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Critique de Walkyrie29


Walkyrie29
08 mars 2017
« le refuge aux oiseaux » est un roman contemporain qui sort un peu des sentiers battus dans sa construction, une belle écriture, indéniablement mais aussi un rythme très saccadé entre le présent et les événements du passé qui font que le héros est ce qu'il est aujourd'hui. Il n'y a pas vraiment de transition si ce n'est un interligne conséquent, ce qui ralentit la lecture. On tente chaque fois de se replacer dans l'histoire, dans les personnages, dans le temps surtout, car je n'ai pas forcément eu l'impression que l'ordre chronologique était respecté dans ses parties qui appartiennent au passé. le roman demande donc une certaine concentration de lecture, du temps aussi pour l'apprécier pleinement, il y a des longueurs, des sujets qui viennent un peu comme un cheveu sur la soupe, des développements qui peuvent ennuyer, quelques peu soporifiques même, et c'est là le gros point noir de ce titre, pour le reste il offre une réflexion intéressante et intelligente sur l'homme et ses relations de couple, sur l'homme et les notions d'amour et de désir essentiellement.

« Et la thématique ? demande t-il .
Le désir.
Le désir ?
Oui. cette aspiration au bonheur et à l'amour est susceptible d'être définie. Nous devons l'explorer à fond. le plaisir, qui n'est pas guidé par la raison, dit Aristote. »

Ce roman, c'est aussi beaucoup de thématiques différentes développées à travers l'évolution d'un seul homme, Christian Eschenbach. La solitude en premier lieu, conséquence entre autre d'un désir non refoulé, thème qu'il annonce dès les premières pages : quelques années plus tôt, Christian a tout perdu, femme, fille, amante, maîtresse, ami, travail, argent, loft luxueux. Eschenbach vit maintenant dans une cabane sur une île isolée allemande, un nouveau travail, une nouvelle vie. Reclus des autres, chaque jour, il ramasse son lot de déchets sur la plage (clin d'oeil d'un regard écologique sur l'environnement ?), compte les oiseaux, ressent et écoute le vent, observe la Mer, une vie de solitaire qui semble plutôt lui convenir, lui permettant d'oublier ce qu'il a perdu… Et puis un jour, un appel, c'est elle, elle souhaite venir le voir et ce sont les réminiscences du passé qui viennent rapidement le hanter.

Christian est un homme qui a réussi en créant une entreprise de software qui aidait d'autres entreprises à augmenter leur efficacité et surtout leur rentabilité pour résumer les choses, à l'image d'une société actuelle toujours pressée, toujours dans le profit, un homme séparé de sa femme Béa, hippie vivant en Inde avec qui il a eu une fille, qui réussit dans le domaine financier, un homme qui a retrouvé la passion charnelle avec Selma, une artiste polonaise spécialisée dans les copies de bijoux ancestraux, une femme surtout qui lui réclame un enfant qu'il ne veut lui donner, une image de l'homme moderne, celui qui réussit professionnellement, mais séparé d'une femme pour être avec une autre plus jeune, on n'est pas bien loin d'une réalité, d'un fait de société avéré. C'est surtout un homme qui va rencontrer une maîtresse, Anna, professeur de latin et d'art, femme mariée à un grand architecte, Ewald, dont elle ne cautionne pas les projets en Chine (là encore un clin d'oeil au marché mondial en pleine mutation ?) et mère de deux jeunes enfants. Une galerie de personnages gravitant autour de notre protagoniste principal, qui viennent illustrer ou justifier toute une réflexion sur l'amour, le désir, les histoires de couples, tout un regard sur ce qu'est la relation entre un homme et une femme ; complexe, déstabilisante, mature, immature, dévorante, une relation qui peut rapidement basculer quand le désir vous aveugle au point de ne vous perdre dans sa contemplation.

« le désir est la faim du corps, la soif du corps.
Et la différence entre le désir et la concupiscence ?
Elle réside dans le vouloir-posséder.
Et l'avidité ?
Glou glou.
Pardon ?
Le morfal.
Encore une citation de Nietzsche, dit l'ami.
Et ils éclatèrent de rire. »

Une réflexion intelligente, philosophique et non dénuée d'humour, l'auteur traite du sujet avec beaucoup de recul, mêlant citations et grands principes philosophiques reconnus à un regard critique et certainement une recherche de l'humanité du bonheur souvent altéré par ses faiblesses, à ce qui peut lui nuire quand la raison n'est plus, ce qui entraîne chez lui des décisions irrévocables parfois même radicales.

« L'un des exemples permettant de distinguer l'amour du désir : l'amour connaît aussi le renoncement, le désir ne le connaît pas. C'est sa force, il ne peut renoncer. C'est l'énergie immorale.(..) Desire is a voyage under full sail to distant shores.
Et l'amour ?
Our Anchor when tides are the flood.
Shakespeare ?
Oui. Légèrement modifié. »

Enfin, n'oublions pas ce personnage en retrait, bien loin de la vie de Christian, l'Ami Anglais, celui auquel il se confie, celui qui a un rôle de regard extérieur sur la vie de cet homme, qui permet au fil du récit de faire des pauses sur les événements et d'y introduire un constat, de faire le point, le personnage étant introduit de manière parcimonieuse mais efficacement. Je ne sais pas si c'était voulu par l'auteur, mais c'est un aspect qui m'a bien plu.

En bref, un roman très riche et d'une qualité littéraire indéniable ouvrant sur des réflexions fines et intelligentes se basant sur quelques notions et grands principes philosophiques qui font l'homme sur les thèmes du désir, du couple, de l'amour et de la solitude, notions souvent étroitement liées au final. Dommage toutefois, qu'il nous perde parfois dans des longueurs indigestes. A découvrir !

Je remercie Babelio et son partenaire les éditions Piranha pour cet envoi.
Lien : https://songesdunewalkyrie.w..
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