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ISBN : 2072836859
Éditeur : Gallimard (07/02/2019)

Note moyenne : 3.65/5 (sur 437 notes)
Résumé :
Devant les coups du sort il n'y a pas trente choix possibles. Soit on lutte, on se démène et l'on fait comme la guêpe dans un verre de vin. Soit on s'abandonne à vivre. C'est le choix des héros de ces nouvelles. Ils sont marins, amants, guerriers, artistes, pervers ou voyageurs, ils vivent à Paris, Zermatt ou Riga, en Afghanistan, en Yakoutie, au Sahara. Et ils auraient mieux fait de rester au lit.
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Critiques, Analyses et Avis (64) Voir plus Ajouter une critique
Sando
  05 avril 2014
« S'abandonner à vivre » est une manière, pour Sylvain Tesson, de résumer le « pofigisme », un mot venu de Russie désignant un état d'esprit, une philosophie. Cela consiste à accepter « l'absurdité du monde » et « l'imprévisibilité des évènements », à se laisser porter par la vie sans chercher à lutter car le combat est perdu d'avance. Pour autant, il n'y a rien de déprimant dans cette résignation, au contraire ! Dès lors qu'elle est acceptée, la vie peut être vécue pleinement et avec une réelle jouissance.

C'est ce que s'efforce de mettre en pratique les personnages de ce recueil composé de dix-neuf nouvelles qui nous font voyager à travers le monde. Dix-neuf histoires pour un ouvrage de 221 pages, c'est beaucoup, néanmoins Sylvain Tesson réussi, grâce à la justesse de son ton et à la finesse de sa plume, à créer juste ce qu'il faut d'intérêt et de plaisir pour que le lecteur ne se sente jamais frustré par la brièveté des différents récits. On y croise des amoureux transis, des amants intrépides, des immigrés plein d'illusions, des guerriers célèbres, des aventuriers, des amateurs de sensations fortes, des solitaires et tant d'autres qui partagent, le temps d'un instant, un bout de leur vie.

L'écriture est riche, travaillée, exigeante et offre un excellent moment de lecture. Plus d'une fois j'ai été saisie par cette narration captivante et soigneusement élaborée. Bien sûr, comme dans tout recueil de nouvelles, c'est toujours un peu inégal et certaines histoires sont parfois en dessous des autres, mais le charme de l'ensemble reste intact et offre une très jolie découverte !
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rabanne
  01 avril 2019
S'abandonner à vivre, c'est savoir / pouvoir accueillir "les oscillation du destin sans chercher à en entraver l'élan", ou la capacité d'accepter son sort, triste comme heureux.
Dix-neuf nouvelles, qui racontent le combat (ou le non-combat) de femmes et d'hommes contre l'inertie, le fatalisme ou la passivité devant les aléas de l'existence. Une lutte extrêmement énergivore, parfois courageuse et salvatrice, parfois épuisante et frustrante, souvent vaine et absurde...
Sylvain Tesson a l'art de nous faire voyager, dans tous les sens du verbe : une exploration à la fois géographique, sentimentale, sociologique, introspective, philosophique et humaniste. Je pourrais rajouter également : sensorielle, sensuelle, poétique.
L'auteur a également l'art de la chute (comme il a été dit et redit, à propos de cet ouvrage), celle qui vient entraver le chemin de nos certitudes, de notre placidité, de nos solitudes, de notre ennui, de nos doutes et de nos infinies contradictions (!)
Réaliste, cynique, spirituel, clairvoyant. En deux mots : brillant et réjouissant.
NB : j'avoue ne pas être très objective à propos de Sylvain Tesson, tant le souvenir de mon "coup de foudre" reste puissant (donc forcément irrationnel ^^). L'un de mes auteurs contemporains favoris.
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ATOS
  12 février 2016
« J'avais une gueule de bois à flotter sur l'eau », alors si la barque prend l'eau, le radeau prend le large , d'un geste sec, d'un coup large, avec inconscience ou hardiesse, avec l'élégance de celui qui sait le vide et l'équilibre . Ça tient à quoi ? À soi, peut être même pas. S'abandonner à vivre cela aurait pu être le titre d'un joli roman, où les personnages auraient été les maîtres de leur destin, seraient devenus des héros des temps futiles, auraient décidé de tout bien « penser à vivre », oui mais voilà avec Tesson ça ne peut pas être ça. On lâche prise. Comme ça. On s'abandonne à vivre ? Voilà sans raison. Parce que les destins ont la taille qu'ils ont. Les hommes ont le poids qu'ils ont. le monde est ce qu'il est. Il ne tourne pas rond. Mais très vite. Et quelque fois ne vole pas très haut. On ne maîtrise pas vraiment les choses. Ni la route, ni l' amour, ni l'exil , ni les petits rouages de la grande horloge. Un passeport, un pays, une époque, une guerre, un clop, une rencontre, une gouttière, un changement de saison. Y a peut être qu'au pays des fées que tout fonctionne, question de degrés. Vodka Tesson ! « Beaucoup de gens boivent, très peu savent être bourrés » disait Dutronc. Et bien la vie c'est un peu pareil. C'est toujours moins bon sans les glaçons. Comme l'écriture d'ailleurs. C'est pas que ça soit moins fort, c'est moins bon.
Des nouvelles de Tesson ? Ouais, il est parti « faire voir du pays à sa déception » … au fait, comme ça : une descente en rappel... au bout du fil qui tient la corde ?
(ps : ce livre est un bonheur )
Astrid Shriqui Garain
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Bazart
  03 juillet 2015
Écrivain, journaliste et grand voyageur, Sylvain Tesson creuse son sillon et impose une voie à part dans la littérature française. Il s'est fait connaître en 2004 avec un remarquable récit de voyage, L'axe du loup (Robert Laffont)puis avec Dans les forets de Sibérie, qui est un livre culte pour énormémentde gens..
Après le succès de son récit dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson a écrit en 2014 ce recueil de nouvelles dont chaque héros choisit face à un coup du sort ou une absurdité de la vie,une sorte de résignation joyeuse, selon le concept de "pofigisme" cher à la Russie.
Les héros de Tesson habitent à Paris, en Afghanistan, en Yakoutie, en Russie, au Sahara mais tous vont devoir montrer comment leur pogigisme se manifestent face à l'adversité.
L'exil et l'ermite sont deux nouvelles font partie des récits les plus forts de ce recueil certes inégal mais qui montre parfaitement le talent de conteur, un humour noir assez grincant, et la grande capacité d'imagination de Sylvain Tesson.
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Musardise
  09 mai 2018
J'ai eu beaucoup de mal à terminer ce recueil alors que j'étais persuadée que ça allait passer tout seul. Peut-être est-ce dû en partie au fait que j'avais surtout envie de lire les récits de voyages de Sylvain Tesson, et que je me suis rabattue sur de la fiction faute de mieux (Dans les forêts de Sibérie n'était pas disponible à la bibliothèque). Reste que j'ai trouvé la moitié des nouvelles - sur un total de dix-neuf, me semble-t-il - poussive, le style de Sylvain Tesson m'irritant à force de citations érudites en exergue et d'accumulations d'images et autres métaphores. J'ai toujours pensé que l'utilisation excessive des métaphores était bien trop facile et c'est une chose qui a tendance à m'agacer prodigieusement, à quelques exceptions près. Ajoutez à cela que je trouvais ces nouvelles assez convenues, et faisait montre, parfois, d'un étalage de bons sentiments un rien exagéré. Car oui, bon, on se doute, si on n'est pas trop bête ou pas trop innocent, que les jeunes files russes qui épousent de riches Français pour échapper à leur milieu ont bien des chances de ne pas être heureuses, et qu'un jeune homme ayant voyagé jusqu'en France dans des conditions infectes pour fuir la misère de sa vie au Niger ne va s'épanouir en lavant des vitres à Paris - j'ajouterai que peu de laveurs de vitres et autres smicards, chômeurs et consorts, trouvent l'épanouissement dans le travail. Bref, ce qui sauve plus ou moins cet aspect bons sentiments, qui ne nous apprend tout de même pas grand-chose, c'est l'ironie de la chute, qui intervient presque invariablement.
Bizarrement, j'ai aussi trouvé un petit côté assez bourgeois à toutes les nouvelles qui ne se déroulent pas à l'étranger : les personnages sont alors forcément journalistes, ou exercent un métier de ce genre, et disposent d'un niveau de vie très enviable. Bon, passons. Après tout, Sylvain Tesson parle de ce qu'il connaît. Enfin, tout ça, accumulé, a fini par me fatiguer et j'ai fait une pause au milieu du livre, vu qu'il n'y a pas vraiment d'intérêt à se faire du mal lorsque ce n'est pas nécessaire. Je l'ai repris quelques temps plus tard, et j'ai pris davantage de plaisir à terminer le recueil. J'ai trouvé les nouvelles plus drôles, et surtout, il m'a semblé que le style allait vers beaucoup plus de sobriété. Vers la toute fin - je crois que c'est dans la nouvelle "Le train" -, l'auteur nous explique ce qui constitue le noeud de cohésion de son recueil : la notion de pogifisme, qu'il définit comme "une résignation joyeuse, désespérée face à ce qui advient". C'est plus un prétexte qu'autre chose - d'ailleurs certaines nouvelles n'ont pas vraiment de rapport avec le pogifisme -, un prétexte à écrire sur l'ironie de la vie. Seule une nouvelle va un peu plus loin que les autres, avec un petit côté poétique que n'ont pas les autres, bien qu'elle ne soit pas superbement écrite. C'est "Le barrage", qui vaut surtout pour sa fin. Et qui est tristement d'actualité, partout dans le monde.
Alors voilà : je me suis un peu, voire pas mal, emmerdée pendant la moitié du recueil, sans compter mon agacement récurrent, et j'ai lu le reste d'une traite, tranquillement. Qu'en déduire ? Que je suis devenue pogifiste au cours de ma lecture, évidemment.
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critiques presse (2)
Lexpress   24 février 2014
L'écriture est solide, souvent brillante, irriguée par de nombreuses lectures (Cioran, Dostoïevski...), portée par un art consommé de la chute, qui fait parfois songer au K de Buzzati.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LesEchos   22 janvier 2014
On voyage beaucoup dans ce savoureux recueil au style funambule qui excelle dans l'art de la chute.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Citations et extraits (171) Voir plus Ajouter une citation
MahaDeeMahaDee   28 mars 2017
Dans ma famille, le voyage de noces était une tradition à laquelle il aurait été inconcevable de déroger. Nous considérions que la réussite de l’entreprise présageait la plus ou moins bonne fortune du mariage.

Mon arrière-grand-père avait passé deux jours à Cambrai avec mon arrière-grand-mère chez une cousine mercière. Il avait acheté à sa femme un service de nappes en dentelle, était monté au beffroi, avait éprouvé un vertige affreux et était revenu s’enfouir dans un village de betteravier picard qu’il n’avait quitté que pour mourir dans la Somme, coupé en deux par un shrapnel.

Mon grand-père, en pleine Seconde Guerre mondiale, était parti à bicyclette avec ma grand-mère pour relier Gênes à Marseille. Ils racontaient avoir désespéré un soir de trouver trace humaine entre Nice et Juan-les-Pins, ce que nous avions le plus grand mal à croire quand, soixante ans plus tard, nous roulions sur la côte massacrée par le surpeuplement et l’exhibition des corps.

Mon père avait fait visiter le Cambodge à ma mère. Quand elle avait perdu sa dent de porcelaine dans sa soupe aux fleurs de lotus, elle n’avait plus voulu ouvrir la bouche avant de regagner Siem Reap et de trouver un dentiste. Leur union avait été ainsi inaugurée par un long silence qu’ils s’étaient ensuite chargés de combler.

Ma sœur était partie avec mon beau-frère dans la Galice espagnole « plonger dans l’univers des fées et des légendes celto-ibériques », comme elle l’avait claironné. Ils étaient revenus deux jours plus tard, affreusement abattus, pestant contre l’enlaidissement de la côte par les pavillons et les baraques à frites. Mon beau-frère avait dit : « On est allés chercher le roi Arthur et l’enchanteur Merlin, on s’est retrouvés chez Leroy Merlin », et ce mot nous avait alertés sur une propension au calembour dont nous eûmes ensuite à souffrir sans discontinuité.
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ericboericbo   15 mars 2018
(Définition du) Businessman arriviste enrichi par la chute de l'URSS :
Parasite qui doit sa prospérité au dépeçage de l'Union soviétique, individu flasque, blanc et gros, cachant son manque d'éducation et sa crasse culturelle sous des vêtements lamentablement assortis, un amas de gadgets prétentieux et la satisfaction de soi-même, possède davantage de sens du kitsh que du beau, souvent moscovite, considère la nature comme un parc d'attraction et les bêtes sauvages comme des cibles pour le tir à la carabine.
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MarcoPolo85MarcoPolo85   08 janvier 2014
Je n'ai jamais aimé faire l'amour dans la nature. Les étreintes de plein air me dégoûtent...Le foin pique la peau, l'herbe marque le gras des cuisses, le soleil brûle le dos, les buissons hypocrites camouflent les voyeurs, et même la tente n'est d'aucun secours avec son nylon qui colle à la peau. je me souviens d'un jour à Oxford : elle était anglaise et le gazon grattait, nous étions sous un saule, près d'un embarcadère. Je m'aperçus soudain qu'une famille de colverts nous matait et j'en fus plus gêné que si c'était ma mère.
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romain29romain29   02 février 2014
Des baraquements en ciment avaient poussé sur les versants de la jungle, des villages de toiles de tente avaient recouvert les champs cultivés pour contenir les flots de l'armée des terrassiers. Des enfants étaient nés et se voyaient enrôlés aussitôt en âge de brouetter. Le chantier digérait les hommes en Moloch insatiable. A la pelle, à la pioche, charriant la terre dans les paniers d'osier, l'immense marée humaine, à peine mieux équipée que les troupes des bâtisseurs de pyramides, à petits gestes d'insectes, avait commencé l'entreprise titanesque. On avait crevé la terre, arasé les reliefs, tranché le bois des forêts, canalisé les cours d'eau et levé une muraille de retenue de cent quarante mètres de haut à la force des muscles. Les maîtres du grand œuvre savaient pouvoir compter sur l'inépuisable réservoir humain pour suppléer le manque de machines. Sur le chantier, des adolescents, des vieillards épuisés, des femmes enceintes obéissaient aux hurlements des contremaîtres claquants comme des ordres de matons. Les lignes de trains déversaient le ressac humain au fur et à mesure que les besoins de bras s’accroissaient. Dans l'effort collectif, on avait retrouvé l'enthousiasme des travaux de l'époque de Mao, c'était du moins ce que les médias d'Etat serinaient dans leurs bulletins. C'était l'un de ses chantiers prométhéens tels que l'Europe de l'Ouest anesthésiée par ses régulations, tétanisé par ses doutes, intoxiquée de haine de soi aurait été incapable de mener.
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cardabellecardabelle   16 juin 2016
L'ennui

...Au début, elle avait écumé les festivals provençaux...
et puis, lassée de cette illusion de culture, de ce faux appétit de beauté, elle s'était rabattue sur les magasins de Marseille, de Nîmes et d' Avignon, réduisant de plus en plus l'intervalle entre le moment où elle s'achetait un sac à main et le moment où elle le remplaçait.

Sa vie avait consisté à acheter des choses derrière des vitrines et à les essayer devant des miroirs.

Les armoires avaient débordé et l'excitation bien particulière de ne pas savoir exactement tout ce que l'on possède était vite retombée.

Elle avait retrouvé la baie vitrée et la contemplation des Alpilles.
Cet accident de roche dure arrêtait le regard en même temps que l'élan de La Crau.

La première puis la seconde année étaient passées et le soleil imprimant ses nuances sur l'écran de calcaire avait été le seul à offrir un divertissement.

De temps en temps un minuscule sursaut d'énergie la poussait à régenter l'aménagement d'une plate-bande ou la décoration d'un pan de mur.

Et puis tout retombait dans l'ordre , c'est -à-dire dans l'immobilité, et les aiguilles des ridicules petites pendules Directoire... étaient les seules à produire un effort pour traverser le temps.
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