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Grazyna Erhard (Traducteur)
EAN : 9782882502414
380 pages
Éditeur : Noir sur blanc (02/09/2010)

Note moyenne : 3.7/5 (sur 43 notes)
Résumé :
Les Pérégrins, sans doute le meilleur livre d’Olga Tokarczuk, n’est pas un « livre de voyage », mais un livre sur le phénomène du voyage. Pour les Bieguny (c’est-à-dire marcheurs ou pérégrins), une secte de l’ancienne Russie, le fait de rester au même endroit rendait l’homme plus vulnérable aux attaques du Mal, tandis qu’un déplacement incessant le mettait sur la voie du Salut. S’ils sont des hommes et des femmes de notre temps, les personnages du livre d’Olga Tokar... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Bookycooky
  20 octobre 2019
“Dans l'Empire romain, les pérégrins sont des étrangers, hommes libres, habitant les provinces conquises par Rome, mais ne disposant pas de la citoyenneté romaine, ni du statut juridique des Latins.......”, définition de Wiki, et titre du livre d'Olga Tokarczuk, écrivaine polonaise, Prix Nobel de littérature 2018. le même Wiki y est aussi consacré en un chapitre dans le livre 😊. Un roman patchwork, qui nous plonge dans un univers où le voyage est une pérégrination, intérieure et extérieure, à la rencontre de l'autre, l'autre étant d'une diversité infinie, “Le but de mes pérégrinations est toujours la rencontre d'un autre pérégrin.”
Mais, mais....bouger, c'est aussi ne pas avoir le temps pour des méditations stériles, comme la Mort ( “...pour les gens qui voyagent , tout semble neuf, pur et vierge et, en un sens, immortel.”).
Tokarczuk, d'un langage à la fois riche, précis et poétique, attentif aux détails, brouillant les évidences, mettant en doute des arguments donnés comme irréfutables, ne rentrant dans aucune polémique, et remettant en question la logique même des questions posées, mêlant le rationnel à l'irrationnel, nous ballade à travers un monde sans frontières, en mouvement perpétuel, sans point fixe, à la rencontre de personnages, dont les biographies et les caractères s'entremêlent .
Des mythes, des contes, des histoires inventées, son propre vécu.....
Elle nous pousse à réfléchir, à sortir de notre zone de confort, et à aller à l'encontre d'autres points de vue que ceux que nous pensons acquises. Son obsession pour le grotesque et les cabinets de curiosités, qu'elle décrit dans les moindres détails, est au coeur du livre, “le but des pérégrinations est d'aller à la rencontre d'un autre pérégrin. En l'occurrence en pièces détachées “. L'histoire rocambolesque du docteur Blau, expert en spécimens anatomiques, de corps plastinés, ou la collection de pièces anatomiques de Frederik Ruysch, le coeur de Chopin en bocal.....que des pièces détachées dont elle finit même par nous en donner la recette de conservation, ont légèrement fini par me donner la nausée. Faut dire qu'Olga aime ça vu l'enthousiasme avec lequel elle en parle 😊, moi un peu moins.
Que vous soyez voyageur, voyageuse ou non, importe peu. Il vous suffit d'y mettre votre coeur et votre esprit pour savourer ce puzzle géant, constitué des snapshots ( instantanés) de ses pérégrinations. En fin de voyage vous quitterez probablement ( suis pas sûr 😊)à regret ce scrapbook de voyage, le “Wunderkammer” ( Cabinet de Curiosités ) d'une écrivaine spéciale , qui vient d'ailleurs d'en être mondialement reconnue; et probablement lu ou non lu, vous vous procurerez vite le Moby Dick de Melville, le guide de voyage préféré de Tokarczuk. Ce livre n'est pas pour tous les goûts, il risque d'être déroutant. Mais pour qui a des goûts littéraires éclectiques, un défi de lecture très intéressant, voir amusant.
“–Laisse tout cela, et une fois que tu auras fermé les yeux, change ta manière de voir pour une autre et réveille cette vision que tout le monde possède, mais dont peu font usage.”
Deux Snapshots ,
“Instructions de montage
J'ai rêvé que je feuilletais un catalogue américain avec des photos de bassins et de piscines. Je regardais avec intérêt des schémas et des plans, m'attardant sur chaque détail. Les différents éléments y étaient repérés par des lettres a, b, c… et accompagnés d'une description précise. Avec le plus grand intérêt, j'ai commencé à lire un chapitre au titre étincelant : « Construire un océan. Instructions de montage. “
“Même
Sur les bords de la route, je vois défiler d'immenses panneaux publicitaires qui proclament noir sur blanc : « Jesus loves even you. » Un soutien si inattendu me redonne du courage ; la seule chose qui m'inquiète, c'est cet “even”. “
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Dandine
  21 octobre 2019
SEMAPHORE
O vous qui aimez les belles histoires bien ficelees, qui cherchez du suspense, lachez ce livre! Passez outre! Passez votre chemin! Allez ailleurs! Partez! Fuyez!
Mais si vous ne savez pas trop de quoi vous etes en quete, si vous etes prets a vous laisser mener par le bout du nez, sans savoir vers ou, a vous laisser haler par des chemins detournes, ce livre est pour vous. Il vous arrachera a votre home sweet home, vous prendra vers de nombreux ailleurs, que vous ne conceviez pas, que vous ne soupconniez pas, certains charmants et d'autres mines. Partez avec lui! Ne le fuyez pas! Il vous decevra peut-etre. Il faut etre pret a tout.
ENTRER DANS LA MELEE
Mais qu'est-ce que c'est que ce fatras? Tokarczuk nous raconte ses voyages, ses envolees, des rencontres fortuites. Elle y introduit ses elucubrations sur la difference entre l'ici et l'ailleurs, sur la necessite de bouger, sur le desir de partir, de se perdre. Elle y mele des nouvelles plus ou moins longues qui paraissent (du moins au debut) deplacees, hors de tout contexte. Elle parseme des descriptions tres detaillees de ce qu'on appelait des cabinets de curiosites, panopticums, wunderkammers, et de leurs tresors, squelettes, membres plastines, fiasques ou nagent des coeurs, des reins, dans du formol ou autres solutions savantes, " ...dans un bocal allonge, muni d'un couvercle qui ressemblait a une sculpture, flottait un foetus aux yeux fermes, suspendu par deux crins de cheval. Ses petits pieds touchaient ce qui restait du placenta rougeatre, dispose sur le fond." Morbide? Morbide! Vous vous sentez mal? Vous allez vous evanouir? Vous voulez des sels?
SORTIR DE LA MELEE
A des dizaines, des fois des centaines de pages, des nouvelles se completent, des chapitres se repondent, et l'incomprehension s'attenue, on arrive a saisir, sinon un sens, au moins une direction. Tokarczuk peregrine, dans sa vraie vie peut-etre, en litterature surement. Elle part pour l'inconnu et nous prend avec elle. Et elle nous berne. Les trois questions qu'elle dit etre inherentes a tout peregrin, pays d'origine, point de depart, point d'arrivee, ne sont pas valides pour son texte. On subodore le point de depart mais on ne sait jamais quel sera le point d'arrivee. Et le lecteur de se demander: ou suis-je arrive? Suis-je vraiment arrive? Serais-je en transit? Est-ce que Tokarczuk est en transit? Entre des romans differents? Entre des conceptions differentes du roman? C'est peut-etre ca. Elle essaie ici une oeuvre circulaire, qui tourne tourne et tourne autour d'un theme, ou plutot d'une idee, essayant de la tester, de la tamiser, dans differents genres litteraires. "Aujourd'hui je peux me poser la question: que cherchais-je?"
Et ca donne une sorte de roman post-moderne, non denue d'interet. Parseme de tres belles pages, de beaucoup de fragments a mettre en citations. J'ai particulierement aime la derniere grande nouvelle, Kairos, dont le titre (et le contenu bien sur) fait echo a des passages precedents, lointains, qu'on croyait avoir oublies. Des passages qui semblent donc en perpetuel changement, qui se tortillent et se deplacent pour mieux nous maneuvrer. Les textes de Tokarczuk semblent avoir adopte la devise, la publicite, entr'apercue dans un aeroport: "La mobilite est la realite."
Essayez donc ce livre. Ne le fuyez pas. Au contraire, fuyez avec Tokarczuk vers des destinations inexplorees. Prenez le baton du peregrin.
ACKNOWLEDGEMENTS
Ce livre a recu de grands prix. Je lui prefere quand meme Les Livres de Jakob, qui est a mon avis le chef d'oeuvre de l'auteur jusqu'ici (elle est encore jeune...). Je lui avais octroye quatre etoiles, celui-ci n'en recevra donc que trois et demie.
Il y a aussi une deuxieme raison a cette "notation". Par hasard, sans nous concerter, nous avons entrepris la lecture de ce livre a peu pres en meme temps, Bookycooky et moi. J'ai lu son compte-rendu, que j'ai savoure (ah! les emoticones! nouveau?) (appel du pied discret pour qu'elle apprecie le mien). Par une ancienne tradition de generations de babeliotes, contractee en d'autres vies, j'ai pour habitude d'etre plus radin qu'elle, plus pres des etoiles de ma bourse. Abandonner cette tradition serait une trahison, et je n'aurais plus qu'a fuir au loin, a reprendre un peregrinage au destin incertain.
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Orzech
  19 février 2018
Olga Tokarczuk est l'écrivaine polonaise la plus primée et sans aucun doute ma préférée, elle ne m'a encore jamais déçue. Voici l'un de ses romans les plus connus qui a reçu le prix Nike (équivalent polonais du Goncourt) et l'un des six traduits en français.
Rien à voir avec Sur les ossements des morts qui a été pour moi un coup de coeur. "Les Pérégrins" est un livre inclassable qui m'a éblouie par son érudition sans parler de l'écriture qui m'a encore une fois épatée. C'est un étonnant mélange de récits, d'anecdotes et de réflexions sur le voyage. Un phénomène qui fascine l'auteure et dont elle nous livre les différentes facettes. On peut se déplacer d'un endroit à un autre, d'un continent à un autre, à pied, en avion, en bateau mais on peut aussi voyager dans le temps ou à l'intérieur du corps humain pour découvrir ses secrets.
Depuis son origine l'homme est en perpétuel mouvement et Olga Tokarczuk nous décrit ses motivations dans un patchwork d'images, d'apparitions et de souvenirs. De courtes histoires tenant sur quelques pages, parfois seulement quelques lignes, des personnages fictifs ou réels forment un ensemble riche et original. J'ai beaucoup aimé ce livre, si différent de mes lectures habituelles. Sans début ni fin, on peut y piocher à volonté pour se régaler de l'imagination de l'auteure, de son intelligence et de son talent à nous livrer un texte à la fois profond et accessible.
Lien : http://edytalectures.blogspo..
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keisha
  25 juin 2011
Véritable Objet Littéraire Non Identifié, ce roman offre des textes très courts et de quasi longues nouvelles, narrées à la première personne ou de l'extérieur, (mais lors de la croisière intervient la narratrice principale, et ces ichtyologistes rencontrés précédemment?). Des voyages, bien sûr, il en est question, mais aussi que viennent faire ces textes sur la conservation des corps humains et leur exposition en musée? Une femme disparaît au cours de vacances, un conducteur de ferry prend le large, une autre femme quitte son domicile et erre dans le métro moscovite, un homme va des antipodes en Pologne pour tenir une promesse...

Des expressions, des personnages reviennent, une sorte de fil rouge est décelable. Grâce aussi à une écriture fluide et des réflexions étonnantes et brillantes, le lecteur dévore les pages... mais où va-t'on? A moins que justement la forme et le fond du roman soient frères siamois...

"Récits pour le voyage
Ai-je raison de raconter? Ne serait-il pas mieux d'attacher mon esprit avec une agrafe, de tirer vigoureusement les rênes et de préférer à toutes ces histoires la simplicité d'un cours magistral où, phrase après phrase, se clarifie une idée qui, dans les paragraphes suivants, sera reliée aux autres. Je pourrais multiplier les citations et les notes, je pourrais présenter pas à pas les étapes de ma démonstration, selon l'ordre des points ou des chapitres; je vérifierais le bien-fondé de l'hypothèse formulée antérieurement et, finalement je pourrais accrocher mes preuves comme on exhibe, à la vue de tous, les draps tachés après la nuit de noces. Je serais alors la maîtresse de mon texte et n'aurais plus qu'à encaisser mes honoraires honnêtement gagnés.
Au lieu de cela j'assume le rôle de sage-femme, ou celui d'une jardinière dont le seul mérite est de jeter des graines en terre et, plus tard, de faire une guerre fastidieuse aux mauvaises herbes.
Le récit a sa propre inertie qu'on ne peut jamais maîtriser jusqu'au bout. Il requiert des personnes comme moi : indécises, qui manquent de confiance en elles et se laissent mener en bateau. Bref, des naïfs."

"Irkoutsk-Moscou
La ligne Irkoutsk-Moscou. L'avion décolle d'Irkoutsk à huit heures du matin et arrive à Moscou à la même heure-huit heures du matin, le même jour. C'est le moment où le soleil se lève; ainsi, tout le vol s'effectue à l'aube. On demeure dans le même instant, qui s'étire, comme un immense et paisible Maintenant, aussi vaste que la Sibérie.
Ce devrait être un moment propice à la confession de toute une vie. le temps s'écoule à l'intérieur de la carlingue, mais ne ruisselle pas à l'extérieur."

Les serviettes hygiéniques
"Sur l'emballage des serviettes hygiéniques que j'ai achetées dans une pharmacie étaient imprimées ces informations courtes et cocasses:
(...)
Après tout, le papier a été inventé pour véhiculer des idées! le papier d'emballage est un pur gaspillage, cela devrait être interdit. Et quitte à emballer des articles, autant imprimer dessus des récits ou des poèmes, en veillant toujours à ce qu'il y ait quelque rapport entre le contenant et le contenu.
[page 102, des tas d'exemples étonnants]"

"La marque du pérégrin
Un jour, un ami m'a dit qu'il n'aimait pas voyager seul. Dès qu'il voyait quelque chose d'extraordinaire, d'inédit, de beau, il brûlait d'envie de partager son enchantement avec quelqu'un, à tel point qu'il se sentait malheureux s'il n'avait personne à ses côtés
A mon avis, en voilà un qui n'est pas fait pour être pérégrin."

[Un autre passage]
"Durant ces dernières années, elle avait fini par comprendre qu'il suffisait tout simplement d'être une femme d'âge mûr, sans signes particuliers, pour devenir invisible. Et pas seulement pour les hommes. Pour les femmes aussi, car elles ne la soupçonnaient plus de vouloir participer à une quelconque compétition. Une impression inédite, surprenante - elle sentait le regard des autres glisser sur son visage, sur ses joues, sur son nez, sans même les frôler. Ces regards traversaient son corps, et sans doute les gens voyaient-ils à travers lui les affiches publicitaires, le paysage, les horaires des bus. Oh oui, elle avait tout l'air d'être devenue transparente. Et elle songea que cela lui ouvrait d'énormes possibilités dont elle apprenait seulement à tirer parti. Par exemple, dans une situation dramatique, personne ne se souviendrait d'elle; les témoins déclareraient seulement : 'une femme...' ou 'il y avait encore quelqu'un d'autre qui était là...'. Les hommes, sur ce point, sont plus rigoureux que les femmes, ils ne se donnent pas la peine de faire semblant, leur regard ne se pose jamais sur elle plus longtemps qu'une seconde; les femmes, elles, fixeront quelquefois leur attention sur un détail, par exemple sur une jolie paire de boucles d'oreille. Seul un enfant, pour des raisons connues de lui seul, plantera parfois ses yeux dans les siens, pour étudier son visage en détail, impassiblement, puis détournera sa tête tendue vers l'avenir."
Lien : http://en-lisant-en-voyagean..
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5Arabella
  01 août 2016
Un ensemble de textes, de quelques lignes à une vingtaine de pages, sur les voyages, ou plutôt les voyageurs, ceux qui ne peuvent rester en place. Caractéristique de notre temps, fait de civilisation, certes mais le voyage, en tant que besoin, existe depuis bien plus longtemps. Rien que le besoin du voyage intérieur, dans les profondeur du corps humain, dans la douloureuse nécessité de le saisir en en comprenant le fonctionnant, et le dysfonctionnement, en le reproduisant. Comme l'écriture saisi d'une autre façon l'âme, une autre façon de figer un fonctionnement, et dont le mouvement tout en étant en apparence l'opposé, est en fait le double réel. Donc voyager, bouger et voir, comprendre et maîtriser ou tout au moins s'abandonner à l'illusion de cette possibilité est en fait la même chose, et répond à l'éternel angoisse qui habite chaque être humain, et qui ne s'apaise qu'avec la mort.
Etrange livre, par moments fulgurant, sombre et lumineux à la fois. Certains textes sont vraiment magnifiques, plein de ces personnages obsédés, habités par une étrange force qui les dépasse. Comme cet homme, dont la femme et le fils disparaissent plusieurs jours sur une minuscule île, qui ne peut s'empêcher, lorsqu'ils sont revenu de vouloir savoir ce qui s'est passé, au point d'occulter tout le reste de sa vie. Olga Tokarczuk a le don de créer des personnages, et nous donner à toucher et à ressentir leurs angoisses et obsessions en quelques pages, d'une façon tellement tangible tout en étant suffisamment subtile pour que l'indicible soit plus fort que l'explicite. Quelques fragments sont tellement intenses qu'il est difficile de passer à l'éclat suivant de suite, il faut laisser passer un petit moment, laisser la lecture de côté.
Mais d'autres morceaux, surtout les plus courts, m'ont un peu moins convaincue, et j'ai eu un peu par moments la sensation d'être dans un exercice de style, brillant d'ailleurs.
J'ai au final la sensation que l'auteur a recherché un peu d'autres pistes, en particulier formelles, que dans ses livres précédents, et même si l'essai est séduisant, il ne mène pas à une nouvelle voie vraiment viable pour la suite de son oeuvre.
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
BookycookyBookycooky   19 octobre 2019
« Le corps est quelque chose d’absolument mystérieux, écrivait-il. Le fait que nous puissions le décrire avec une telle exactitude ne signifie nullement que nous le connaissions. C’est la conclusion de l’ouvrage de Spinoza, cet homme qui polit des lentilles, pour que nous puissions mieux voir les choses, et invente une langue archi-difficile pour exprimer sa pensée. Car on dit : voir, c’est savoir.
Moi, je veux savoir, et non pas m’adonner à la logique. Qu’ai-je à faire d’une preuve extérieure, qui prend l’apparence d’une démonstration géométrique ? Une telle preuve n’apporte qu’un semblant de conséquence logique, et cet ordre qui est si agréable à nos esprits. Il y a le A, ensuite vient le B ; d’abord, les définitions, puis les axiomes et les propositions numérotées, et enfin quelques appendices en conclusion. Pareille démonstration ressemble, du moins telle est mon impression, à une planche anatomique parfaitement dessinée où chaque élément est désigné par une lettre et où tout semble clair et limpide. Mais, en définitive, on ne sait toujours pas comment tout cela fonctionne. »
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BookycookyBookycooky   18 octobre 2019
Sur l’emballage des serviettes hygiéniques que j’ai achetées dans une pharmacie étaient imprimées ces informations courtes et cocasses :
Le trouble léthologique est l’incapacité de se rappeler le mot dont on a besoin dans l’instant.
La rhopographie –l’attachement particulier d’un artiste à représenter des objets menus et insignifiants dans une œuvre picturale.
La rhyparographie –un attrait particulier de l’artiste-peintre pour des sujets morbides ou repoussants par leur laideur.
Léonard de Vinci est l’inventeur des ciseaux.
Dans la salle de bains, lorsque j’ai ouvert ce paquet de serviettes, j’ai eu comme une révélation : et si cela faisait partie de l’ambitieux projet de cette encyclopédie universelle censée contenir tout le savoir des hommes ? Je suis donc retournée dans la même pharmacie, pour chercher d’autres produits de cette étrange société qui avait pris l’initiative de joindre l’utile à l’indispensable.
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BookycookyBookycooky   16 octobre 2019
Le cœur. Dans sa réalité toute nue, sans son voile de mystère. Une masse informe de la taille d’un poing, couleur gris beige. Car telle est la couleur de notre corps, gris crème, gris marron, une vilaine couleur indécise, on a tendance à l’oublier. Personne ne choisirait pareille couleur pour les murs de son séjour ou la carrosserie de sa voiture. C’est la couleur de nos entrailles, de nos tréfonds, de ces endroits où la lumière n’accède jamais, où la matière se cache dans l’humidité, à l’abri des regards extérieurs–ce qui la dispense de bien présenter. Il n’y a qu’avec le sang qu’elle s’autorise une touche d’extravagance.
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BookycookyBookycooky   18 octobre 2019
Il faut absolument que vous alliez aux Caraïbes ! Et surtout à Cuba, tant que Fidel est encore au pouvoir. Quand il sera mort, Cuba deviendra comme tout le reste. Pour l’instant, on peut encore y voir un peu de pauvreté authentique. Ah, si vous voyiez dans quels tacots ils roulent ! Mais il faut vraiment se dépêcher, il paraît que Fidel est très malade.
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BookycookyBookycooky   20 octobre 2019
À chaque fois que Karen réfléchissait sur la tournure qu’avait prise sa vie, elle arrivait à la conclusion que la vérité était toute simple : les hommes ont davantage besoin des femmes que les femmes des hommes. Et, à vrai dire, elles pourraient aisément se passer d’eux. Elles sont plus endurantes que les hommes, supportent la solitude, veillent à leur santé, s’occupent d’autrui avec bienveillance.....
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