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EAN : 9782848051147
320 pages
Éditeur : Sabine Wespieser (08/11/2012)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 32 notes)
Résumé :
Hang, l'héroïne des Paradis aveugles, travaille en URSS, comme beaucoup de Vietnamiens. Appelée à Moscou au chevet de son oncle maternel malade, elle se souvient de son enfance et de l'histoire familiale telle qu'elle l'a vécue et telle qu'elle lui a été racontée. Un passé meurtri afflue où elle se sent exilée. Son Viêt-nam natal lui revient en mémoire, avec ses odeurs et ses images, et par dessus tout la visage de sa mère.
Le passé de Hang et de sa famille, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Sachenka
  15 septembre 2018
Hang, une jeune femme vietnamienne en convalescence, doit se rendre au chevet de son oncle mourant à Moscou. Toutefois, assez rapidement, avant qu'on ait le temps de connaître suffisamment et de s'intéresser à cette Hang, la narration nous transporte dans le passé, à ses parents, à sa naissance et à son enfance. C'était au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, et ledit oncle revient dans le village pour aider à l'instauration du communisme. Évidemment, rien ne se passe comme prévu et la jeune Hang et sa mère en seront victimes.
Ainsi donc, le roman Les paradis aveugles permet de comprendre, à travers la vie de Hang, comment les Vietnamiens ont vécu les années de communisme. Par exemple, le sort réservé aux mieux nantis, la façon dont beaucoup ont dû vider leurs économies, la débrouillardise dont la plupart ont fait preuve, la majorité du temps en vendant des marchandises dans les marchés, les différences entre la compagne et la ville, etc. Quel peuple résilient ! le lecteur en apprend beaucoup sur la culture du Vietnam, en particulier sur la nourriture (le riz gluant, plus capable!), et peut visualiser plusieurs paysages bucoliques ou à couper le souffle. Mais il n'y a pas que du positif, loin de là. Il y a quelques personnages (dont l'oncle Chinh) que je n'arrivais pas à sentir et la misère est souvent présente. C'est le cas de Hang et de sa mère. Par moment, c'était dur. Pour eux et, par extension, pour le lecteur.
Bref, le roman contenait beaucoup d'éléments intéressants mais, étrangement, je n'ai jamais accroché. Peut-être parce que je n'ai pas vraiment connecté avec la protagoniste ? Aussi, il y a quelque chose dans l'écriture qui ne me semblait pas complètement abouti, des passages qui auraient mérité être paufinés. Parfois, j'avais l'impression que c'était trop mécanique. Untel a fait ceci, un autre cela, ça a duré un moment, après il est arrivé ci, etc. Sans oublier un bon nombre de dialogues qui ne m'apprenaient rien, ne faisaient pas avancer l'histoire. Je crois que Les paradis aveugles est un des premiers romans de l'auteur Thu Huong Duong. Je le précise parce que, il y a quelques années, j'ai lu Terre des oublis, publié plus d'une quinzaine d'années plus tard, et que j'ai adoré. Donc, visiblement, l'auteure est bourrée de talent et sa plume peut faire montre de davantage de poésie.
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Missbouquin
  17 février 2013
Re-publication par Sabine Wespieser éditeur d'un roman de Duong Thu Huong, un de mes auteurs fétiches, paru en 1991 en France aux Editions des Femmes. Elle remet ainsi à l'honneur un texte tombé dans l'oubli, qui est pourtant un des meilleurs de l'auteur.
Après l'analyse de la campagne dans Terre des oublis, de la ville dans Sanctuaire du coeur; après la biographie romancée de Ho Chi Minh, Duong Thu Huong creuse encore plus dans le fondement de la société vietnamienne moderne : le communisme. Jusqu'à présent, ses romans faisaient intervenir le communisme comme une toile de fonds, un guide de la société. Ici, c'est un acteur essentiel de l'histoire : Hang, la jeune héroïne, a été obligée d'abandonner ses études pour gagner sa vie comme ouvrière dans une usine textile en URSS. Son oncle la fait alors appeler à Moscou, prétextant une maladie. Dans le train qui la conduit à la capitale, elle mesure le chemin parcouru et retrace l'histoire de sa vie, à partir de ses liens avec cet oncle, communiste zélé qui a en partie ruiné sa famille. C'est aussi un véritable chant, celui de la douleur de l'exil …
« Je revois ainsi de longues plaines sinueuses, piquetées par des ailes de cerf-volants, des rizières dorées escaladant le flanc des collines, la blancheur immaculée des villes du Centre-Vietnam, les somptueuses plages de Nha Trang, de My Khe, de Dai Lanh … »
Les couleurs de l'exil, Duong Thu Huong ne les connaissaient pas encore à cette époque, mais on peut imaginer qu'elle a relu ces lignes aujourd'hui …
« Ne jamais regarder en arrière, même le temps d'un éclair. Aucun bonheur n'y résisterait. »
A travers un drame familial, le grand auteur vietnamien interroge déjà l'aveuglement dont ont fait preuve les Vietnamiens qui ont appliqué – sans discernement – le modèle communiste à leur pays. Ici, c'est en particulier les désastres de la réforme agraire qui est à l'origine de l'histoire.
C'est ce texte, paru au Vietnam en 1988 – et son succès – qui a conduit à l'arrestation de l'auteur en 1991, date à laquelle il a été publié en France.
Et pourtant, au coeur même de ce roman polémique, j'y ai déjà retrouvé cette écriture que j'aime tant, si richement évocatoire, au point que j'ai la sensation d'être transportée au Vietnam à chaque page tournée. Je ne me lasse pas de la description des préparations du Têt, du travail dans les rizières, des rites qui peuplent la vie traditionnelle des paysans. Même la triste réalité qu'elle décrit ne suffit pas à cacher l'amour que l'auteur porte à son pays, un amour qu'elle montre en dénonçant encore et encore les absurdités de la vie communiste, et les mauvais choix des dirigeants.
C'est encore également l'occasion de dresser un très beau portrait de femme, celui de la tante de Hang, qui a tout perdu mais a eu la force de se battre pour vivre, devenir riche et subvenir aux besoins de son unique héritière, Hang. « Cette femme qui comptait parmi les êtres qui m'étaient le plus chers, ce silence, cette solitude, cette permanence des choses, tout cela ne faisait qu'un. c'était mon sang, mes origines, mon ancrage ici-bas. Rien ne m'était plus proche, et rien ne m'était plus étranger. D'elle me venait toute la tendresse de ce monde. D'elle, j'hériterais aussi de toutes les peines, de toutes les douleurs du passé … »
En bref, un beau moment d'émotion dans ce très beau roman, que je ne peux que vous encourager à découvrir. Un grand écrivain, qui mériterait plus de reconnaissance.
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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brigittelascombe
  12 février 2013
"Votre oncle ressemble à un tas de gens que j'ai connu.Ils se sont épuisés à faire advenir le paradis sur terre.Mais leur intelligence était trop limitée."
Ce sont Les paradis aveugles de son oncle, "cadre de l'état" vietnamien tyrannique, aveuglé par un marxisme-lénisme se voulant révolutionnaire (dans tous les sens du terme) mais par trop répressif, ce sont les abus d'une classe dite exploitée ivre de revanche sur une "classe exploiteuse" que l'on étiquette "propriétaires terriens" sans trop savoir quelle est vraiment la valeur des propriétés, que relate Duong Thu Huong dans ce roman fort et bouleversant (issu de faits véridiques qui ont débuté au Vietnem, durant les années 50, lors des réformes agraires).
Bouleversant, car Hang, l'héroïne, "être craintif de 42 kilos", révoltée,est tiraillée entre ces deux mondes de par ses origines. C'est lors d'un voyage en train vers Moscou (alors qu'elle a abandonné études et Vietnam) pour se rendre au chevet de cet oncle maternel, soit-disant malade, qu'elle se remémore son douloureux passé.
Une mère, faible, défaitiste ("c'est la sort") mais courageuse (travaillant sur les marchés pour élever sa fille unique), pauvre (mais critiquée car commerçante), qui ne peut s'empêcher d'aimer son frère (le fameux oncle Chinh) et de subvenir à ses besoins alors qu'il a chassé son époux instituteur de la collectivité puis l'a fait assassiner lorsqu'il a voulu revenir.
Une tante paternelle forte,"ennemie de la révolution", qui a subi humiliations et dénonciations, qui voit en Hang le dernier maillon de leur lignée, fonde sur elle des espoirs d'études universitaires et veut en faire son héritière.
On ne peut qu'admirer la fillette lucide qui prévient sa mère :"il vient pour l'argent c'est tout", l'adolescente en souffrance qui constate que même son chien "n'avait plus la force d'aimer", l'adulte révoltée qui dénonce: " tout pouvoir est dictateur".
Outre la valeur de témoignage de ce roman, Duong Thu Huong analyse sans complaisance les rapports mère-fille qui se détériorent. Pas de mélo. Il y a fissure et même si l'amour est là comment supporter l'absurde d'une idéologie destructrice et injuste?
A signaler le dépaysement qu'apporte ce roman:malgré les rues jonchées d'ordures (d'êtres et de choses), Hang a le mal du pays aux "plaines piquetées de cerfs-volants". On déguste à ses côtés une "soupe de filets de porc aux fleurs de lys", on picore du riz dans des feuilles de bananier,on plante des batonnets d'encens près d'un autel où fleurissent la mémoire des morts et bouquet de pivoines.
L'écriture imagée, poétique, et la foule de sentiments côtoyés font de Les paradis aveugles, un roman lumineux et clairvoyant qui vaut vraiment le détour!
A signaler que l'auteur a été arrêtée, dans les années 90, à cause des réalités dénoncées sur le Vietnam!
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Accalia
  27 avril 2015
J'ai découvert Duong Thu Huong il y a quelques années grâce à une amie. D'abord avec le roman « Mysositis », puis avec « Terre des oublis« , un roman absolument fabuleux, un véritable coup de coeur et enfin avec « Au zénith ».
Cela faisait un long moment que je n'avais plus lu un de ses romans, j'en ai pourtant encore trois dans ma PAL. J'ai donc décidé en ce début de mois de mars d'en sortir un! « Les Paradis aveugles » fut le premier que j'ai trouvé, j'ai donc jeté mon dévolu dessus!
Un mot tout d'abord sur le style : il est magnifique! Je ne sais pas s'il s'agit uniquement de la prose de Duong Thu Huong, je pense aussi que le traducteur fait un excellent travail (on y pense pas souvent aux traducteurs…).
Son style est doux, mélodieux, on se plonge dedans, c'est un véritable plaisir de tourner les pages. Je sais que je ne pourrais pas être déçue par ses textes tant qu'elle ne changera pas de style (en tout cas, je l'espère de tout coeur!).
Quand je lis ses romans, j'ai une immense envie de manger vietnamien ou au moins chinois. Presque toutes les 5 pages, il y a des descriptions absolument fabuleuses de repas, de nourritures, de plats salés ou sucrés, c'est incroyable, cela donne l'eau à la bouche!
Ces romans n'ont jamais des thématiques très joyeuses par contre…ces thèmes principaux, ce sont la misère, l'amour contrarié, le communisme et les dégâts que cela a généré…il ne faut pas s'attendre à rire avec ces romans!
Ici, elle concentre particulièrement sa critique sur le début du communisme et les ravages qu'il a fait, particulièrement avec la réforme agraire avec cette histoire de famille.
Dans le train qui traverse la Russie, Hang se remémore l'histoire de sa famille : le mariage heureux de sa mère, le retour du frère de celle-ci acquis à la cause communiste, qui va chasser son beau-frère, accusé d'être un capitaliste qui exploite le peuple, parce qu'il possède quelques lopins de terre…
J'ai toujours trouvé étrange que le frère passe avant le mari, comme si la loi du sang était plus importante que les liens sociaux. Ce n'est pas comme ci c'était juste un petit ami en passant, ils se sont mariés, ce n'est tout de même pas rien.
Mais la mère d'Hang, va finalement préférer se dédier à son frère et sa famille, plutôt que de s'occuper de sa fille. Certes, la tante paternelle riche la prend sous son aile, peut-être que la mère s'est sentie inutile, sans but, mais est-ce une raison pour agir ainsi et finir par couper les ponts avec son enfant unique?
Duong Thu Huong fait des portraits absolument magnifiques de femmes, en particulier celui de la tante Tâm, qui a certainement été mon personnage préféré dans ce roman. Accusée d'avoir exploité le peuple au moment de la réforme agraire, humiliée et volée, elle a réussi à s'en remettre, à continuer à « survivre » et à avancer : tout cela grâce à sa force de caractère et son envie de reprendre ses biens et sa vengeance. Et elle réussi, au delà de toute espérance. Une vie brisée par un travail acharné, une haine féroce. Cette femme n'a pas réellement vécue, mais elle est arrivée à ses fins et a voulu assurer l'avenir de sa nièce Hang, en continuant à tout mettre de côté pour elle.
Je l'ai trouvé impressionnante!
On peut dire que dans ce roman, les hommes ne valent pas grand chose, ou sont absents (morts, disparus…) où ils sont assez lâches et lamentables, comme l'oncle.
Hang est aussi un personnages très intéressant, très lucide. On voit l'enfance insouciante d'Hang, sa jeunesse et le début de l'âge adulte.
On la voit déchirée entre le désir de plaire à sa mère et son envie de vivre, de dire la vérité. Elle n'aime pas son oncle maternel, elle le sait cupide et uniquement intéressé par ce que sa mère peut lui apporter. Mais par amour pour sa mère, elle ne peut pas s'empêcher d'essayer de l'aider pour qu'elle soit heureuse.
Bien évidemment, tout le contexte est également passionnant à suivre, de voir ce que le communisme à fait à ce pays, comment il l'a vécu, aussi bien dans les campagnes que dans les villes. On apprend énormément de choses.

—————————————–
Un très beau roman, une très grande écrivaine, je ne peux que conseiller vivement de découvrir cette auteure! Je conseille par contre de commencer par Terre des oublis qui fut un véritable coup de coeur!
Lien : https://writeifyouplease.wor..
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stcyr04
  14 mars 2017
Bercée par le bruit monotone et répétitif des roues du wagon sur les rails, alors que le train l'emporte vers sa destination, Moscou, où l'attend cet oncle dont l'annonce de la maladie lui est parvenu par télégramme, Hang se laisse gagnée par le passé, la nostalgie du pays, et se souvient. Irrésistiblement son esprit se tourne vers son enfance au Vietnam, auprès d'une mère seule et usée, malmenée par son frère, cet oncle qu'elle s'en va visiter, homme impérieux et dogmatique, égoïste et hypocrite, zélateur du Parti communiste, cheville ouvrière de la réforme agraire au pays, dont les méfaits introduisirent le malheur dans la famille, et pour laquelle la mère de Hang a tout sacrifié avec altruisme, au détriment même de sa fille; elle n'oublie pas cette tante, soeur du père qu'elle n'a jamais connu, et qui l'a toujours couvée de son regard bienveillant et gâtée quand l'occasion se présentait. La trame de sa mémoire s'entrecroise avec les menus faits du voyage, avec des réminiscences plus récentes de sa vie terne et déracinée d'ouvrière textile dans une URSS bien loin du paradis des travailleurs promis et attendu.
Les paradis aveugles, roman du souvenir, est traversé par une douce veine nostalgique. La belle sensibilité de son auteure s'exprime dans la tendresse avec laquelle elle évoque les us et coutumes d'un Vietnam agricole et traditionnel. le livre contient aussi une critique en creux des régimes communistes, et de l'appareil politique vietnamien. Son engagement intellectuel lui a valu l'ire des autorités : arrestation et mise en résidence surveillée, et la mise au ban de ses oeuvres dans son pays; elle vit en France depuis 2006.
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
zenzibarzenzibar   02 octobre 2015
Ils.avaient la peau lisse et rose, la peau de gens bien nourris. Japonais. On eût dit que ce seul nom valait certificat d'honorabilité ...

Un passeport leur ouvrant toutes les portes de ce monde. Simplement.
Qu'avaient-ils de plus que nous?

...Dans ma mémoire surgirent des centaines de visages, ceux de mes amis, ceux des gens de ma génération.

Visages rongés par le souci, délabrés, effondrés,grimaçants, poussiéreux. Visages éperdus, craintifs.

Visages de la peur ...

La peur de ne pouvoir acheter quelques marchandises, la peur de ne
pouvoir les envoyer, la peur d'apprendre qu'un vieux père, qu'une vieille mère n'avaient pas résisté à la misère en attendant ces misérables
subsides ...

La peur qu'un dignitaire de l'ambassade...

Visages du calcul. Il fallait penser à tout, tout calculer,. tout le temps. Penser à survivre penser à nourrir les siens, penser au salaire d'une journée de cueillette, faux gages d'une journée de balayeuse dans les trains,

Penser aux lendemains douteux, à un avenir de brume sur l'océan.

... Comment pourraient-ils se confondre, dans la rue, aux visages des humains, de ceux qui jouissaient tranquillement de la paix,de la liberté ?

... Avoir vingt ans et sentir les rides des années, sur son front, les cernes, de la
autour de ses yeux ... Des yeux tristes, désespérés.
Des yeux de, bêtes féroces, agressifs, luisant dans les bagarres devant les comptoirs

... Et la honte,et le mépris de soi sous le regard des autres ... Une
déchirure sans fin.,,.
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zenzibarzenzibar   29 septembre 2015
Je me frottai les paupières, j'écarquillais les yeux.

D'un seul coup, la baie d'Along m'apparut dans sa splendeur.
Une mer étale se dissolvant dans la brume. Pas une ride, pas une voile, pas un murmure de feuillage, pas un clapotis.

Un silence infini dans le vert infini des eaux.

Les rochers ressemblaient à des blocs d'encre de Chine se mirant dans l'eau, couvrant de leurs ombres on ne sait quelles merveilleuses légendes, quelles énigmes de l'histoire, quels douloureux témoignages, quels ,trésors perdus

Les cavernes jetaient sur le monde leur regard borgne. Chaque oeil semblait se
refermer sur des milliers de visages ceux des héros disparus, des hommes de talent assassinés des pirates barbares.

Des nuages de jade trainaient sur un horizon déchiré par des rochers solitaires. C'était la couleur des nuages à l'aube.

Longtemps je les regardai, immense collier de jade jeté sur terre.

Cette couleur de· jeunes feuilles teintées de fumée, filtrée par la lumière naissante, ce merveilleux vert ne peut exister qu'une seule fois, en seul endroit de l'univers.

Je ne compris pas pourquoi cette beauté me fit souffrir.

Mairitenant, c'est cette neige tombant sur une terre étrangère. La beauté ne connait pas de frontière, séduit sans discrimination. Ici la neige, comme un ciel de fleurs éphémères s'épanchait sur la terre.
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zenzibarzenzibar   28 septembre 2015
Ils aimaient l'agriculture comme leur propre vie.

Au premier mois de l'année lunaire les tambours appelaient à la fête sur la cour du temple communal, Sur les routes de campagne, les enfants couraient dans tous les sens. Les cortèges se formaient, les troupes de théâtre rivalisaient pour monter leurs scenes ; tous s'ingéniaient à soutirer les pièces d'argent qui dormaient au chaud, solidement enfouies dans les ceintures des paysans.

Eux, pendant ce temps, glissaient un oeil sur les spectacles et surveillaient de l'autre les rizières gorgées de jeunes pousses vert tendre, Plongeant leurs mains dans la boue, ils pouvaient évaluer le degré d'échauffement ou de refroidissement de la terre, palper la qualité du labourage.

L'été, le vent filant à travers les toits de chaume les renseignait sur les calamités ou les bontés du ciel.
Et, dès le premier coup de tonnerre de la première averse, ils savaient s'il fallait se précipiter avec leurs pioches sur les diguettes ou courir vers les champs de légumes au bord du fleuve.

Dans les nuits limpides du d'août, de toutes les cours du village pilon écrasant les jeunes germes de riz. Les .rires moqueurs, stridents des femmes faisaient éclater des milliers de fleurs blanches. La senteur des cactus grisait l'atmosphère des jardins. Alors ils observaient la lune.

Que présageaient son rouge halo ou. le scintillement argenté des nuages mordant sur le bleu intense du ciel ?
L'hiver, dans la. nuit glacée, ils pouvaient se réveiller brusquement, quitter la chaleur du lit, courir jusqu'à l'étable pour apporter aux une dernière botte de paille ou allumer un feu ..

Dans tout métier, on trouve des êtres consciencieux, aimant. adorant .leur· travail. Cet amour parfois ne peut s'expliquer. Peu importe, c'est cet amour qui en assure la survie ....
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zenzibarzenzibar   28 septembre 2015
Je levai mon verre. L'alcool épais, d'un rouge violacé, dans les lueurs du crépuscule, étincelait comme du sang.

Un éclair d'angoisse, un gout dense de sucre, puis, une sensation de brûlure
embaumée, éclatante, exaltée. J'avais l'impression de boire quelque serment solennel, impitoyable, comme les serments sacrés des peuples primitifs
d'antan.

Le soir tombait. On entendait les gens revenir des rizières, tirant leurs buffles sur les allées du hameau. On entendait les femmes crier, injurier leurs enfants : -(...)
On entendait les bruits du soir. Certains rinçaient le riz, frappant en cadence sur les paniers de jonc. D'autres battaient le linge au bord de la
mare. Les enfants se débattaient dans l'eau en criant ... On sentait les odeurs du soir se mélanger, odeur des fumées de paille, odeur des écorces de
fèves brûlant avec des écorces de paddy, odeurs des excréments frais des buffles, odeur des goyaves mûres dans les jardins ... Tout se mélangeait
et, doucement, s'évanouissait dans la lumière du couchant. La nuit envahit alors les chemins. Le hameau sombra alors dans la douceur. Les bruits
crissants, pénibles, se tassèrent comme de la boue au fond des lacs.

Le ciel redevint pur.

Les bambous se balançaient, répandant sur la terre le chant éternel, de l'harmonie et de la paix.

Pureté indestructible d'une paisible campagne.

C'était un monde à part comme les grands lacs.

Les tempêtes ne pouvaient ne troubler que momentanément la surface de l'eau remuant un de vase et de lentilles, Puis tout retournait aux anciens
marécages, dans le glapissement des crapauds au crépuscule, le chant lancinant des insectes de la nuit, le pas des buffles et des hommes, à l'aube,
dans les rizières.
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zenzibarzenzibar   28 septembre 2015
Je voulus crier.

Mais les paroles se diluaient dans ma gorge en sommeillée. Les racines du banian me balançaient doucement dans un berceau de feuilles vertes.

Un vent me caressait Je flottai, flottait jusqu' à la porte du ciel.

Un énorme rempart de lourds nuages aux éclats métalliques barrait ma route. Au milieu se dressait une immense porte encadrée par deux grands piliers qui trouaient les nuages teintés d'arc en-ciel.

Des dragons s'enroulaient autour des piliers en une joyeuse danse. Les deux battants ressemblaient à deux immenses plaques de cuivre éblouissantes, lisses. comme des miroirs. L'un était fermé, l'autre ouvert, comme une invitation, comme une menace contre les hommes,

Derrière ces battants s'ouvraitun espace mystél:ieux, d'un vert intense, translucide et scintillant comme s'il masquait des milliers et des milliers d'étoiles....
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Vidéo de Duong Thu Huong
Duong Thu Huong, Les collines d'eucalyptus .Lorsque Duong Thu Huong, romancière vietnamienne, parle de son livre Les collines d'eucalyptus ( éditions Sabine Wespieser) et du destin d'un adolescent fugueur, c'est tout le Viet nam qu'elle évoque. Et l'ancienne combattante anti-colonialiste, aujourd'hui dissidente et exilée, ne mâche pas ses mots. Entretien Dominique Conil, video de Nicolas Serve.
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