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EAN : 9782070410583
392 pages
Éditeur : Gallimard (25/08/1999)
4.17/5   20 notes
Résumé :
La chute des taux de croissance, la montée des inégalités et de la pauvreté, l'incohérence des évolutions monétaires sont des phénomènes bien réels, et de nature économique.
Ils ne font cependant que refléter des déterminants culturels et anthropologiques beaucoup plus profonds. Le déclin éducatif américain, le choc malthusien produit en Europe par l'arrivée des classes creuses à l'âge adulte, l'émergence d'une stratification culturelle inégalitaire, l'affais... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Luniver
  01 mars 2020
Il y a quelques décennies, la fin de l'Histoire semblait actée : le monde ne pouvait que devenir libéral, qui apporte dans son sillage prospérité, démocratie, santé et éducation. Aujourd'hui, après avoir chanté les lendemains radieux toute la nuit, l'heure est plutôt à la gueule de bois. le libéralisme lui-même semble avoir revu ses ambitions à la baisse, et se contente de dire qu'on n'a pas d'autres choix que de le suivre, car il reste la moins pire solution quoi qu'il arrive.
Emmanuel Todd adopte une position plutôt originale en considérant que dans le monde, il y a des gens. Et des gens qui, en plus, ont des idées bien arrêtées sur la manière de conduire une vie et des valeurs à défendre dans une société. Après des livres et des livres me parlant de théoriques « agents rationnels » et de populations un peu arriérées qui sont incapables d'appliquer les belles théories qu'on a élaborées exprès pour elles, c'est une approche qui m'a parue rafraîchissante. À l'aide d'outils démographiques, on explore donc les différences entre grandes puissances économiques, en soulignant à quel point les valeurs défendues par chaque société va influencer la situation du chômage, du salaire minimum, … dans ce pays. Avec pour corollaire immédiat qu'une solution universelle n'existe pas et qu'il faut bien tenir compte de la spécificité de chaque société, même si plonger dans la tête de la populace, ça ne fait pas plaisir à tout le monde.
Vient ensuite une partie sur l'euro et sur l'Union Européenne, et si cette partie n'est pas dénuée d'intérêt, j'ai bien du mal à voir la continuité avec les parties précédentes. La stupidité de l'euro semble actée, tout comme celle des dirigeants européens qui se succèdent, sans développer beaucoup d'arguments pour soutenir cette idée. J'imagine que fusionner des peuples qui n'ont pas les mêmes idéaux doit jouer un rôle dans cette histoire, mais j'aurais aimé un peu plus de développement. Du peu que j'ai lu de Todd, j'ai l'impression qu'il y a des obsessions qui reviennent tôt ou tard dans tous ses livres, et parfois comme un cheveu dans la soupe.
J'ai pris en tout cas beaucoup de plaisir à parcourir cet essai. Malgré son âge vénérable (vingt ans déjà!), on ne peut qu'être frappé par la modernité des arguments et des critiques qu'il contient, et qui peuvent être ressorties aujourd'hui sans la moindre modification.
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daniel_dz
  28 mai 2017
Étant attiré par les idées qui sortent des sentiers battus, je ne peux que chanter les louange de cet essai sorti en 1998, peu de temps avant la mise en circulation de l'euro. Aussitôt refermé, il m'a donné l'envie de le réouvrir, et d'ouvrir d'autres essais, pour soigner mon inculture en économie et en politique - que je dois avouer ici, pour être honnête - et… pour vous encourager à lire ce livre par vous-même et nuancer ma critique.
J'ai été séduit par le « retour à l'humain » qui constitue le noeud de l'argumentation. L'auteur commence en effet par mettre en évidence une sorte de justification anthropologique des réalités économiques: les modèles familiaux des différentes populations induisent des différences culturelles fondamentales (ouverture/fermeture, respect/non-respect des inégalités et des autorités, etc.) qui mènent à des économies différentes. L'homme est comme il est, modelé par sa culture, et il ne se fondera pas dans le moule des théoriciens de l'économie, comme ceux qui font l'hypothèse d'acteurs économiques parfaitement rationnels. Dans une interview, l'auteur explique qu'il « parle d'illusion économique parce que l'univers de rationalité économique n'est en fait que la surface des choses ».
Les différences anthropologiques expliquent également des stratifications éducatives qui différent selon les populations et l'auteur montre comment l'apparition d'une nouvelle classe d'éduqués supérieurs a rendu les sociétés plus tolérantes à l'inégalité.
Dans la seconde moitié de l'ouvrage, Emmanuel Todd remet en question la monnaie unique et la libre-circulation, qui entraîne une compression de la demande globale, le salaire n'étant plus considéré comme un revenu mais comme un coût à réduire au maximum. Il prône une revalorisation des nations, permettant à l'État de reprendre la main sur l'économie, en tenant des spécificités culturelles de sa population. Notons que l'on ne doit y voir aucune xénophobie.
Je recommande tout particulièrement les dernières pages de l'ouvrage, dont j'extrais ceci, qui m'a particulièrement frappé: « Comment expliquer l'aveuglement des élites, leur refus d'affronter la réalité des mécanismes économiques relativement simples ? le rapport entre libre-échange et montée des inégalités est une évidence. […] Un homme efficace est psychologiquement et biologiquement construit pour, la plupart du temps, ne pas penser à l'essentiel, sa disparition. […] Nous devons […] admettre l'existence, au coeur de l'être humain, d'un programme de négation de la réalité, capable de générer l'illusion nécessaire à la vie. […] La crise de civilisation que nous vivons est une situation de ce type, qui active puissamment, au coeur de l'élite occidentale, le programme biologique et intellectuel de négation de la réalité. »
Voilà. Et si votre culture est plus étoffée que la mienne (ce qui n'est pas bien difficile pour ce sujet-ci), n'hésitez pas à poster vos commentaires sur l'actualité du livre, 20 ans après.
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pbazile
  11 février 2009
Un des meilleurs livre de Todd à mon avis.
Avec "le destin des immigrés", c'est celui que je conseille pour une découverte. Dès 1998 il se moquait des économistes, ce qui apparaît très juste en ces temps de bourrasque financière que bien peu d'économistes avaient prévue (même sans le dire, puisqu'en général ils ont perdu beaucoup d'argent).
Un plaidoyer pour l'éducation et la formation, ce qu'un professeur comme moi ne peut qu'apprécier.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   21 novembre 2014
Dans notre monde post-moderne un jeune " vaut moins " qu'un vieux. Certes. Mais il y a là une entorse à la plus simple et la plus intuitive des lois de l'économie. Un bien présentant une utilité quelconque, s'il se raréfie, devrait valoir plus. Ce sont pourtant des jeunes en cours de raréfaction, par suite de la dépression démographique, qui valent de moins en moins, sur le marché du travail ou ailleurs. Trois décennies après le début de la chute de fécondité, les jeunes sont de moins en moins nombreux. La baisse a commencé vers 1990 : — 11 % prévisibles pour les 20-24 ans en France entre 1990 et 2010.
On peut évidemment voir dans " l'effondrement du cours du jeune ", qui a accompagné la hausse du CAC 40, l'effet macro-sociologique d'un vieux principe bureaucratique : dernier arrivé, dernier servi. Mais l'analyse économique libérale explique aussi très bien comment, si ce n'est pourquoi, s'effectue la spoliation de la jeunesse occidentale. La mondialisation unifie les marchés du travail. À l'échelle planétaire, tiers-monde inclus, les jeunes sont relativement abondants et corvéables, les vieux sont rares et détenteurs du capital. La loi d'égalisation du coût des facteurs nous assure que, si un pays développé s'ouvre au libre-échange, le facteur de production relativement abondant, en l'occurrence le capital, démographiquement identifiable aux vieux, sera favorisé, et le facteur relativement rare, le travail, démographiquement identifiable aux jeunes, sera désavantagé. C'est très exactement ce que nous vivons.
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Nastasia-BNastasia-B   09 mai 2015
L'idée de modernité s'oppose désormais à celle de progrès. La nécessité économique explique tout, justifie tout, décide pour l'humanité assommée qu'il n'y a pas d'autre voie. Le souci d'efficacité exige la déstabilisation des existences, implique la destruction des mondes civilisés et paisibles qu'étaient devenus, après bien des convulsions, l'Europe, les États-Unis et le Japon.
La mondialisation — globalisation selon la terminologie anglo-saxonne — serait la force motrice de cette fatalité historique. Parce qu'elle est partout, elle ne peut être arrêtée nulle part. Principe de rationalité, d'efficience, elle n'appartient à aucune société en particulier. Elle flotte, a-sociale, a-religieuse, a-nationale, au-dessus des vastes océans, l'Atlantique et le Pacifique s'affrontant pour la prééminence dans un combat vide de conscience et de valeurs collectives. Que faire contre une telle abstraction, une telle délocalisation de l'histoire ?
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Nastasia-BNastasia-B   05 mai 2015
L'analyse économique et idéologique de l'accalmie présente d'ailleurs un certain intérêt. Elle confirme l'hypothèse de la pensée zéro : nos dirigeants ne sont pas mus par des croyances positives (pensée unique) mais ils sont idéologiquement vides et seulement capables d'encenser le mouvement de l'histoire auquel ils s'abandonnent (pensée zéro). L'euro est fort, c'est formidable ; l'euro est faible, c'est formidable. Etc.
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Nastasia-BNastasia-B   08 mai 2015
Les élections européennes révèlent assez bien ce lent mouvement de l'idéologie. Le taux d'abstention, massif à l'échelle continentale, évoque l'inexistence d'une conscience collective européenne. L'indifférence des peuples explique, autant que les perspectives sombres de l'économie, la faiblesse de l'euro. Pas de monnaie sans État, pas d'État sans nation, pas de nation sans conscience collective.
(P.S. : ces lignes furent écrites en juin 1999 !)
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LuniverLuniver   24 février 2020
[C]e qui perce sous l'antinationisme, c'est la cause du passivisme : la rupture du groupe et des croyances collectives qui le solidifiaient. Si une communauté humaine n'existe pas, aucune action collective n'est par définition possible, et tout ce qui arrive ne peut qu'être accepté. Le noyau mou de la pensée zéro, c'est l'implosion du groupe. Une fois posée cette hypothèse simple et radicale, nous sommes conceptuellement armés pour comprendre l'impuissance des « contradicteurs de la pensée unique » qui n'ont à vrai dire rien à contredire qui ait une substance. Aucune doctrine à réfuter, aucune croyance solide à combattre. Même la monnaie unique, à l'origine un projet positif quoique mal pensé, n'apparaît plus à la veille de sa réalisation que comme un « machin qui arrive », qu'on ne peut empêcher, qu'on accepte sans même croire au moindre de ses avantage économiques. On s'y soumet désormais, comme au libre-échange, par passivisme. Munis de cette nouvelle hypothèse nous pouvons enfin expliciter la liquéfaction successive de tous les acteurs politiques, individus réduits à un infiniment petit social par la disparition des croyances collectives, acceptant leur impuissance, et pour cette raison catalogués les uns après les autres comme « se ralliant à la pensée unique », alors qu'ils ne peuvent nullement adhérer à une pensée qui n'a jamais eu de contenu. En France, le seul message délivré par les lieux et nœuds de pouvoir – le ministère des Finances, la présidence de la République, Matignon, la droite, le Parti socialiste et le journal Le Monde – est que ce qui existe, existe, ce qu'il est difficile de ne pas admettre, et que l'on n'y peut rien, ce qui est absolument vrai si l'on part de l'axiome que la France n'existe pas.
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