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Critiques sur La ballade de Gueule-Tranchée (32)
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Allantvers
  07 décembre 2018
Certains livres ont des exigences particulières envers leurs lecteurs, attendant d'eux qu'ils se mouillent et passent un pacte avec eux pour se laisser pénétrer.
C'est le cas de celui-ci, qui s'ouvre sur une scène terrible en forme de rite initiatique dans lequel le lecteur est invité à investir son personnage : dès lors que le lecteur plonge avec Early Taggart, nourrisson jeté à l'eau dans la nuit par sa mère folle, il accepte ce baptême purificateur et dans le même temps la pourriture du monde contaminant irrémédiablement la bouche de l'enfant au cours de cette noyade.
Il peut alors accéder à l'âme de Taggart dit Gueule-Tranchée ou encore A.C. et saisir le lien entre ses multiples parcelles de vies décousues : charmeur de serpents, défenseur de mineurs de fonds, homme des bois, bluesman, chroniqueur de faits divers. Il peut vivre l'intimité de tout un siècle, de la naissance de Gueule Tranchée en 1903 à sa mort à 108 ans, au coeur d'une Virginie Occidentale déshéritée et encore profondément empreinte de racisme. Il s'enivre du parfum animal de ce personnage hors du commun, respire sa pureté qui se révèle au contact de la nature et des âmes belles, ressent dans ses propres mâchoires la souffrance de la confrontation de Taggart à la violence des hommes, et brille sous sa lumière sombre de pestiféré mystique.
Pardon pour cet épitaphe hagiographique un peu lourdingue, mais c'est le seul moyen qui me vienne pour témoigner de la délicieuse violence qu'au été pour moi la rencontre avec ce personnage complètement improbable mais parfaitement incarné, ainsi qu'avec ce roman qui, tout baigné d'onirisme étrange qu'il est, recèle quelques pages de toute beauté.
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Zora-la-Rousse
  23 février 2012
Une couverture qui m'attire l'oeil, une quatrième de couverture dithyrambique (l'auteur est tout de même présenté comme héritier de Twain, Faulkner et Mc Cullers…), mazette, voilà qui en est presque trop. ..Mais j'ai finalement cédé à l'attrait de cette balade « picaresque » comme ils disent, surtout pour ce surnom : Gueule-Tranchée.
Et je ne l'ai pas regretté.
Au travers de la rencontre d'un homme multiple sur un siècle d'existence, tour à tour charmeur de serpent, tireur d'élite, ermite, harmoniciste ou journaliste, Glenn Taylor nous dresse surtout le portrait d'une certaine Amérique : racisme, ruralité, alcool, religion, bref…mais c'est aussi et surtout la beauté d'une région sauvage, forestière,montagneuse, riche de ressources naturelles : la Virginie occidentale.
Les passages les plus réussis tiennent sans nul doute pour moi à la suggestion de la bataille de Matewan (ou l'un des faits marquants de l'histoire syndicale américaine), aux descriptions de l'exploitation charbonnière, à l'évocation de la vie des mineurs [entre nous soit dit, leurs conditions de vie n'ont pas véritablement évoluées depuis et restent germinalesques…mais je m'éloigne du sujet]. La fin du livre évoque aussi la mise en place de nouvelles techniques d'exploitation comme le « mountain top removal » ou comment décapiter les montagnes pour accéder plus vite au charbon… Bon, je ne vais pas me lancer dans une diatribe économico-écologique mais me contenter de cette extrait d'un site consacré au sujet : « La foi dit-on, déplace les montagnes. La cupidité est capable, elle, de les araser ». A méditer…
Pour un premier roman, c'est une belle réussite. J'attends la confirmation avec impatience.
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encoredunoir
  14 août 2015
En 1903, sa mère l'a balancé dans une rivière glacée après avoir voulu le baptiser et qu'il lui aurait annoncé le règne du diable sur Terre. Dans cette région minière de Virginie Occidentale, l'eau pollué de la Tug River lui a valu d'écoper d'une terrible infection des gencives, mais au moins il a réchappé à la noyade après avoir dérivé et été récupéré par une veuve spécialisée dans la fabrication d'alcool clandestin. Ainsi est venu au monde Early Taggart plus connu sous le nom de Gueule-Tranchée.
Accro à l'alcool dès le berceau puisque seul le moonshine de sa maman adoptive peu calmer les douleurs de ses gencives à vif et de ses petites dents déjà pourrissantes, énorme bébé grimpant et marchant avant tous les autres, Gueule-Tranchée n'a pas que son orifice buccal qui soit remarquable. Capable d'étendre pour le compte un sacristain dès sa prime jeunesse, expert du maniement de la fronde, puis du fusil, expert en cunnilingus, joueur légendaire d'harmonica (cela va sans doute de pair), homme des montagnes, journaliste reconnu, admirateur de JFK et admiré de lui, Gueule-Tranchée Taggart va ainsi traverser depuis le fin-fond des Appalaches un siècle d'histoire américaine. Une histoire qu'il observe à distance tout en la faisant.
Car il est là sans être là, au coeur de l'événement mais en même temps légèrement à côté. C'est certainement ça, une légende. Gueule-Tranchée, c'est à la fois Davy Crockett, Joe Hill, Jack London et Paul Bunyan, c'est un hommage à peine voilé et véritablement talentueux à Little Big Man et c'est aussi tout simplement un conte moderne qui brasse avec bonheur des thèmes universels ; la question du progrès, de l'apparence, de la vengeance que l'on décide ou pas d'exécuter, des remords et de ce que l'on laisse derrière soi.
Glenn Taylor, en définitive, avec sa Ballade de Gueule-Tranchée, n'écrit rien de foncièrement original. Mais l'envergure qu'il donne à son personnage, la puissance d'évocation de son écriture, la façon dont il use sans abuser de l'humour et de la tragédie et dont il recycle les mythes américains et universels font de son roman un livre à part. Oui, on a déjà lu ou vu ça, mais Taylor sait y ajouter ce je ne sais quoi qui rend tout cela unique.

Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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caro64
  19 novembre 2011
La ballade de Gueule-Tranchée, premier roman de Glenn Taylor, pourrait être une vieille chanson de blues. On imagine très bien un vieux Monsieur avec son harmonica conter l'histoire de ce personnage.
Gueule-Tranchée n'était pas destiné à vivre très longtemps. Jeté par sa mère dans une rivière gelée dans le but de le baptiser, il survivra et sera recueilli par une vieille bouilleuse de cru. de son séjour dans la rivière il gardera une infection des gencives qui lui donnera son nom. de là commence pour lui une vie de légende, de mystification durant la première moitié du XIXeme siècle. Héros, hors la loi, ermite, il finira par se coudre les lèvres pour ne plus avoir de contact avec les hommes.
Glenn Taylor nous raconte une histoire totalement invraisemblable mais avec beaucoup de talent. On y croit... La gnôle et la musique, la vengeance et les liens du sang, l'amour et la nature, le partage et l'apprentissage, autant de moments forts et importants qui rythment la vie de cet antihéros qu'on ne peut qu'aimer même s'il ne cesse de faire preuve de faiblesse. Un personnage incroyable ! C'est un vrai bonheur d'écouter ce vieil affabulateur nous raconter sa vie et les moments forts du XXème siècle américain. Un auteur à suivre !
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Josephine2
  26 octobre 2014
Gueule Tranchée est née d'une mère qui pensait qu'il était le diable et le laissa tomber dans la rivière deux mois après sa naissance. Comme Moïse, il a été recueilli par une veuve qui faisait sa lessive en amont de cette rivière et elle devint sa mère. Elle avait déjà adoptée une petite fille.
Cette femme leur apprit à lire, à vivre de ce qu'ils trouvaient dans la forêt, de la chasse. Elle gagnait sa vie en faisant de la contrebande d'alcool.
On suit les péripéties de Gueule Tranchée (nom que lui donna sa mère adoptive, car bien que bébé, il avait les gencives et les dents pourries) avec empressement. Il va se mêler aux révoltes des mineurs au sud de la Virginie Occidentale où ceux-ci sont exploités par les propriétaires des mines.
Il devra fuir sa région et restera caché durant 20 années. Il vivra au fin fond d'une montagne, terrer comme un animal, vivant comme un animal et lors d'une rencontre, reviendra vivre au sein de la civilisation, changera de nom à plusieurs reprises, deviendra alcoolique, mais aussi un talentueux musicien d'harmonica, où il rencontrera Chuck Berry, fuira de nouveau, deviendra, dans une autre vie, journaliste, où à cette occasion il rencontrera JF Kennedy.
Il retournera à ses racines et y restera jusqu'à la fin de ses jours. Jusqu'à l'âge de 108 ans.
On vit les évènements de cet état de Virginie Occidentale et des Etats-Unis à travers Gueule Tranchée de 1903 à 2010.
Pour un premier roman, Glenn Taylor a su insuffler un rythme tout au long du livre, on ne le lâche plus. Bravo !
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tolbiac
  24 mars 2018
Envie de dépaysements ? de sentir l'humus sous ses pas ? D'écouter un homme vous raconter une vie de roman ? Alors cette ballade est pour vous. le blues en plus.
En plein coeur. En plein ventre. En plein dans le mille. Ce roman vole le temps, il le fait disparaitre.
On écoute, autour d'un feu de bois un homme des champs, qui a tout vu, tout vécu. Little big man au XX siècle. Ca commence d'ailleurs par un clin d'oeil à ce fabuleux film D'Arthur Penn.
Après, c'est une course poursuite après la vie. Contre la mort, pour la différence, contre l'enfermement, pour l'amour. Des autres, de soi, de cette nature exubérante, dur, acide, calcinée, mine, forage, cow-boy, harmonica, gnôle, saouleries, amitiés, trahisons, haines, cul-terreux, tord-boyaux, course poursuite, familles, promesses. Tout y passe. Toute une vie de lutte. du sang, de la sueur, du labeur. Et toujours une formidable envie de vivre. La ballade de gueule tranchée est un classique… Si si… On en reparle dans dix, vingt ans…
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Fx1
  15 octobre 2014
Il n'y a que la littérature américaine pour voir de tels talents éclores .
Cet opus est un pur chef d'oeuvre .
Il y a iciune histoire parfaitement construite , qui ne laisse rien au hasard et maintient un trés haut niveau pendant tout son déroulement .
Une page d'histoire des usa se déroule sous les yeux du lecteur qui ne peut décrocher tellement cet opus est addictif .
Le style est flamboyant , ample , parfaitement adapté à cette histoire hors norme .
Les personnages sont plus que crédibles , ils vivent sous les yeux du lecteur , qui découvre une plume incroyable avec ce premier roman d'un niveau rare .
Voila un opus incontournable au vu de sa profondeur et de sa puissance .
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Ys
  16 mars 2013
Réalité ou légende ? Rêve, poudre aux yeux, invention ? Qu'importe, lorsque le personnage possède une telle carrure, nous parle de tant de choses. Qu'importe lorsque l'histoire est si bien contée, lorsqu'elle renferme un tel souffle et bouillonne à ce point de vie - de vie sensuelle, glorieuse, obscure et tourmentée.

Pour ce livre, Glenn Taylor a été comparé a des tas de grands auteurs américains - Mc Cullers, Falkner, John Irving. Ce besoin grandiloquent de comparer m'agace toujours un peu, mais le fait est que Gueule-Tranchée appartient à ce que la littérature américaine sait faire de mieux avec son amour de la différence teinté de culture freak, son mélange de réalisme cru et de légende épique, qui n'hésite pas à en faire des tonnes pour mieux nous entraîner mais se nuance délicieusement de poésie et de mystère.

Lien : http://ys-melmoth.livejourna..
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Zephyrine
  21 juillet 2017
Très beau roman, avec un personnage haut en couleur, attachant. L'auteur sait mêler fiction et faits historiques, tout en construisant des personnages décrits avec une grande finesse. L'écriture est très belle. Bref, belle découverte.
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Thyuig
  10 septembre 2016
Difficile d'évaluer ce roman. Tout d'abord, et c'est à signaler, l'écriture y est fort belle et maîtrisée. Glenn Taylor sait y faire et le démontre parfaitement.
Il conte de façon naturelle le récit de la vie de Gueule-Tranchée, un pauvre hère de Virginie-Occidentale, un bon prolo, violent, méchant, hargneux mais aussi sensible et intelligent.
En fait il s'agit d'une bien belle histoire, mais peut-être était-ce le manque de crédibilité de cette vie qui fait buter dans la lecture. A force d'extravagances, l'histoire finit par lasser et la pauvre vie de Gueule-Tranchée devient un spectacle comique auquel on croit à peine. Dommage parce que la force d'évocation de Glenn Taylor est réelle et son talent d'écriture indéniable. Malgré tout ça ne convainc pas totalement tant le propos dévie parfois et s'égare dans des circonvolutions improbables. Sans doute le parti-pris de la Vraie histoire trop proche de la fiction nuit-il à la bonne lecture de cette Ballade.
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