AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782021415124
368 pages
Éditeur : Seuil (02/04/2020)
4.08/5   12 notes
Résumé :
IAristote aimait-il mieux disséquer des poulpes qu' observer les cieux ? Peut-on comme Sénèque être à la fois milliardaire et stoïcien ? Qu'avait donc Kant contre la masturbation ? Vous trouverez la réponse à bien des questions que vous ne vous êtes jamais posées au détour de ces Curiosités philosophiques qui nous invitent à entrer dans le monde de personnages singuliers que l'on a coutume d'appeler philosophes.

De Platon à Russell, Thibaut Giraud nou... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
yeKcim
  06 décembre 2020
Dans Link's awakening¹, une fois trouvée la carte du donjon exploré, tout semble enfin clair. J'ai eu la même sensation avec « Curiosités philosophiques » : j'ai trouvé une carte du donjon Philosophie ! Chaque chapitre se termine par une liste d'ouvrages, incitation ou plutôt invitation à la lecture, fil d'Ariane du labyrinthe que peut parfois sembler être la philosophie pour le néophyte (que je suis).
J'ai eu la chance d'avoir un professeur de philosophie² qui insistait fortement sur les fondements scientifiques de la discipline, ses cours m'avaient vraiment intéressé. Ici, ce point m'a semblé plus limpide encore (surtout avec les explications sur la distinction entre philosophie continentale et philosophie analytique). Si seulement j'avais eu « Curiosités philosophiques » en guise d'introduction au cours de terminale, j'aurais probablement plus apprécié mes cours encore, j'aurai peut-être même compris l'intérêt de la lecture d'auteurs comme Bertrand Russell³ ou Peter Singer⁴ avant mes 25-30 ans, ce qui m'aurait fait gagner un temps fou.
Les philosophes s'appuient sur les idées de leurs prédécesseurs, de la même façon, la narration allant de Platon à Russell de façon chronologie, les chapitres s'appuient sur les concepts abordés dans les chapitres précédents. Ici les thèmes ne sont pas seulement évoqués superficiellement (comme je l'avais regretté par exemple dans « Des philosophes et des héros »⁵ ), on plonge vraiment dans les extraits de textes, les explications y sont bien développées mais restent abordables, l'équilibre me semble parfaitement adéquat. La lecture est tout de même un peu exigeante si les digressions vous empêchent de suivre un propos, les notes de bas de pages étant tellement nombreuses et follement étoffées qu'on peut parfois se demander si l'auteur ne s'est pas laissé emporté par une déraisonnable lubie ou un étrange « cap pas cap ».
Le chapitre consacré à John Stuart Mill m'a particulièrement impacté. J'ai eu il y a quelques temps, des discussions à propos du bonheur avec des collègues. Ils soutenaient qu'un imbécile est plus heureux qu'un érudit car il s'encombre moins de questions anxiogènes⁶. J'estimais la question plus complexe et indiquais mon désaccord, mes arguments étaient exactement ceux exposés dans le chapitre, ma capacité à les expliciter de façon intelligible l'était beaucoup moins. Après réflexion, je suis content de cette chronologie car cela m'a permis de réfléchir à la question avec mes propres connaissances, tenté de les formuler et me rendre compte de mes lacunes, cela a certainement rendu la lecture plus percutante. Dans une chronologie inverse, la lecture m'aurait semblé d'une évidente banalité et lors de ma discussion, aurais-je argumenté avec mes propres pensées où aurais-je simplement recraché celles de Mill ?
Ce livre est à la philosophie ce que le guide du castor junior est pour les neveux de Donald, une fois lu, on a envie de replonger encore et encore, au hasard des chapitres, tant il semble apporter une vulgarisation intéressante à propos de tout (pour le « guide »), la philosophie (pour « curiosités »).
¹ jeu Gameboy que j'ai aimé faire et refaire, adolescent
² au lycée
³ philosophe que j'adore lire, que j'ai découvert grâce à une interview sous-titrée et partagée par Christophe Michel sur sa chaîne Hygiène mentale simultanément au conseil de lecture d'un collègue⁷
⁴ philosophe dont je n'ai rien lu pour l'instant mais dont plusieurs ouvrages sont dans ma liste de livres à lire depuis quelques temps déjà
⁵ de Thibaut de Saint Maurice
⁶ d'ailleurs ne dit-on pas « un imbécile heureux »
⁷ Logicomix, que je vous conseille à mon tour
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
PitouR
  10 décembre 2020
La critique de yeKcim, étant très complète, je vois peu de choses à y ajouter.
A préciser : l'auteur n'en est pas à son coup d'essais dans la vulgarisation de la philosophie, puisqu'il tient une chaine youtube dédiée à ce sujet, sous le nom de Monsieur Phi.
L'amour deThibaut Giraud pour la philosophie émane de chaque page du livre et donne envie d'aller avec lui passer du temps auprès de ces hommes qui se sont tous efforcé de comprendre le monde et le faire comprendre aux autres (quitte, tel Wittgenstein, à asséner leur point de vue à coup de tisonnier à leurs malheureux interlocuteurs incompréhensifs).
La présentation chronologique permet à l'auteur de faire dialoguer entre eux les philosophes. Les anecdotes historiques ou légendaires utilisées pour introduire chaque penseur sont de véritables pépites, qui permettent de les voir sous un jour nouveau. le ton est souvent humoristique, parfois plus personnel, toujours rigoureux et humble dans l'analyse des textes proposés. L'auteur annonce clairement qu'il a du faire des choix, orientés par ses gouts personnels et un certain attachement professoral aux figures incontournables de la philosophie pour lycéens. Il élude ainsi une bonne partie de la philosophie médiévale, mais propose cependant des lectures qui initient à la richesse des pensées de cette époque. Les deux seuls textes de cette période qu'il présente suffisent à éveiller un intérêt positif pour leurs auteurs, et donner à réfléchir quand à la paternité d'un certain "cogito", ou du moins questionner la nouveauté de la conclusion à laquelle abouti Descartes dans ses Méthodes.
Une pépite pour tous les curieux qui ont peur des gros livres et apprécieront ce guide bienveillant dans l'univers de la philosophie.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20

Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
rkhettaouirkhettaoui   06 novembre 2020
Vivre sans souffrir, voilà tout ce qui importe.Cette vie de plaisir minimal serait la vie digne d’être vécue, la vie bonne, et c’est en cela surtout que la position d’Épicure a pu sembler choquante : les philosophies de l’Antiquité (à l’exception du scepticisme, peut-être) considéraient la vertu morale comme une part essentielle de cette vie digne d’être vécue. Or, Épicure ne donne pas tant d’importance à la vertu. Certes, la vie épicurienne semble devoir coïncider globalement avec l’idée que les Grecs se faisaient de la vie vertueuse, au sens où elle n’invite pas au crime ni aux excès, mais c’est plutôt par accident, ou par convenance : les lois ne sont en soi ni justes ni injustes, mais les enfreindre constitue une source de tracas, de troubles qu’il est préférable d’éviter.C’est sans surprise qu’Épicure et les épicuriens se sont attiré les foudres de toutes les traditions, notamment religieuses, farouchement opposées aussi bien à leur matérialisme qu’à leur façon de considérer que la vie bonne est affaire de plaisir avant tout, et non de vertu. Autant les traiter de « pourceaux d’Épicure » se vautrant dans les plaisirs les plus vils : les cochons, assurément, ont bien l’air aussi hédonistes qu’eux. Et cela dispense d’avoir à leur répondre trop précisément.Revenons à Épicure. Suffit-il de répondre au cri de la chair pour atteindre l’ataraxie ? Nous pouvons être agités d’une autre forme de trouble que la douleur physique. Ainsi, ayant terminé notre repas au Jardin d’Épicure, alors qu’un certain engourdissement, comme un semblant de paix intérieure, tombait doucement sur la tablée, j’ai rappelé à mes convives que nous finirions tous par mourir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaouirkhettaoui   06 novembre 2020
Critiquer les innovations techniques qui nous éloignent de l’authenticité et de la simplicité du bon vieux temps, c’est un réflexe aussi vieux que l’écriture. Toutefois, de toutes les techniques, l’écriture est peut-être aussi celle qui s’est attiré le moins de critiques : en effet, il semble difficile de contester les bénéfices de cet art qui nous a transmis, entre autres merveilles, les dialogues de Platon. Hormis Platon, je ne connais aucun écrivain qui s’y soit sérieusement risqué. Car il faut convenir qu’il est bien paradoxal d’écrire contre l’écriture. Mais quitte à le faire, Platon ne pouvait certes pas emprunter de meilleure bouche que celle de Socrate, cette figure tutélaire de la philosophie occidentale qui n’a justement laissé aucun écrit et à qui les écrits de tant d’autres dans les siècles suivants ont fait dire tout et son contraire.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaouirkhettaoui   06 novembre 2020
Le bonheur que l’épicurisme propose d’atteindre réside dans une tranquillité de l’âme, un repos intérieur, une absence de trouble, que les Grecs appelaient ataraxie. Ces troubles qui empêchent d’y accéder nous viennent de désirs de diverses sortes, qu’il convient donc de maîtriser pour tâcher de vivre heureux. En tout cela, les épicuriens n’expriment rien de bien original : d’autres grandes écoles de l’Antiquité, le stoïcisme et le scepticisme en particulier, établiront un lien entre bonheur et ataraxie, et presque toutes les sagesses grecques s’accordent sur ceci que la maîtrise et la tempérance vis-à-vis de nos désirs sont indispensables pour mener une vie bonne. En quoi l’épicurisme paraissait-il donc si scandaleux qu’il en vint à être si souvent calomnié, et ses adeptes considérés comme des ivrognes et des débauchés ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaouirkhettaoui   06 novembre 2020
De fait, ce genre d’aveu : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais », me semble plutôt rare en philosophie, et c’est ce qui donne à ce passage de Sénèque son caractère singulier.)Un cynique se gausserait certainement de ce stoïcisme de papier. C’est en effet un point crucial du cynisme que cette philosophie se réalise essentiellement par une façon de vivre, à l’image de Socrate lui-même dans l’héritage duquel ils s’inscrivent : il n’y a aucun texte théorique exposant le cynisme (les cyniques pouvaient probablement critiquer l’écriture aussi bien que Platon mais, plus cohérents que lui, ils ne l’écrivaient pas), et il n’y avait pas plus d’enseignement oral. S’il y a lieu de parler d’un enseignement cynique, il résidait tout entier dans l’exemple donné par les cyniques eux-mêmes à travers leurs actions et leurs vies.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaouirkhettaoui   06 novembre 2020
Les œuvres écrites de Platon n’en sont pas moins d’une incroyable richesse. Ce ne sont pas des traités arides mais des dialogues souvent drôles et parsemés de jeux intellectuels, qui mettent en scène pour la plupart le personnage de Socrate, emberlificotant ses interlocuteurs dans un épuisant va-et-vient de questions et réponses. Le statut de ces textes est encore aujourd’hui sujet à discussion. Il s’agit de textes littéraires qui présentent une dramaturgie élaborée et qui étaient destinés à une diffusion publique. Peut-être avaient-ils pour principale fonction d’inviter à la pratique de la philosophie, sans nécessairement refléter les véritables enseignements de l’Académie.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00

autres livres classés : philosophieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox




Quiz Voir plus

Philo pour tous

Jostein Gaarder fut au hit-parade des écrits philosophiques rendus accessibles au plus grand nombre avec un livre paru en 1995. Lequel?

Les Mystères de la patience
Le Monde de Sophie
Maya
Vita brevis

10 questions
369 lecteurs ont répondu
Thèmes : spiritualité , philosophieCréer un quiz sur ce livre