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ISBN : 2266178741
Éditeur : Pocket (08/01/2009)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 97 notes)
Résumé :
" J'irai de l'Aral à la Caspienne. Je gagnerai l'Azerbaïdjan à bord d'un ferry. De Bakou, je cheminerai vers la Turquie par la Géorgie. A pied, à vélo, je ne sais pas encore, mais loyalement, sans propulsion motorisée. Au bout de ma route, j'aurai relié trois mers, abattant le même trajet que celui d'une larme d'or noir de la haute Asie convoyée à travers steppes et monts pour que le monde poursuive sa marche telle. Profitant de cette traversée de terres à haute val... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
Chouchane
  22 janvier 2017
1670 km c'est la distance de l'oléoduc qui relie Bakou - Tbilissi - Cehan et qui permet d'acheminer le pétrole de la mer Caspienne à la mer Méditerranée. Enterré ou aérien, ce long tube traverse l'Asie centrale pour déverser un million de barils de brut par jour ! Source d'énergie de nos voitures, chauffages, usines, ...
Mais de ce sang de la terre Sylvain Tesson ne boira pas une seule goutte car il va parcourir ce territoire sur sa vieille bicyclette. Fasciné, dit-il, par les tubes, il va consacrer son "temps d'avancer solitaire à réfléchir au mystère de l'énergie. Celle que nous extrayons des strates de la géologie mais aussi celle qui attend son heure au plus profond de nous".
Ce récit est extraordinaire car Tesson n'est pas du genre à raconter béatement un voyage. Tout est interrogé, la géologie et la chimie pour comprendre la transformation de la matière en pétrole et gaz, l'économie qui pousse l'homme à faire rendre gorge à la planète pour un profit à court terme, la physique pour définir ce qu'est l'énergie, la géopolitique, la sociologie et la philosophie à chaque coup de pédales.
Entre juin et septembre 2006 sous une chaleur accablante frisant les 50°, notre aventurier va pédaler, réfléchir, rencontrer. Il traverse des voies ferrés, des autoroutes, des forêts, des villes, des villages. Parfois mal accueilli, parfois chaleureusement reçu par des paysans, il regrette (et nous avec) les grandes absentes de ces rencontres : les femmes. "Au café, foule de moustachus. On me fête quand j'y fais halte. La plupart des hommes sirotent du thé. Pas une femme. Une absence douloureuse comme une amputation". Éternelles servantes elles ploient sous les tâches domestiques dans le seul domaine autorisé par les hommes : la maison.
Ce récit ponctué de rencontres éclairantes - comme par exemple le Président de la British Petroleum à Bakou, des crétins qui font des chasses à la saïga (une antilope emblématique et menacée de disparition) dans le désert de l'Oustiourt), des ouvriers de maintenance, Mimi Graceful cadre d'une compagnie logistique, Youri qui tient une quincaillerie et son frère Marzak, des paysans turcs, Lise et David... - offre d'autres points de vue que celui de notre aventurier. Tesson laisse s'exprimer la différence même si après coup il peut s'en désoler.
Ce livre se lit avec un oeil rivé sur une mappemonde : Mer d'Aral, plateau désertique de l'Oustiourt, steppes kazakhes, Aktau, Caspienne, Bakou, Azerbaïdjan, Caucase géorgien, Anatolie, Kurdistan. Les chapitres font rêver et incitent à aller faire quelques recherches internet.
Ce que nous offre Tesson avec cette énergie vagabonde c'est une observation du monde sans nostalgie mais avec parfois une touche de désespoir. Un examen de ce qui constitue l'humain et son "degré énergétique". Parfois il s'emballe, on dirait Achille préférant mourir jeune et laisser une trace plutôt que de disparaître dans l'oubli d'une longue vie tranquille "Trop parier sur sa survie, c'est rêver sa vie durant à un joli banc de bois, verni par le frottement des pantalons et sur lequel, comme les vieillards de Xanlar, on tuera le peu de temps en remâchant le souvenir du temps qu'on perdu à rêver à celui qui allait venir".
Même si on ne partage pas ses points de vue, Tesson nous impose une lecture "intelligente", il ne s'agit pas digérer des paysages, de se laisser bercer par le rythme de vélo... il nous questionne dans nos choix modernes, nos modes de vie avec "les villes clignotantes, rugissantes de circulation, vibrionnantes d'activité (qui) recrachent des enfants obèses, assommés de désirs, enfiévrés d'envies et dont le ressort énergétique sidéré de graisse s'éteint au fond d'eux comme la flamme d'une lampe tempête gorgée d'huile".
Une lecture énergisante et qui d'une certaine façon donne du courage pour affronter le monde car se prendre la vague de face plutôt que dans le dos est un gage de survie.
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Commenter  J’apprécie          92
mariech
  30 juillet 2015
Un livre de Sylvain Tesson que j'ai beaucoup aimé , comme quoi j'ai bien fait de ne pas rester sur une moins bonne impression avec une lecture précédente .
Un voyage assez surprenant , l'auteur va suivre le tracé des pipelines , le pipelestan ...
Voyage insolite , vers une destination qui n'est pas du tout habituelle , un voyage à pied , à vélo qui m'a fait rêver .
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Cathy74
  14 novembre 2018
J'aime beaucoup les livres de Sylvain Tesson. Je suis en phase avec sa façon de lire le monde, sa philosophie de vie, son humour décapant. J'oserai dire, son énergie, dans ce contexte de l'Éloge de l'énergie vagabonde.
Là, comment dire, j'ai eu un peu plus de mal. Dame, l'auteur met les mains dans le cambouis et invite son lecteur à en faire autant, ça craint. Est-ce bien le même écrivain-voyageur que celui des Chemins noirs, qui nous entraîne cette fois-ci le long du pipeline /gazoduc / oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan - BTC pour les intimes - depuis la Mer d'Aral desséchée jusqu'à la Méditerranée polluée, via les paysages industriels post-soviétiques : "là où passent les Rouges reste la rouille" ? Oui, c'est bien le même.
D'abord, il fait ses 1600 et quelques kilomètres sur un vieux vélo ou à pied, dans des conditions extrêmes, avec la même curiosité, le même esprit philosophe et - me semble-t-il - avec un peu plus d'ironie en ce récit. En effet, je peine à imaginer que l'on puisse réellement admirer l'apocalypse industrielle. Et Sylvain Tesson la décrit avec un tel lyrisme que dans ma tête, j'entends résonner l'injonction familiale destinée aux enfants : "quand on n'aime pas quelque chose, faut se forcer".
Ensuite, l'enthousiasme est contagieux et j'ai vaincu mes réticences pour me plonger dans la géopolitique antique et moderne – découvert le thermalisme à base de naphte – la théorie psychophysique de l'énergie selon Maxime Gorki : "toute la matière, engloutie par l'homme, sera transformée par le cerveau en une unique énergie psychique" (on y est presque) – l'univers des sphères de Peter Sloterdijk, philosophe qui professe que l'être humain s'est séparé des animaux en s'enfermant dans des bulles protectrices, mentales ou matérielles.
Enfin, l'auteur témoigne toujours de la même empathie pour le vivant, les arbres, les bêtes, sans oublier l'espèce féminine, dramatiquement invisible dans les pays traversés, femmes soumises à l'obédience patriarcale.
Plongez-vous dans le bain pétrolier selon Sylvain Tesson, vous verrez qu'il peut être soluble dans la bonté et l'amour de la vie, donner l'énergie de faire un pas de côté. Ça vaut mieux qu'enfouir sa tête dans le sable.
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BrunoA
  14 septembre 2017
A travers une traversée depuis la mer d'Aral, ou ce qu'il en reste, jusqu'à la Turquie, Sylvain Tesson nous emmène le long des routes de l'énergie.
Ce voyage accompagne celui des oléoducs et des gazoducs qui alimentent l'Occident insatiable.
A travers des réflexions sur l'énergie, sa gestion, sa consommation effrénée, son gaspillage qui sous-tendent notre système même, Tesson se livre à une réflexion plus globale sur l'humanité.
Cette humanité ne cesse de croître à mesure que baissent les réserves énergétiques mondiales, épuisées par une demande exponentielle.
Ces réflexions sur l'énergie fossile poussent le lecteur, guidé par l'auteur, à se questionner sur l'énergie qui le fait marcher, avancer, vivre.
On découvre ainsi qu'un gisement quasi illimité existe au tréfonds de chaque être, pourvu qu'il parvienne à le découvrir en son propre sein.
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sweetie
  31 octobre 2018
Nonobstant son côté extrême, je me sens beaucoup d'affinités avec Sylvain Tesson dans sa volonté de bouger mais aussi de se poser pour mieux réfléchir. Et encore une fois, il réussit son pari d'intéresser avec une démarche originale et un peu folle de longer à vélo et à pied l'oléoduc qui traverse l'Asie centrale, d'Ouzbékistan à la Turquie, en passant par l'Azerbaïdjan et la Géorgie. Une occasion de plus pour l'auteur de philosopher en compagnie du lecteur sur les moeurs des communautés rencontrées. Et toujours cette écriture inspirée pour évoquer la nature en même temps qu'un souci d'informer avec des faits concrets et des statistiques sur notre dépendance au pétrole et sur les enjeux planétaires reliés à l'environnement. Un très beau travail d'introspection et d'ouverture sur l'autre.
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Citations et extraits (58) Voir plus Ajouter une citation
remygrenierremygrenier   17 janvier 2019
*** I - Aral ***
Avant un long voyage, il faut se couper les cheveux. Les moines accomplissent ce rituel au moment d'entrer au couvent.
Partir dans la steppe, c'est choisir le cloître : on est seul.
On ne croise pas grand monde.
On scrute le ciel.

On rêve d'en finir et lorsque c'est fini, on voudrait recommencer.
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remygrenierremygrenier   17 janvier 2019
Dans les villages, pas rare de rencontrer un Turc de France. Celui-là est maçon à Flers, un autre est carreleur à Trappes.
Ils reviennent l'été prodiguer leurs économies.

En France, des "bougnoules", ici les Princes.
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rougepoissonrougepoisson   22 mars 2014
Souvent les voyageurs justifient leur départ par leur soif de rencontres. découvrir l'Autre, s'y frotter, le comprendre, l'écouter et l'aimer : motifs des voyages modernes. Serait-ce qu'à la maison, il n'y a personne digne de soi? Serait-ce que l'exotisme confère à l'étranger une valeur suprême? Y aurait-il un rapport entre la profondeur des gens et leur éloignement? Un voyage en des terres désolées, vides de tout être, n'aurait-il pas d'intérêt? [...] "Partir pour rencontrer" entend-on ici et là comme si rencontrer l'autre était équivalent à visiter les temples ou goûter à la cuisine locale. La rencontre est un bonheur fugace, rare, avare de lui-même. Elle survient sur la route. Surtout ne pas aller vers elle! Si elle se décide à venir, alors elle illuminera notre ciel intérieur sans qu'il n'y ait rien à faire.
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rougepoissonrougepoisson   22 mars 2014
La certitude instinctive qu'on n'est pas voué à une longue vie fouette la volonté de vivre. Ceux qui préfèrent tracer dans le ciel un sillage de comète plutôt que dans le sol un labour de charrue vivent à un haut degré énergétique.Ils jettent le charbon de l'action jusque ras la gueule de leurs fourneaux internes. On appelle cette fièvre la fureur de vivre. [...] Passé un certain cap, on sait qu'on a raté sa mort. Il importe alors de conserver la vie, et de l'entretenir au lieu de la brûler. Les administrations publiques des pays développés brandissent les chiffres des fortes espérances de vie comme des preuves de progrès et de prospérité. Un jeune Sarmate des temps indo-aryens, lui, grandissait dans l'idée qu'il ne passerait pas trente ans. Dans l'intervalle il lui fallait connaître la guerre, l'amour, la razzia, la paternité et la gloire de la mort dans un galop furieux.
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EFournEFourn   21 juin 2014
Je ne peux m'empêcher de penser à ce brouet d'êtres vivants qui se sont aimés et reproduits (bivalves et annélides, oiseaux colorés, chevaux, ours et cerfs, insectes et animalcules, herbes folles et arbres puissants) avant d'être précipités dans le chaudron magmatique, passés au hachoir bactérien, cuits à plein feu pendant des millions d'années et finalement transformés en pétrole. Le pétrole est un précipité de temps (au sens chimique du terme) qui nous permet, une fois raffiné, de nous affranchir de l'espace! Mais cette pâte de vivant mise au service du vivant nous apporte la mort. Le brut pollue la terre, les hommes se tuent pour lui et les cormorans meurent sur les grèves engluées.L'humanité se chauffe, s'éclaire et se déplace grâce aux ancêtres immensément lointains du lézard de ce matin. Ni lui ni moi, hélas, ne finirons distillés en essence. Car même à supposer que mon corps se dissolve dans la soupe des temps géologique, la civilisation humaine n'existera plus ou bien aura trouvé une source d'énergie plus sophistiquée que le recyclage des cadavres.
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Interview (1) de Sylvain Tesson - Livres en Tête 2016
>Géographie générale>Géographie de l' Asie>Turkménistan = Turkménie (Géographie) (18)
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