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Critique de Merik


Merik
  01 septembre 2019
La « Lolita » de Nabokov, c'est un souvenir de lecture troublante et sulfureuse, à une époque où je pouvais encore considérer les quadras comme des curiosités du monde animal. Autant dire que c'était il y a longtemps. Aujourd'hui, ce seraient plutôt les ados que je peux considérer comme des curiosités. Ça tombe bien, « Le journal de L. » est celui de Dolorès Haze, la Lolita de Nabokov, imaginé par l'auteur.
Et il n'a rien de drôle, la charge du journal de la préadolescente concerne le viol et la pédophilie. La Lolita d'Humbert Humbert n'est plus, voici Dolorès. Avec sûrement en toile de fond le propre vécu de l'auteur.
A peine présentée, à peine enlevée par Humbert Humbert son beau-père (appelé Hum, comme un doute persistant), à peine séquestrée dans ce road-trip aux fausses allures de liberté, la jeune Dolorès se soumet, complice de la course-poursuite d'Hum après sa propre folie. Une Dolorès incapable par exemple d'alerter les policiers qui les arrêteront, « Comment expliquer tout ça en une fraction de seconde, en deux mots, sans m'embrouiller ? Il ne m'aurait pas crue. Parce que c'est incroyable. » Le processus psychologique de la victime complice est en route, on erre aux États-Unis mais on pense déjà à Stockholm et son syndrome. Dolorès rit des blagues de son ravisseur, Dolorès s'amuse aussi à conduire à gauche pour vérifier qu'elle existe, Dolorès joue à être Lolita et le sait. Mais Dolorès se demande pourquoi les autres trouvent tout ce manège normal, alors qu'elle rêve en secret de sa maman, qu'elle veut s'évader de nouveau dans son monde de poupées.
La psyché de la victime est ainsi révélée dans sa dualité consciente et dans son évolution le long des cinq parties, passant de la peur au défi ou à la manipulation, tentant la fugue sans être capable de se débarrasser de l'indicible, nouant une vie sociale à côté d'elle-même et donc des autres, ou une vie amoureuse cahotante.

Le récit d'origine peignait des personnages hors normes : le Humbert Humbert de Nabokov à la dérive hallucinée n'était pas un narrateur comme tout-le-monde, la Lolita provocante qu'il dessinait n'était pas une adolescente commune. Le journal de L. va à l'encontre des confessions de son beau-père, il devient le journal d'une enfance violée comme les autres, ou presque. Fini le romanesque diabolique et flamboyant du récit de Nabokov, les intentions ne sont plus les mêmes. En démystifiant Lolita et Humbert Humbert, Christophe Tison montre le viol et ses conséquences en trouvant la voix de sa victime. Et en cela le livre me semble réussi, d'autant que la Lolita qu'il figure m'a beaucoup touché. Mais il ne m'a pas paru transcendant pour autant, enlevez la célébrité de Lolita sur laquelle il s'appuie, et il devient presque banal.

Merci aux Éditions Goutte d'Or et masse critique pour cette lecture intéressante.
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