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ISBN : 2266178741
Éditeur : Pocket (08/01/2009)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 95 notes)
Résumé :
" J'irai de l'Aral à la Caspienne. Je gagnerai l'Azerbaïdjan à bord d'un ferry. De Bakou, je cheminerai vers la Turquie par la Géorgie. A pied, à vélo, je ne sais pas encore, mais loyalement, sans propulsion motorisée. Au bout de ma route, j'aurai relié trois mers, abattant le même trajet que celui d'une larme d'or noir de la haute Asie convoyée à travers steppes et monts pour que le monde poursuive sa marche telle. Profitant de cette traversée de terres à haute val... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
Cathy74
  14 novembre 2018
J'aime beaucoup les livres de Sylvain Tesson. Je suis en phase avec sa façon de lire le monde, sa philosophie de vie, son humour décapant. J'oserai dire, son énergie, dans ce contexte de l'Éloge de l'énergie vagabonde.
Là, comment dire, j'ai eu un peu plus de mal. Dame, l'auteur met les mains dans le cambouis et invite son lecteur à en faire autant, ça craint. Est-ce bien le même écrivain-voyageur que celui des Chemins noirs, qui nous entraîne cette fois-ci le long du pipeline /gazoduc / oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan - BTC pour les intimes - depuis la Mer d'Aral desséchée jusqu'à la Méditerranée polluée, via les paysages industriels post-soviétiques : "là où passent les Rouges reste la rouille" ? Oui, c'est bien le même.
D'abord, il fait ses 1600 et quelques kilomètres sur un vieux vélo ou à pied, dans des conditions extrêmes, avec la même curiosité, le même esprit philosophe et - me semble-t-il - avec un peu plus d'ironie en ce récit. En effet, je peine à imaginer que l'on puisse réellement admirer l'apocalypse industrielle. Et Sylvain Tesson la décrit avec un tel lyrisme que dans ma tête, j'entends résonner l'injonction familiale destinée aux enfants : "quand on n'aime pas quelque chose, faut se forcer".
Ensuite, l'enthousiasme est contagieux et j'ai vaincu mes réticences pour me plonger dans la géopolitique antique et moderne – découvert le thermalisme à base de naphte – la théorie psychophysique de l'énergie selon Maxime Gorki : "toute la matière, engloutie par l'homme, sera transformée par le cerveau en une unique énergie psychique" (on y est presque) – l'univers des sphères de Peter Sloterdijk, philosophe qui professe que l'être humain s'est séparé des animaux en s'enfermant dans des bulles protectrices, mentales ou matérielles.
Enfin, l'auteur témoigne toujours de la même empathie pour le vivant, les arbres, les bêtes, sans oublier l'espèce féminine, dramatiquement invisible dans les pays traversés, femmes soumises à l'obédience patriarcale.
Plongez-vous dans le bain pétrolier selon Sylvain Tesson, vous verrez qu'il peut être soluble dans la bonté et l'amour de la vie, donner l'énergie de faire un pas de côté. Ça vaut mieux qu'enfouir sa tête dans le sable.
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Commenter  J’apprécie          70
Chouchane
  22 janvier 2017
1670 km c'est la distance de l'oléoduc qui relie Bakou - Tbilissi - Cehan et qui permet d'acheminer le pétrole de la mer Caspienne à la mer Méditerranée. Enterré ou aérien, ce long tube traverse l'Asie centrale pour déverser un million de barils de brut par jour ! Source d'énergie de nos voitures, chauffages, usines, ...
Mais de ce sang de la terre Sylvain Tesson ne boira pas une seule goutte car il va parcourir ce territoire sur sa vieille bicyclette. Fasciné, dit-il, par les tubes, il va consacrer son "temps d'avancer solitaire à réfléchir au mystère de l'énergie. Celle que nous extrayons des strates de la géologie mais aussi celle qui attend son heure au plus profond de nous".
Ce récit est extraordinaire car Tesson n'est pas du genre à raconter béatement un voyage. Tout est interrogé, la géologie et la chimie pour comprendre la transformation de la matière en pétrole et gaz, l'économie qui pousse l'homme à faire rendre gorge à la planète pour un profit à court terme, la physique pour définir ce qu'est l'énergie, la géopolitique, la sociologie et la philosophie à chaque coup de pédales.
Entre juin et septembre 2006 sous une chaleur accablante frisant les 50°, notre aventurier va pédaler, réfléchir, rencontrer. Il traverse des voies ferrés, des autoroutes, des forêts, des villes, des villages. Parfois mal accueilli, parfois chaleureusement reçu par des paysans, il regrette (et nous avec) les grandes absentes de ces rencontres : les femmes. "Au café, foule de moustachus. On me fête quand j'y fais halte. La plupart des hommes sirotent du thé. Pas une femme. Une absence douloureuse comme une amputation". Éternelles servantes elles ploient sous les tâches domestiques dans le seul domaine autorisé par les hommes : la maison.
Ce récit ponctué de rencontres éclairantes - comme par exemple le Président de la British Petroleum à Bakou, des crétins qui font des chasses à la saïga (une antilope emblématique et menacée de disparition) dans le désert de l'Oustiourt), des ouvriers de maintenance, Mimi Graceful cadre d'une compagnie logistique, Youri qui tient une quincaillerie et son frère Marzak, des paysans turcs, Lise et David... - offre d'autres points de vue que celui de notre aventurier. Tesson laisse s'exprimer la différence même si après coup il peut s'en désoler.
Ce livre se lit avec un oeil rivé sur une mappemonde : Mer d'Aral, plateau désertique de l'Oustiourt, steppes kazakhes, Aktau, Caspienne, Bakou, Azerbaïdjan, Caucase géorgien, Anatolie, Kurdistan. Les chapitres font rêver et incitent à aller faire quelques recherches internet.
Ce que nous offre Tesson avec cette énergie vagabonde c'est une observation du monde sans nostalgie mais avec parfois une touche de désespoir. Un examen de ce qui constitue l'humain et son "degré énergétique". Parfois il s'emballe, on dirait Achille préférant mourir jeune et laisser une trace plutôt que de disparaître dans l'oubli d'une longue vie tranquille "Trop parier sur sa survie, c'est rêver sa vie durant à un joli banc de bois, verni par le frottement des pantalons et sur lequel, comme les vieillards de Xanlar, on tuera le peu de temps en remâchant le souvenir du temps qu'on perdu à rêver à celui qui allait venir".
Même si on ne partage pas ses points de vue, Tesson nous impose une lecture "intelligente", il ne s'agit pas digérer des paysages, de se laisser bercer par le rythme de vélo... il nous questionne dans nos choix modernes, nos modes de vie avec "les villes clignotantes, rugissantes de circulation, vibrionnantes d'activité (qui) recrachent des enfants obèses, assommés de désirs, enfiévrés d'envies et dont le ressort énergétique sidéré de graisse s'éteint au fond d'eux comme la flamme d'une lampe tempête gorgée d'huile".
Une lecture énergisante et qui d'une certaine façon donne du courage pour affronter le monde car se prendre la vague de face plutôt que dans le dos est un gage de survie.
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mariech
  30 juillet 2015
Un livre de Sylvain Tesson que j'ai beaucoup aimé , comme quoi j'ai bien fait de ne pas rester sur une moins bonne impression avec une lecture précédente .
Un voyage assez surprenant , l'auteur va suivre le tracé des pipelines , le pipelestan ...
Voyage insolite , vers une destination qui n'est pas du tout habituelle , un voyage à pied , à vélo qui m'a fait rêver .
Commenter  J’apprécie          210
sweetie
  31 octobre 2018
Nonobstant son côté extrême, je me sens beaucoup d'affinités avec Sylvain Tesson dans sa volonté de bouger mais aussi de se poser pour mieux réfléchir. Et encore une fois, il réussit son pari d'intéresser avec une démarche originale et un peu folle de longer à vélo et à pied l'oléoduc qui traverse l'Asie centrale, d'Ouzbékistan à la Turquie, en passant par l'Azerbaïdjan et la Géorgie. Une occasion de plus pour l'auteur de philosopher en compagnie du lecteur sur les moeurs des communautés rencontrées. Et toujours cette écriture inspirée pour évoquer la nature en même temps qu'un souci d'informer avec des faits concrets et des statistiques sur notre dépendance au pétrole et sur les enjeux planétaires reliés à l'environnement. Un très beau travail d'introspection et d'ouverture sur l'autre.
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BrunoA
  14 septembre 2017
A travers une traversée depuis la mer d'Aral, ou ce qu'il en reste, jusqu'à la Turquie, Sylvain Tesson nous emmène le long des routes de l'énergie.
Ce voyage accompagne celui des oléoducs et des gazoducs qui alimentent l'Occident insatiable.
A travers des réflexions sur l'énergie, sa gestion, sa consommation effrénée, son gaspillage qui sous-tendent notre système même, Tesson se livre à une réflexion plus globale sur l'humanité.
Cette humanité ne cesse de croître à mesure que baissent les réserves énergétiques mondiales, épuisées par une demande exponentielle.
Ces réflexions sur l'énergie fossile poussent le lecteur, guidé par l'auteur, à se questionner sur l'énergie qui le fait marcher, avancer, vivre.
On découvre ainsi qu'un gisement quasi illimité existe au tréfonds de chaque être, pourvu qu'il parvienne à le découvrir en son propre sein.
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Citations et extraits (56) Voir plus Ajouter une citation
Cathy74Cathy74   14 novembre 2018
"La terre n'est à personne, le fruit est à tout le monde", disait Gracchus Babeuf ! Proclamons que la terre n'est à personne et que ses fruits lui appartiennent. Et à la manière des coureurs sibériens, remercions-les en pensée, à chaque fois que nous les cueillons.
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Cathy74Cathy74   14 novembre 2018
Dans la pièce commune, nous sommes une douzaine d'hommes. Mon hôte donne des ordres à la cuisine : un dîner de mouton est servi. Les femmes, les mères, les sœurs - le peuple des servantes - veillent à ce que rien ne manque. Elles passent les plats par la porte. L'Islam a institué un formidable système de prestation, mieux rôdé que n'importe quelle entreprise d'exploitation capitaliste. Une moitié du genre humain a mis l'autre à son service.
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Cathy74Cathy74   14 novembre 2018
Le souhait d'accéder aux niveaux de vie occidentaux génère dans le cœur des hommes, de Bamako à Bogotá, l'énergie la plus puissante qui soit, celle qui mène le monde selon René Girard : l'énergie du désir mimétique. Elle amène l'homme à lutter non pas tant que pour l'objet que pour sentir la satisfaction de posséder autant que celui qui possédait autrefois plus que lui.
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sweetiesweetie   31 octobre 2018
Une multitude de peuples coexistaient en paix sous la rouge bannière de l'Union. L'édification du socialisme leur servait de ciment commun. La peur et l'inertie bouchaient les trous.
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sweetiesweetie   31 octobre 2018
Vagabonder c'est se laisser nourrir par le lait des choses simples.
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Interview (1) de Sylvain Tesson - Livres en Tête 2016
>Géographie générale>Géographie de l' Asie>Turkménistan = Turkménie (Géographie) (18)
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