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Critique de Milleliri


Milleliri
  17 janvier 2019
L'autre jour j'ai fini le très court « L'esclavage au Massachusetts » de Henry D. Thoreau. Je l'ai acheté car c'est de lui que vient le concept de « désobéissance civile » et… ben, parce que je m'intéresse à la question de l'esclavage. le bouquin ne contient en réalité que le texte d'un discours et un article de journal, qui m'ont semblé mortellement ennuyeux. En revanche l'appareil critique les accompagnant est très intéressant, et beaucoup plus clair que Thoreau lui-même sur l'évolution de sa pensée.

Quant à l'esclavage… Il est ici assez théorique. Pour commencer, le Massachusetts n'était pas un état esclavagiste.

Par contre dans les années 1850, c'est là qu'est un point de bascule. Jusqu'alors il existait un compromis consistant à n'accepter un état esclavagiste dans la fédération américaine qu'à condition d'en avoir un autre sous la main qui ne l'était pas. de là à dire que le truc était équilibré… Je ne crois pas, et la suite le prouvera. J'y vois plutôt une tentative désespérée de repousser aussi « légalement » que faire se peut les vilains Sudistes qui, autrement, prendraient beaucoup trop de sièges au Congrès. Autrement dit, c'est moins une question d'équilibre que de garder une majorité parlementaire pour faire keskonveu – le Nord et le Sud des États-Unis ayant des différences culturelles, économiques, sociales extrêmement marquées.

Or après 1850, l'équilibre est rompu quand une loi passe imposant à tous les états fédérés de participer à l'arrestation des esclaves en fuite, qu'ils soient esclavagistes eux-mêmes ou non. le Sud a réussi son coup et désormais il faudra une guerre civile pour venir à bout du système.

Thoreau s'émeut du sort des esclaves en fuite, mais il s'émeut surtout de l'apathie de ses concitoyens. C'est là son idée de l'esclavage au Massachusetts. Il s'élève vigoureusement (mais pas trop physiquement quand même… il n'en peut plus de gloriole d'avoir passé *une* nuit en prison) contre les gens qui se contentent de s'en laver les mains, de fermer les yeux, et blahblahblah.

L'auteur du petit dossier critique fait des parallèles intéressants entre ce que reproche Thoreau aux « moutons » de son époque et notre société actuelle (climat, véganisme par exemple).

Mais au final, c'est un peu ce que j'ai retenu du discours et de l'article de journal : ce « et blahblahblah ». J'ai largement préféré, et ça m'a beaucoup plus interrogé d'ailleurs, toute la mise en contexte historique, sociale, intellectuelle et politique avant et après ces deux textes.

Et puis ce n'est pas parce que le Massachusetts n'était pas esclavagiste qu'il était clean pour autant. Pour un panorama assez édifiant de la condition noire aux États-Unis dans la seconde moitié du XIXème siècle, on peut lire l'excellent roman « Underground Railroad » de Colson Whitehead, prix Pulitzer. A travers la fuite d'état en état de Cora, on découvre que là où ne sévit pas l'esclavage, la ségrégation atteint en contrepartie divers degrés plus ou moins vomitifs. L'abolition ne suffit évidemment pas à acquérir une liberté véritable.
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