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Citations sur Le papier tue-mouches (2)

Woland
Woland   20 février 2012
Le Papier Tue-Mouches :

[...] ... Il était très propre et bien mis mais sa voix nasillarde avait un son nerveux. Depuis qu'elle était montée dans le bus, il tenait une cigarette à la main, qu'il agitait en parlant, sans avoir une seule fois tenté de l'allumer.

- "Je parie qu'à l'école, tu chantes "Qui est Sylvia ?" Pas vrai ? Une belle chanson."

Elle acquiesça sans le regarder et, à sa grande horreur, il entonna, d'une voix chevrotante : "Qui est Sylvia ? Qui est-el...le ?"

Une dame, assise un peu plus loin, se retourna et lui lança un regard sévère.

Il est fou, se dit Sylvia. Elle était gênée mais pas inquiète, pas inquiète du tout dans ce bus rempli de voyageurs, malgré les recommandations de sa grand-mère qui lui avait répété si souvent de ne pas adresser la parole à des inconnus.

Il chantait toujours, marquant la mesure de sa cigarette.

La dame se retourna de nouveau et le foudroya du regard. Une femme toute simple, décida Sylvia, malgré les racines noires qui perçaient sous ses cheveux blonds. Elle se comportait de façon protectrice, rassurante, comme si elle surveillait la situation dans l'intérêt de Sylvia.

L'homme cessa soudain de chanter et la dévisagea à son tour. "J'ai l'impression, madame, que vous n'appréciez pas de m'entendre," déclara-t-il brusquement.

- "Le lieu ne s'y prête guère, c'est tout", remarqua-t-elle d'un ton sec. Et elle détourna la tête.

- "Le lieu ne s'y prête guère !" répéta-t-il à mi-voix, avec un étonnement feint. "Par un bel après-midi d'été, tandis que nous roulons joyeusement sur les chemins. Le lieu ne s'y prête guère - pour exprimer sa joie de vivre ! Je suis navré," dit-il à Sylvia d'une voix plus forte. "Je ne m'étais pas rendu compte que nous allions à un enterrement."

Sylvia, soulagée, constata qu'ils approchaient des faubourgs de la ville. C'était une petite ville et les faubourgs étaient très paisibles.

- "Ca ne t'ennuie pas que je te parle, j'espère ?" dit l'homme à Sylvia. "J'aime beaucoup les enfants. On dit que je sais m'y prendre avec eux. Tout le monde le dit. Je les traite d'égal à égal, je trouve ça normal." ... [...]
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Woland
Woland   20 février 2012
Soeurs :

[...] ... De son enfance, [Mrs Mason] avait gardé essentiellement, comme tout le monde, les après-midi silencieux et chauds, les bleuets, les chardons et les mourons rouges, les herbes qui éraflaient ses jambes nues lorsqu'elle descendait à la plage avec ses soeurs. De façon moins nette, elle se souvenait des soirées durant lesquelles les ombres s'allongeaient, et des voix lointaines qui s'interpellaient dans le jardin. Elle revoyait l'image de la maison aux fenêtres ouvertes, des serviettes et des maillots de bain qui séchaient sur les appuis des fenêtres d'en-haut et des sandales en toile, fraîchement blanchies, qui séchaient elles aussi pour la partie de tennis du lendemain. Tout était familier et apaisant : mais sa soeur, Marion, qui trouvait cela ennuyeux, avait été assez ingrate pour s'en irriter, faire des scènes et se révolter - en se servant toutefois de l'ensemble (non sans le déformer), dans les années qui suivirent, afin de se faire un nom. Rien n'avait jamais été tel qu'elle l'avait décrit - jamais. Quant à Mrs Mason, la petite Cassie de ses livres, elle n'avait jamais été non plus une enfant de ce genre. Plus de quarante ans plus tard, elle se cabrait encore devant le passage qui la décrivait s'accroupissant pour faire pipi dans une flaque d'eau entre deux rochers sous le regard d'un petit garçon que Marion avait inventé. "Cassie ! Cassie !" s'étaient écriées ses soeurs, apparemment consternées. Mais c'était Marion elle-même qui s'était conduite ainsi, fort probablement. Mrs Mason songea sombrement qu'elle aussi aurait pu raconter bien des histoires au sujet de Marion, si elle n'avait pas répugné à exposer la famille à la honte. L'épisode de la flaque dans les rochers était vraiment mineur, comparé à d'autres inventions de sa soeur - les "expériences sexuelles", comme les qualifiaient les critiques dans les journaux de l'époque. On aurait dit que Marion avait été contrainte de situer ses élucubrations malsaines dans un environnement qu'elle connaissait.

Le visage de Mrs Mason vira lentement à un pourpre qui se confondit avec son rouge à joues, et le jeune homme (= une sorte de journaliste en peine d'un article savoureux à écrire), nonchalamment adossé au fauteuil, sentit qu'il avait assez attendu. De toute évidence, quelques souvenirs venaient d'être réveillés. Il interrogea d'une voix douce, afin qu'elle eût l'impression que ses paroles venaient habiller ses propres pensées : "Quelques détails, à présent, s'il vous plaît. Etait-ce une enfance heureuse ?

- Oui. Non. Une enfance ordinaire, c'est tout.

- Avec un tel génie parmi vous ? Voilà qui paraît formidablement intéressant !

- Elle n'avait rien de différent de nous."

Elle était pourtant différente, et de façon déplaisante, comme l'avenir l'avait montré. ... [...]
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