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EAN : 9782070410583
392 pages
Gallimard (25/08/1999)
4.13/5   30 notes
Résumé :
La chute des taux de croissance, la montée des inégalités et de la pauvreté, l'incohérence des évolutions monétaires sont des phénomènes bien réels, et de nature économique.
Ils ne font cependant que refléter des déterminants culturels et anthropologiques beaucoup plus profonds. Le déclin éducatif américain, le choc malthusien produit en Europe par l'arrivée des classes creuses à l'âge adulte, l'émergence d'une stratification culturelle inégalitaire, l'affais... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Il y a quelques décennies, la fin de l'Histoire semblait actée : le monde ne pouvait que devenir libéral, qui apporte dans son sillage prospérité, démocratie, santé et éducation. Aujourd'hui, après avoir chanté les lendemains radieux toute la nuit, l'heure est plutôt à la gueule de bois. le libéralisme lui-même semble avoir revu ses ambitions à la baisse, et se contente de dire qu'on n'a pas d'autres choix que de le suivre, car il reste la moins pire solution quoi qu'il arrive.

Emmanuel Todd adopte une position plutôt originale en considérant que dans le monde, il y a des gens. Et des gens qui, en plus, ont des idées bien arrêtées sur la manière de conduire une vie et des valeurs à défendre dans une société. Après des livres et des livres me parlant de théoriques « agents rationnels » et de populations un peu arriérées qui sont incapables d'appliquer les belles théories qu'on a élaborées exprès pour elles, c'est une approche qui m'a parue rafraîchissante. À l'aide d'outils démographiques, on explore donc les différences entre grandes puissances économiques, en soulignant à quel point les valeurs défendues par chaque société va influencer la situation du chômage, du salaire minimum, … dans ce pays. Avec pour corollaire immédiat qu'une solution universelle n'existe pas et qu'il faut bien tenir compte de la spécificité de chaque société, même si plonger dans la tête de la populace, ça ne fait pas plaisir à tout le monde.

Vient ensuite une partie sur l'euro et sur l'Union Européenne, et si cette partie n'est pas dénuée d'intérêt, j'ai bien du mal à voir la continuité avec les parties précédentes. La stupidité de l'euro semble actée, tout comme celle des dirigeants européens qui se succèdent, sans développer beaucoup d'arguments pour soutenir cette idée. J'imagine que fusionner des peuples qui n'ont pas les mêmes idéaux doit jouer un rôle dans cette histoire, mais j'aurais aimé un peu plus de développement. Du peu que j'ai lu de Todd, j'ai l'impression qu'il y a des obsessions qui reviennent tôt ou tard dans tous ses livres, et parfois comme un cheveu dans la soupe.

J'ai pris en tout cas beaucoup de plaisir à parcourir cet essai. Malgré son âge vénérable (vingt ans déjà!), on ne peut qu'être frappé par la modernité des arguments et des critiques qu'il contient, et qui peuvent être ressorties aujourd'hui sans la moindre modification.
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Étant attiré par les idées qui sortent des sentiers battus, je ne peux que chanter les louange de cet essai sorti en 1998, peu de temps avant la mise en circulation de l'euro. Aussitôt refermé, il m'a donné l'envie de le réouvrir, et d'ouvrir d'autres essais, pour soigner mon inculture en économie et en politique - que je dois avouer ici, pour être honnête - et… pour vous encourager à lire ce livre par vous-même et nuancer ma critique.

J'ai été séduit par le « retour à l'humain » qui constitue le noeud de l'argumentation. L'auteur commence en effet par mettre en évidence une sorte de justification anthropologique des réalités économiques: les modèles familiaux des différentes populations induisent des différences culturelles fondamentales (ouverture/fermeture, respect/non-respect des inégalités et des autorités, etc.) qui mènent à des économies différentes. L'homme est comme il est, modelé par sa culture, et il ne se fondera pas dans le moule des théoriciens de l'économie, comme ceux qui font l'hypothèse d'acteurs économiques parfaitement rationnels. Dans une interview, l'auteur explique qu'il « parle d'illusion économique parce que l'univers de rationalité économique n'est en fait que la surface des choses ».

Les différences anthropologiques expliquent également des stratifications éducatives qui différent selon les populations et l'auteur montre comment l'apparition d'une nouvelle classe d'éduqués supérieurs a rendu les sociétés plus tolérantes à l'inégalité.

Dans la seconde moitié de l'ouvrage, Emmanuel Todd remet en question la monnaie unique et la libre-circulation, qui entraîne une compression de la demande globale, le salaire n'étant plus considéré comme un revenu mais comme un coût à réduire au maximum. Il prône une revalorisation des nations, permettant à l'État de reprendre la main sur l'économie, en tenant des spécificités culturelles de sa population. Notons que l'on ne doit y voir aucune xénophobie.

Je recommande tout particulièrement les dernières pages de l'ouvrage, dont j'extrais ceci, qui m'a particulièrement frappé: « Comment expliquer l'aveuglement des élites, leur refus d'affronter la réalité des mécanismes économiques relativement simples ? le rapport entre libre-échange et montée des inégalités est une évidence. […] Un homme efficace est psychologiquement et biologiquement construit pour, la plupart du temps, ne pas penser à l'essentiel, sa disparition. […] Nous devons […] admettre l'existence, au coeur de l'être humain, d'un programme de négation de la réalité, capable de générer l'illusion nécessaire à la vie. […] La crise de civilisation que nous vivons est une situation de ce type, qui active puissamment, au coeur de l'élite occidentale, le programme biologique et intellectuel de négation de la réalité. »

Voilà. Et si votre culture est plus étoffée que la mienne (ce qui n'est pas bien difficile pour ce sujet-ci), n'hésitez pas à poster vos commentaires sur l'actualité du livre, 20 ans après.
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L'un de mes exercices favoris pour juger de la crédibilité d'un auteur est de lire l'une de ses anciennes parutions, afin de confronter sa vision d'alors avec la réalité d'aujourd'hui. Cela revêt pour moi d'autant plus d'intérêt que les thèmes abordés demeurent actuels : les effets pervers de la mondialisation et de la monnaie unique, l'importance de la démographie et de l'adaptation des règles économiques aux particularités d'un pays, et surtout l'importance de la Nation dans les choix politiques et la cohésion nationale.
Emmanuel Todd a le mérite d'embrasser ces problématiques par une vision large. Il n'est pas question que d'économie, mais de sociologie, d'histoire, où l'auteur apporte de nombreuses références littéraires pour étayer sa pensée.
J'ai été frappé par le bon sens d'Emmanuel Todd, la cohérence de son propos tout au long des pages, et n'ai relevé que de très rares points où il a pu faire erreur (avec, reconnaissons-le, 25 ans d'avance puisque ce livre date de 1999). L'exemple étant le rachat de la dette publique par la monétisation, chose possible uniquement au niveau européen et non national (puisque le règlement de l'UE l'interdit). A l'inverse, la quasi-totalité de son analyse se révèle juste, un quart de siècle plus tard. E. Todd annonce la crise démocratique avec l'émergence les laissés pour compte de la mondialisation que sont les classes populaires d'abord et les classes intermédiaires ensuite. Il dénonce aussi « la pensée zéro », soit la soumission aux évènements plutôt que le choix de tracer son propre destin par des élites ‘parisiennes' qui représentent les 20% de la population la plus diplômée (mais dispose de 50% du capital et forme le plus gros des consommateurs).
Ce livre est tellement dense qu'il est difficile d'en faire un résumé en quelques lignes, mais l'on peut retenir que la pensée de l'auteur s'affranchit de la pensée unique à propos du destin de l'Europe et surtout de la France. A part quelques règlements de compte avec les BHL, Alain Minc et autres incarnations du zéro de la pensée (avis que je partage).Son ton demeure objectif, pour qui, comme moi, constate que la mondialisation a placé l'homme au service de l'économie que si le capitalisme a permis une progression jamais vue dans l'amélioration des conditions de vie des populations qui s'y sont converties, les dérives récentes nous mènent tous à la catastrophe.
Cet ouvrage est absolument recommandé pour qui souhaite avoir une vision alternative et pertinente, argumentée, de la mondialisation et de la nécessité du retour de la Nation pour combattre ses excès.
388 pages de cours, limpides et riches d'enseignements vous attendent.. 😉
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Un des meilleurs livre de Todd à mon avis.
Avec "le destin des immigrés", c'est celui que je conseille pour une découverte. Dès 1998 il se moquait des économistes, ce qui apparaît très juste en ces temps de bourrasque financière que bien peu d'économistes avaient prévue (même sans le dire, puisqu'en général ils ont perdu beaucoup d'argent).
Un plaidoyer pour l'éducation et la formation, ce qu'un professeur comme moi ne peut qu'apprécier.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
Dans notre monde post-moderne un jeune " vaut moins " qu'un vieux. Certes. Mais il y a là une entorse à la plus simple et la plus intuitive des lois de l'économie. Un bien présentant une utilité quelconque, s'il se raréfie, devrait valoir plus. Ce sont pourtant des jeunes en cours de raréfaction, par suite de la dépression démographique, qui valent de moins en moins, sur le marché du travail ou ailleurs. Trois décennies après le début de la chute de fécondité, les jeunes sont de moins en moins nombreux. La baisse a commencé vers 1990 : — 11 % prévisibles pour les 20-24 ans en France entre 1990 et 2010.
On peut évidemment voir dans " l'effondrement du cours du jeune ", qui a accompagné la hausse du CAC 40, l'effet macro-sociologique d'un vieux principe bureaucratique : dernier arrivé, dernier servi. Mais l'analyse économique libérale explique aussi très bien comment, si ce n'est pourquoi, s'effectue la spoliation de la jeunesse occidentale. La mondialisation unifie les marchés du travail. À l'échelle planétaire, tiers-monde inclus, les jeunes sont relativement abondants et corvéables, les vieux sont rares et détenteurs du capital. La loi d'égalisation du coût des facteurs nous assure que, si un pays développé s'ouvre au libre-échange, le facteur de production relativement abondant, en l'occurrence le capital, démographiquement identifiable aux vieux, sera favorisé, et le facteur relativement rare, le travail, démographiquement identifiable aux jeunes, sera désavantagé. C'est très exactement ce que nous vivons.
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Le rapport de la France à l'idéal d'égalité est devenu complexe, peut-être même pervers. Deux niveaux de conscience se superposent. Le subconscient est inégalitaire, dérivé de la nouvelle stratification culturelle. Il s'exprime, de manière brute, par le mépris des attitudes populaires à l'occasion de problèmes politiques précis. Les partisans du non à Maastricht sont assimilés à des êtres incultes, parfois analphabètes. Le peuple ne « comprend pas » la « nécessité » de l'union monétaire, ni celle de réformes menant à plus de flexibilité, à l'abaissement des salaires, à la mise en question de la Sécurité sociale ou au contournement des retraites par les fonds de pension. L'aveuglement des élites est ici flagrant puisqu'il est évident, au contraire, que les milieux populaires comprennent fort bien les tours qu'on veut leur jouer.

Chapitre V : RETOUR À L'INÉGALITÉ ET FRAGMENTATION DES NATIONS, L'antipopulisme en France.
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L'idée de modernité s'oppose désormais à celle de progrès. La nécessité économique explique tout, justifie tout, décide pour l'humanité assommée qu'il n'y a pas d'autre voie. Le souci d'efficacité exige la déstabilisation des existences, implique la destruction des mondes civilisés et paisibles qu'étaient devenus, après bien des convulsions, l'Europe, les États-Unis et le Japon.
La mondialisation — globalisation selon la terminologie anglo-saxonne — serait la force motrice de cette fatalité historique. Parce qu'elle est partout, elle ne peut être arrêtée nulle part. Principe de rationalité, d'efficience, elle n'appartient à aucune société en particulier. Elle flotte, a-sociale, a-religieuse, a-nationale, au-dessus des vastes océans, l'Atlantique et le Pacifique s'affrontant pour la prééminence dans un combat vide de conscience et de valeurs collectives. Que faire contre une telle abstraction, une telle délocalisation de l'histoire ?
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L'analyse économique et idéologique de l'accalmie présente d'ailleurs un certain intérêt. Elle confirme l'hypothèse de la pensée zéro : nos dirigeants ne sont pas mus par des croyances positives (pensée unique) mais ils sont idéologiquement vides et seulement capables d'encenser le mouvement de l'histoire auquel ils s'abandonnent (pensée zéro). L'euro est fort, c'est formidable ; l'euro est faible, c'est formidable. Etc.
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Les élections européennes révèlent assez bien ce lent mouvement de l'idéologie. Le taux d'abstention, massif à l'échelle continentale, évoque l'inexistence d'une conscience collective européenne. L'indifférence des peuples explique, autant que les perspectives sombres de l'économie, la faiblesse de l'euro. Pas de monnaie sans État, pas d'État sans nation, pas de nation sans conscience collective.
(P.S. : ces lignes furent écrites en juin 1999 !)
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Videos de Emmanuel Todd (45) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Emmanuel Todd
En tête des ventes dans la catégorie essais, "La défaite de l'Occident" d'Emmanuel Todd, attire par ses thèses dénoncées comme pro-Poutine. Guillaume Erner le reçoit pour en discuter, avec également Bernard Guetta, député européen et ancien correspondant de presse à Washington et Moscou.
Visuel de la vignette : Maxppp, AFP
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