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Critique de Eric75


Eric75
  20 mars 2014
Cet essai est le livre idéal pour faire la connaissance de Trinh Xuan Thuan, en tant qu'individu, car il nous livre ici un beau et émouvant récit sur sa vie privée et sur sa carrière d'astrophysicien, et en tant qu'auteur, car le cosmos et le lotus nous donne un bon aperçu de ses convictions et de son style d'écriture, simple et efficace mais véhiculant des idées d'une grande profondeur.

Disons-le tout net, je partais avec un a priori plutôt mitigé connaissant les idées bien arrêtées de Trinh Xuan Thuan sur le principe anthropique, credo clairement revendiqué et développé dans la totalité de ses livres. Mettre en avant le principe anthropique, mettre en perspective la science selon quelques idées héritées du confucianisme ou du bouddhisme, tout cela me semblait bien cadrer avec le personnage, mais aussi s'écarter un tant soit peu de la rigueur attendue de toute démarche scientifique. Or, après cette lecture véritablement enthousiasmante, et je pèse mes mots, comment ne pas réviser quelque peu son jugement ?

Cet essai est organisé en trois parties, sobrement intitulées : ce que je suis, ce que je cherche, ce que je crois.

Dans la première partie, l'auteur dévoile sans fausse pudeur son parcours, qui commence à Hanoi en 1948. Bon élève, élevé dans une culture francophile, fervent amateur de romans policiers, dont il compare les enquêtes policières à la recherche de la vérité scientifique, un avenir radieux semble être tout tracé. Puis il subit les soubresauts de l'histoire : le discours de Phnom Penh du général De Gaulle entraîne la fermeture des frontières entre le Vietnam et la France. Conséquence directe : Trinh Xuan Thuan n'ira pas faire ses classes préparatoires à Louis-le-Grand, où il est admis, mais fera ses études supérieures et toute sa carrière aux Etats-Unis. Bien que parlant mal l'anglais, son dossier lui ouvre les portes des plus prestigieuses universités américaines : le MIT à Boston, le Caltech à Pasadena et l'université de Princeton. Il choisira le campus de Caltech pour son climat, rencontrera des professeurs aussi mythiques que Richard Feynman et Murray Gell-Mann, on peut faire pire, et ce n'est là que le début... Son parcours se lit avec intérêt et émerveillement, et on retiendra une grande modestie dans la façon de raconter une carrière à la fois fascinante et exemplaire.

La seconde partie ouvre un chapitre épistémologique. Trinh Xuan Thuan s'interroge sur l'immuabilité des lois de la nature, s'extasie devant la beauté du monde et réfléchit sur le processus de création scientifique. Il relance le vieux débat sur le déterminisme et le libre arbitre, ce dernier réapparait grâce au flou quantique et à la théorie du chaos.

La troisième partie s'annonce plus délicate. On quitte l'autobiographie et l'épistémologie pour un nouveau débat qui relève des croyances et des convictions philosophiques, voire l'interprétation religieuse (si on considère le bouddhisme comme une religion). le lecteur, qui peut ne pas partager les mêmes convictions, est-il sommé d'adhérer aux thèses bouddhistes ou croire au principe anthropique (les deux n'étant d'ailleurs pas forcément compatibles) ? Trinh Xuan Thuan est bien plus malin que cela. D'une part, le discours scientifique se poursuit, à un très bon niveau : paradoxe EPR, pendule de Foucault, Big bang… D'autre part, loin de faire du prosélytisme, Trinh Xuan Thuan ne fait qu'analyser et rapprocher les enseignements ancestraux du bouddhisme et les concepts hérités de la science moderne. Il compare et trouve des convergences : l'interdépendance des phénomènes dans le bouddhisme et la non-séparabilité en physique quantique, la vacuité et le principe d'incertitude, l'impermanence et la virtualité des particules... Ces rapprochements restent un pur exercice intellectuel, et non une tentative d'annexer l'une des disciplines par l'autre. Au contraire, Trinh Xuan Thuan met en avant leur utilité respective et leur complémentarité. Et le résultat est surprenant ! Paradoxalement, la seule divergence constatée réside dans la nécessité du principe anthropique, que le bouddhisme réfute, et que la science, selon lui, impose, sinon suggère fortement.

Il apparaît également, nous dit Trinh Xuan Thuan, que les questions éthique, morale et spirituelle sont exclues du champ de la science (qui d'ailleurs ne prétend pas les intégrer) mais restent nécessaires pour donner du sens à nos décisions et à nos comportements. Si la science permet de faire progresser la connaissance et la compréhension technique du monde, en l'absence d'un référentiel de valeurs éthiques ou morales, elle reste impuissante à définir la notion de progrès pour l'humanité.

Contrairement et aux frères Bogdanov et à Stephen Hawking, Trinh Xuan Thuan ne postule pas l'existence ou l'inexistence d'un principe créateur au nom de la science. Il explore la réalité du monde par plusieurs moyens et compare les différents outils mis à sa disposition. Puis il donne son avis mais ne l'impose pas, laissant au lecteur le choix de ses convictions, et c'est bien ce qui fait toute la différence.
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