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EAN : 9782290210833
160 pages
Éditeur : J'ai Lu (19/06/2019)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 19 notes)
Résumé :
Avec le photographe Thomas Goisque, l’auteur a suivi le réseau des pipelines caspiens jusqu’à Bakou, puis de Bakou jusqu’à la Turquie orientale via l’Azerbaïdjan et la Georgie.

Ils retracent, en mots et en images, l’aventure moderne et l’histoire millénaire de l’or noir des steppes.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Apoapo
  03 mai 2018
Dans une vie antérieure, je me suis intéressé de très près aux ressources énergétiques nouvellement découvertes en Asie centrale et dans le Caucase. [Jeune homme sous l'emprise de ses hormones, je ne sus résister aux charmes d'une employée à la longue chevelure de chez Total, invitée sur notre campus, qui obtint trop facilement mon manuscrit, alors que le mien, de charme, ne me suffit pas à me faire embaucher par et en sa compagnie ; c'est ainsi que je sauvai mon âme mais me sentis longtemps dépité...]
L'anecdote sert pour rappeler qu'à l'époque, la construction de l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan n'était qu'une des possibles routes alternatives de désenclavement des hydrocarbures des républiques indépendantes récemment issues de la dissolution de l'URSS, et que l'enjeu de ces tracés était surtout géopolitique. La Russie allait-elle se réapproprier les ressources en les acheminant de façon centralisée dans son réseau existant, puis par tanker à travers la Mer Noire et les Dardanelles ? La Chine aurait-elle l'audace de se les accaparer par un pipeline qui retracerait le segment oriental de la Route de la soie ? L'Occident, par le truchement de la Turquie, saurait-il faire valoir ses raisons à elle, entre autres environnementales, en interdisant le transit par le Bosphore et imposant au contraire un trajet par l'Anatolie jusqu'au littoral méditerranéen oriental, à proximité de la Syrie ? Au niveau systémique, les visées des grandes puissances étaient en jeu, et au niveau local, les conflits armés : la guerre Arméno-Azérie prétextant les enclaves du Haut-Karabagh (et du Nakhitchevan), les multiples foyers de conflit au Sud-Caucase, dont on ne se rappelle plus que de la Tchétchénie, et peut-être des révoltes géorgiennes contre la Russie, la reviviscence des rébellions kurdes dans l'Est anatolien, le refroidissement temporaire du fameux axe Moscou-Erevan-Teheran contre Washington-Ankara-Bakou... Et accessoirement, la question de savoir si les despotes des nouveaux pays indépendants, tous des apparatchiks soviétiques, sauraient à la fois s'émanciper de la Russie, à la fois défendre leurs propres intérêts et ceux des consortiums pétroliers occidentaux, et se défendre des courants islamistes radicaux gagnant rapidement de l'envergure depuis la Vallée de Ferghana autant que des contreforts caucasiens. Enfin, comment transformer la convoitise énergétique génératrice de tensions internationales en instrument de pacification ? Comment convaincre les régions parcourues par le tuyau qu'elles pourraient bénéficier d'une aide au développement, sinon d'une rente pétrolière, à condition de ne pas y puiser frauduleusement ni de ne menacer d'en fermer les robinets, ou pire, de le faire sauter pour exercer le chantage à l'aval ? Voilà ce sur quoi nous nous interrogions jadis.
Depuis juillet 2006, l'oléoduc occidental (sous l'égide de British Petroleum) Bakou-Tbilissi-Ceyhan est ouvert et fonctionne à plein régime. L'Occident a gagné. Beaucoup de ces conflits se sont apaisés, d'autres se sont enflammés pour d'autres raisons, ou plutôt pour d'autres gisements plus ou moins éloignés de là...
Aussi, lorsque nos deux pèlerins, Sylvain Tesson, l'écrivain voyageur à pied et à bicyclette, et Thomas Goisque, le photographe, en jeep, prennent la route du flux de pétrole, depuis les steppes ouzbèkes, par la Mer d'Aral quasi asséchée, puis à travers la Caspienne, et enfin suivant le tracé du pipeline BTC jusqu'à la Méditerranée, en quatre mois passés à longer les oléoducs, leurs méditations ne sont-elles plus d'ordre géopolitique mais bien plus environnementales. Ils se concentrent tout particulièrement sur le caractère éphémère des ressources en hydrocarbures et sur la fragilité du système productiviste tout entier, qui les dévore à un rythme proprement insoutenable.
Je vais avouer d'emblée : je ne me suis pas retrouvé dans le texte, bien que, abstraitement, je me trouve d'accord avec Tesson ; peut-être aussi parce que les informations sur les lieux et les faits ne m'étaient pas inconnues. Par contre, les photos, qui ont une importance quand même prépondérante dans ce livre, m'ont semblé absolument magnifiques : je suis stupéfait que l'on puisse, à partir d'un thème apparemment aussi aride que des installations pétrolières sur fond désertique ou aquatique, dégager autant de poésie, d'intelligence de l'esprit des lieux, de sensibilité aux paysages géographiques et humains, de beauté épurée des lieux communs.
Dans l'écrit, j'ai regretté la discordance avec les images, l'exiguïté des descriptions de géographie physique, là où ces endroits sont à la fois très éloignés de nos horizons et chargés d'un imaginaire mythique – les steppes, la Route de la soie, la mer d'hydrocarbures au large de la ville de Nobel, le port de Jason et des Argonautes... - ; je me suis encore plus langui de récits sur les gens, ces hommes et femmes pourtant si bien portraiturés. Comment la construction s'est-elle déroulée ? Les habitants ont-ils « adopté » l'oléoduc, sont-ils satisfaits par les actions de développement mises en place par BP le long de son tracé ? Qu'est il advenu des dizaines de milliers d'ouvriers qui ont travaillé sur le chantier ? Y a-t-il des changements visibles dans les régions traversées, dès lors que les tubes sont enterrés et ne restent que des patrouilles à cheval et des travailleurs dans derricks soviétiques vétustes et sur les îles artificielles et aux centres de pompage ultra-modernes et hyper-sécurisés des consortiums ?
Cela aurait valu beaucoup plus que des considérations relativement consensuelles (en France) dans le style COP 21...
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Jeanraphael
  13 novembre 2018
c'est le meilleur livre de sylvain Tesson. Un vrai récit de voyage, pur, concentré, affûté, descriptif et précis. On n'y perçoit pas d'ambition littéraire ou artistique, pas de commentaire sur l'actualité, pas de de digression introspective, mais seulement un texte sobre et parfait, l'histoire d'un périple, l'explication et la description de la géographie des lieux et des hommes et des femmes rencontrées. C'est ce que fait le mieux Sylvain tesson et c'est une grande réussite. On voyage nous aussi à lire ça.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
ApoapoApoapo   03 mai 2018
"Les services de protection de l'environnement de la BOTAS (compagnie pétrolière turque) réintroduisent des tortues sur le littoral de Yumurtalik. Les élues vivront cent ans. Elles connaîtront le temps de la pénurie pétrolière !" (p. 156)
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DanieljeanDanieljean   23 juillet 2017
abattre le même trajet que celui d’une larme d’or noir de la haute Asie convoyée à travers steppes et monts pour que le monde poursuive sa marche folle
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Videos de Sylvain Tesson (89) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sylvain Tesson
Le 27 juin 2015, pour son émission “Carnet nomade” diffusée tous les samedis sur France Culture, Colette Fellous s'entretenait avec deux écrivains qui ont fait du voyage un élan vital : Sylvain Tesson et Tristan Savin. Né le 26 avril 1972 à Paris, Sylvain Tesson est le fils du journaliste Philippe Tesson. C'est au lycée Passy-Buzenval à Paris qu'il fait la connaissance d’Alexandre Poussin. Les deux compères commencent à escalader des monuments la nuit avec quelques camarades. En 1993, ils partent avec un budget très restreint pour un tour du monde à bicyclette qu’ils relatent dans “On a roulé sur la terre” (1996). En 1997, un DEA de géographie en poche, Sylvain part (toujours avec Alexandre) faire un pèlerinage de six mois en Himalaya. L’année suivante, le duo présente et anime un magazine mensuel sur France 3, “Montagne”. En 2001, c'est à cheval et avec la photographe Priscilla Telmon que Sylvain Tesson repart pour un périple dans les steppes d’Asie centrale. Inspiré par le récit de Slawomir Rawicz - “La Longue Marche” -, il marche (de mai 2003 à janvier 2004) sur les traces des évadés du Goulag, de Iakoutsk en Sibérie jusqu’à Calcutta. Aventurier renommé, son ouvrage “Dans les forêts de Sibérie”, récit de son expérience d'ermite pendant six mois dans une cabane au bord du lac Baïkal, est couronné du prix Médicis essai. En mai 2013, le globe-trotter publie - avec le photographe Thomas Goisque -, un album sur la guerre en Afghanistan, “D’ombre et de poussière”, témoignage sur le quotidien des soldats français sur place et réflexion plus large sur ce conflit qui s'enlise depuis de nombreuses années.
Tristan Savin, né le 10 octobre 1963, est un journaliste et écrivain français. Il est chroniqueur littéraire au magazine “Lire” depuis 2004 et signe, chaque mois, “L'Esprit des lieux”. Il collabore aussi à “Géo”, “L'Express”, “Styles” et “lexpress.fr”. En tant qu'auteur, Tristan Savin a publié une nouvelle dans la revue “Le Journal des lointains” (Buchet Chastel), et présenté deux anthologies parues au Mercure de France : “Le Goût de l'Abyssinie” (2009) et “Le Goût de Tahiti” (2012). Il est désormais rédacteur en chef de la revue “Long Cours”, dans laquelle il a publié des textes inédits de Blaise Cendrars, Jean-Christophe Rufin, Sylvain Tesson, Luis Sepúlveda, Mark Twain, Douglas Kennedy, Alaa El Aswany, Erri De Luca, etc.
Livres : “Berezina” de Sylvain Tesson (Guérin, 2015) “Esprit des lieux” de Tristan Savin (La Table Ronde, 2015)
Sources : France Culture et Wikipédia
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