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1024 pages
Monsieur Toussaint Louverture (24/10/2019)
4.55/5   65 notes
Résumé :
Kansas, 1945, la paix n'arrange pas tout le monde. Jack a quinze ans, une mère qui tapine, un beau-père en taule, un passé inimaginable — entre violences et vices — et surtout un rêve : échapper à la misère en s'engageant dans l'Armée. Lui aussi veut dézinguer du Jap, connaître la gloire et s'envoyer en l'air. De Wichita à Shanghai, de l'Allemagne à la Corée, Jack trimballe un désir infini au cours d'une odyssée existentielle où, gifle comme caresse, tout est bon à ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Quand tu as été, comme je le fus, profondément marqué par la lecture d'Un jardin de sable de Earl Thompson, autant te dire que la sortie de sa suite, Tatoo -traduit par Jean-Charles Khalifa-, est un Noël avant l'heure ! Il a donc rapidement grillé la politesse aux autres prétendants de ma PAL et ce ne sont pas ses 1011 pages qui m'ont arrêté.

Comment ne pas dire tout d'abord le plaisir de lire un livre aussi bien édité : typo, papier délicat, couverture gaufrée à tomber… N'en déplaise aux puristes qui ne jurent que par le fond, la qualité du travail de forme de Monsieur Toussaint Louverture m'a ravi avant même l'entame du pavé. Et après l'entame, le plaisir de retrouver Jack était là, intact, dès les premières pages.

L'adolescence déjà bien entamée, Jack vit toujours à Wichita avec ses grands-parents dans l'insupportable promiscuité de leur caravane crade, loin de sa mère retournée en prison et sous l'influence de ses potes dont l'occupation première est d'alterner bagarres, saouleries et culbute de filles à l'arrière des bagnoles. Pour notre p'tit gars du Kansas, se sortir de sa condition et de la misère qui le poursuit depuis sa naissance va devenir une obsession.

Tour à tour, la guerre et l'armée -en Chine, en Allemagne puis en Corée-, les études, les premiers boulots et même -et surtout- les femmes vont lui fournir les occasions d'échapper à sa destinée solitaire et misérable d'Américain de dernière zone. Pour autant d'échecs…

« Vous valez rien, et vous vaudrez jamais rien, répétait le choeur antique de ses proches ». Tatoo, c'est l'anti-rêve américain, c'est la désespérance faite littérature, c'est le réalisme choc du never happy ending. L'écriture d'Earl Thompson cogne et touche souvent, en écoeurera beaucoup dans ses scènes de violence ou de sexe, omniprésentes et indissociables de la quête de Jack. C'est hard, c'est cru, c'est triste, c'est désespérant… C'est juste magnifique !
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1945. Jack vit désormais chez ses grands-parents, dans leur mobile-home misérable, désoeuvré, vivant tant bien que mal de petits boulots ou de petites combines, selon lui loin d'être à la hauteur de ses ambitions. C'est pourquoi il trafique ses papiers d'identité et se fait engager dans la marine, alors qu'il a quatorze ans, pour aller en découdre avec des soldats japonais. Mais c'est sans compter sur la fin de la guerre : que faire désormais, lorsque l'on s'est engagé pour un conflit qui n'existe plus ?

Après avoir quitté Jack dans les marasmes d'une errance plus que glauque avec sa mère et son beau-père, l'on retrouve celui-ci certes dans une forme de stabilité géographique, mais toujours englué dans les bas-fonds de Wichita, jusqu'à ce qu'il croit être une sortie de la déchéance sociale par l'intermédiaire d'un corps prestigieux au moment où il s'y engage, celui des marins. Il déchantera vite, et nous avec lui, tant ce qu'il découvre de ce monde n'est pas finalement mieux que ce qu'il a quitté, bien au contraire.

Tout comme dans Un jardin de sable, les lois morales sont ainsi bafouées, la crudité des scènes, du langage, des descriptions des personnages, sont légion, et nous sommes encore une fois face au portrait magistral des laissés-pour compte, non seulement des États-Unis, mais aussi des pays asiatiques dans lesquels Jack se rendra avec la marine. Tout comme pour Un jardin de sable, j'ai été transportée par le roman d'Earl Thompson, malgré l'immoralité, malgré la noirceur, malgré la poisse qui suinte de quasi chaque ligne de l'histoire de Jack, cet anti-héros qui devient enfin adulte, et peut-être, enfin un peu plus humain. Verdict dans le troisième tome qui devrait, si j'ai bien compris, être publié l'année prochaine. Et je l'attends avec impatience !
Lien : https://www.aubonheurdesmots..
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« J'suis pas né d'hier mais trop jeune pour m'en faire. »
Dans le premier tome Un jardin de sable, Jack Andersen retournait vivre avec pépé et mémé à Wichita, Kansas, laissant derrière lui sa mère et ses problèmes.
Dans Tattoo, Jack, bientôt quinze ans, rêve de rejoindre les rangs de l'armée américaine afin de quitter au plus vite le mobil-home crasseux de ses grands-parents. Mais la guerre est finie; refusé par les Marines, par dépit, il entre dans la Navy, direction l'île d'Okinawa, Japon et les côtes chinoises.
Les efforts fournis par cet adolescent, perturbé mais résilient, pour se hisser à un niveau acceptable dans la société d'alors ne seront pas toujours récompensés en retour.
Le langage est cru, les scènes sexuelles explicites et certains gestes révoltants dans ce roman d'apprentissage percutant. Earl Thompson porte un coup fatal au grand rêve américain.
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Après Un jardin de sable, une suite s'imposait. La peinture des moeurs de la société américaine de l'avant-guerre, l'entrée en guerre elle-même et celle de Jack, ratée, nous y sommes. L'homme, l'adolescent, on ne sait tant que ce garçon brûle les étapes dans sa soif de vivre et d'apprendre, dans son désir instinctif de sortir de sa condition. Il met toute l'énergie de son jeune âge, apprend vite, désapprend tout aussi vite, remet le couvert, prend des coups et sa conscience se forge à l'épreuve d'une condition sociale éprouvante, que l'injustice est partout et qu'il est né du mauvais côté du manche. Il a mieux que l'instinct de survie, propre à l'enfant des rues, une certaine idée de lui-même, qu'il peut dépasser sa condition, transgresser le fatalisme propre à ses frères d'armes. le personnage est attachant, insupportable dans son obsession des femmes, moments crus, débridés, femmes qui le sauvent et le perdent dans la foulée, succession de Grands amours, à la vie, à la mort, coeur d'artichaut dirions-nous, excessif, ce qui plaît à ces dames et jeune, si jeune, fougueux, si fougueux, ce qui satisfait le beau sexe. La qualité d'un roman de ce type tient à l'authenticité des personnages, la parfaite intégration de ceux-ci dans les situations les plus improbables, cocasses ou tragiques. Retrouver Jack, notre héros, à Shanghaï, à l'âge de quinze ans, paraîtrait inconcevable mais la préparation de cet engagement dans la Navy, sa conviction profonde emportent l'adhésion, des recruteurs et des lecteurs que nous sommes. La description du Shanghaï de 1945/46 est une leçon d'histoire, l'indescriptible chaos qui y règne, l'armée de va-nu-pieds de Tchang-Kaï-Tchek allant droit au désastre nous annonce l'inéluctable marche en avant de ce qui va suivre, l'incursion à Tsing-Tao est un condensé de la Chine d'alors, le tout sous les yeux d'un pauvre hère originaire du Kansas. L'extraordinaire précocité du gamin, sa maturité d'adolescent sans enfance suscite la sympathie, nous avons envie de l'aider dans sa quête de respectabilité.
Le poids d'origines et d'habitudes socialement connotées le plombe dans cette recherche éperdue, jusqu'au bout, vouée à l'échec. L'humanité qui se dégage de cet ouvrage prend aux tripes, sans coup férir, avec ses excès de langage, ses moments d'égarement, si invraisemblables soient-ils.
La mère, les grands-parents sont autant d'êtres cabossés, trimballés dans un monde sans pitié, ayant protégé Jack à leur manière.
Il est le fruit de cet amour.
Formidable livre, lisez les deux.
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C'est cru mais pas que. C'est violent mais pas que. C'est choquant mais pas que. Ça transpire le sexe mais pas que. C'est à la fois un incroyable roman d'initiation et une formidable chronique sociale sur l'Amérique pauvre de l'après-guerre. le Jack, on a envie de le baffer, de le prendre dans ses bras, de lui hurler dessus, de le prévenir de la merde dans laquelle il va inévitablement se fourrer, de pleurer avec lui sur les échecs qui ont balisé son chemin. Parce qu'à force, on le connait par coeur. Un gentil gars manquant de confiance en lui, facilement colérique, plutôt influençable, la déveine collée aux basques, qui « pense avec sa queue » et qui finit toujours par détruire le peu qu'il est parvenu à construire.
On l'accompagne en se disant « jusque-là tout va bien » et en sachant que ça ne va pas durer. Non, Jack n'est pas de la race des vainqueurs, il ne fait pas partie de ceux à qui on peut promettre le grand soir. Comme nous, il n'est pas dupe, il a compris que chaque lueur d'espoir n'est qu'une chimère. Il a beau faire semblant d'y croire, il sait qu'il lui sera impossible de s'extraire de sa condition de prolo, il a conscience que la vie ne fait pas de cadeaux à un gamin sorti du ruisseau comme lui. Pas pour autant qu'il se lamente. Résigné, fataliste ou enthousiaste, Jack avance, sans savoir où il va, sans penser à demain, se demandant juste « comment on fait pour vieillir sans avoir la trouille. »
Earl Thompson ne ménage pas son personnage au destin inspiré de sa propre vie. Son écriture est fluide, directe, sincère, dans une langue très orale. C'est beau, drôle, triste, tragique, affligeant, révoltant, poignant, toujours sans concession. C'est plein d'amour, de mort et de sexe, de vies au bord du vide, de putes, de salauds, de bouges crasseux, de coups foireux et de réveils solitaires dans des draps froids. Un grand roman américain, aussi puissant qu'envoûtant.

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Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
Ce pays, il a complètement perdu ses repères. Les amis se font plus confiance entre eux. Plus personne aide personne. Tout le monde s'en fout. C'est chacun pour sa poire et le diable pour tous. Tout ça à cause de Rockefeller et sa clique. A cause des pétroliers. Des banquiers et leurs taux d'intérêt. Y tueraient père et mère sans hésiter, y mettraient n'importe qui en taule, y z'achèteraient tout un Congrès, tout un pays, y feraient n'importe quoi et y diraient que c'est l'intérêt national. Mon cul, oui ! C'est des bons à rien d'enculés, tous ! Et personne fait rien. La prochaine fois, on élirait un Hitler que ça m'surprendrait pas. Un putain de pays qui donne même plus les moyens aux vieux d'aller en ville ou à la campagne. C'est ça, l'histoire de ce pays, si tu lis un peu. Pas besoin de bouquins d'école. C'est dans les journaux, pour peu qu'on ait assez de cervelle pour le lire. J'ai pas l'impression qu'on t'apprend ça à la fac, hein ?
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Sur le navire, y compris chez ceux qui parlaient d'étudier à la fac en rentrant, la lecture relevait soit du pur divertissement, soit de la source d'informations à ingurgiter dans le but de trouver un meilleur boulot, et certainement pas des idées ou des scènes qui pouvaient éventuellement leur électriser l'esprit et leur ouvrir les yeux. Les romans qui racontaient autre chose qu'une histoire de flics ou de cow-boys étaient une perte de temps aussi dangereuse pour la santé que pour la virilité. Même ses meilleurs amis lançaient des coups d'oeil sceptiques sur les livres qu'il lisait, avec ce même air de désapprobation silencieuse qu'ils affichaient lorsqu'un des infirmiers les plus efféminés faisait des bonds de cabri accompagnés de petits cris en recevant une main au cul dans la file d'attente du mess.
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Il avait demandé à étudier le chinois, des fois qu'il serait amené à devenir un de ces soldats de fortune, mais la fac ne proposait pas cet enseignement. Bizarre, il avait toujours cru qu'une université, ça savait tout. Une femme qui avait l'air d'exsuder un produit hydratant pour la peau l'avait alors regardé droit dans les yeux par-dessus la rampe de lancement de ses petits seins pointus comme des obus, et l'avait convaincu : « La langue internationale, c'est le français », sur ce ton qui laissait entendre qu'il lui suffirait de l'apprendre pour qu'elle et lui vivent une histoire torride.
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La pluie n'arrangeait vraiment pas le quartier : ça ne nettoyait pas la saleté ni n'adoucissait les angles, tout en tôle ondulée et en papier goudronné. Il flottait dans l'air une odeur épaisse, comme celle du compost en décomposition, qui venait de l'usine de soja située après la voie ferrée, un pet industriel des plus irritants, qui étouffait le parfum doux de la pluie. Des jardins dépourvus de grâce dégueulaient jusque dans les caniveaux des traînées de boue grise, qui s'accumulait en un mini-flux alluvial aux abords d'une bouche d'égout obstruée par un petit matelas de bébé à moitié brûlé. Les maisons, à la peinture défraîchie depuis si longtemps, étaient trempées, l'eau dégoulinant le long de leurs flancs comme si elles portaient des imperméables de mauvaise qualité. Tout lui semblait bien plus petit, décati et déraciné que dans ses souvenirs.
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Ok, résumons : son beau-père était un gibier de potence et sa mère une pute ; sa grand-mère et son grand-père avaient toujours été à l'assistance ; mais bon, ça ne voulait pas dire qu'il allait forcément mal tourner. Il était certain d'une chose, cependant : avant de se retrouver avec un boulot de merde toute sa vie, à devoir quand même quémander de l'aide, il prendrait une arme et irait faire des braquages.
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Dans les années 70, Earl Thompson a vécu en France.
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