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Critique de Pecosa


Pecosa
05 juin 2013
Western crépusculaire dans le Nordeste brésilien.
Parce qu'il est au mauvais endroit au mauvais moment, l'agent immobilier Alberico Cruz se retrouve accusé du meurtre de Policarpo, président du syndicat des travailleurs ruraux de Quipapá. Son salut dépend du journaliste Osvaldo Lamenza, qui couvre l'affaire pour le journal Folha do Recife, et qui soupçonne Kelbian Carvalho, fils d'un puissant propriétaire terrien du Nordeste.
Suite à cet assassinat commis dans un meublé sordide, le lecteur se trouve soudain plongé dans l'univers des seigneurs de la canne à sucre qui règnent sans partage sur le Nordeste (magistralement décrit par Vargas Llosa dans La guerre de la fin du monde). La région qui a connu son heure de gloire avec la culture de la canne veut désormais miser tous ses efforts sur la production de bioéthanol, plébiscité par la dictature militaire après le choc pétrolier. Cet or vert fait saliver les grands propriétaires, décidés à devenir les Saoudiens du XXIème siècle. Et tout le monde veut sa part du gâteau, les producteurs, les hommes politiques et les militaires. Mais en cette année 1987 le pays connaît une inflation ainsi qu'une augmentation du poids de la dette et l'état négocie avec les créanciers pour en échelonner le paiement. La population rurale qui vit déjà dans un état d'extrême pauvreté se trouve plus démunie encore et la tension couve sur les exploitations. La mort de Policarpo et l'arrestation injustifiée de Cruz vont être les deux grains de sable dans les rouages d'une machine parfaitement huilée depuis la colonisation. le Quipapá dépeint par Tézenas montre que rien n'a vraiment changé depuis Maîtres et esclaves de Gilberto Freyre. le citadin Alberico Cruz s'imagine l'intérieur du Pernambouc comme une jungle sanguinaire où les malheureux sont écrasés par des potentats médiévaux. C'est une vision à peine caricaturale car la ville est toujours régie par un système quasi féodal, où règnent sans partage des dynasties de planteurs blancs depuis leur fazenda, comme au temps de l'esclavage. S'appuyant sur un système pyramidal fait pour retirer un maximum de profits avec un maximum d'efficacité, ils n'ont qu'à piocher dans un vaste réservoir de main d'oeuvre taillable et corvéable à merci domptée par des hommes de main avec la complicité des forces de l'ordre. A Quipapá ce sont les Carvalho qui règnent depuis neuf générations sur toute la ville: le patriarche Seu Moacir, vieux cacique décati et manipulateur, ses deux fils, Orlando, une version policée et instruite de son père et le sanguin Kelbian, sans oublier le rejeton bâtard Tiago, tueur à gages à ses heures perdues.
Plus qu'un conte noir, L'or de Quipapá est un beau western planté au milieu de vastes étendues qui connaissent des sécheresses cycliques. La terre, épuisée par la canne ne nourrit pas les siens, et l'odeur pestilentielle de la bagasse s'infiltre partout. Les riches fazendas remplacent les ranchs, et la loi du plus fort est toujours la meilleure. A Quipapá comme dans les villages alentour les valeurs morales sont perpétuellement bafouées, les personnages franchissant aisément la frontière ténue entre le bien et le mal au gré des événements et des retournements politiques. La violence et la force commandent aux hommes et laissent peu d'espoir aux journaliers et à tous ceux qui souhaitent rompre le cycle sans fin de la corruption. Avec ce voyage dans le temps à la frontière du Sertão, l'auteur nous ouvre les yeux sur les enjeux politiques et économiques des biocarburants et nous fait très vite oublier le Brésil des cartes postales. L'or de Quipapá est le premier roman du traducteur Hubert Tézenas qui écrit mieux que les auteurs qu'il traduit (Hayder et Crais, navrée pour les fans). Un auteur à suivre assurément.
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