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EAN : 9782081214767
187 pages
Flammarion (26/05/2008)
3.7/5   27 notes
Résumé :

La photographie n'existe pas seulement sous la forme d'images rangées dans les albums familiaux ou présentées dans les expositions. Elle est d'abord une pratique qui se passe d'images : certaines photographies familiales ne sont jamais développées et la plupart sont à peine regardées plus d'une fois ! Partant de ce constat, l'auteur s'intéresse ici aux gestes du photographe, professionnel ou amateur : regarder à... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
L'appareil photo est-il une prolongation de notre appareil psychique?

Pour Tisseron, c'est une évidence. Dans la chambre noire du boitier se déroule une mystérieuse opération dont sortiront des représentations qui ne doivent rien au hasard.

Comme tout langage, la photo est chargée de multiples significations, d'émotions, de lieux communs et de lapsus. Chacun peut s'en emparer, avec plus ou moins d'aisance et d'expressivité.

Chaque étape du processus photographique correspond à un besoin psychique: choix du sujet, cadrage, déclenchement, visionnage, rejet de l'image ou partage avec ses proches, il s'agit pour le photographe de s'approprier le monde, d'en introjecter certains aspects, et parfois d'en conserver des fragments pour accomplir un travail psychique. Travail sur la perte, la séparation, le deuil, travail sur soi, sa place dans le monde, son rapport au monde.
Et il n'est pas nécessaire d'être Helmut Newton ou Jacques-Henri Lartigue pour profiter des bienfaits thérapeutiques de la photo; n'importe quel amateur aura les mêmes chances de réussir l'expérience.

Depuis cette lecture, je me dis que tout photographe mérite le respect, même un bébé qui joue avec un faux appareil Fisher Price en plastoc et qui photographie "pour de faux". Même un touriste qui mitraille à bout portant, même une gamine accro du selfie.

La chambre claire fait référence à Barthes, dont Tisseron ne partage pas les analyses. Pour lui, la photo n'est pas un outil pour se défendre de l'angoisse de mort, mais un instrument de symbolisation au service des pulsions de vie.
"La chambre noire est la prothèse technologique que l'homme a su le plus efficacement adapter à ses besoins psychique d'assimilation du monde."
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Le titre de l'essai de Serge Tisseron donne le ton et le la. Il y est fait référence autant à l'oeuvre de Gaston Leroux, le mystère de la chambre jaune qu'à celle de Roland Barthes, La chambre claire. Dans une langue limpide, dense, précise qui s'appuie sur une culture ouverte, l'écrivain psychiatre joue des mots et entrelace des concepts freudiens pour tenter d'aller au-delà de l'image et ainsi définir les motivations secrètes du photographe lors de la prise de vue car « […] l'appareil… est en continuité immédiate avec sa vie psychique » ; l'appareil photographique permet de s'approprier le monde, tout au moins il peut le rendre plus compréhensible par l'intermédiaire de son image. Comme les aspirations et les désirs influencent la perception de notre environnement, la photographie ne saurait être objective et refléter sans parti pris la réalité : « de façon générale, seules existent dans notre vision les choses que le langage nous permet de nommer ». L'analyse et la critique de l'image photographique se fera donc en fonction de ses effets sur la vie psychique du spectateur.
Le psychiatre Serge Tisseron s'intéresse de près aux relations entretenues entre l'homme et l'image. La bande dessinée, la photographie, le dessin sont des médias qui lui ont permis de mettre en valeur ses talents de limier et de fin psychologue. le Mystère de la chambre claire est plaisant à lire et sans cesse stimulant. le lecteur peut ne pas être totalement séduit par des propos parfois trop psychanalytiques mais Serge Tisseron sait être passionnant et convaincant quand il devient littéraire et s'approche de l'indicible, à l'exemple de la démarche de Henri Cartier-Bresson rendue de la façon suivante : « Démarche quasiment mystique, à la fois de flottement maximum et de réceptivité optimale, une sorte d'accompagnement de la durée propre du monde. le photographe est en équilibre dans l'air du monde comme les figures du mouvement dont il tente de fixer la course. Il se fait « funambule ». Parfois la danse jaillit de son corps comme l'expression de son désir d'adéquation physique à la structure rythmique du monde ». le corps se trouve sollicité alors que tous les sens sont en éveil. le chapitre suivant sur la photographie comme écran ou enveloppe du monde est exceptionnel. L'auteur élabore les concepts de l'« Un-visible » opposé au « vu-suel » avec brio et persuasion. Il est difficile d'exposer toute la richesse de l'essai tant les mots et les idées s'emboîtent impeccablement. Il faudrait encore évoquer la signification du flou en photographie, l'importance de la trace et sa relation à l'empreinte, le rapport de la photographie à la mémoire, à la vie et à la mort. Plusieurs photographies en noir et blanc bien choisies ponctuent le propos de l'écrivain. A la fin du livre, le lecteur a bien compris que l'acte photographique est une façon d'assimiler le monde qui l'entoure. Tout photographe amateur ou professionnel devrait faire son credo de la phrase de Serge Tisseron : « Pour cadrer un fragment du monde, il faut se sentir d'abord pris dans le monde ».

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Lecture intéressante. Quelques points qui donnent à réfléchir. Mais, globalement, je suis étonnée de la cote moyenne de ce livre, qui m'avait incitée à l'acheter.

Le titre aurait dû davantage m'interpeller. Photographie et inconscient. Et il est vrai que l'auteur, psychanalyste, donne toute la dimension à ce titre.

Et c'est là que le bât blesse à mes yeux. Si l'auteur s'écarte de la lecture univoque du deuil et de la mort qu'avait Roland Barthes, il fonde toute sa théorie sur le fait que le geste photographique représenterait symboliquement la coupure, à savoir la séparation du lien fusionnel de l'enfant avec sa mère. Mais cet auteur limite son analyse au photographe masculin. Aucune référence à une photographe femme et s'il transposerait son analyse telle quelle, ce qui m'étonnerait quelque peu mais bon.

Et puis, cette analyse n'est-elle pas tout aussi réductrice que celle de Roland Barthes ?

De plus, le propos a un peu vieilli, car l'auteur s'attache aux seuls appareils photographiques argentiques. Il trouve ainsi une signification aux amateurs de moyen format obligés à s'incliner devant leur appareil et aux amateurs de reflex qui interposent l'appareil photographique, viseur oblige, entre leur oeil, leur vision et la réalité. Il suppose par ailleurs que le photographe ne voit pas directement son résultat, voire ne fait jamais développer certains films.

Evidemment, tout cela est dépassé avec l'ère du numérique et de l'écran viseur.

Donc déception en ce qui me concerne.

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Beaucoup moins célèbre que celle de Roland Barthes, Serge Tisseron livre ici une analyse de la photographie nettement plus intéressante et surtout, beaucoup moins morbide. En effet, là où Barthes voit dans chaque photo l'ombre de la mort, Tisseron y voit au contraire un éloge de la vie.

Qu'est-ce qui nous pousse à photographier? Pour Tisseron, c'est notre désir de nous approprier le monde, et en même temps, de nous assurer que nous en faisons bien partie. Il donne l'exemple de ces touristes en voyage organisé qui n'ont pas le temps d'assimiler toute la complexité de l'environnement où ils sont brièvement immergés; alors, ils prennent des photos pour pouvoir effectuer ce travail d'appropriation à leur retour.

Et lorsque nous photographions des membres de notre famille, ce serait moins pour créer des images qui se substituent à nos souvenirs, que pour se fabriquer une histoire qui nous convienne, en éliminant les souvenirs qui rendraient cette histoire potentiellement moins belle. Il en veut pour preuve les photos que l'on trouve ratées: elles donnent une image qui ne colle pas avec l'idée que l'on veut conserver d'une personne (et d'ailleurs, en majorité, ce sont les photographies de soi-même que l'on trouve ratées).

La photographie participe de notre désir de clarifier le monde, il en veut pour preuve le fait que la plupart des gens considèrent une photo floue comme étant ratée.

Au passage, Serge Tisseron démonte deux mythes. le premier est que la photographie serait une image objective du monde, alors que son interprétation dépend fortement de la culture et du vécu de celui qui la regarde. Et la seconde, plus pernicieuse, est que chaque photographie devrait 'faire sens'. En fait, la photographie est tout simplement un outil qui nous permet d'assimiler mentalement le monde.
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un beau livre , plein de réflexion sur ce qu'est l'acte de prendre une photo ! parfois un peu compliqué et lourd a lire , cela reste néanmoins un écrit interessant !

Seule remarque, beaucoup de réflexions sont à revoir à l'air du numérique !

mais je le conseil pour les amateurs de théorie et de photographie.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Les photographies floues ne figent pas l'illusion d'un objet à jamais perdu. Elles n'"embaument" pas le mort déjà immobile qui est en chacun de nous, mais au contraire elles exaltent le devenir toujours imprévisible qui caractérise le vivant. En cela elles témoignent de l'infini flottement des choses, jamais tout à fait les mêmes, jamais tout à fait autres, pourtant, toujours en transformation et donc toujours en devenir.
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La présence de l'image est appelée à favoriser l'assimilation des sensations, sentiments et états du corps dont elle active la perception ou dont elle réactive la mémoire. Il en est de même avec de nombreuse photographies de famille... Les images de nos proches disparus, notamment, participent de la tentative de s'assimiler des expériences vécues avec eux et qui ne l'ont été qu'imparfaitement.
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Alors que nous croyons voir le monde, nous ne voyons que sa surface opaque à la lumière. C’est pourquoi la plus grande partie du monde est condamnée à nous rester invisible. [...] Croyant percevoir le monde, nous ne percevons que la croûte des choses… (p. 115)
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"Reconnaître un style, c'est toujours reconnaître la présence du photographe dans l'image du monde qu'il a fixée et que nous avons sous les yeux. C'est en cela que le style est essentiel en photographie. Parce qu'il correspond au désir essentiel qui anime toutes les "prises" photographiques, aussi bien celles du touriste pressé que du professionnel aguerri. L'horizon imaginaire qui anime toute entreprise photographique est le désir de constituer une image du monde où se donne à voir sa propre présence."
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La photographie est moins une façon d'arrêter le temps - selon la formule classique d'une "mise à mort symbolique" - qu'une façon de tenter de toucher la blessure du temps vivant.
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Videos de Serge Tisseron (21) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Serge Tisseron
État des lieux et enjeux
Avec la participation de Nora ABED, Gisèle APTER, Angélique BELMONT, Stéphane BOUCHARD Dana CASTRO, Nele DE WITTE, Bénédicte DEFONTAINES, Naomie DESIREE, Emmanuel DEVOUCHE, Haddia DIARRA, Philippe DRWESKI, Capucine DUBOIS, Quentin FRULEUX, Sara GABRI, Carlo GALIMBERTI, Richard GNASSOUNOU, Sarah HAMMAMI, Marianne JOVER, Gilbert LACANAL, Fredi LANG, Alice LECOQUIERRE, Andra LUNGU, Carine MILCENT, Sylvain MISSONNIER, Gladys MONDIERE, Clotilde PERREVE, Virginie PICCARDI, Fanny REDLINGER, Bertrand SCHOENTGEN, Serge TISSERON, Emmanuelle TRUONG-MINH, Inès UTRILLA, Tom VAN DAELE, Ilaria VERGINE, Xanthie VLACHOPOULOU
Un état des lieux sur les pratiques psychologiques à distance, en France et ailleurs, piloté par des acteurs majeurs de cette discipline.
Cet état des lieux des pratiques à distance des psychologues, en France et au niveau international, a pour objectif de nourrir les réflexions et les pratiques des professionnels et des chercheurs. En effet, les récentes et rapides évolutions de ces modes d'intervention facilitées par l'usage des TIC (technologies de l'information et de la communication) génèrent des débats éthiques et méthodologiques qui s'inscrivent dans les transformations du champ de la santé. Ainsi la télépsychologie, discipline encore assez nouvelle, est amenée à se développer de façon structurée grâce aux résultats de la recherche et aux apports des professionnels de terrain.
Si la pandémie COVID-19 en a généralisé l'utilisation pour permettre le maintien d'un lien ou d'une écoute dans une situation alors particulièrement anxiogène, elle a révélé la nécessité d'une meilleure formation des psychologues pour cerner les problématiques pratiques, techniques, méthodologiques, théoriques et déontologiques. Certains cadres existaient avant la crise dans le contexte scientifique plus large de la cyberpsychologie mais ils restent à enrichir voire à construire dans une démarche collective pour les inscrire dans le champ social, institutionnel et réglementaire. Les auteurs, acteurs majeurs de cette discipline, y contribuent.
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