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Serge Rezvani (Traducteur)
ISBN : 2742746021
Éditeur : Actes Sud (18/11/2003)

Note moyenne : 4.02/5 (sur 53 notes)
Résumé :
Voici la première pièce d'un tout jeune auteur, âgé de vingt ans à peine. Cette oeuvre a pour héros un instituteur, vivant dans une petite bourgade du sud de la Russie, au siècle dernier, ami d'une jeune et riche veuve dont la propriété sera bientôt vendue pour éponger les dettes de son mari défunt. Ce jeune homme, promis à un brillant avenir, n'a pas réalisé les ambitions que lui-même et les autres lui prêtaient. Cet anti-héros, comme nous le définirions aujourd'hu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Nastasia-B
  02 avril 2014
Platonov est la première pièce de Tchekhov, écrite alors qu'il n'avait vraisemblablement que dix-huit ans, vingt ans peut-être. On n'en sait rien exactement car la pièce n'a jamais été ni publiée ni jouée du vivant de l'auteur.
Seul demeure un gros manuscrit, environ deux fois plus gros que la taille d'une pièce " ordinaire ". Lequel manuscrit est abondamment biffé, avec des scènes pour lesquelles il existe deux voire trois variantes.
La vérité aussi, c'est que la pièce n'a pas de titre. Voilà pourquoi on trouve parfois la version courte : Platonov, du nom du personnage principal. Mais on l'a également vu traduire sous l'appellation : Ce Fou de Platonov.
La seule indication de titre qu'y avait apposé Anton Tchekhov était un néologisme qui signifiait en gros : L'Absence de Père. Voici donc un premier mystère.
Le second mystère, à la lecture, est de s'interroger sur le fait qu'une telle pièce puisse être l'oeuvre d'un lycéen de dix-huit ans. On y trouve déjà presque toutes les thématiques qui seront abordées dans les pièces matures du dramaturge russe, notamment, une certaine ressemblance avec sa toute dernière pièce, La Cerisaie.
Dit autrement, soit il s'agit d'un génie vraiment très très précoce, soit (ou parallèlement), les visions de Tchékhov n'ont pas évolué d'un pouce entre 18 et 44 ans, ce dont je doute absolument pour un homme de cette envergure.
Pour vous avouer le fond de ma conviction et pour laquelle je n'ai absolument aucune preuve, cette pièce doit avoir effectivement été imaginée dans la prime jeunesse de l'auteur, puis remaniée plus tard à plusieurs reprises sans toutefois qu'elle satisfasse jamais pleinement soit l'aspiration du moment de son auteur, soit le désir de ne pas trahir son projet initial.
Si bien qu'en fin de compte, Tchekhov devait trouver meilleur de réécrire une pièce pure plutôt que de bricoler cette trame où l'on veut tout dire et où cela part dans beaucoup de directions pas forcément très lisibles.
Le personnage de Platonov m'évoque un peu celui d'Ivanov, notamment dans ses rapports aux femmes et un peu l'Oncle Vania quant à son caractère volcanique. le trio constitué par la veuve du général, Anna Pétrovna, son beau-fils Sergueï et Sofia Iégorovna, l'épouse de ce dernier me rappelle tout à fait la trame de la Mouette.
La situation même de la famille Voïnitsev, d'ancienne noblesse russe, rattrapée par son époque, incapable de gérer ses finances ni ses dépenses et qui se fait souffler son domaine par un " ami " de la famille, est le pivot de la Cerisaie. Rappelons au passage, qu'il y a beaucoup d'éléments autobiographiques pour Tchekhov, dans ce traumatisme de la vente du domaine familial à un spéculateur bourgeois proche de la famille.
Incroyable, n'est-ce pas ? je vous ai presque cité toutes les pièces de Tchekhov comme étant déjà contenues en germe dans cette ébauche, ventripotente ébauche, aux nombreuses facettes.
Même la structure en est un peu bancale, pas trop finie : deux énormes premiers actes, très typiques du théâtre d'Anton Tchekhov, réunion de famille et d'amis dans une maison de campagne où chacun s'envoie en pleine face ce qu'il pense de vous ou de l'autre, plombant ainsi durablement l'ambiance.
Les deux autres actes sont beaucoup plus brefs, un peu déconnectés, où il s'est produit des mutations profondes chez les personnages dont on n'a pas trop eu le temps de percevoir l'ampleur ni la genèse.
Voici l'histoire : nous sommes chez les Voïnitsev, domaine d'un général décédé, qui échoit désormais à sa seconde épouse, la jeune et encore très belle Anna Pétrovna, dont beaucoup de sont pas insensibles aux charmes tant physiques qu'intellectuels.
La belle dame raffinée et instruite, en ce milieu campagnard et bas de plafond, s'ennuyant ferme dans la vie, est une situation inchangée par rapport à la quasi totalité des autres pièces de l'auteur. Son beau-fils Sergueï est plutôt un brave type, mais totalement incapable de fournir le moindre travail digne d'intérêt pour la communauté. C'est l'archétype de l'homme inutile à la société, pas idiot mais sans aucun talent particulier.
Sa femme, Sofia, est elle-aussi une très belle femme, et elle aussi aurait souhaité autre chose dans sa vie. Elle nous évoque inévitablement les Trois Soeurs, regroupées sous une seule tête.
Autour de cette famille gravite une foule de pique-assiettes, voisins tous plus ou moins intéressés, soit par les charmes de la générale, soit par le domaine, soit les deux. le seul personnage qui tranche avec le voisinage est Platonov, l'instituteur.
Platonov est cultivé, instruit, il a même suivi les cours de l'université ce qui n'était pas si fréquent au fin fond de cette campagne russe à la fin du XIXème siècle. de plus, il est charmant, il philosophe, il a une grande âme...
Il a une grande âme, mais sa langue est fourchue ! Il lâche de ses saloperies à tout le monde, sans se soucier le moins du monde de l'effet produit. Malgré cela, les dames sont toutes plus ou moins folles de lui, mais lui n'a d'yeux que pour sa petite épouse, la modeste Sacha, qui nous annonce sans erreur possible Sarah, la petite juive d'Ivanov.
Platonov alterne les marques excessives d'amour vis-à-vis d'elle et les remarques où il ne cesse de la traiter de dinde. Mais il est fidèle et ne se soûle pas, ce n'est déjà pas si mal pour Sacha, non ?
Et s'il n'était pas si fidèle, ce glauquissime Platonov ? Quel cataclysme cela créerait-il dans l'équilibre bien huilé que je viens de vous décrire ? Qu'en résulterait-il ? Quel virage sociétal est contenu dans les quatre actes de cette pièce ? C'est ce que je ne me permettrai pas de vous dévoiler.
En somme, selon moi une pièce pas inintéressante du tout, mais il est vrai assez brouillonne. Je signale simplement l'excellente traduction intégrale (ce qui est rarement le cas) de Françoise Morvan et André Markowicz parue chez un modeste éditeur qui gagne à être connu : Les Solitaires Intempestifs.
Et j'en terminerai en vous rappelant, que vous trouviez cette critique de Platonov plate ou neuve, qu'elle ne représente qu'un avis, un seul petit avis, qui, tant qu'il demeure seul, ne représente à lui seul pas grand-chose. Alors, tous à Platonov !
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Notos
  30 avril 2018
VIOLENCE ET SOCIÉTÉ
Première oeuvre du jeune Tchekhov, Platonov est un récit au rythme très progressif,à la fois d'une lenteur presque exaspérante dans ses deux premiers actes, et d'une violence intense dans les deux derniers.
On a tendance à penser que les premières oeuvres contiennent l'embryon des thèmes d'un auteur, qui n'ont pas encore germé : ici, c'est le contraire, les sujets explosent, la suite de l'oeuvre viendra plutôt les nuancer que les renforcer.
Sous couvert de la peindre une réunion entre connaissances de la bonne société de province, Tchekhov nous livre des tableaux en apparence décousus de chaque représentant d'une société russe aux pieds fragiles, complètement déstabilisée. C'est l'occasion de représenter la diversité des problèmes sociaux, mais de les réunir aussi, par un rythme lent et une intrigue presque immobile, dans un même spectre : la vacuité.
Un personnage se distingue et précipite la fin de ce monde croulant : Platonov, aristocrate trentenaire déchu, dont le regard acerbe lui vaudra admiration et crainte, et qui poussera à leur ruine les différents acteurs de cette triste pièce, lui y compris. Incapable de supporter son propre regard, enfermé dans les contradictions de son être, il catalyse l'aporie d'une société qui ne sait pas faire face au changement.
Rien ne survivra à cette débâcle sociale : la tragédie de Platonov, bien que sans mort, est l'une des plus violentes qui soit, car elle jette bas un monde d'illusions qui s'étend bien au-delà des frontières d'une Russie du XIXème siècle.
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Cer45Rt
  04 avril 2019
Je suis mitigé en ce qui concerne ce livre. S'il regroupe nombre des qualités qui m'avait tant plues dans "La Mouette", telles que l'originalité et la qualité des dialogues, il n'en reste pas moi qu'il s'agit d'une oeuvre de jeunesse, qui n'est pas encore mûre. Bref : une petite oeuvrette... Qui n'est pourtant pas dépourvue de qualités, je le répète !... On y trouve la plupart des qualités qui feront le succès de l'auteur de "La Mouette" et de "La Cerisaie" : sa fine connaissance de l'homme et de ses mystères, son art du dialogue et de l'atmosphère...
Mais la plus grande qualité de "Platonov" est son personnage principal, un être à la psychologie subtile, qui n'est vulgaire et simplet qu'en apparence...
Toutefois, les qualités de la pièce, quelque intéressantes qu'elles soient, restent trop souvent à l'état embryonnaire...
Tchekhov s'en sortira déjà mieux avec sa deuxième pièce, "Sur la grand-route". Avant sa troisième pièce, "Ivanov", un coup de maître...
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AnSoPf
  29 juin 2014
Étudié, vu et joué en classe de théâtre. Cette oeuvre de Tchékhov est vraiment très riche. Un auteur que j'aime à lire pr la réflexion qu'il suscite sur le monde et les relations humaines.
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KostasEmilie
  17 juin 2019
A lire impérativement dans la traduction d'André Markowicz
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Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   04 avril 2014
ANNA PÉTROVNA : Cette Grékova, qu'est-elle pour vous, et vous, qu'êtes-vous pour elle ? [...]
TRILETSKI : Ma foi, je n'en sais rien encore... [...] Je lui rends visite, je bavarde, je l'ennuie, je fais un trou dans le budget café de sa maman... [...] Je lui raconte mes histoires, elle me raconte les siennes, et elle me tient par ce bouton, là, elle époussette les petits duvets que j'ai sur le col... Je suis toujours plein de duvets, vous savez bien.
ANNA PÉTROVNA : Et puis ?
TRILETSKI : Et puis, rien... Ce qui m'attire en elle, au fond, c'est difficile à dire. L'ennui, l'amour ? Peut-être autre chose encore, allez savoir... Ce que je sais, c'est que je m'ennuie d'elle à mourir après dîner... Quelques renseignements glanés çà et là m'amènent à penser que cet ennui est réciproque.
ANNA PÉTROVNA : Alors, c'est de l'amour ?
TRILETSKI : Peut-être bien.

Acte I, Scène 1.
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Nastasia-BNastasia-B   11 avril 2014
TRILETSKI : Donne, grand homme ! Fais-moi un prêt, moi aussi, un jour, je pourrai t'en faire un ! Sois bon, sois magnanime et courageux ! Le Juif le plus courageux, c'est celui qui prête sans reçu ! Sois le plus courageux des Juifs !
VENGUÉROVITCH : Hum... les Juifs... Toujours les Juifs, les Juifs... Je vous assure, messieurs, que, de toute ma vie, je n'ai vu un Russe qui prêtait sans reçu, et je vous assure que le prêt sans reçu ne se pratique nulle part autant que chez ces escrocs de Juifs !... Que le Seigneur m'ôte la vie si je mens ! Il y a beaucoup, beaucoup de choses que vous pourriez apprendre avec profit, avec utilité, de nous autres Juifs, jeunes gens, et surtout des vieux Juifs... Oui, tant de choses... On vous prête de l'argent, bien volontiers, avec plaisir, et vous... vous aimez rire, vous faites des plaisanteries... Ce n'est pas bien, messieurs ! Je suis un vieil homme... J'ai des enfants... Tiens-moi pour une fripouille mais traite-moi comme un homme... Voilà ce qu'il faut apprendre à l'université...

Acte II, tableau 1, Scène 10.
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Nastasia-BNastasia-B   14 avril 2014
PLATONOV : Quel Dieu sers-tu, espèce de je-ne-sais-quoi ? Quel homme es-tu ? Non, nous ne ferons rien de bon, nous autres ! Rien de rien !
TRILETSKI : Écoute, Mikhaïl Vassilitch, qui t'a donné le droit de fouiller dans le cœur des gens avec tes grosses pattes froides ? Ton manque de savoir-vivre passe l'entendement !
PLATONOV : La vermine du monde, voilà ce que nous serons ! Nous sommes des gens perdus ! Nous ne valons pas la corde pour nous pendre ! Personne sur qui pouvoir poser les yeux ! Tout est hideux, souillé, usé jusqu'à la trame... Pars d'ici, Nikolaï ! Va-t'en !
TRILETSKI : Tu pleures ?

Acte II, tableau 2, Scène 12.
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Nastasia-BNastasia-B   17 avril 2014
OSSIP : " C'est fou, je lui dis, ce que vous me plaisez. Vous êtes tellement, Votre Excellence, une dame haute, et puis sensible, et puis si belle... Jamais, je lui dis, j'ai vu plus belle que vous... La plus belle, au village, la fille au garde champêtre, que je dis, en face de vous, c'est rien qu'un cheval, un dormadaire... Et tendre que vous êtes ! Je vous ferais un baiser, que je lui dis, je crois que je mourrais net ! " Là, elle part d'un d'un grand rire... " Eh bien, elle me dit, fais-le moi, ce baiser ! "

Acte II, tableau 2, Scène 1.
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Nastasia-BNastasia-B   03 avril 2014
IVAN IVANOVITCH : Dis-lui que tu l'aimes, qu'elle est toujours ta femme ! Apaise-la, pour l'amour du Christ ! Michenka ! Il est des mensonges qui sauvent... Dieu voit que tu es juste, mens donc pour sauver ton prochain ! Viens, viens, je t'en supplie ! [...] Deux mots, et la voilà sauvée ! Les médecines sont impuissantes quand c'est la psychiatrie de l'âme qui souffre !

Acte IV, Scène 10.
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Célia Houdart Villa Crimée éditions P.O.L : où Célia Houdart tente de dire comment et de quoi est composé son nouveau livre Villa Crimée, et où il est question notamment d'un ensemble construit par Sarah Bitter au 168 rue Crimée, à Paris 19e, de logements sociaux et d'ateliers d'artiste, d'architecture et d'écriture, de 212 fenêtres et de 212 fragments, de cuivre et de pavés, de couverture et d'ouvertures, de "La Vie mode d?emploi" et d'"Espèces d'espace", de Geroges Perec, d'admiration et des merveilles du monde, à l?occasion de la parution aux éditions P.O.L de "Villa Crimée", à Paris le 23 octobre 2018 "Un îlot en chantier, un labyrinthe de traits sur un plan d?architecte, un toit-manteau de cuivre gold. Un couple qui dort à la belle étoile sur une loggia, le piano d?Anton Tchekhov dans sa Datcha Blanche. Série de visions, de fictions. Fenêtres sur cour et vies rêvées, en même temps que coups de sonde dans le passé d?un quartier parisien"
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Je m'appelle .............?..........." je suis un jeune homme de dix-sept ans, laid, maladif et timide", je passe mes étés dans la "maison de campagne des Choumikhine", et je m'y ennuie.

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