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EAN : 9782368463260
159 pages
Éditeur : Steinkis Editions (17/09/2020)
4.38/5   42 notes
Résumé :
Années 1960. Dans un quartier populaire d’une ville de La Réunion, Jean et Madeleine sont arrachés à leur mère par les services sociaux qui leur promettent une vie meilleure en métropole, une bonne éducation et des retours réguliers sur leur île.
Lucien, jeune fonctionnaire fraîchement affecté à La Réunion, arrive à la préfecture et découvre ses fonctions à la Section 4 : il devra notamment superviser le transfert de « pupilles de l’État » dans l’Hexagone…>Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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Ziliz
  07 mars 2021
Ile de la Réunion, 1965.
Si une dame blanche est venue chercher Jean et sa petite soeur chez lui, puis les a séparés, c'est sûrement parce qu'il avait crevé un ballon avec un couteau, ce jour-là. Nulle malice de sa part, pourtant : il voulait juste voir ce qu'il avait dans le ventre pour rebondir aussi bien. Bref, ce fut certainement la bêtise de trop qui a fait craquer leur maman seule, débordée, fatiguée. Cette conviction ne quittera jamais Jean.
Les enfants raisonnent ainsi : je suis responsable des malheurs autour de moi (divorces, décès). Et nous ne sommes guère différents, adultes, avec nos superstitions diverses et sentiments de culpabilité (largement entretenus par les religions)...
.
A travers l'histoire fictive de Jean et de sa petite soeur Didi, cet album évoque le sort des 'enfants de la Creuse', un épisode honteux de l'Histoire de France, entre 1962 et 1984. Ce terme est abusif/réducteur puisque ces 2000 mineurs ont été envoyés dans 83 départements différents (et 10 % d'entre eux dans la Creuse), mais il donne une bonne idée du choc culturel qu'ils ont pu ressentir (racisme des métropolitains, vocabulaire et accent, climat, paysage, mode de vie...), après avoir été arrachés à des parents mal informés et dupés sur le 'projet'.
Certaines victimes parlent de 'déportation', la détresse de Jean y fait en effet penser.
.
Sans manichéisme, les auteurs montrent un processus né d'une décision politique (Michel Debré était alors député de la Réunion) face à la surpopulation réunionnaise - processus où il est difficile de mesurer la responsabilité de chaque acteur : du simple maillon d'une chaîne au décideur, via l'exécuteur zélé. Avec magouilles d'état civil, quand même, qui rendent les recherches difficiles pour ceux qui souhaitent retrouver leurs origines.
.
On voit dans cet album des enfants en souffrance, comme le personnage principal ; d'autres s'en sortent mieux, selon le lieu où ils atterrissent. Certains vivent en foyer, d'autres dans des familles d'accueil où ils peuvent être intégrés et aimés comme les autres enfants du couple parental, ou au contraire servir de domestique malgré leur jeune âge (notamment dans des fermes).
Le 18 février 2014, l'Assemblée nationale adopte la résolution proposée par Ericka Bareigts (députée socialiste de la Réunion), qui reconnaît la 'responsabilité morale' de l'État français. Rien n'a été proposé à ce jour pour réparer le préjudice.
La DDASS et l'ASE sont montrées comme partiellement responsables.
Aujourd'hui encore, il y a des progrès à faire en matière de protection de l'enfance, en France, mais c'est une autre histoire.
Très agréable à lire (alternance d'époques et pages documentaires), émouvant et instructif, comme beaucoup d'albums de chez Steinkis.
Autres ouvrages sur le sujet :
L'île de mon père, Brigitte Peskine (roman jeunesse)
Aux vents mauvais, Elena Piacentini (roman noir).
■ MERCI A BABELIO & AUX EDITIONS STEINKIS
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Apikrus
  07 mars 2021
En 1965, Jean, alors âgé de 9 ans, et sa petite soeur, sont pris en charge par des services sociaux. Ceux-ci font croire à leur mère que ses enfants pourront étudier et qu'une vie meilleure va s'ouvrir à eux, en quittant (provisoirement) la Réunion. Les deux enfants sont expédiés loin de leur île natale, en métropole, dans la Creuse.
De 1962 à 1984, environ 2 000 enfants réunionnais sont ainsi déracinés et envoyés vers la métropole, pour leur bien, paraît-il. Un dixième d'entre eux arrive ainsi dans le département sous-peuplé de la Creuse, les autres sont répartis dans d'autres départements. Leur sort dépend du lieu d'accueil. Même lorsque les familles adoptives sont bienveillantes, ils souffrent du déracinement, du racisme des autres enfants et des adultes (à cause de leur couleur, mais aussi en raison de leur façon de parler). Certains sont simplement considérés comme une main d'oeuvre à bon marché.
L'identité d'origine reste difficile voire impossible à retrouver pour beaucoup, puisque leurs noms et prénoms ont été modifiés.
Cette BD met en scène les destinées de quelques-uns de ces enfants et montre les rouages d'un système administratif défaillant qui a permis ce scandale.
Le ton reste mesuré, les auteurs étant conscients que des acteurs de ce système étaient sincères, avec une volonté de bien faire, d'agir dans l'intérêt même des enfants concernés.
Cette lecture est intéressante et poignante, avec quelques pages d'explication insérées dans l'histoire, qui permettent de bien situer le contexte social et politique.
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Juin
  09 mars 2021
Les enfants oubliés de la Réunion, c'est le sous-titre de ce superbe roman graphique. On la connait cette histoire plutôt avec le vocable de Les enfants de la Creuse, alors qu'ils ont été répartis un peu partout en France. Dans Piments Zoizos on suit l'itinéraire de Jean qui sera arraché de son île pour avoir une vie meilleure dans notre beau pays... Enfin c'est ce que l'on faisait miroiter aux parents, car il n'y avait pas que des orphelins que la Dass plaçait. Départ forcé pour un avenir incertain. Merci à Michel Debré pour son zèle.
Dans cette Bd il y a des larmes, des incompréhensions, des enfants envoyés loin pour souvent servir de main d'oeuvre dans des fermes. Dépeuplé un peu ce département pour repeupler des départements ruraux, quelle idée géniale.
Jean sera déraciné, perdra sa soeur dans l'histoire, sera balloté dans différentes familles, après le foyer. il y aura quelques personnes qui sauront lui tendre la main, et quelques salauds. Ainsi va l'histoire. Moche et tragique.
D'autant plus que ces enfants ont eu leur état-civil trafiqué. Un nouveau nom qui n'aide pas à retrouver ses racines.
Avec des aller et retour Tehem nous raconte ce déracinement que l'on appelé déportation, Des planches sobres d'une seule teinte, intercalent des documents d'époque pour accentuer les faits, une gazette pour dire les faits.
J'ai aimé la bouille touchante des personnages principaux, les expressions vivantes des visages. L'amitié de Jean et de Michel, la force de ce Jean, personnage fictif mais qui semble si vrai.
Cela remue un peu tout ça. Une Bd intéressante qui ne met pas la France à l'honneur une fois de plus.
Belle collection que ces Bd chez Steinkis qui nous apprend beaucoup de façon très accessible. J'ai noté quelques autres titres dans la même veine.
Merci à masse critique et à Steinkis pour cet envoi.
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PtitVincent
  08 janvier 2021
De 1962 à 1984, plus de 2000 enfants réunionnais furent déplacés en France métropolitaine et notamment dans la Creuse et quelques autres territoires en perte de population. Sous prétexte de les sortir de la pauvreté, mais sans respecter les règles internationales du droit de l'enfant. Ainsi un certain nombre n'étaient même pas orphelins et auraient dû rester auprès de leur famille ou dans un environnement proche (un internat ou autre). de plus arrivés en France, déracinés, renommés, séparés les uns des autres, ces enfants ont parfois servi de main d'oeuvre bon marché à des paysans peu scrupuleux.
Si au départ, les intentions des politiques et de l'administration pouvaient paraître bonnes (éduquer des enfants et les extraire d'un milieu défavorisé), la mise en place du projet fut rapidement dévoyée et est devenue au fil du temps un véritable scandale d'État.
Téhem, qui a grandi et vécu de nombreuses années à la Réunion, a décidé de nous raconter l'histoire de Jean, un de ces enfants. Avec sa soeur, il est séparé de leur mère à qui les fonctionnaires promettent un avenir radieux à ses enfants. Mais très vite, le frère et la soeur sont eux-mêmes éloignés. Arrivé en métropole, l'enfant grandira dans diverses familles et centres d'accueil, dans un monde qui lui est inconnu. L'adaptation semble impossible, avec les différents chocs imposés à Jean. Il fuira certaines familles et il lui faudra du temps pour s'adapter à la vie métropolitaine.
L'auteur a refusé de signer une bd strictement documentaire et nous raconte donc cette histoire avec un graphisme simple, voire naïf, afin d'adopter le regard des enfants. Il choisit un code couleurs selon les points de vue (rose pour l'enfance, jaune pour le regard de l'administration, verte pour le retour de Jean, une fois adulte), auquel il rajoute quelques éléments documentaires avec des extraits (imaginaires) d'une gazette.
Le parcours de Jean, de sa soeur et de son meilleur ami Michel sont particulièrement émouvants, mais Téhem ne juge personne, nous montrant des fonctionnaires témoins des dégâts pour certains, inconscients pour d'autres, des familles plus accueillantes que d'autres, maladroites aussi, mais aussi un Jean devenu adulte qui revenant à la Réunion découvre que le monde qu'il a quitté n'existe plus et que personne ne l'accueille à bras ouverts.
Une bd particulièrement instructive avec un scandale que les différents gouvernements successifs ont eu beaucoup de mal à reconnaître et à réparer (d'ailleurs peu a été fait). Mais surtout une histoire émouvante, un personnage attendrissant et un dessin lumineux pour une bd mémorielle indispensable. Et sans doute l'album le plus personnel et intime de l'auteur.
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leboncoinlecture
  07 juillet 2021
Un récit graphique pour faire connaître une politique peu reluisante de l'Etat français qui a couru de 1962 à 1984 : la transplantation / déportation d'enfants réunionnais de leur famille, placés en foyer à la Réunion même et pour un certain nombre déracinés encore davantage en étant envoyés en métropole.
Les intentions sont louables a priori : amortir la surpopulation, alléger et prévenir la misère sociale. Dans les faits, c'est une grande violence, tant psychologique que physique, qui est faite à ces enfants ballottés de foyers en familles d'accueil, pouvant y trouver bienveillance et soutien ou dédain, exploitation voire maltraitance.
La situation est complexe et chacun de ses enfants a vécu une histoire particulière, ce qui représente un défi d'en dresser un tableau fidèle et représentatif dans un récit - graphique ou non. L'auteur exprime bien ces difficultés dans un échange initial avec l'historien Gilles Cauvin.
Je trouve que Téhem a su relever ce challenge de manière très intelligente, autant documentaire que sensible.
Pour nous expliquer la multiplicité et la complexité des situations, il met en scène en parallèle deux personnages principaux : un enfant transplanté qui est en plus séparé de sa soeur d'une part, et un fonctionnaire de la préfecture fraichement débarqué à la Réunion, découvrant ce dispositif d'autre part.
De plus, l'histoire est rendue dynamique par le choix de récits enchâssés, de l'enfant devenu adulte retournant sur les traces de ses origines, se remémorant à différents moments de sa vie son passé, le tout entrecoupé du point de vue du jeune fonctionnaire métropolitain et de quelques interludes plus strictement documentaires présentés sous forme de gazette.
Le tout forme une unité qui me semble bien relater la complexité de ce pan de l'Histoire.
Le jeu des tonalités et des couleurs permet de comprendre immédiatement où, quand et avec qui on est (sachant qu'une seule couleur est utilisée pour chaque, ce qui peut déstabiliser a priori - mais qui donne d'autant plus de sens les quelques fois où une multiplicité la remplace).
Quelques phrases en créole et des mentions culinaires nous ancrent également bien dans l'île !
Par ailleurs, au vu des titres listés en fin d'ouvrage, il me semble que Steinkis est une maison d'édition à suivre.
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critiques presse (2)
BDGest   17 novembre 2020
Elle offre une lecture très fluide, à la fois très humaine mais aussi très instructive. Piments Zoizos se révèle particulièrement réussi parce qu'il évite tout autant la lourdeur que peuvent posséder certains reportages en bande dessinée que l'aspect mélodramatique facile.
Lire la critique sur le site : BDGest
BoDoi   22 octobre 2020
Une fiction extrêmement bien documentée. L’auteur, dans un style crayonné très vif et expressif, retrace trois itinéraires touchants.
Lire la critique sur le site : BoDoi
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
ZilizZiliz   06 mars 2021
- Le piment, ça ne se mange jamais seul. Il faut du riz ! Vous êtes zoreil ?
- Ma famille est d'ici. Mais d'ailleurs vous pouvez m'aider à retrouver leur adresse ? Il paraît que vous connaissez très bien la commune...
- Ah ça oui ! Je suis le dernier monument historique communal ! Ce 'chemin Gourouvin' s'appelle maintenant 'rue Picasso'. Pourquoi un nom de voiture ? Mystère.

(p. 54)
Commenter  J’apprécie          131
ZilizZiliz   11 mars 2021
Salut, Jean,
Je suis sorti de l'hôpital où je suis resté longtemps. J'ai une grosse cicatrice, c'est terrible, on dirait que j'ai fait la guerre.
On m'a mis au foyer de Guéret, dans la Creuse (comme "creuse ta tombe", c'est ce que dit un copain de chambre qui est là depuis longtemps). (...)
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QuinayaQuinaya   22 septembre 2020
- Une colonie ? C'est quoi, Mme Annie ?
- Ne t'inquiète pas Jean. C'est un endroit où on prendra soin de toi. Et puis tu vas apprendre un métier et revenir chez toi pour les grandes vacances.
- Mais ?! La colonie de vacances, l'est pas pendant les vacances, alors ?
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christinebeaussonchristinebeausson   28 novembre 2020
En éloignant ces enfants de leur famille on les sauve et on sauve aussi parfois leur fratrie.
Comment ça ?
Eh bien quand on retire deux enfants d'une fratrie de neuf, les autres vivent un peu mieux, non ?
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mikaelunvoasmikaelunvoas   18 avril 2021
Le "Chemin Gourouvin" s'appelle maintenant "rue Picasso". Pourquoi un nom de voiture ? Mystère.
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Videos de Téhem (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Téhem
Qui de mieux que l'avocat du diable pour défendre tous les meurtriers issus de l'Histoire et de la culture populaire ? Ces chers accusés mettent donc leur avenir entre ses mains. Et si notre personnage emprunte ses traits à Jacques Vergès, ce n'est bien entendu que pure coïncidence. Comme personne n'est fait de marbre, ces cas impossibles à défendre pourront avoir une influence sur sa vie intime.
Auteur : Téhem
En savoir plus : https://www.editions-delcourt.fr/bd/series/serie-avocat-du-diable/album-avocat-du-diable
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