa femme vient d'accoucher pour la troisième fois, son existence l'écoeure ainsi que toutes les traditions japonaises. Tokio s'ennuie, déprime et même la lecture des romans étrangers dans lesquels il se plonge le laisse insatisfait. Il bovaryse sévèrement ! Il éprouve le désir de revivre, si l'occasion se présente, un nouvel amour...Et justement il arrive en la personne d'une jeune Chrétienne qui adore les romans d'amour et aspire à devenir une femme moderne. Chouette ! Il l'initie à la littérature occidentale . Ce qu'il n'a pas prévu c'est qu'elle va vite mettre les leçons en pratique avec le premier nigaud venu. Et notre Tokio jaloux comme un pou va souffrir et finalement se révéler plutôt traditionnel et patriarcal dans ses réactions et ses choix...

Bref j'ai bien aimé lire ce court roman de 127 pages. Il est limpide et sincère dans la description des sentiments et il parle aussi beaucoup de littérature.

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Pour situer la temporalité du roman de Tayama Katai, celui se déroule pendant l'ère Meiji entre 1868 et 1912, qui est la fin de la période d'isolement du Japon et le début de la modernisation (teinté d'inspiration occidentale). C'est aussi

l'ère des grands changements sociaux : "il est le précurseur, au Japon, de ces exposés de la noirceur humaine, de ces hésitations qui torturent des héros enfin conscients de leurs sentiments." le héros Toki.o est

professeur de littérature et écrivain. Il a 36 ans et trois enfants, il traverse une crise existentielle. Dans sa vie de couple, il se retrouve avec une épouse dévouée (à ses trois enfants et sa vie de femme au foyer) et soumises, vivant à l'ancienne mode, avec peu d'activité sociale. le contact avec la jeune élève belle et intelligente (moderne et libérée) le fait fantasmer, espérer, rêver à une vie et une autre société. La dichotomie de caractère des deux femmes le trouble, la jeune fille habillée à la mode occidentale, légèrement effrontée, prêt à chercher sa liberté face à une vie de couple monotone le tourmente.

Il va devenir le maître, le professeur (plein d'amour non déclaré face à sa jeune élève). Il voudrait bien allé plus en avant, elle semble ouverte dans son rôle de disciple/élève mais il retient sa passion. Tous deux semblent vivre dans la tentation de l'autre. Sa vie devient de plus en plus pesante face a ses passions refoulés et malmenés par Yoshiko. Celle-ci va trouver un jeune amoureux, ce qui va provoquer une jalousie dévorante de Toki.o. Il veut la garder près de lui : être à la fois maître pour lui faire découvrir la littérature l'amour à travers les livres, père pour la protéger des hommes, et amant pour rompre avec sa vie. Il combat ses passions, essaye d'éloigner l'amant par tous les moyens. Désespéré, il se venge sur sa femme, boit, et se livre à des actes insensés. Il se renferme, devenant égocentrique.

Roman intéressant, deux thèmes présents : celui d'un homme qui refoule ses passions amoureuses et qui doit faire face à sa détermination envers et contre tout, et en thème de fond le changement sociétal qui se produit au Japon. le déchirement du narrateur pouvant être perçu comme une incapacité à évoluer face à l'évolution des moeurs. de plus ce roman naturaliste, est une vision autobiographique romancée de la vie de Tayama Katai : mettant à nue la nature humaine !

Attention :

La parution de Futon en 2000 par l'éditeur Rocher/Serpent à plumes comprend deux nouvelles supplémentaires : "Un soldat" suivi de "Une botte d'oignons".

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Futon, paru en 1907, est une découverte pour moi : je ne connaissais pas la littérature japonaise du début du XXe siècle et ce fut une surprise de lire ce roman. Cet écrivain mentionne son influence dans le texte : le courant naturaliste français, en particulier Maupassant.

J'ai pu lire que cette oeuvre autobiographique avait été considérée comme osée à l'époque : chose choquante pour la culture japonaise, cet auteur dévoile sa vie à travers son texte.

Lorsqu'il écrit Futon, il est déjà un écrivain connu, mais pour des romans sentimentaux très appréciés par les jeunes japonaises. C'est ainsi qu'en 1903, il accueille sous le toit familial Michiyo, qui rêve d'écrire. Elle devient son élève mais il en tombe amoureux. Elle a 20 ans, lui 32 ... et marié.

C'est de cet événement qu'il s'inspire pour Futon : Toki.o, un écrivain de 36 ans, prend une élève : Yoshiko, dont il tombe amoureux et c'est sa souffrance et ses tourments que l'on partage.

Ce n'est peut-être plus une histoire inédite pour nous, lecteurs du XXIe, mais replacé dans l'époque, ce roman est un OVNI!

Une très jolie lecture, pleine de romantisme.

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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation

Plus encore que la pensée de Yoshiko, c'était la pensée de sa morne existence familiale qui harcelait le plus douloureusement son âme. Ce mal de vivre qu'éprouve tout homme ou toute femme parvenu à l'âge de trente-cinq ou trente-six ans, les angoisses qu'il connaissait dans son travail, l'insatisfaction qui lui venait de ses désirs inassouvis, l'oppressaient avec une force écrasante. Yoshiko avait été pour lui la fleur et le fruit de son existence médiocre. Grâce à cette force admirable qui était la sienne, la terre aride du coeur de Toki.o avait porté des fleurs, et les cloches rongées de rouille avaient sonné une nouvelle fois. Yoshiko lui avait redonné le goût de vivre. Dire qu'il fallait revenir à l'existence vide et désolée d'autrefois ! Plus fortes que des plaintes et plus fortes que la jalousie, des larmes brûlantes ruisselaient sur ses joues.

Il réfléchit gravement à l'amour de Yoshiko et à ce que serait sa vie. Il vit clairement, à la lumière de son expérience, ce qu'il y aurait de lassitude, d'épuisement et de cruauté dans cette vie à deux. Il songea à la condition pitoyable de la femme qui s'est donnée une fois à un homme. Il sentait monter en lui ce pessimisme issu de la puissance des ténèbres dissimilée au coeur même de la nature.

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Il était triste, d'une tristesse véritable et poignante. Ce n'était ni l'éclatante tristesse de la jeunesse, ni la tristesse née simplement de l'amour entre l'homme et la femme, mais l'immense tristesse qui se cache tout au fond de l'existence humaine. Devant l'eau qui coule, les fleurs qui s'épanouissent puis se flétrissent, devant cette force à laquelle rien ne saurait résister et qui plonge ses racines au coeur même de la nature, que l'homme est donc éphémère et pitoyable !

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Lorsqu'il ouvrit un battant des volets de bois de la fenêtre qui donnait à l'est, comme il l'avait fait le jour où elle était partie, la lumière se déversa dans la pièce et l'inonda. La table, la bibliothèque, les flacons, la soucoupe pour délayer le rouge à lèvres, tout était exactement comme par le passé. Etait-ce à dire que cette Yoshiko, à laquelle allaient toutes ses pensées, s'était rendue à l'école comme à son habitude ? Il ouvrit l'un des tiroirs : un vieux ruban graisseux y avait été abandonné. Il le prit et en respira l'odeur. Un peu après il se leva et ouvrit le fusuma. Trois grosses malles d'osier étaient encordées, prêtes à êtres expédiées. Et de l'autre côté étaient pliés, l'un sur l'autre, le futon qu'elle avait utilisé, un futon vert pâle à dessin d'herbes au vent, et l'épaisse couverture molletonnée au même motif. Toki.o les attira à lui. L'odeur de sueur grasse de la femme absente l'atteignit en pleine poitrine. En dépit de l'aspect douteux du velours du col, il y pressa son visage. Et le désir, la détresse, le désespoir s'emparèrent de lui. Il étendit le futon sur le sol, attira sur lui la couverture, et le visage enfoui dans le velours froid et sali, il pleura.

La pièce était sombre. Dehors, le vent soufflait furieusement.

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Cette nuit-là, la souffrance de Toki.o fut à son comble. La pensée d'avoir été dupé le mettait dans tous ses états. La colère s'emparait de lui quand il songeait à l'honnêteté qui avait été la sienne devant cet amour, tandis qu'un étudiant lui ravissait et le corps et l'âme de Yoshiko. Il ne parvenait plus à avoir de respect pour la vertu d'une fille qui avait pu en arriver à se donner à ce garçon. S'il en avait eu le courage, il aurait pu, lui aussi, voir ses désirs satisfaits. Et tandis qu'il songeait ainsi, la belle Yoshiko, qu'il avait jusqu'alors portée aux nues, lui apparut telle une prostituée, et il en vint à n'avoir que mépris pour ses manières et ses expressions et, à plus forte raison, pour son corps. Il souffrit tant, cette nuit-là, qu'il ne put pratiquement pas trouver le sommeil. Pareils à de gros nuages noirs, divers sentiments affluaient en lui. La main sur sa poitrine, il réfléchissait. Il se disait que Yoshiko referait peut-être avec lui ce qu'elle avait déjà fait. Après tout, elle s'était donnée à ce garçon et avait perdu sa pureté. En laissant les choses telles quelles et en renvoyant le jeune homme à Kyôto, Toki.o pensait tirer profit de cette faiblesse de Yoshiko pour pouvoir agir à sa guise.

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Ce mal de vivre qu'éprouve tout homme ou toute femme parvenu à l'âge de trente cinq ou trente six ans, les angoisses qu'il connaissait dans son travail, l'insatisfaction qui lui venait de ses désirs inassouvis, l'oppressaient avec une force écrasante. Yoshiko avait été pour lui la fleur et le fruit d'une existence médiocre.

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