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ISBN : 274273676X
Éditeur : Actes Sud (01/12/2001)

Note moyenne : 4.02/5 (sur 371 notes)
Résumé :
L'atmosphère est morbide : les fleurs sont piétinées à peine offertes, Treplev tue une mouette pour la déposer aux pieds de Nina... Mais l'oisiveté des personnages ne saurait être la seule cause de ce malaise. C'est l'été, et comme tous les étés, on se retrouve dans la propriété de Sorine. Seul personnage véritablement sympathique, il n'échappe pourtant pas à la règle : les acteurs de ce drame de l'indécision et de l'inachèvement sont des personnages stéréotypés, s'... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  31 janvier 2014
Courir après des chimères, se brûler les ailes aux lumières de la rampe et autres trivialités humaines...
Anton Tchekhov aborde dans La Mouette la thématique, ô combien d'actualité, des jeunes gens désirant plus que tout s'adonner aux métiers artistiques, et tout particulièrement, ceux du spectacle.
Combien d'apprentis chanteurs, danseurs, acteurs, humoristes, musiciens, écrivains se retrouveront, eux et leurs illusions déçues dans cette mouette, symbole du jetable ; un coup de fusil et on n'en parle plus !
Mais La Mouette c'est aussi bien plus que cela et s'il est réellement une oeuvre qui souffre de la traduction en français, c'est assurément celle-là. En effet, Anton Tchekhov joue fréquemment sur le signifiant et le signifié des mots et des noms qu'il emploie, chose indubitablement perdue à la traduction.
En russe, le mot « mouette » ressemble à un verbe qui signifie « espérer vaguement quelque chose, plutôt en vain » (de même pour le nom de Medvedenko qui évoque en russe l'ours pataud). de plus, si l'on se souvient que la scène se déroule au bord d'un lac à l'intérieur des terres, la mouette devient alors un oiseau égaré, blanc parmi les sombres alentours, symbole à la fois de candeur, de fragilité et d'égarement, d'espoirs plus ou moins déçus et de voix dissonante.
On est donc loin des hordes piaillardes et envahissantes des bords de mer auquel le nom « mouette » fait référence, de prime abord, dans notre esprit, pour nous autres, habitants des franges du continent. L'oiseau le plus proche en français de ce qu'a voulu exprimer l'auteur serait peut-être l'hirondelle, pour la notion de fragilité et de vague espoir, mais bien loin de recouvrir toutes les thématiques évoquées plus haut.
Tchekhov nous dépeint un monde où les artistes célèbres sont mesquins, égoïstes, narcissiques et sans intérêt comme l'actrice Irina Arkadina ou l'écrivain Trigorine, ceux qui désirent devenir artistes sont gonflés d'orgueil et de talent parfois douteux à l'instar de Treplev et Nina, les gens en place désirent autre chose que ce qu'ils ont tels Sorine, Medvedenko, Macha ou Paulina.
Bref, tous courent plus ou moins après des chimères (la reconnaissance du public ou celle de ses pairs, l'amour de quelqu'un qui ne vous aime pas, le mode de vie opposé à celui que l'on pratique, etc.). Finalement, (est-ce un hasard sachant que Tchekhov est médecin de formation ?), un des seuls à avoir des yeux lucides semble être le médecin Dorn, qui possède un regard distancié et détaché des émotions, qui sait goûter le talent quand il est là et qui n'essaie pas d'avoir un autre âge que celui qu'il a.
En somme, une pièce qui remue beaucoup du côté de nos attentes, souvent un peu triviales ou inaccessibles, alors qu'à deux pas, l'accessible est négligé, tels l'amour de Macha pour Treplev, l'amour de Treplev pour Nina ou sa mère, l'amour d'Arkadina pour Trigorine, l'amour de Paulina pour Dorn, etc.
Le message de Tchekhov pourrait être : " Ne regardez pas trop haut, n'allez pas vous griller les ailes comme un papillon de nuit sur une lampe à incandescence et sachez jouir de ce qui est à votre portée. " Si vous obtenez de la reconnaissance sans l'avoir cherché, tant mieux, sinon, ce n'est pas bien grave car les trompettes de la renommée sont souvent bien mal embouchées comme disait si justement Georges Brassens...
Voici mon avis, un tout petit avis, blanc et piaillard, tout blanc, sur fond blanc, c'est-à-dire bien peu de chose en définitive.
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peloignon
  06 janvier 2013
La Mouette est, pour moi, une comédie sur l'écriture et sur l'Art.
Je ne sais pas si certains arrivent à l'apprécier sans y réfléchir et sans préparation, mais ce n'est pas mon cas. On y trouve bien quelques remarques amusantes sur le métier de l'écrivain, quelques quiproquos et plusieurs possibilités amusantes à mettre en scène pour que la pièce soit immédiatement drôle et c'est indéniablement ce qui fait le succès populaire de la pièce. Par contre, si on en reste là, il me semble, qu'à l'instar de Tolstoï, on ne pourra saisir ce qui fait la qualité propre de la Mouette.
(Tolstoï a, en effet trouvé qu'elle était « une absurdité sans valeur à la manière d'Ibsen », où « les mots sont entassés les uns sur les autres, sans qu'on sache pourquoi ».)
Ce que je trouve vraiment génial avec cette pièce et que je suis arrivé à remarquer par la suite en approfondissant les vagues intuitions que j'ai eues en allant voir jouer et en lisant La Mouette, c'est d'abord, qu'il s'agit d'une transposition de la structure narrative de Hamlet. Tchékhov replace en effet tous les éléments et personnages royaux, aux ambitions politiques grandiloquentes de Shakespeare dans une lointaine province, où les personnages sont de petits bourgeois qui veulent voir leurs noms dans les journaux. C'est une répétition historique ironiquement imaginée dans un horizon médiocre, par un artiste qui s'exprime ainsi cyniquement envers lui-même, exactement comme le font les personnages dans sa pièce.
Ensuite, il n'y a aucun fond dramatique réel, aucun menace matérielle. le devenir, le mouvement, comme dans la logique hégélienne, surgit du mouvement purement verbal de l'être vide au néant et du néant à l'être vide. C'est une pure affaire de langage existant pour lui-même en dehors de l'humanité souffrante à partir de besoins réels et concrets. Tout provient du vide de l'intériorité de pauvres riches êtres campagnards qui désespèrent d'atteindre les standards sociaux qu'ils idéalisent candidement.
Je n'avais pas non plus prêté attention à l'aspect symbolique de la pièce. La Mouette y symbolise pourtant la liberté artistique, qui peut bien voler, mais qui reste toujours à portée de fusil du premier chasseur venu. Ainsi, le personnage de Nina, si heureuse et adorée près de son plan d'eau est abattu inconsciemment par Trigorine. Ce dernier, hanté par son besoin d'écrire, vide de leurs substances les êtres qu'il rencontre et agit de manière si nécessaire et innocente qu'il ne se souvient même pas, à la fin de la pièce, d'avoir demandé à Chamaraïev d'empailler la mouette, alors que titube autour de lui, les restes moribonds de Nina.
Enfin, la vanité existentielle du métier d'écrivain et de l'écriture en général est aussi tellement bien mise de l'avant dans la pièce! le pur talent monstrueux qui ronge l'écrivain, qui le pousse follement à ne vivre que pour et dans son écriture, sans se faire d'illusions sur les qualités de ses efforts, car il a perdu tout contact avec leur valeur réelle depuis des lustres. Tout cela convient tellement à une personne comme Tchekhov qui a écrit 600 oeuvres littéraires (dont La Mouette) entre 1880 et 1903! Son cynisme envers lui-même a quelque chose de vraiment grand et de très touchant.
Comme l'a compris, et exprimé mieux que personne Mallarmé, l'artiste, c'est le guignon « mordant au citron d'or de l'idéal amer »...
Bref, plus j'y pensais et plus je trouvais la pièce géniale. Il y a longtemps que je n'avais pas autant creusé autour d'une oeuvre d'art pour mieux la comprendre et l'apprécier. Je me sens maintenant fin prêt pour y retourner. Quelqu'un veux bien venir avec moi?
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michfred
  30 mai 2016
A priori, il n' y a pas plus russe que cette tragédie des illusions perdues, dans une datcha éloignée de Moscou.
Ennui, désoeuvrement, rêves de gloire. Et vodka. Amours incomprises, art qui sauve ou qui perd. Et vodka...Neige, partie de cartes, coups de fusil. Et vodka.
On retrouve les personnages chers à Tchékhov: intellectuels fatigués, médecins désabusés, comédiennes égocentriques ...
Il y a là Kostia, un jeune dramaturge, épris d'idées nouvelles, Sorine, son vieil oncle, Conseiller d'état, Dorn, un médecin cynique, Medvedenko, homme à tout faire, instituteur pragmatique et amoureux déçu de Macha, une jeune fille de propriétaire, toute pleine de larmes et d'alcool fort , qui aime sans espoir le beau Kostia.
Tout ce petit monde vivote et s'ennuie dans l'attente des arrivées brèves mais spectaculaires de la maîtresse des lieux, la mère de Kostia, Irina Arkadina. Une comédienne égocentrique, étoile un peu pâlie du firmament moscovite, flanquée de son amant, Trigorine. Un écrivain traditionnel, auteur et homme à succès.
La pièce commence par une mise en abyme: Kostia veut représenter, devant sa mère et Trigorine, une pièce d'avant-garde de son cru, entre poésie trash, incantation ténébreuse et provocation littéraire, jouée par sa jolie voisine, la charmante Nina, une toute jeune fille qui brûle d'être distinguée comme une actrice prometteuse par ce public de choix- et de prendre enfin son envol loin de la campagne ennuyeuse , vers la capitale....
La blanche mouette de ce petit lac oublié, qui rêve de pleine mer et de grands espaces..
Comme celle que tue par désespoir le jeune Kostia et qu'il fait empailler.
Mais le spectacle va tourner au drame: Irina a la dent dure avec le spectacle donné par son fils, et Trigorine tombe sous le charme de cette petite Nina , si jeune, si jolie, si fraîche et qui, surtout, l'aime et l'admire tant..
Un nouveau spectacle se déroule alors dans la datcha, déclenché par le premier: Nina va partir à Moscou où elle rejoindra Trigorine, qui, pas fou, se garde bien de choisir entre elle et Irina. Kostia désespère et rate son suicide comme il a raté la conquête de Nina et la représentation de sa pièce..Macha souffre pour lui et boit encore un peu plus..
Le spectacle se déroule sur plusieurs années: on mesure le passage du temps au délabrement moral et physique des personnages: à chacune de leurs retrouvailles, au bord du lac, les personnages perdent ce qui reste de leurs illusions, et bientôt leurs plumes, et parfois la vie...Tout s'émiette tristement et inexorablement..L'âme russe joue toute sa palette de gris...
Tout le monde s' aime à contretemps, on parle d'art pour tromper l'ennui ou pour faire sa cour, la sincérité et la pureté artistiques ne sont pas de mise, presque incongrues, ridicules; on se tire une balle dans la tête et on se rate. Parfois.
J'ai vu trois ou quatre fois La mouette, je l'ai lue aussi, et jamais pourtant elle ne m'a semblé aussi intemporelle et "atopique" que dans la mise en scène de Thomas Ostermeier à l'Odéon et la traduction d'Olivier Cadiot.
Plus de datcha ni de samovar: un espace sobre, avec une grande banquette qui court le long des trois murs gris où sont assis les acteurs, attendant leur tour. Comme dans la vie. Quelques objets transforment la scène en ponton, en chambre, en bureau. Un texte rafraîchi, étoffé de quelques improvisations qui le rajeunissent. On découvre une réflexion impertinente sur le théâtre contemporain et son avant-garde si décalée de toute réalité, presque risible dans ses efforts provocateurs qui deviennent des effets de mode, et une critique pas plus tendre avec les tenants de la tradition théâtrale, si embourgeoisés et prudents. Qui n'enfoncent plus que des portes ouvertes.
Mais derrière cette problématique propre aux gens de théâtre, qui était d'ailleurs celle de Tchékhov, -qui se projetait aussi bien dans le vieil écrivain roublard que dans le jeune dramaturge naïf et maladroit-, il y a toute la tension créée par la situation que ce "théâtre dans le théâtre" provoque, révélant les vertiges existentiels de chacun. L'intensité de la mise en scène met l'émotion à nu. le jeu des acteurs , formidables, fait le reste. A côté d'acteurs chevronnés comme Valérie Dréville, Jean-Pierre Gos ou François Toriquet, excellents, on découvre la présence détachée et froidement analytique du médecin, Sébastien Pouderoux, étonnant - encore un avatar de Tchékhov , médecin lui-même, le troisième dans cette pièce-miroir...aux mouettes! La jeune Benédicte Cerutti fait une Macha toujours au bord des larmes d'une grande justesse. Et puis il y a Matthieu Sampeur qui joue Kostia et Mélodie Richard qui prête sa grâce dansante et fragile au personnage de Nina: un duo bouleversant de jeunesse et de sincérité.
Pendant tout le spectacle, Marine Drillard, une jeune plasticienne en combinaison noire , peint imperturbablement sur le mur de scène , une encre de Chine géante qui évoque très progressivement le lac isolé dans la nature, jusqu' à ce qu'un Ultra Noir, digne des tableaux de Soulages, le fasse disparaître à nos yeux.
Oui, vraiment, la mise en scène de Thomas Ostermeier fait de cette Mouette que je croyais si russe, une pièce intemporelle qui dit le dérisoire de la vie, qui passe trop vite et qui fait si mal quand on est jeune et qu'on la croit pleine de promesses.
Courez à l'Odéon: cette Mouette-là est toute neuve, vous ne l'avez jamais lue, jamais vue voler, jamais vue se brûler les ailes de cette façon..
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PiertyM
  10 mai 2017
Tchekhov nous entraîne dans l'univers des artistes, ces hommes qui deviennent presque des dieux lorsqu'ils exercent leur art, ils charment, ils fascinent, ils embarquent leurs fans dans des rêves dans lesquels ils s'imprègnent d'eux, de là, ils sortent émerveillés, et parfois perdus qu'on ne sauraient croire que les artistes ne sont que des hommes, capables de toutes les folies, assurément de manière outrée. Dans la plupart des pièces de Tchekov, le mouvement entre les personnages est quasi inexistant, par contre la force de sa dramaturgie se trouve dans chaque personnage qui constitue en lui-même le mouvement, représentant bien souvent chaque revers de la société. Parfois on croit qu'il ne se passe rien alors qu'il s'est passé beaucoup de choses, et qu'on retrouve des phrases du genre: "Je porte le deuil de ma vie" dans l'une des tirades de Macha, une jeune fille de 22 ans. Cette phrase dénote à elle seule le déséquilibre d'une vie familiale et les chagrins d'une vie amoureuse...
Tchekov nous parle de lui, de ses nuits hantées par des inspirations envahissantes, des remords de son défi personnel à chaque nouvelle création, de cette prison dans laquelle il a peur de mourir chaque jour...une belle pièce! J'ai savouré chacune de ses phrases!
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book-en-stock
  04 février 2017
Arkadina est une actrice célèbre. Son amant Trigorine (écrivain reconnu) et son fils (qui tente de devenir écrivain) sont tous deux amoureux de Nina dont le rêve est de devenir actrice. Les sentiments se mêlent, la jalousie bat son plein le temps d'un été au bord du lac. Puis ce petit monde se retrouve deux ans plus tard…
J'avoue avoir eu un peu de mal à m'y retrouver dans les personnages qui portent des noms divers selon la personne qui parlent d'eux ou s'adressent à eux. Cela devenait quelque peu fastidieux parfois. En revanche les didascalies permettent de se faire une bonne idée de la scène voulue par l'auteur.
J'ai aimé ce théâtre dans le théâtre et toute la réflexion sur l'écriture et la création, vu à différents niveaux. La métaphore filée de la mouette est intéressante et très expressive.
C'est ma première confrontation au théâtre russe et peut-être me manque-t-il des éléments pour mieux décrypter cette pièce ? Je ne parviens pas à en faire une analyse complète et mon avis reste assez mitigé.
Je suis toutefois contente de cette première approche qui en appelle d'autres.
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Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
SirennaSirenna   29 octobre 2015
TREPLEV : Un être noble, Trigorine ? Nous voilà à nous disputer toi et moi à cause de lui. Lui qui se moque de nous... il est en train de persuader la pauvre Nina qu’elle a du génie.
ARKADINA : J’estime cet homme et je te prie de ne pas dire de mal de lui en ma présence.
TREPLEV : Et moi je ne l’estime pas. Même si tu aimerais que je le prenne pour un génie, je dois te dire que ce qu’il écrit, ça me donne la nausée.
ARKADINA : C’est de la jalousie ! Les gens prétentieux et sans talent ne supportent pas ceux qui en ont vraiment.
TREPLEV : Le Vrai talent ! Si on en est là. J’ai plus de talent que vous tous ici ! Vous ne connaissez rien d’autre que votre routine. Vous voulez régner
sur le théâtre avec vos textes pleins de lieux communs, et le reste vous l’opprimez, vous l’écrasez. Vous n’acceptez que votre théâtre
moralisateur, qui vous conforte dans vos opinions. Je ne vous accepte pas, ni toi, ni lui.
ARKADINA : Petit con.
TREPLEV : Retournes-y à ton cher théâtre. Va déclamer tes textes lamentables, va nous faire tes effets de trémolo, le corps tout raide, dans tes pièces minables, transportées d’humanisme.
ARKADINA : Jamais je n’ai joué dans des pièces comme ça ! Tu n’es même pas capable d’écrire une pièce de boulevard. Bourgeois de province !
Parasite !
TREPLEV : L’avarice même, la mère, la femme ! Toi avec ta grosse valise et tes lunettes va jouer dans tes pièces de merde!
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CorinneCoCorinneCo   06 juillet 2014
Nina : Excusez-moi, je renonce à vous comprendre. Vous êtes, simplement gâté par le succès;

Trigorine : Quel succès ? Je ne me suis jamais plu à moi-même. En tant qu'écrivain, je ne m'aime pas. La pire, c'est que , je suis comme enivré, et souvent je ne comprends pas ce que j'écris.... J'aime cette eau, ces arbres, ce ciel, je sens la nature, elle éveille en moi une passion, un désir d'écrire irrésistible. Mais je ne suis pas que paysagiste, je suis aussi citoyen ; j'aime mon pays, mon peuple et je sais que mon devoir d'écrivain est de parler du peuple, de ses souffrances, de son avenir, de la science, des droits de l'homme, etc. J'en parle, mais on me presse de tous côtés, on s'irrite contre moi, et je me débats comme un renard poursuivi par des chiens ; et la vie et la science vont de l'avant, tandis que je reste en arrière, comme un moujik qui a raté son train. En fin de compte, je sens que peindre le paysage, c'est bien tout ce que je sais faire, et que pour le reste, je suis faux, faux jusqu'à la moelle de os.

Nina : Vous êtes surmené, et vous n'avez ni le temps ni l'envi de prendre conscience de votre propre valeur. Vous n'êtes pas content de vous ? Soit, mais aux yeux des autres, vous êtes grand et sublime. Si j'étais un écrivain tel que vous, je donnerais ma vie à la foule, sans oublier que le bonheur de cette foule, le seul, c'est de s'élever jusqu'à moi ; elle me porterait sur un char....

Trigorine : Sur un char, allons donc ! Suis-je Agamemnon ?
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PiertyMPiertyM   10 mai 2017
Comme c’est étrange de voir pleurer une actrice célèbre, et pour une raison pareille ! Et qu’un écrivain connu, l’idole du public, dont on parle dans les journaux, dont on vend les portraits, dont les œuvres sont traduites à l’étranger, passe ses journées à pêcher et se réjouisse quand il a pris deux goujons, comme c’est étrange ! Je croyais que les gens célèbres étaient fiers, inaccessibles, qu’ils méprisaient la foule, qui place au-dessus de tout la noblesse et la fortune, et qu’ils se vengeaient d’elle, grâce à leur gloire et à l’éclat de leur nom. Mais non, je les vois pleurer, aller à la pêche, jouer aux cartes, rire et se fâcher comme tout le monde…
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sarahorchanisarahorchani   28 juillet 2015
La beauté dramatique éclate à la lecture de cet oeuvre. La passion imprègne les personnages et nous prend avec eux. Les personnages ont leur part d'ombre et de lumière. Arkadina qui n'a pas réalisé qu'elle vieillit, qu'elle n'est plus la grande star, son charme ne marche plus, les modes passent. Splendide quand elle met la lumière sur vous, cruelle quand elle les éteint vous laissant seule avec vos souvenirs. Son fils Constantin qui en a souffert d'être à l'ombre de sa mère et ne pas réussir à avoir sa reconnaissance. Lui aussi veut créer mais sa conception du nouveau théâtre est incompris. Nina, la jeune qui croit aux prédications : tu as du talent et fuit son milieu pour réaliser ses rêves, elle est attirante et comme peut être Arkadina jeune réveille regard et inspiration pour elle. Trigorine, le don juan écrivain tourmenté. Quand on finit ce livre, on a le sentiment de se sentir bien comme quand on savoure le calme après un orage. La lecture remue au fond de nous même. Et quand on le finit, sa puissance vit encore. Alors on se met à réfléchir des destins humains, et à chacun de rester humbe et garder espoir car on ne sait les surprises de la vie.
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LutopieLutopie   21 février 2019
Le rideau se lève ; vue sur le lac ; la lune, à l’horizon, se reflète dans l’eau. Nina Zaretchnaia, tout de blanc vêtue, est assise sur un bloc de pierre.

NINA – « Les hommes, les lions, les aigles et les perdrix, les cerfs à cornes, les oies, les araignées, les poissons silencieux, habitants des eaux, les étoiles de mer et celles qu’on ne peut voir à l’œil nu, bref, toutes les vies, toutes les vies, toutes les vies se sont éteintes, ayant accompli leur triste cycle... Depuis des milliers de siècles, la terre ne porte plus d’êtres vivants et cette pauvre lune allume en vain sa lanterne. Dans les prés, les cigognes ne se réveillent plus en poussant des cris, et l’on n’entend plus le bruit des hannetons dans les bosquets de tilleuls. Tout est froid... froid... froid... froid... Tout est désert... désert... désert... J’ai peur... peur... peur... (Un temps.) Les corps des êtres vivants se sont réduits en poussière et l’éternelle matière les a transformés en pierre, en eau, ou en nuages ; leurs âmes se sont fondues en une seule. L’âme universelle, c’est moi... c’est moi. En moi vivent les âmes d’Alexandre et de César, de Shakespeare et de Napoléon, et celle de la dernière sangsue. En moi, la conscience humaine s’est confondue avec l’instinct animal ; je me souviens de tout, et je revis chaque existence en moi-même. »
[...]
NINA – « Je suis seule. Une fois tous les cent ans j’ouvre la bouche et ma voix résonne tristement dans ce désert, et personne ne m’entend. Vous non plus, pâles lumières, vous ne m’entendez pas. Les marais pourrissants vous engendrent tous les matins, et jusqu’à l’aube vous errez, sans pensée, sans volonté, sans palpitation de vie... Craignant que la vie ne vous revienne, le Diable, père de la matière éternelle, opère en vous, à tout moment, l’échange des atomes, comme dans les pierres et dans l’eau ; ainsi vous transformez-vous perpétuellement. Seul, dans tout l’univers, l’esprit demeure immuable et constant. (Un temps) Tel un prisonnier jeté au fond d’un puits vide et profond, je ne sais qui je suis ni ce qui m’attend. Cependant, on m’a révélé que de cette lutte opiniâtre et cruelle contre le diable, principe des forces matérielles, je sortirai vainqueur ; alors matière et esprit se fondront en une harmonie parfaite, et le règne de la volonté universelle naîtra. Cela sera, très tard, lorsque, après une longue série de millénaires, la lune et le lumineux Sirius et la terre se réduiront peu à peu en poussière... Mais, d’ici là, ce sera l’horreur, l’horreur... (Un temps ; deux points ardents s’allument sur le fond du lac.) C’est le diable, mon puissant adversaire, qui approche. Je vois ses yeux pourpres, terrifiants... »
[...]
NINA – « Il s’ennuie sans l’homme... »
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Célia Houdart Villa Crimée éditions P.O.L : où Célia Houdart tente de dire comment et de quoi est composé son nouveau livre Villa Crimée, et où il est question notamment d'un ensemble construit par Sarah Bitter au 168 rue Crimée, à Paris 19e, de logements sociaux et d'ateliers d'artiste, d'architecture et d'écriture, de 212 fenêtres et de 212 fragments, de cuivre et de pavés, de couverture et d'ouvertures, de "La Vie mode d?emploi" et d'"Espèces d'espace", de Geroges Perec, d'admiration et des merveilles du monde, à l?occasion de la parution aux éditions P.O.L de "Villa Crimée", à Paris le 23 octobre 2018 "Un îlot en chantier, un labyrinthe de traits sur un plan d?architecte, un toit-manteau de cuivre gold. Un couple qui dort à la belle étoile sur une loggia, le piano d?Anton Tchekhov dans sa Datcha Blanche. Série de visions, de fictions. Fenêtres sur cour et vies rêvées, en même temps que coups de sonde dans le passé d?un quartier parisien"
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