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EAN : 9782021426823
384 pages
Éditeur : Seuil (23/01/2020)
3.85/5   50 notes
Résumé :
Macron et les Gilets jaunes ont ouvert une page nouvelle de l'histoire de France, qui mêle retour des luttes sociales et apathie politique, sursaut révolutionnaire et résignation devant les dégâts de l'euro, regain démocratique et menace autoritaire. Pour la comprendre, Emmanuel Todd examine, scrupuleusement et sans a priori, l'évolution rapide de notre société depuis le début des années 1990 : démographie, inégalités, niveau de vie, structure de classe, performance... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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BurjBabil
  02 août 2020
Emmanuel Todd nous a habitué à penser la société de manière non conventionnelle. Son livre répond à une question simple, jamais posée : pourquoi ne remettons-nous pas en cause l'euro, cette monnaie devenue totem qui nous entraîne inexorablement vers le gouffre ?
Se basant sur un travail de recherche original de cartographie de la France selon certains critères : prééminence de la religion, votes historiques, tradition matri et patrilinéaires, anciennes zones industrielles etc... , il nous livre une remarquable synthèse qui me semble indispensable aujourd'hui pour aider à penser la catastrophe sociétale amorcée et imaginer une manière d'en ressortir sans y perdre notre âme.
Avec Guilluy (la France périphérique), Herlin (l'escroquerie de l'Insee), Piketty (le capital au XXI siècle) et d'autres, il dessine le corpus d'idées à appréhender par le citoyen français soucieux de participer réellement à la vie politique contemporaine (ou au moins comprendre loin du ministère de la TVérité). Sous peine de confondre vote quinquennal et démocratie, volonté de paix en Europe et soumission à l'Allemagne (sacré ironie quand même) et finalement euro et horizon indépassable de notre identité.
Les trois premières parties du livre sont les plus intéressantes car produisant le travail effectué de recoupement de différents chiffres et statistiques disponibles, c'est une synthèse académique qui sert de base d'analyse. Ces extractions de données permettent une corrélation entre certains comportements des acteurs de la société et certains faits historiques (catholicisme par exemple) ou géographiques (lieux d'abandon de nos industries, centres villes). Un des apports de cet ouvrage est de redéfinir une nouvelle typologie active de notre société, enterrant les représentations anciennes et se composant de : .
Aristocratie stato-financière (et dépendants) : 1 %, Petite bourgeoisie CPIS (Cadre Professions Intellectuelles supérieures), 19 %, Majorité atomisée 50 % Prolétariat 30%
Il montre que, à part pour la première catégorie, le déclassement social a touché, touche et touchera toutes les autres catégories. Les français l'ont perçu, malgré l'enfumage permanent de l'Insee aux ordres de l'état, et Todd l'explique fort bien puis relie ceci aux différents votes (non-votes également) et aux crises type gilets jaunes.
Il ausculte ainsi, avec des arguments chiffrés et sourcés, notre système éducatif, l'effet de l'immigration, la trahison de nos classes dirigeantes (il faut cesser d'utiliser le mot élite pour ces gens ayant démontré leur nullité) devenues des marionnettes sans pouvoir réel.
Un lecteur intéressé y trouvera une explication de tous les maux qui rongent notre pays depuis des décennies, la mise en lumière de nos comportements face à notre impuissance.
La dernière partie est plus prospective, selon Todd lui-même qui propose des pistes de sortie de cette voie sans issue. Il s'y prend avec précaution, ne voulant pas gâcher la force du travail initial d'explication de notre situation actuelle.
Car selon ses « pires craintes », nous ne sommes plus à l'abri de l'instauration d'une dictature permettant à « l'état » de maintenir coûte que coûte le fameux « ordre républicain » à coups de flashballs, de surveillance d'internet, de censure, de comparutions immédiates et de criminalisation de la contestation sociale. Confinement intellectuel pour tous. Pour notre bien évidemment, ou plutôt pour nos biens, et finalement pour leurs biens.
L'état se maintenant contre le peuple, discriminé dans le discours sous forme de "populisme".
Comment s'en sortir par le haut ? Je vous laisse lire ce livre (empruntez-le, toute bonne bibli doit l'avoir) pour le découvrir. Cette issue ne m'ayant parue qu'en partie convaincante même si la création d'une force d'opposition réelle, proposant une sortie de cette catastrophe qu'est l'euro pour la France semble indispensable.
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michdesol
  02 mars 2020
Que signifie le mouvement des Gilets jaunes ? Todd dresse un état de la France en 2018 : elle s'appauvrit, le niveau éducatif baisse (y compris et surtout chez les classes dirigeantes !), depuis 1999 l'action politique n'est plus qu'un jeu, une comédie du « faire comme si », puisque tout se décide dorénavant à Bruxelles et à la BCE, l'Allemagne tenant les rênes, l'idée fondamentale de Todd étant que tous nos malheurs viennent de l'euro.
Pour analyser la nature du mouvement des Gilets jaunes l'auteur s'appuie sur une analyse des différents scrutins électoraux en les croisant avec des données sociologiques parfois étonnantes comme le taux de suicide. C'est parfois difficile à suivre, toujours passionnant. Je ferais à son étude une critique majeure : il est passé à côté d'une analyse de l'abstention, caractéristique fondamentale des consultations électorales depuis bien des années. (Lui même a d'ailleurs dit ne plus voter !).
Sa conclusion : la lutte des classes est de retour.
Tout cela est écrit avec humour et un goût du paradoxe profondément vivifiant et stimulant.
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Patmarob
  29 février 2020
« J'essaie d'expliquer l'inexplicable » annonce Emmanuel Todd en présentant son livre : « La lutte des classes au XXI ème siècle ». Objectif ambitieux voire vaniteux ? Référence à Karl Marx provocatrice ou accrocheuse ? Emmanuel Todd, historien, démographe, essayiste, politologue… reste un trublion dans ses analyses sociétales et « La lutte des classes au XXI ème siècle » interroge, dérange, suscite réflexions.
Après le mouvement des gilets jaunes, Emmanuel Todd tente d'expliquer pourquoi la France connaît tant de luttes sociales. A partir de statistiques et des études précédentes, il constate que le territoire national est homogène. Il reconnaît que ses analyses antérieures sur la persistance des structures familiales traditionnelles et leur diversité dans l'espace ne sont plus valables.
Emmanuel Todd étudie les évolutions de la fécondité (en baisse), les résultats scolaires (en baisse) et annonce que la rupture de ces comportements s'opérera vers 2030. Il estime que la France entre dans un cycle socio –économique de 60 ans marqué par l'accroissement des inégalités, la baisse du niveau de vie, la multiplication des luttes.
E Todd dénonce la responsabilité de l'euro, il estime que l'euro a tout bloqué et qu'il intensifie la lutte des classes en France.
E. Todd expose une nouvelle cartographie des catégories socioprofessionnelles qui ont émergé en une génération (1992-2018). L' « aristocratie stato-financière » qui représente 1 % de la population et dont 0,1 % est constitué par les véritables « maîtres de l'Hexagone ». Elle en contrôle les décideurs issus de l'ENA qui détruisent l'activité en augmentant la puissance de l'état. Cette bourgeoisie privilégiée mais non dirigeante ne compte plus au sein de l'Union Européenne. L'Allemagne domine et l'ignore.
Ainsi 99% de la population constate le décalage croissant entre les décisions de cette« aristocratie stato-financière » et le recul des services de l'Etat, la dégradation du tissu économique, la désertification des milieux ruraux…Le pouvoir aux mains de hauts fonctionnaires en vient à employer la violence pour imposer ses décisions. Emmanuel Todd compare ce mode de gouvernement au « modèle aztèque », où le pouvoir sacrifiait ses prisonniers pour maintenir son ordre politico-religieux.
Emmanuel Todd dans une dernière partie analyse la situation politique du moment. Désormais le bas de la société s'oppose à son haut en abandonnant son assise géographique. Un « choc externe »pourrait sortir la France de l'euro, de l'UE … et l'obliger, non sans grandes difficultés, à redéfinir un projet national. Les perspectives ne sont pas optimistes.
Au final, les premiers chapitres fondés sur les statistiques, l'analyse géographique, sociale… permettent une photographie intéressante et actualisée de la France. Les commentaires de l'auteur sur les évolutions politiques et les prospectives sont pessimistes, elles interrogent le lecteur. L'esprit critique est donc de rigueur mais l'ouvrage a le mérite de sortir du « politiquement correct ».
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Brissenden
  02 février 2021
Dans cet ouvrage, Emmanuel Todd tente de répondre au paradoxe français suivant : comment l'Euro peut-il être en même temps un échec économique et un succès politique ? Pour ce faire, il évalue l'évolution de la société française d'un point de vue socio-anthropologique depuis le traité de Maastricht jusqu'à la crise des Gilets Jaunes. Son analyse aboutit à la résurgence d'une nouvelle lutte des classes.
Emmanuel Todd nous parle d'une France en déclin général depuis le traité de Maastricht dans laquelle chaque couche de la société voit son niveau de vie baisser. Ce déclassement général n'empêche cependant pas une nouvelle polarisation sociale d'émerger. Les systèmes familiaux et religieux qui jadis structuraient la société française se sont homogénéisés, aboutissant à l'apparition d'un nouveau critère de stratification sociale : le niveau éducatif. L'explosion du nombre de diplômés du supérieur permet à ces derniers un entre-soi et donc un sentiment d'appartenance de classe. C'est sur cette nouvelle base que se clive désormais les Français ; d'un côté les petits bourgeois CSP+ - se pensant privilégiés malgré la baisse générale du niveau de vie - et de l'autre, la classe prolétaire - bien consciente de son déclin consécutif à la disparition de l'industrie française, elle-même faisant suite à l'adoption de l'Euro.
Cet affrontement est d'abord électoral. En effet, Todd met bien en évidence la relation négative quasi-parfaite entre les votes Macron et le Pen dans chaque département ; l'un étant le miroir inversé de l'autre. Cette opposition entre les gagnants et les perdants de la mondialisation ne comptent pourtant que 45% de l'électorat, comme le montrent les votes Macron et le Pen au premier tour des présidentielles de 2017. Au milieu de ces deux pôles, se trouve une classe atomisée sur le plan politique et social, sans conscience d'elle-même, occupant les professions intermédiaires et qui, bien souvent, fait basculer le résultat électoral.
Tout ce beau monde est pourtant subordonné à une autre classe sociale, comptant parmi elle les 0,1% les plus aisés : la classe stato-financière, fusion des hauts fonctionnaires et des grand dirigeants du privé. Cette strate, dans un contexte de perte de souveraineté induit par la monnaie unique et guidée par un sentiment antinational, a mis le destin de la France entre les mains de Berlin et de Bruxelles, donnant l'occasion à Todd d'écrire la phrase suivante : en France, il n'y a plus de classe dirigeante, seulement une classe privilégiée. C'est ainsi que peut s'expliquer le mépris social à la française. Les élites, étant elles-mêmes humiliées sur la scène européenne, font preuve d'un sadisme social en répercutant cet affront contre les classes qui lui sont inférieures ; les petits bourgeois CSP+ répètent ce mécanisme contre la classe prolétaire lepéniste ; puis, ces derniers, portant sur leurs épaules tout le poids du mépris, s'en prennent aux immigrés pour se soulager. C'est dans ce contexte de tension qu'apparaissent les Gilets Jaunes mais qui, de façon tout à fait surprenante, bénéficient d'une large sympathie de la part de la population, laissant planer la possibilité d'une remise en cause de la classe stato-financière.
Emmanuel Todd nous permet de rêver à une France étonnante et pleine de ressources dans une période marquée par l'apathie et le marasme. Un livre qui donne donc de l'espoir et des clés de compréhension pour mieux appréhender notre pays en plein bouleversement.
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Goudal
  04 février 2020
Les luttes de classes en France au XXIeme siècle est un excellent bouquin comme les précédents. Todd est bon quand il est chercheur et ce n'est pas parce qu'il est en retraite qu'il s'est arrêté de chercher. C'est déjà un bon point.
Il examine dans ce bouquin les évolutions de la société française depuis les années 1990. Il a l'honnêteté de dire que ses propres analyses sur les structures familiales ne fonctionnent plus dans les régions françaises. Encore un bon point et il donne les pistes de recherche pour comprendre et expliquer cet effondrement. Un de ses thèse est l'homogénéisation de la société française par son appauvrissement tant éducatif que financier. Son argumentation faite de cartes et de statistiques comme d'hab est assez béton. Il explique cet appauvrissement par l'adoption de l'euro (encore une de ses marottes), là aussi il est très convaincant. Il se réfaire à 2 oeuvres de Marx (Les luttes de classes en France dont il reprend le titre et le 18 brumaire) mais se défend d'être marxiste (dommage!). Il a de grandes envolées lyriques sur les gilets jaunes qu'il a dû entrevoir sur les plateau de télé mais il a trouvé un mec Yoann Gwilman qui a fait un excellent boulot. Là ou ca se gâte vraiment c'est page 335 dans ses conclusions. Là, il n'est plus chercheur. Il se fait politiste et les contre-vérités abondent.Il dénonce le trop d'état alors qu'il prétend que l'état n'a plus de pouvoir sinon de transcrire les directive européenne. Il faudrait absolument le soutien des US pour pouvoir sortir de l'euro. Il va jusqu'à plaider pour la création d'un parti "capitaliste" pour se désengager de l'europe. Il va chercher Lénine pour définir un léninisme libéral..... N'importe quoi. Il renvoie les collapsologues dans les buts. Pas un mot d'écologie. Malgré tout, j'aime Todd même quand il raconte des conneries
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Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
BurjBabilBurjBabil   29 juillet 2020
Une fois en place, elle a entraîné le dysfonctionnement du système politique. Celui-ci s’est mué en une « Grande Comédie », avec des acteurs s’évertuant à offrir aux électeurs un spectacle, allant du grotesque au tragique, pour dissimuler une triste réalité : la fin de la capacité d’action des politiques, l’euro ayant privé la France de sa souveraineté économique, donc de sa souveraineté tout court.
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BurjBabilBurjBabil   09 juillet 2020
L’euro, bien entendu, n’a pas eu des effets uniformément catastrophiques dans tous les pays. Il a nui à certains (la majorité) et bénéficié à une poignée d’autres. Une étude allemande de février 2019, dont notre gouvernement s’est empressé de nier l’importance, a calculé que la France est le pays qui, après l’Italie, y a le plus perdu tandis que l’Allemagne, comme tout le monde s’en doutait un peu, est la grande gagnante de l’affaire
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BurjBabilBurjBabil   31 juillet 2020
Le succès du secteur du luxe en France découle lui-même de l’élévation du niveau de vie des classes privilégiées aux États-Unis, en Chine ou ailleurs. Bernard Arnault est donc le bon symbole d’une classe supérieure « dominée », « dérivée », « serviteur » en un sens, des classes supérieures d’ailleurs. Rien à voir avec le PDG d’Amazon ou de n’importe quel GAFA, ni avec les riches Allemands dont la fortune vient pour beaucoup de la construction automobile. Le plus riche des Français n’aurait sans doute été pour Marx qu’un larbin planétaire.
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BurjBabilBurjBabil   30 juillet 2020
Mais nous pouvons, après un quart de siècle, évaluer des succès pulsionnels relatifs.
L’objectif no 1 de maîtrise de l’Allemagne a abouti à l’issue inverse : la soumission de la France à l’Allemagne.
L’objectif no 2 d’amélioration de l’économie a conduit à la destruction de l’industrie française.
En revanche, reconnaissons-le, l’objectif no 3 d’abolition de la démocratie a été atteint : le peuple français a été dépossédé de sa souveraineté.
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BurjBabilBurjBabil   02 août 2020
Le but de la politique en France, c’est de passer à la télé, éventuellement d’être élu, si possible président, mais en aucun cas de gouverner. Avec les rêves néolibéraux de Macron, dignes des années 1980, les fantasmes ethniques de Le Pen, l’auto-hallucination de Fillon en incarnation de la droiture, l’insoumission de Mélenchon qui veut sortir du capitalisme mais pas de l’euro, la France a véritablement atteint le degré zéro du sérieux politique.
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Emmanuel Todd est venu à La Procure présenter son livre "Les luttes de classes en France au XXIe siècle" paru aux éditions du Seuil. Retrouvez le livre : https://www.laprocure.com/luttes-classes-france-xxie-siecle-emmanuel-todd/9782021426823.html
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