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Critiques sur Amatka (12)
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Le_chien_critique
  26 mars 2018
Amatka, pour des lendemains qui chantent

Amatka est le nom d'une des cinq colonies situées dans un monde étrange : s'agit il du futur de la Terre comme certains indices le laissent à penser; Ou d'une planète inconnue dont l'histoire aurait oublié les origines ? Ou des aliens ayant redécouvert la Terre après notre départ ou mort ?Toutes les pistes
Chaque colonie est spécialisée dans un domaine : agriculture, sciences... Les us et coutumes sont étranges, comme cette manière de nommer et marquer les choses afin que ces dernières ne perdent leur substance : le stylo est marqué Stylo et nommé Stylo, sous peine de le voir se transformer en mélasse. Ainsi en est-il de chaque construction, vêtements, meubles... Seuls quelques vestiges d'un temps ancien résiste à la dégradation.

Amatka, c'est l'histoire de Varja, venant de la colonie principale Essre. Elle doit mener une étude de marché à Amatka. Peu sûr d'elle, sa mission est en outre assez floue. Sans oublier que le Marché est un bien grand mot pour des colonies ayant comme politique un ersatz de communisme. La majorité des objets quotidiens proviennent de firmes d'Etat et les concitoyens d'Amatka ne sont pas très réceptifs à la nouveauté.

Peu à peu, dans les pas de Varja, nous devinons quelques éléments sur le fonctionnement totalitaire du gouvernement, de l'administration (le Comité) et de la vie quotidienne. Une vie faite de routine : travailler, marquer et nommer les choses. Et se multiplier !
Malgré cela, les habitants semblent satisfaits de leur situation, mais quelques éléments vont jeter une ombre sur ce bonheur, et la dissidence pourrait bien exister.

J'avais un peu peur d'un livre à message écrit au forceps, doublé d'une théorie ardue sur le langage, il n'en est rien. L'écriture est simple, l'atmosphère étouffante malgré le froid glacial, et les quelques éléments donnés sur la colonie donne envie de découvrir les mystères d'Amatka et de ses colonies-soeurs. Peu de réponses seront données, l'imagination du lecteur remplira les blancs. A la fin du roman, l'étrangeté demeure.

On ne peut s'empêcher de penser au célèbre 1984 d'Orwell et Amatka ne déparera pas à son côté sur l'étagère. On pourra reprocher des personnages assez binaires mais qui participent à l'atmosphère du livre. Je n'ai pas compris le parallèle avec le collectivisme. A l'époque d'Orwell, cela faisait sens, mais de nos jours...
Entre fable dystopique, SF et fantastique, une réflexion tout en douceur autour du pouvoir, de l'Etat, du langage et l'oppression qui peut en découler. Une très belle découverte. J'avais découvert l'auteur via la nouvelle Appel aux Armes pour la défense des droits des auteurs décédés sur le podcast de Coliopod. Nul doute que Karin Tidbeck sera sur ma liste des auteurs à suivre.

Au final, Amatka, c'est "un chant du faire et du défaire. Ils ne chantaient pas les choses telles qu'elles étaient, mais telles qu'elles pourraient être."
Et vous saurait à la fin comment plier les choses à votre volonté :
"Elle avait découvert la méthode la plus efficace : allier la parole, l'écrit et la pensée pour décrire en détail un objet n'existant pas au préalable. Et le faire advenir."
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nebalfr
  23 décembre 2018
Karin Tidbeck est une autrice suédoise dont nous ne savons pas grand-chose en France. Si elle livre essentiellement des nouvelles, dans un registre généralement qualifié de weird, elle a cependant écrit ce roman, Amatka, en suédois en 2012, avant de le traduire elle-même en anglais en 2017 (d'où cette étrange mention concernant la traduction, car la camarade luvan s'est référée aux deux versions).



Amatka, c'est une colonie – une des quatre qui demeurent (il y en avait cinq, on évite d'en parler). Où se trouve cette colonie ? À vrai dire, nous n'en savons rien. Ce pourrait être sur Terre – mais on en doute un peu. Les colons sont venus d'un « ancien monde », mais l'expression est ambiguë, qui pourrait avoir des implications temporelles comme spatiales, voire les deux à la fois. Je me figurais quelque portail... Quoi qu'il en soit, ce monde inconnu est hostile – surtout en ce qu'il est vide et froid. Les animaux n'ont pas suivi les colons, pour quelque raison que ce soit.



La société des pionniers est au diapason de cette menace froide et vide, lourde de connotations d'immobilisme et d'inéluctabilité. C'est un régime communiste dans lequel l'individu n'est d'aucun poids face aux intérêts supérieurs du collectif. le Comité, qui dirige les pionniers, sait mieux qu'eux ce qui leur est profitable, et gère la vie des administrés dans une optique totalitaire. Tout dépend des choix du Comité, et implique un archivage qui aurait donné la nausée à un Joseph K. Les attributions et occupations de chacun sont décidées à sa place, l'habitat est nécessairement collectif, les enfants sont élevés en commun loin de leur parents, les loisirs sont obligatoires et ritualisés. La dissidence (qui est souvent simple curiosité ou vague malaise) est traquée et punie par la lobotomie (ce ne sont pas des barbares, ils ne tuent pas les opposants…), et l'autocritique est prisée, éventuellement dans des séances collectives nous ramenant aux meilleurs souvenirs de la Révolution Culturelle.



Ce qui convient très bien aux colons, qui n'ont de toute façon jamais rien connu d'autre. Et ne souhaitent rien connaître d'autre, pour l'essentiel. le monde des pionniers est celui d'un conservatisme fainéant, par défaut, monolithique – le changement n'est pas une option, trop inconfortable, trop incertain. Il y en a, cependant, comme notre héroïne Vanja de Brilar Essre Deux, envoyée à Amatka pour réaliser une enquête sur les pratiques, besoins et attentes des colons en matière d'hygiène (un boulot sacrément excitant), il y en a donc qui, sans trop savoir comment ni pourquoi, développent bien malgré eux le sentiment que « ça ne va pas », que « quelque chose ne va pas ». Une pente fatale, comme de juste – mais la frustration de ces quasi-dissidents les amène cependant à prendre des risques pour identifier leurs « semblables ». Avec de fortes probabilités que tout cela s'achève par une froide et dépassionnée lobotomie, garantie nécessaire de la perpétuation des intérêts supérieur du collectif.



À première vue, Amatka pourrait être une énième dystopie, et, de fait, les références ouvertes à 1984, notamment, ne manquent pas – on est tenté aussi, à tort ou à raison, de supposer une parenté avec la compatriote Karin Boye et sa Kallocaïne, antérieure. Cependant, ce roman assez bref parvient en définitive à se singulariser en raison de son ambiance remarquable, où d'une certaine manière le vide est aussi palpable que le froid, et où le poids de l'immobilisme des colons pèse sur la cage thoracique du lecteur au point de l'étouffer. Mais il se distingue également en mêlant à son propos dystopique un élément plus… étrange, et qui en même temps dispose de sa propre charge de réflexion politique, avec des implications qu'à tout prendre on devrait qualifier de vertigineuses.



En effet, dans le monde des pionniers, la réalité même, au sens le plus strict, l'existence des choses, s'avère pour une raison ou une autre instable. Si on ne rappelle pas aux objets qu'ils existent, je suppose qu'on pourrait le dire ainsi, alors ces objets sont menacés et, à terme, disparaissent purement et simplement. C'est pourquoi, sur un stylo, on écrit « stylo ». Ce marquage est plus souvent encore verbal : quand on entre dans une pièce, on énumère ce qui s'y trouve. Chaise. Table. Assiette. Etc. Mais cela va au-delà des petits objets du quotidien : on marque tout autant les bâtiments. Et peut-être les colons, d'une certaine manière, avec leurs identités descriptives à rallonge ? Eux ne semblent pas voués à disparaître, à se décomposer en un substrat gris et informe – celui au fond des champignons qui constituent leur seule pitance (je salue le camarade Gromovar parlant de « mycommunisme »). La disparition des colons est autrement prosaïque, et navrante de banalité : la mort ou la lobotomie. Mais tous les objets autour d'eux doivent être marqués sous peine d'anéantissement.



Pourtant, cette hantise des colons, dont l'environnement même est ainsi éphémère quand tout leur fait priser la perpétuation immobiliste (la notion même de « conservatisme » prend un sens très concret dans les colonies), cette préoccupation permanente révèle en même temps qu'ils disposent d'un certain pouvoir. En nommant, ils perpétuent – mais cela a ses corollaires : le choix de ne pas nommer décide de la disparition ; et le fait de nommer autre chose, ou autrement… permettrait en définitive le changement. Si la science-fiction est bien, comme on a pu le dire (ici, éventuellement), affaire de réification des métaphores, Amatka en livre une illustration des plus pertinente. En outre, le roman de Karin Tidbeck pervertit peut-être ainsi son modèle orwellien ? La novlangue de 1984 est demeurée à ce jour l'exemple même de l'accaparement du langage par l'autorité, découlant de la prise de conscience de ce qu'il est par essence politique : contrôler le langage, c'est contrôler ceux qui l'emploient – doubleplusbon pour le Grand-Frère. C'est aussi, dans la perspective éventuellement de l'hypothèse de Sapir-Whorf (je vous renvoie à l'excellent Comment parler à un alien ? de Frédéric Landragin), affecter directement la manière de penser, ou l'intelligence, des locuteurs. Tout ceci ressort à sa manière du roman de Karin Tidbeck, mais, en « chosifiant » plus que jamais le langage, en poussant à l'extrême l'idée que nommer fait exister, et que ne pas nommer fait disparaître, elle exprime, même à mots cachés (si l'on ose dire), le potentiel subversif du langage.



Un potentiel qui, par ailleurs, dépasse le seul champ verbal : le marquage, encore une fois, passe aussi par l'écriture – un stylo est un stylo parce qu'on écrit « stylo » dessus. Que dire alors d'un livre ? L'acte même d'écrire participe de cette perspective presque ésotérique des « mots de pouvoir ». La poésie unit Vanja de Brilar Essre Deux et le bibliothécaire, comme un secret jalousement partagé – même cette poésie en apparence sous contrôle, qui, dans son idéologie industrielle, a quelque chose des plus navrantes réalisations façon « réalisme socialiste », et en tant que telle n'aurait pas déparé dans un roman d'Antoine Volodine ou de ses avatars post-exotiques (Maria Soudaïeva, au hasard). Pourtant, ce n'est là qu'une façade : la poétesse, derrière ses odes aux installations agricoles d'Amatka, pesait mieux que quiconque le pouvoir destructeur et créateur des mots – leur faculté toujours ouverte de subversion. Mieux que quiconque… Peut-être pas mieux que le Comité, certes, qui valorise toujours plus les seuls mots froids du marquage – le papier manque, le bon papier comme celui de champignon : les poèmes peuvent bien disparaître pour que se maintienne, dans une absurdité archivistique, un monde terne qui n'a pas d'autre raison d'être que la perpétuation fainéante et triste de son implacable médiocrité.



Amatka est à n'en pas douter une réussite, un roman qui offre bien plus qu'il n'y paraît de prime abord. Son ambiance parfaite car éprouvante, sa pertinente bizarrerie, en font bien plus qu'une énième dystopie. Si les personnages manquent parfois un peu de corps, et si l'autrice, en dernier ressort, en fait parfois un peu trop, parfois pas assez (notamment dans les toutes dernières pages), ce roman bref mais dense, bien servi par la traduction fluide et évocatrice de luvan, constitue une très bonne surprise, et une lecture à recommander chaudement – ou froidement, allez savoir.



Livre.
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yogo
  29 mars 2018
Amatka de Karin Tidbeck est un roman dystopique à l'étrangeté surprenante. Amatka est le nom d'une des cinq colonies qui composent le monde que nous allons découvrir. Je parle de monde car il est impossible lors de la lecture de savoir où et quand nous nous trouvons. de fortes similitudes avec notre bonne vieille Terre peuvent faire penser que nous y sommes mais rien ne l'atteste vraiment. Qu'importe, le sujet est ailleurs...

Vanja de Brilar Essre Deux est détachée de la colonie principale, Essre, pour mener une étude de marché sur les produits d'hygiène utilisés dans la colonie d'Amatka. Etude qui se révèle un peu compliquée, les habitants d'Amatka n'utilisant que les produits autorisés par le Comité et ne voulant surtout pas changer leurs habitudes.

C'est en suivant le séjour de Vanja que nous découvrons petit à petit le totalitarisme et l'autoritarisme qui sévissent en ces lieux. La routine de chaque habitant est bien huilé : travailler et se reproduire. Tout le monde semble heureux et se conforme à la pensée unique délivrée par l'administration centrale. Vanja va cependant vite se rendre compte que la dissidence est présente et qu'il en faudrait peu pour mettre à mal la politique établie.

Le point fort de ce roman est l'étrangeté du monde dans lequel il se déroule. Les habitants sont obligés de nommer et marquer chaque chose à intervalles plus ou moins réguliers pour éviter qu'elle ne se délite et ne retrouve sa forme primitive de mélasse. le pouvoir du langage, bien qu'il ne soit pas utilisé au maximum de ses possibilités, donne toute sa puissance au récit.

Les premières pages sont très visuelles. L'atmosphère lugubre et froide est très prenante. Petit à petit on découvre le système politique relativement simple, une dictature collectiviste : tout est décidé par le Comité, pour le Comité. L'individu est au service du collectif, chaque déviance étant sévèrement punie. Rien de nouveau dans la littérature du genre mais le tout est subtilement traité par une écriture fluide et enlevée.

Le roman est relativement court, rythmé, on ne pourra regretter que deux choses : une dernière partie trop peu explicite et un final un peu rapide. Mais l'essentiel n'est pas la destination mais le chemin pour y parvenir, et de ce côté le roman de Karin Tidbeck tient toutes ses promesses. Une dystopie fantastique (dans tous les sens du terme) qui amène une réflexion autour des pouvoirs, pouvoir des mots et pouvoir politique.

Bref, un roman à découvrir...


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BlackWolf
  10 août 2018
En résumé : Amatka m'a offert un bon, voir un très bon moment de lecture. C'est le genre de récit qui, même s'il a quelques défauts, une fois la dernière page tournée continue, je trouve, à questionner le lecteur. On y suit Vanja de Brilar d'Essre Deux dans cette utopie totalitaire, qui va peu à peu changer et remettre en cause son monde. le premier point fort de ce roman vient de son univers, mais aussi de l'ambiance qu'il construit. On plonge ainsi dans une communauté qui n'est pas sans rappeler le communisme, avec toute ses règles, ses obligations. Un univers qui devient de plus en plus oppressant, étouffant, mais qui possède aussi une atmosphère froide, glaciale. L'autre point fort de ce récit vient clairement des nombreuses réflexions qui sont soulevées, mais aussi de l'excellent travail mené par Karin Tidbeck pour nous questionner. Que ce soit sur le bonheur, la notion de capitalisme, la famille, la société et la place de chacun dans cette dernière, ce roman ne m'a pas laissé indifférent et à travers les actes de l'héroïne nous montre qu'il est toujours possible de se battre contre certaines idées, même si cela a toujours un prix. Maintenant le récit a aussi quelques défauts, le côté très froid rend les personnages distants, on a du mal à s'attacher à s'inquiéter pour eux, ensuite l'autrice en fait parfois un peu trop, je n'ai pas trouvé l'histoire d'amour intéressante, enfin j'ai trouvé la fin un peu brutal et légèrement frustrant. J'aime pourtant les fins ouvertes, mais là j'ai eu l'impression que l'autrice devait terminer son récit. Après cela n'enlève en rien aux qualités de ce roman qui s'avère intelligent, prenant et captivant, bien porté par une plume simple, glaçante et efficace et je lirai sans soucis d'autres écrits de l'autrice.


Retrouvez la chronique complète sur le blog.
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Theodosia
  30 août 2018
Un roman intéressant, mais qui ne va pas au bout de ses idées, à l'image de sa conclusion frustrante. Il aurait dû être soit beaucoup plus court pour la métaphore soit beaucoup plus long pour développer son univers.
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Deslivresetlesmots
  18 avril 2018
Merci à Babelio et à La Volte de m'avoir envoyé ce livre en échange d'une chronique honnête.

Après ma dernière déception, j'étais pressée de me plonger dans une autre lecture et Amatka était parfait pour cela !

Dès le début du roman, on est plongé dans une ambiance oppressante, dans laquelle on comprend très vite que le moindre faux pas peut être fatal et qu'il vaut mieux rester dans le rang.

Au fur et à mesure des pages, le fonctionnement d'Amatka, de cette colonie mais des autres également, est réglé comme une horloge où chacun·e a sa place et ne doit en sortir sous aucun prétexte. La colonie fonctionne comme une famille sur laquelle il faut veiller, s'assurer que rien ne déborde, et partager sa maison avec d'autres membres de la colonie. Ainsi, Vanja est hébergée par Nina et Ivar, chez qui une vieille femme présentée comme un peu sénile vit également : Ulla. La cohabitation se passe bien, non pas que les personnages aient le choix. L'idée étant toujours de contribuer au bon fonctionnement de la colonie, femmes et hommes sont encouragé·e·s à faire au moins deux enfants, mais ce que j'ai trouvé intéressant, c'est que d'autres types de famille que le couple hétérosexuel amoureux sont possibles.

Ainsi, Nina et Ivar ont eu recours à l'insémination artificielle pour faire leurs deux enfants, sans qu'ils ne soient dans une relation amoureuse pour autant. Là où le contrôle exercé par la colonie se montre d'autant plus, c'est dans l'éducation de ces enfants : ces derniers ne sont pas à la maison avec leurs parents mais dans des « maisons d'enfants », ce qui semble être l'équivalent d'un pensionnat, toute la semaine et peuvent retrouver leurs parents le week-end. La manière parfaite de contrôler l'éducation des futures générations, dans ce monde où les démonstrations d'affection ne sont pas encouragées.

L'une des meilleure surprise de ce texte est la présence de personnages LGBTQ* qui ont une relation de la manière la plus naturelle du monde ; sans que cela ne soit interdit par la colonie, sans qu'il n'y ait quoique ce soit pour remettre en cause le naturel et la normalité de ce genre de relations. Bien sûr, cela ne veut pas dire que tout est rose, mais l'intrigue et le conflit ne tourne pas du tout autour de questions LGBTQ*.

L'autrice ne dévoile pas son univers d'un bloc, mais par petite touche, ce qui instaure beaucoup de mystère et une ambiance pesante, presque étouffante, avec un brin de terreur. Comme nous n'avons que le point de vue de Vanja, impossible de ne pas absorber sa méfiance et son sentiment de dégoût et d'horreur face à une substance étrange qui semble être d'un extrême danger. En effet, on comprend vite que dans ce monde, les objets ont besoin d'être « marqués », que ce soit oralement ou physiquement, pour en quelque sorte maintenir leur forme. Autrement, ils risquent de se transformer en cette substance si dangereuse et répugnante. Ainsi, tout le roman tourne autour de l'aspect performatif de la langue : le fait même de parler ou d'écrire peut avoir des conséquences désastreuses ou merveilleuses.

Enfin, Amatka traite du danger de vouloir remettre un système particulier en question, peu importe son ridicule, mais aussi du courage nécessaire pour le faire et du besoin de s'entourer des bonnes personnes.

Vanja et Nina étaient attablées dans la cuisine. Entre elles, le dîner refroidissait rapidement. Vanja n'avait pas eu le droit de rentrer avertir Nina elle-même. Il fallait suivre le protocole. Anders avait envoyé un coursier informer chaque foyer de la disparition des travailleurs. En fin de journée, le coursier était revenu à l'administration pour annoncer à Vanja que son camarade manquait à l'appel. C'était presque risible.

Vous l'aurez compris, ce roman m'a transportée, en plus des thématiques abordées, j'ai adoré la plume qui parvient avec des phrases très simples à instaurer des ambiances particulières et un certain malaise. Si je ne dis pas de bêtises, Amatka est son premier ouvrage traduit en français, mais j'espère que ce sera bientôt le cas de ses recueils de nouvelles !
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eterlutisse
  02 avril 2018
Les éditions La Volte nous font découvrir la SF suédoise. Amatka est une dystopie, parabole sur l'opposition entre conservatisme et évolution -"révolution"-.
Nous ne sommes pas dans de la littérature young adults, les personnages sont adultes et sexués ce qui est devenu assez inhabituel dans la production de dystopies actuelle pour être notable.
Karin Tidbeck nous propose un univers issu de la "tradition utopique", on semble y reconnaître des inspirations prises chez Ursula K. le Guin ou chez des utopistes comme Fourier. Je l'ai habillé des couleurs des films de Jean-Pierre Jeunet ou parfois plus glacée, certaines images m'ont évoqué eXistenZ.
J'ai apprécié ce roman court -à moins que ce soit parce que je l'ai dévoré qu'il m'ait paru court-. L'intrigue monte doucement, les mystères s'épaississent et tiennent en haleine le lecteur jusqu'aux dernières pages.
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BethGreene
  16 avril 2019
Intrigant au début mais malheureusement le soufflé retombe et la fin n'est pas à la hauteur. Dommage.
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cmog
  21 décembre 2018
L'intrigue d'Amatka n'est pas située dans le temps. Tout juste sait-on qu'elle se déroule sur une colonie, parmi cinq autres. C'est une fable intemporelle, dans un monde étrange où le langage est le premier instrument de pouvoir.

J'ai vraiment adoré ce roman. Au début de la lecture, on se dit que c'est plat : la tournure des phrases, le caractère de l'héroine, le monde fermé. Mais on se rend compte par la suite que c'est l'effet recherché. Car ce monde prend du relief sous nos yeux, par touches impressionistes de l'auteure. D'une vision floue on passe à un cliché plus net à mesure que l'étrangeté grandit. Plus le roman évolue et plus on trouve une trame narrative proche de 1984. Ce qui aurait pu être un reproche n'en est pas un, car l'auteure sait se démarquer et jouer avec ses références.
J'ai beaucoup apprécié la fin, avec son clin d'oeil à farenheit 451 de Ray Bradbury, une autre référence du genre, mais où finalement tout est renversé.

Côté histoire j'ai donc été conquis.
Côté style tout autant. On sent l'habileté de l'auteure. Tout en maîtrise, sa sobriété sert résolument l'histoire, en est presque un miroir. Pourtant on sent dans les dernières pages que l'auteure sait verser dans plus de lyrisme. le contraste accentue la précipitation de la fin. Il en reste une impression d'étourdissement, et j'adore cet effet.

Je conseille donc ce roman sans hésiter. Il s'inscrit selon moi dans la lignée des références du genre dystopique.
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mifasol
  07 juin 2018
Où l'on apprend le pouvoir des mots à créer la réalité...
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