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EAN : 9782882503329
320 pages
Noir sur blanc (02/01/2014)
3.78/5   9 notes
Résumé :
« Grand-mère Evdokia a une odeur douce et sèche. On se serre contre elle et on n’a pas peur. Ça ne fait rien que je sois seule. Je les rejoindrai dans l’autre monde. »
Le Temps des femmes, roman à cinq voix, se passe dans la Russie totalitaire des années 1960, dans la ville de Leningrad encore marquée par le terrible siège qu’elle a subi pendant la guerre. Sofia, une petite fille muette de sept ans, dessine à longueur de journée le monde qui l’entoure. Sa mèr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
sandrine57
  15 avril 2014
Elles sont cinq à vivre ensemble, par la force des choses, dans un appartement communautaire de Leningrad, trois vieilles, une mère et sa petite fille. Les trois vieilles, Evdokia, Glikeria et Ariadna s'occupent de Suzanna pendant qu'Antonina est à l'usine. En échange, Antonina fait le linge, le ménage, les repas, le bain. Secrètement, elles l'ont fait baptisée et l'appellent Sofia. Elles font corps pour protéger la petite fille, l'élever du mieux qu'elles peuvent, lui raconter la Russie d'avant les bolchéviks, les anciennes légendes, les contes de fée. Sofia ne dit rien, elle est muette même si les médecins affirment qu'elle pourrait parler. Sofia est enfermée dans son silence et ne communique qu'à travers ses dessins. Mais les grand-mères sont inquiètes : Sofia va sur ses 7 ans, bientôt elle devra entrer à l'école. le Comité des femmes est formel, quel genre de mère confine son enfant dans un appartement alors qu'elle pourrait profiter des bienfaits du jardin d'enfants ? Antonina a peur, elle a caché à tout le monde que l'enfant ne parlait pas. S'Ils savaient, ils la prendraient, la mettraient dans une institution., la traiteraient comme une handicapée.

Un roman doux-amer qui raconte les difficiles conditions de vie dans la Russie soviétique des années 60. Bien que le pouvoir soit entre les mains du peuple depuis plus de 40 ans, on attend toujours les lendemains qui chantent. Alors il faut subir...la pauvreté, les files d'attente, les listes d'attente, le pouvoir du collectif sur l'individu. Dans cette société suspicieuse, le moindre faux pas est repéré et rapporté, la liberté n'est plus de mise. Pour Antonina, la vie est dure, elle qui est fille-mère...Heureusement, le comité des femmes veille. Si elle était en Amérique, elle serait à la rue. Mais l'union soviétique ne rejette aucun de ses enfants et Antonina recevra toute l'aide nécessaire, à condition qu'elle sache se tenir. Surveillée, conseillée, harcelée même, Antonina n'a qu'un but : protéger sa fille qui ne parle pas mais qui comprend tout. Les vieilles lui ont appris à lire, à écrire, et même à comprendre le français. Malgré son mutisme, Suzanna est très éveillée. Bercée par les récits de ses grand-mères, elle met dans ses dessins tout ce qu'elle entend dans le petit appartement communautaire : le temps des tsars, la révolution, la guerre, le blocus, les morts, les légendes, les fées.
Mêlant réalité sordide et imaginaire, les voix de Glikeria, Ariadna, Evdokia, Antonina et Suzanna se conjuguent pour raconter l'âpre quotidien de ces femmes russes qui ont survécu à toutes les horreurs et qui se serrent les coudes face aux absurdités du monde. le témoignage pudique d'un temps où les sentiments étaient mis à mal mais dont les germes ont su subsister.
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paroles
  25 février 2014
Elle les écoute la petite. Elle ne dit rien mais elle enregistre tout, elle dessine ce qu'elle entend : les bolchéviques, les enfants disparus, les contes avec Baba Yaga ou d'autres encore, les croyances, les périodes de faim, de froid, de peur, de misère et de souffrance. Les grands-mères ont beaucoup de choses à raconter, leur vie est longue.
Sa maman travaille à l'usine et ramène sa paie au logement communautaire qu'elle partage avec les trois vieilles et sa fille Sofia. En contrepartie, les trois grands-mères veillent sur la petite muette. Elles la protègent car si on connaissait son handicap, on la placerait dans un institut spécialisé. Ainsi en a décidé le comité collectif. Alors pour l'instruire, elles lui enseignent la vie d'autrefois, les recettes de cuisine, la broderie, le français, la lecture, les contes enfantins, les chansons et tout se mélange dans la tête de Sofia pour créer un monde imaginaire.
C'est un roman magnifique où la parole est donnée aux femmes. C'est un roman qui conte l'histoire de la Russie totalitaire des années 1960, effrayante, difficile, suspicieuse, réglée par le collectif (peu d'espace pour une liberté individuelle).
C'est un roman que je vous invite aussi à découvrir pour sa poésie, son ambiance un peu magique dues à sa construction et aux histoires des différentes héroïnes, au mélange du folklore et de la réalité. Enfin, c'est un roman qui reflète l'âme russe et je ne peux m'empêcher de voir ces cinq héroïnes comme des matriochkas, les unes protégeant les autres.
Un grand merci à Babélio et aux Éditions Noir sur Blanc pour cette belle découverte.
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traversay
  06 août 2014
Le temps des femmes est précédé d'un avant-propos, relativement long, de sa traductrice. Il était nécessaire de replacer le roman d'Elena Tchijova dans son contexte, de l'éclairer sous l'angle historique et social, d'expliquer ce qui pourrait paraître obscur au lecteur occidental. Bref, donner des clés, ce qui, en soit, est une louable intention mais montre en même temps que le livre risque de décontenancer si l'on ne possède pas la culture nécessaire. Deux choses au moins peuvent freiner l'enthousiasme face au Temps des femmes : sa narration à plusieurs voix, augmentée de dialogues intérieurs, et non linéaire ; ses multiples références qui passent pratiquement par le sous-texte, en tous cas par des allusions, des anecdotes ou de brefs souvenirs. Au-delà de ces difficultés d'approche, qui seront vécues différemment selon les lecteurs, le roman fourmille d'informations sur le Leningrad des années 60, de l'usine à l'appartement communautaire, en passant par la rue et les queues pour l'approvisionnement. Symboliquement, la petite héroïne de 7 ans est muette mais enregistre tout ce que sa mère et surtout ses trois grand-mères "d'adoption" racontent sur le climat de l'époque, les peurs et les espoirs. D'un côté, le texte d'Elena Tchijova est très ancré dans le réalisme, d'un autre, il s'évade dans un univers de conte et de poésie. le mélange est parfois perturbant, toujours exigeant mais assez souvent plus qu'intéressant.
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emmyne
  21 février 2014
Ce roman ne pouvait porter meilleur titre. Une histoire de la Russie au féminin à travers les histoires de ces femmes. Quel hommage, à la Russie, son XXème siècle tourmenté, à ses grands-mères; celles de l'auteur qu'elle salue en dédicace.
A la façon d'un roman choral, ce récit relate l'enfance muette de Sofia au début des années soixante, cette enfant que l'on doit protéger de la prise en charge par le collectif intrusif, qui ne retrouvera la parole qu'orpheline, cette enfant devenue artiste peintre; l'enfant qui écoute, dessine et se tait. Et ce sont les voix des femmes qui l'entourent, entourent sa mère. Dans ce roman du quotidien, refermé sur le petit appartement qui n'ouvre que sur l'usine, la prose est puissante, bouleversante autant d'émotions que de réalisme, particulièrement évocatrice autant par ce qui se dit que ce qui ne l'est pas; ce silence symbolique de l'enfant, ceux des adultes, leurs phrases abruptes, interrompues, interprétées; leur ignorance, leurs secrets, à toutes.
Les grands-mères. Chacune avec sa personnalité, avec ce qu'elles comprennent du patriotisme, du communisme, de la Russie soviétique, elles sont les héroïnes de ce roman bien que le Je, en souvenirs fragmentés, soit celui de Sofia. Avec leurs deuils, leur amertume, leur foi, elles sont la Russie, elle sont la famille, la mémoire, elles sont ce sang russe qui a tant coulé. Un récit en bribes, celui de ses vieilles femmes qui ne l'ont pas toujours été, que seule L Histoire a pu réunir dans ce logement communautaire, bribes d'histoires d'avant, d'avant avant, d'encore avant, la cruauté de l'héritage russe, la violence des contes et des légendes populaires, les figures saintes. Et ces histoires de réel et de merveilleux se mêlent dans l'esprit de l'enfant. le récit alterne les rêveries et l'imaginaire de Sofia, les songes de sa mère épuisée sans mari, images et voyages d'amour et de mort avec les jours des grands-mères, les jours de l'usine, les files d'attente, les listes d'attente, les chagrins, la misère.
Pas de mots directs pour l'idéologie, la politique mais la vie, l'âme des gens, des femmes. le mot de ce roman n'est pas survie mais survivance. Leur survivance en résistance. Il est triste, il est beau ce roman, d'une dimension bien plus qu'historique.
Lien : http://www.lireetmerveilles...
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shelbylee
  16 mars 2014
Trois « grands-mères » partagent un appartement communautaire avec Antonia et sa fille Suzanna qui est muette depuis la naissance. Bien que les 4 adultes n'aient pas de liens de parenté et qu'elles aient été réunies par le hasard des attributions d'appartements par l'administration soviétiques, des liens très forts vont se nouer entre elles, surtout qu'Antonia va tomber malade.
Au départ, la narration complexe de l'oeuvre m'a un peu surprise. En effet, l'auteur utilise à la fois la première personne du singulier pour la mère et pour la fille, ainsi l'italique pour certaines des pensées de Suzanna. Mais, on s'habitue à ce fait car leurs réflexions sont très différentes. D'ailleurs, le livre se compose de nombreux petits apartés des différents protagonistes sur leur vie passée. Il suffit de se laisser porter. le texte est aussi parfois très poétique, notamment au niveau des pensées de Suzanna.
J'ai particulièrement aimé les 3 grands-mères qui ont un style qui fait penser aux dames de Cranford. Elles quittent peu leur appartement, aiment beaucoup évoquer le passé et faire des commérages, elles sont parfois effrayées par la modernité et ont eu forte tendance à se méfier des hommes. Même si elles sont parfois dures entre elles, elles se soutiennent toujours et surtout en cas de difficultés. D'ailleurs, elles vont se battre pour pouvoir continuer à élever Suzanna même après la mort de sa mère (on le sait dès le début). Elles vont utiliser toutes les ressources à leur disposition et même faire appel aux hommes. Elles sont très attachantes. Elles regrettent parfois l'Ancien Régime et jettent un oeil plus que circonspect sur ce que leur a apporté le communisme.
La description de la vie en URSS dans les années 1950 et 60 est saisissante. Pour les habitants, le système communiste n'est pas encore en place et on leur promet toujours qu'ils vont arriver à une société sans classes où tout le monde aura ce qu'il désire sans rien payer.
C'est impressionnant de lire la description du poids de la société sur l'individu. Rien n'échappe à personne et tout le monde se mêle de tout que ce soit sur la façon d'élever un enfant ou bien sur les relations qui se nouent entre un homme et une femme. On voit un brave homme être presque piégé et obligé de se marier sous la pression des membres de son usine.
Une plongée émouvante dans l'univers de 5 femmes en URSS qui tentent de survivre face à l'absurdité du système grâce à une solidarité sans faille. Un livre tout en pudeur. Une belle découverte.
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critiques presse (1)
Lexpress   11 février 2014
À travers le quotidien de cinq femmes confrontées aux tragédies du petit peuple russe dans le Leningrad des années 1960, Elena Tchijova nous plonge dans un fascinant huit-clos.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
parolesparoles   26 février 2014
Seulement, dit-elle, je ne peux pas être marraine. Dès que je regarde sa petite chemise, j'ai l'âme qui devient toute noire. C'est mieux que ce soit toi, Ariadna. Toi, tu as tout fait comme il faut : tu as perdu ton mari à la Première Guerre mondiale, ton fils à la Seconde, tes petits-enfants et ta belle-fille sont morts pendant le blocus. Tout comme chez les civilisés.
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parolesparoles   26 février 2014
La famille de Sytine s'est agrandie : maintenant, ils sont quatre. Par conséquent, ils ont droit à un deux-pièces rien qu'à eux. Tu n'as qu'à emménager à leur place.
Neuf mètres carrés et demi, je suis libre comme l'air, une vraie princesse.
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MukashimukashiMukashimukashi   16 septembre 2020
– Ce qui est né grandira. Il arrive qu’une pomme aille pousser sur un sapin, et inversement, une pomme de pin sur un pommier.
– Alors, je demande, à quoi bon faire des efforts ? Suivre l’enfant pas à pas ? Si, par exemple, c’est une pomme de pin, elle ne deviendra pas une pomme.
– Non, acquiescent-elles. Mais si c’est une pomme, ça dépend de l’entourage qu’elle reste sauvage et aigrelette ou qu’elle s’emplisse d’un suc délicieux...
page 52
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MukashimukashiMukashimukashi   16 septembre 2020
Leur nation – Evdokia est en colère -, au moins c’est du fait de l’Allemand qu’elle a souffert... Mais la nôtre, c’est surtout de notre propre fait. En vérité, nos pires ennemis, c’est nous. Les étrangers ont à peine le temps d’y penser que nous, allez, on l’a déjà fait. Contre les Allemands, nous avons été des héros. Il aurait fallu qu’on fasse pareil contre nous-mêmes... pages 67-68
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MukashimukashiMukashimukashi   16 septembre 2020
À présent, je suis toujours avec elles, même si elles ne me voient pas, comme s'il y avait entre nous un mur infranchissable. Mais tout de même, je vais chez elles. Je m'assieds, je reste quelque temps sans bouger et puis je me lève pour retrouver mon chevalet, pour entendre leurs voix et me métamorphoser en une autre, en cette petite fille qui retenait tout.
page 232
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