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3,76

sur 103 notes
Dandine
  18 juin 2019
Apres Satan a Goray je replonge avec ce livre dans une autre histoire de messie. Grand plongeon cette fois: un millier de pages. Ca fait beaucoup et a mon avis l'auteur (auteur ou auteure? Qu'est-ce qui est le plus juste?) aurait pu en couper une petite flopee, mais elles restent pour la plupart interessantes et meme agreables a lire.

Un millier de pages pour raconter en long en large et en travers un messie, Jakob Frank, un mouvement messianique, le frankisme; ses antecedents et son devenir; comment il est accueilli, embrasse par les uns et combattu par les autres; les idees qui l'enfantent et les divagations qui le tuent, ou le contraire; un messianisme juif qui se rapproche du christianisme, jusqu'a pousser ses suiveurs a la conversion: vrai acte de foi ou supercherie? Et beaucoup de pages pour la reaction, et les actions, de la curie locale, c.a.d. la polonaise, et des juifs qui chassent le mouvement. Tous manipulent, tous sont manipules. Mais ce n'est pas tout.

Un millier de pages pour raconter en details les periples du messie et ceux de ses suiveurs, qui s'entrecoupent, s'eloignent et se rapprochent, divergent et confluent. Des routes et des paysages de Turquie, De Grece, de Pologne, d'Ukraine, de Roumanie, d'Allemagne. Des arrets en de grandes villes, Smyrne, Lwow, Varsovie, Vienne, en de moyennes comme Brunn ( la Brno d'aujourd'hui), Czestochowa, et en beaucoup de toutes petites bourgades, aux noms et aux marches exotiques, Rohatyn, Busk, Lanckorun, Podhajce, Glinna, et j'en passe et pas des moindres (ah! Miedzyboz! Miedzyboz!).

Un millier de pages pour expliquer le chemin qui mene d'idees, de croyances plus ou moins esoteriques a des pratiques scandaleuses. L'auteur essayera de nous faire comprendre le raisonnement de penseurs comme Issakhar (Isohar dans ce livre) de Smyrne ou Rabbi Nahman Ben Samuel Levi de Busk. Et les decisions doctrinales du messie, de Frank, qui transgressent toute morale traditionnelle. La transgression est le pain de tous les jours dans ce messianisme, puisqu'avec l'arrivee du messie on passe d'une ancienne ere a une nouvelle, ou il n'y a plus de frontieres entre le bien et le mal, ou la notion de peche est obsolete.

Beaucoup de pages pour cerner le charisme de ce rustre mal degrossi qu'etait Frank. Parce qu'il a ete suivi par de nombreux lettres, qui avaient frequente les meilleures ecoles, les plus grandes yeshivot polonaises, pas seulement par une foule simple et pauvre.

Et surprise (pour moi en tous cas), beaucoup de pages pour nous raconter l'ecriture d'un recueil, encyclopedique bien que naif, rassemblant des savoirs grappilles un peu partout sans aucune verification ni discussion, et nous presenter son auteur, le pere Chmielowski, qui anticipe et annonce les Lumieres en Pologne. Un homme admirable, perdu parmi des hommes d'eglise qui ne recherchent que pouvoir et honneurs.

Et j'allais oublier de dire que l'auteur (auteure? Je vais utiliser son nom, ce sera plus simple: Olga Tokarczuk) a fait un travail de recherche assez pousse. Les noms sont des noms de personnages reels; l'histoire qu'elle raconte suit la vraie histoire, mais elle ecrit un roman, alors elle y mele des elements fantastiques, comme une aieule qui n'arrive pas a mourir, qui ne peut pas mourir, meme quand on l'ensevelit dans une grotte cachee, inexploree, et qui suit, en survolant les temps et les lieux, les peripeties de tous ses descendants. Cela donne un roman historique aureole de mystere, de merveilleux, et cela sied tres bien au sujet.

Tocarczuk a ecrit un livre etonnant, developpant des themes fascinants. Quel est le terreau (historique, sociologique) propice a l'apparition d'un messie, d'un sauveur aux dons divins, magiques, qui est cense apporter paix et bonheur a tous, et qui finit, quand il reussit, ou quand ses suiveurs reussissent, a n'apporter que des reformes, une nouvelle religion ou une nouvelle secte? Comment expliquer l'acharnement contre l'ancienne religion ou societe que le mouvement messianique voudrait changer, ou plutot remplacer, heriter? Comment expliquer par exemple que les franquistes renouvellent - au 18e. siecle! - les accusations contre les juifs de meurtre rituel, alors que les hierarchies chretiennes n' y croient plus depuis longtemps et les recusent? Est-ce que le frankisme est en fait un essai d'emanciper les juifs? J'ai eu l'impression que Tokarczuk pousse un peu dans cette direction, et que c'est pour appuyer ce qui peut etre vu comme un premier vecteur vers une modernite juive qu'elle y mele cet autre essai de modernisation, l'ecriture d'une premiere, hesitante, encyclopedie polonaise. Qu'elle mele au parcours de Frank celui, beaucoup moins controversial, de Chmielowski. Quant a moi je crois que Frank et son mouvement n'etaient qu'une version du passe, des querelles et des solutions d'antan, pas la revelation d'un possible futur. Pour moi, Frank symbolise l'esprit ancien du shtetl, et en ce qu'il s'y revele de moins bon, meme quand il en sort. le futur est porte a la meme epoque par un philosophe, Moses Mendelssohn, qui lui, annonce l'Aufklarung, les Lumieres, et s'y trempe corps et ame tout en restant juif.

Olga Tokarczuk a ecrit un livre ardu, mais accessible quand meme. Et quand on s'accroche, le melange de realisme et de prodigieux devient fascinant. Fascinante aussi sa facon de ventiler des dilemmes, de susciter moult sujets de reflexion. Un long livre, un gros pave, qui commence par se meriter et finit par devenir impossible a lacher.

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Allantvers
  03 août 2021
Poursuite de la découverte de l'oeuvre nourrissante, foisonnante et atypique d'Olga Tokarczuk, cette fois en mode longue durée et courts chapitres savourés chaque soir à l'heure du conte comme des gorgées d'une savoureuse tisane, et mon enthousiasme ne se dément pas, loin de là.

Pour peu qu'on s'y laisse couler, Les livres de Jakob sont un voyage, que dis-je, une épopée à travers les âges et les croyances, une symphonie car les livres de cette auteure à la profondeur bienveillante si singulière dégagent leur propre musique, une immersion d'un réalisme envoûtant au coeur d'une Europe orientale que les Lumières commencent à peine à caresser.

C'est de cette lumière en devenir que nait Jakob Frank, le visionnaire mystique qui pense par -delà les dogmes et les religions établies, Juif de basse extraction et de grande ambition, Messie auto-proclamé qui emmènera ses adeptes vers la foi ottomane puis vers la catholique, faisant fi des frontières d'une Pologne qui vit ses dernières années d'indépendance. Prophète génial, clown grotesque, meneur d'hommes incomparable, charlatan sublime, gourou acariâtre qui prêche le libre amour et se réserve toutes les femmes, prône la mise en commun des biens qu'il privatise largement à son profit.
Aussi haut qu'il s'élève et aussi bas qu'il tombe, ses adeptes ne cessent de le suivre et de l'adorer, et nous lecteurs de l'admirer autant que de le honnir selon que l'on l'observe dans ses travers (sur)humains ou à travers le regard hostile, intéressé ou hypocrite des autorités catholiques, juives ou des puissances séculières de l'époque.

En attendant et au-delà de tout cela, jamais je n'avais ressenti avec une telle sensation de réalité le gras de la bougie à l'huile au fond de la chaumière, l'épaisseur de la nuit froide sur les murs d'un couvent au fond des bois, la fatigue du tendon sur la jambe du pèlerin, la crasse délétère de l'adepte de la secte honnie ou la chaleur veloutée du kilim sous le pied du maître.
Et tous ces mots, ces images et pensées si propres à l'auteure qui parsèment le récit et s'en échappent pour venir vous frapper le coeur et l'esprit...
Ce livre aura été pour moi un long et enrichissant périple dont je ressors orpheline.
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Romileon
  19 janvier 2022
J'avais entendu parler de l'homme que les Juifs d'Europe centrale avaient reconnu au XVIIIème siècle comme étant le Messie tant attendu.
Ce roman est son histoire, celle de Jakob Frank ou devrais-je dire Lejbowicz, ou Jakob le Sage, Jakob le rustre, le baron Dobruski ou plus simplement le Maître ? Son histoire et celle de ses adeptes.
Vivant tour à tour dans des cabanes, des châteaux, une prison, dans le sable, la poussière, la boue, la neige, ce Messie auto-proclamé parle plusieurs langues. Cet homme d'un incroyable charisme va créer un mouvement unique qu'on appelle aujourd'hui le Frankisme mais que ses adeptes appelait la Havurah, la fraternité.
Juif d'origine, il refusera les préceptes du Talmud, adoptera des pratiques musulmanes, chrétiennes s'affranchissant de toutes règles, s'accordant toutes les libertés y compris sexuelles provoquant le rejet, la colère ou l'admiration, la fascination.
Ce récit est foisonnant. Les personnages sont nombreux : amis, ennemis, fidèles, traitres... Ils parcourent l'Europe centrale en tous sens jusque dans l'Empire ottoman, la Russie, pour faire de nouveaux adeptes, transmettre les nouvelles, récolter des dons, se trouver des alliés si possible puissants ou fuir leurs détracteurs.
Ce n'est pas toujours simple de suivre les pérégrinations de personnages à travers les frontières de Podolie, Moldavie, Galicie et qui en plus voit leur nom changer : nom juif, diminutif, nom polonais après les baptêmes, voire germanisé.. même si Olga Tokarczuk s'efforce le plus souvent d'associer les anciens-nouveaux noms pour aider le lecteur à s'y retrouver.
Il reste que si cette lecture m'a demandé des efforts, car c'est une région du monde que je connais peu à cette époque hormis les généralités d'usage, je me suis tout de même laissée porter par cette histoire incroyable.
La vie quotidienne est particulièrement bien restituée : les habitations, le linge, la nourriture, le froid, la maladie.
J'ai été épatée par la mise en réseau des différentes communautés qui parviennent avec les moyens si sommaires de l'époque à communiquer efficacement (presque).
J'ai été sensible aux personnages si riches. Celui de Jakob évidemment aussi fascinant qu'exaspérant, à la fois séducteur, charmant, roublard, grossier, égoïste… Mais aussi le charmant encyclopédiste polonais Benedykt Chmielowski, le fidèle Nahman, sans oublier les personnages féminins dont certains sont d'une très grande force telle Yaha, Gitla, Katarzyna Kossakowska et l'être de cristal Ienta, la non morte.
Car oui, tout cela est vrai y compris les charmes, les prédictions, les miracles..
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5Arabella
  16 décembre 2018
Un gros volume d'un millier de pages, un très grand voyage. Dans le temps, dans l'espace, dans les cultures, avec de nombreux personnages. Cela commence au milieu du XVIIe siècle, dans les communautés juives, sur les confins de l'Europe, entre la Pologne, l'Ukraine, l'empire ottoman. le personnage principal, qui donne son titre au livre, Jakób Frank, né en Podolie, mais très vite parti à Smyrne, ville dans laquelle vit le successeur d'un messie auto-proclamé, Sabbataï Tsevi dont Frank va reprendre le flambeau, groupant autour de lui une secte de « vrais croyants ». Secouer surtout la chape de plomb de la tradition juive, et trouver peut-être enfin une place digne pour leur communauté. le monde est en pleine mutation, le royaume de Pologne vit ses dernières années, les puissances européennes se recomposent, la révolution française et les bouleversements qu'elle va provoquer sur tout le continent couve.

C'est le tableau de ce monde en mouvement que dresse Olga Tokarczuk par le biais de son personnage messianique. Frank va rassembler des milliers de disciples dont certains lui seront fidèle jusqu'à la mort, et au-delà, leurs enfants et petits enfants prenant le relais. Sa doctrine, étrange veut détruire la loi de Moïse, traverser le mal pour précipiter le monde vers sa destruction. Sabbataï Tsevi a été contraint de se convertir à l'islam, Frank s'y converti aussi, mais décide d'amener ses disciples à passer au catholicisme. Traverser les trois religions prend un sens mystique. Il va susciter de l'intérêt, voire de l'enthousiasme, mais vite de la méfiance. Il va côtoyer des grands seigneurs, des souverains, mais connaîtra la prison, ses disciples subiront des persécutions, traverserons des épidémies, des violences. Il restera d'une certaine façon toujours fidèle à lui-même, dans ses costumes orientaux, chamarrés et somptueux, dans son charisme qui lui donne une grande emprise sur ses fidèles, dans son mysticisme.

Olga Tokarczuk reste en quelque sorte en retrait, elle dresse le tableau de tous ses personnages, Frank en premier, mais aussi des autres, de ses proches, des grands seigneurs qu'il approche ou qui jouent un rôle dans son destin, d'un prêtre auteur d'une sorte d'ouvrage encyclopédique et de plein d'autres, sans porter de jugement de valeur, sans pénétrer d'une façon trop poussée dans leur intimité psychique, en les regardant vivre de l'extérieur en quelque sorte. Un personnage étrange donne d'ailleurs une forme d'unité au livre, une femme qui aurait dû mourir et qu'un charme a empêché de le faire au temps indiqué, et qui flotte dans une sorte de coma, dont l'esprit se déplace et voit les événements, sans pouvoir y prendre place, ni même au final ressentir grand-chose à leur vue, même si une forme de curiosité semble subsister en elle. Cette distance peut être frustrante au départ, mais donne sans doute au final sa puissance au livre, lorsque la vaste fresque se dissout petit à petit en même temps que le destin des personnages s'achève.

Nous aurons entre-temps voyagé dans sept pays, suivi de nombreux personnages, quitté des moeurs très anciennes pour envisager des temps nouveaux à venir.
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oiseaulire
  04 novembre 2018
Je me suis rendue le 1e novembre à une conférence d'Olga Tokarczuk à la librairie Ombres Blanches de Toulouse à l'occasion d'une tournée effectuée par cette auteure en France et en Suisse (deux interventions à Paris, une à Toulouse et une à Lausanne).
J'ai été sidérée par l'intelligence, l'érudition, la gentillesse et la simplicité qui émanent d'elle. Elle était aidée dans son intervention par une traductrice hors pair qui a également fait l'admiration de tous.
Je garderai de ce moment un souvenir émerveillé.
Le livre évoque les hérésies juives nées au 18 ème siècle sous l'impulsion de Jacob Frank, dans la ligné de Sabbataïa Tsvevi au 17 ème siècle . Il est dense, fourmillant : on y voit le sort des juifs en Pologne, la formation de ces mouvements sectaires, l'extrême diversité des pratiques religieuses en Pologne, la vie des ecclésiastiques lettrés et celle des ecclésiastiques ambitieux, la diversité des modes de vie sur le territoire et l'oppression des pauvres. On y a un aperçu de la vie intellectuelle : poésie, constitution d'une encyclopédie qui rappelle celle de Diderot mais en est assez éloignée par l'inspiration car elle est le fait d'un seul homme qui relate des savoirs anciens.
Ce livre est agréable à lire et instructif, mais fort long. On peut sans inconvénient le lire en plusieurs fois, le thème en est si fort que l'essentiel n'est pas oublié d'une fois à l'autre.
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Creisifiction
  15 mars 2022
L'ambition affichée dans sa construction, ses dimensions imposantes (près de mille deux-cents pages dans son édition de poche !), mais aussi, et surtout, l'immense travail de recherche nécessaire à son élaboration, l'ampleur et l'originalité du propos qui le sous-tend, et enfin la qualité des réflexions qu'il suscite chez ses lecteurs, font à mon sens de ce roman un des monuments littéraires les plus impressionnants et aboutis de ce siècle. Publié en 2014, après de longues années de préparation avant sa rédaction définitive, époustouflant d'érudition et d'imagination, cette oeuvre prodigieuse inspire tout d'abord un profond sentiment d'admiration, et d'humilité aussi. Il serait en effet vain de la part du lecteur lambda, lors d'une première lecture courante, à défaut de pouvoir s'appuyer sur divers autres supports bibliographiques et d'avoir effectué de très nombreuses consultations parallèles à sa lecture, de vouloir embrasser et maitriser tant soit peu la totalité des notions convoquées et l'ensemble des domaines traversés par ce colosse littéraire!
La littérature, à contre-courant de la démarche poursuivie par la raison pure, rechercherait d'après cette belle formule trouvée par Olga Tokarczuk, «la perfection des formes imprécises». Suivant à la lettre ce précepte, naviguant avec aisance, force érudition et une désinvolture admirables entre différents genres et registres littéraires, LES LIVRES DE JAKOB, roman historique et chronique détaillée d'une époque -le XVIIIe siècle en Pologne- mettant en scène de très nombreux faits et personnages réels, dont son personnage central, Jakób Frank, à la source de l'un des plus importants mouvements messianiques de toute l'histoire du judaïsme, est en même temps une fiction teintée de réalisme magique s'inspirant des littératures traditionnelles yiddishs, et aussi un exercice remarquable d'exégèse de textes religieux et ésotériques tels le Talmud, le Zohar, l'Ancien Testament, ou encore certains écrits issus de la gématrie et de la Kabbale médiévale espagnole. Roman-fleuve captivant, brillante analyse de la «machine messianique» et, donc, à un autre niveau de lecture, exploration littéraire de très haut envol autour de certaines des conceptions fondamentales de la mystique judaïque traditionnelle, comme par exemple, l'origine du monde, la nature divine de la création ou la genèse du bien et du mal, son auteure ne cédera par ailleurs, à aucun moment, ni à la tentation d'une simplification qui consisterait à épingler l'épisode messianique frankiste plutôt comme une vaste fumisterie engendrée par un cerveau dérangé, ni à celle de faire couler son ambitieuse entreprise littéraire sous le moule d'une «stravaganza» parodique et érudite, à la Umberto Eco...
L'effervescence qui s'était emparée du judaïsme à cette époque y est décrite de manière détaillée et très éloquente, et il faut bien le préciser, «de l'intérieur», Olga Tokarczuk veillant en effet à prendre systématiquement distance par rapport à son sujet, à éviter scrupuleusement tout jugement de principe sur les évènements historiques dont elle s'inspire pour son roman. Ce climat d'agitation spirituelle dans la communauté juive serait tout d'abord à mettre en lien avec le contexte historique chaotique où celle-ci s'était retrouvée à partir du XVe/XVIe siècle, suite à l'expulsion des juifs séfarades de la Péninsule ibérique qui s'étaient massivement dirigés vers des territoires affichant à ce moment-là une plus grande tolérance envers d'autres pratiques religieuses (l'Empire ottoman, l'est de l'Europe, notamment le royaume de Pologne). Cette dispersion allait rebattre les cartes non seulement de la géographie humaine, mais aussi spirituelle du judaïsme. L'infiltration progressive d'une certaine ferveur dans les pratiques religieuses traditionnelles, ainsi que des thèmes chers à la dimension ésotérique, propres à la branche séfarade, la diffusion de l'étude de la Kabbale et de son traité fondamental, le Zohar (« Livre de la Splendeur ») au sein des cercles, des écoles et des séminaires dédiés aux études judaïques dans les nouveaux territoires d'asile, vont se joindre aux sentiments de peur et d'insécurité qui s'y installent progressivement, déclenchés notamment par la violence inouïe des persécutions et massacres perpétrés en Podolie et Volhynie par les hordes de cosaques de Chmielnicky vers le milieu du XVIIe siècle, et nourris également par l'instabilité politique qui touchera ensuite le royaume de Pologne à partir du XVIIIe siècle. Menacé par la voracité grandissante de ses puissants voisins et par une ingérence russe de plus en plus prégnante, fondamentalement antisémite, l'affaiblissement progressif et inexorable de l'Etat polonais ravivera en même temps le grand traumatisme de la diaspora sépharade. Ces deux facteurs, conjugués, vont finir par constituer un terreau propice à la remise en cause des dogmes traditionnels du judaïsme talmudique, à l'émergence de nouveaux courants religieux déviationnistes, à la prolifération de sectes hérétiques et de phénomènes de type messianiques. C'est ainsi que de personnages tels Baal Chem Tov, rabbin dissident, fondateur historique du hassidisme, en Ukraine, ou, dans l'Empire ottoman, les messies Sabbataï Tsevi, à Andrinople, et Baruchya Russo (Osman Baba) à Salonique -précurseurs et inspirateurs de la doctrine de Jakób Frank- occuperont parmi nombreux autres, moins importants, l'espace d'un siècle, entre 1650 et 1750, la scène d'un judaïsme alors en pleine déshérence.
Des notions kabbalistiques telles la «rédemption» ou la «réparation du monde» («tikkoun») sont alors présentes dans la grande majorité des débats, enflamment les esprits, la gématrie devient l'une des principales clés de lecture des textes sacrés, on prospecte ferme sur l'avènement prochain du Messie tout en procédant à des calculs compliqués pour établir la date de la fin du monde (le palmarès revenant à un certain moment, et pour cause, à l'année 1666!).
Selon la Kabbale médiévale espagnole, «Dieu créa les lettres de l'alphabet, pour que nous ayons la possibilité de lui raconter Sa Création». La poétesse polonaise Elzbieta Druzbacka, l'un des nombreux personnages historiques qu'Olga Tokarczuk ressuscite dans LES LIVRES DE JAKOB, écrira à son tour, dans une lettre adressé au père Benedykt Chmielowskis, premier «encyclopédiste» historique polonais, que par ce «quelque chose de tremblé» présent dans son usage des mots et renvoyant à des significations multiples, la littérature serait seule susceptible de dépeindre un tableau de l'univers dans toute sa complexité et immensité. En comparaison, la représentation que donne la raison et la science resteraient, selon elle, aussi plates que «des traits noirs sur une surface blanche».
Thaumaturgie ou imposture ? Quête mystique ou charlatanisme ? Exaltation spirituelle ou mise-en-scène savamment orchestrée? Révélation de mystères ou argutie spécieuse ? Olga Tokarczuk, se jouant astucieusement des mêmes codes ambigus et «tremblés» qui régissent le discours messianique, lorsque ce dernier s'affranchit des dogmes d'une raison qui ne semble plus en mesure de répondre aux aspirations de son époque, réussit , brillamment, à introduire de manière subreptice une dimension mystique et téléologique à son récit des rouages temporels conduisant au messianisme frankiste, là où L Histoire ou la pensée rationnelle seraient plutôt portées à circonscrire le phénomène dans quelque chose de contextuel et contingent, et où l'imagination «créatrice de sens multiples» n'aurait en principe aucun rôle important à jouer... À ces «livres» relatant donc le parcours, les péripéties, souvent aussi les excès et les impostures attribués au dernier des grands Messies de l'histoire du judaïsme, ayant réussi à rassembler autour de lui des dizaines de milliers d'adeptes dans toute l'Europe et à inciter un bon nombre de ses partisans à violer la Loi talmudique, à transgresser les valeurs morales les plus strictes de leur époque, à abolir quasiment tous les interdits en vigueur dans la société de leur temps, Olga Torkarczuk, réussit le tour de force d'insérer un niveau de narration «merveilleux», atemporel et supra-réel, sorte de «Livre» des livres dont le fil rouge, soutenu entre autres par le regard porté sur l'évolution des évènements par le magnifique personnage de la matriarche juive Ienta, sommeillant entre vie et mort à travers les époques, oubliée par l'agitation du monde au fond d'une grotte, ou encore par le récit caché qu'en fait Nahman de Busk, le disciple le plus fidèle et brillant de Jakób Frank, habité par une soif mystique profonde, sincère et désintéressée, dont les écrits cachés, regroupés sous l'appellation de «Reliquats» font vivre «de l'intérieur» au lecteur aussi, provisoirement suspendu entre histoire et fiction, entre littérature et spéculation, cette quête mystique élevée, le positionnant au coeur même de ces questions théologiques passionnantes dont l'ambition « tremblotante » était de réussir à approcher la complexité et l'immensité de l'univers…
Les débats qui ont essaimé en Europe aux XVII et XVIIIe siècles, de Smyrne à Salonique, et jusqu'en Ukraine, en Volhynie ou en Podolie, en viendront cependant à faire basculer en profondeur les fondements mêmes du judaïsme traditionnel, entraînant à leur suite un véritable séisme au sein de la communauté, lourd de conséquences et qui, sous certains de leurs aspects, se prolongeront en filigrane jusqu'aux temps modernes, ainsi qu'en témoignera, par exemple, le regard transcendant de Ienta dans les derniers chapitres du roman. La Haskala (Emancipation) apportée par le siècle des Lumières, en libérant peu à peu la communauté juive de la contrainte absolue au ghetto et du statut millénaire de «mi-citoyens», et par la même occasion des menaces de ruptures violentes en son sein provoquées par les dérives sectaires - seul moyen jusque lors de subvertir l'ordre établi, de remettre en cause l'exclusion répétée des juifs par leurs hôtes successifs et d'espérer rétablir cette place imaginaire de «peuple élu» promue par les textes fondateurs -, n'empêchera pas, toutefois, que certains échos de ces épisodes douloureux soient encore perceptibles de nos jours (le mouvement Habad-Loubavitch en serait une illustration exemplaire, ainsi que ce pur produit messianique «post-industriel» incarné à la fin du XXe siècle par le «Messie de Brooklyn», Menahem Mendel Schneerson!!).
LES LIVRES DE JAKOB, longue et passionnante épopée au sous-titre tout aussi étendu, démesuré - «OU LE GRAND VOYAGE À TRAVERS SEPT FRONTIÈRES, CINQ LANGUES, TROIS RELIGIONS ET D'AUTRES MOINDRES, RAPPORTÉ PAR LES DÉFUNTS, LEUR RÉCIT SE VOIT COMPLÉTÉ PAR L'AUTEURE SELON LA MÉTHODE DES CONJECTURES PUISÉES EN DIVERS LIVRES, MAIS AUSSI SECOURUES PAR L'IMAGINATION QUI EST LE PLUS GRAND DON NATUREL REÇU PAR L'HOMME » (!) est un récit sinueux, méandrique, habité par plusieurs dizaines de personnages, réels et fictifs, dans lequel on peut parfois avoir le sentiment (passager) de s'y perdre, un roman pratiquement impossible à résumer. C'est sans doute une lecture à long cours et qui peut prendre du temps, mais où, en revanche, l'on ne trouvera guère de longueurs à déplorer; «engageante», certes, mais aussi inoubliable, enrichissante, non seulement sur le plan littéraire, mais aussi intellectuel et, pourquoi pas, spirituel.. En somme, un véritable exploit littéraire, totalement bluffant, un roman exceptionnel qui confirme une fois de plus l'immense talent de l'auteure polonaise.

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ChtiBaboun
  24 juillet 2020
La couverture du livre d'Olga Tokarczuk  "Les livres de Jakob m'avait fasciné lors d'un passage en librairie. A travers sept frontières,  cinq langues, trois religions  ce livre raconte le grand voyage de Jakob Frank entre Pologne et empire ottoman entre 1740 et début du 19ème siècle.
La quatrième  de couverture ne fit que donner encore plus envie de rentrer dans cette histoire.
Et pourtant je ne pris pas le livre. Les 1000 pages m'effrayait.
Pourtant ce livre me trottait dans la tête..... et je le revis à la Médiathèque . C'était sûrement un signe !
Je me suis lancé !
Dire que la lecture fut facile  serait un euphémisme.
Nous sommes donc autour des années 1750 dans la Grande Pologne soit la Pologne actuelle, la Lituanie et encore la partie occidentale de l'Ukraine actuelle.
Cette Grande Pologne vit ces dernières année.
Nous allons suivre les traces d'une secte juive à la tête de laquelle se trouve Jacok Frank.
. Comme la plupart des personnages de ce roman, Frank a bel et bien vécu, de 1725 à 1791. Et quelle vie que celle de Jakob, né Lejbowicz dans une famille de commerçants juifs de la province polonaise de Podolie (désormais en Ukraine), qui se forma aux préceptes d'un autre faux Messie (Sabbataï Tsevi, 1626-1676) dans les centres du « sabbataïsme », de Smyrne à la Moldavie, avant de s'inventer Messie à son tour, sous le nom de Jakob Frank.

« Frank » veut dire « étranger » »Etranger, donc éternellement migrant, dans le très vaste royaume polonais multi-ethnique et multiculturel qui s'étend alors jusqu'à l'Empire ottoman, et dont il parcourt à cheval les plaines , les forêts  les villes et villages aux ruelles boueuses et défoncées, vêtu comme un Turc, fez sur la tête et manteau à grand col de fourrure . Etranger, donc infidèle, aux femmes, aux religions : au gré de ses ambitions, à la poursuite de son rêve d'une vie spirituelle toujours plus riche, Jakob se convertit à l'islam puis au catholicisme avec quiinze mille disciples en un baptême monumental .
Les 7 livres de Jakob retracent les tribulations mystiques, politiques et charnelles de ce héros charismatique, effrayant et mégalomane. Jakob Frank s'élève contre l'intransigeance des rabbins mais se rapproche de la hiérarchie catholique anti-juive, et finit traître aux yeux de tous.
Dans ce livre hautement romanesque Olga Tokarczuk nous rappelle la complexité  de l'époque  et de la région.
Complexité que l'on retrouve dans le changement incessant du nom des personnages entre nom juif polonais yddish ou encore allemand.
Complexité encore dans cette géopolitique  religieuse entre juif, chrétien,  musulman aux confins de l'Europe et de l'empire Ottoman
 L'ombre d'une vieille femme mystérieuse, Ienta, plane sur l'ensemble du livre et projette sur lui un clair-obscur fantastique. Alors que Ienta agonise le jour d'un mariage, une amulette l'arrache à la mort mais non au coma. Elle va survivre dès lors sur le mode d'une "sortie hors de son corps "
Le découpage des 7 livres en court chapitres  facilite la lecture et empêche de se perdre dans le labyrinthe des noms. Néanmoins essayer de retenir l'ensemble des noms est une gageure.
Vaut mieux se laisser porter par les personnages et l'histoire.
Ce découpage laisse aussi la place au quotidien et l'on ressent vraiment la froidure de l'hiver ,la pauvreté des familles,  la chaleur de la vodka ou encore l'humidité des habitations et la saleté des villages.
Ces petits chapitres,  pas toujours chronologiques dessinent aussi une société polonaise ultra catholique,  fermée sur elle même, et dans laquelle une secte de 15 à 20 000 mille personnes a pu prospérer  jusque dans la noblesse et les hautes sphères de l'église polonaise.
Tous sont pris en otage par les jeux de pouvoir et l'opportunisme des nobles et des ecclésiastiques. Ces derniers escomptent tirer des bénéfices politiques de cette masse inespérée de convertis
Autant entrer dans ces milles pages peut être long, autant à la fin de la lecture il est difficile de laisser tous ces hommes et femmes.
Ils sont de la pâte dont est faite l'humanité.











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Isacom
  11 décembre 2021
90 % des Polonais juifs ont été assassinés au 20ème siècle dans les camps nazis. Pas des "Juifs de Pologne", non, pas des semi-étrangers, mais des Polonais, dont les dynasties familiales remontaient à des siècles, dont les racines plongeaient au sein même du terroir polonais.
Ce sont ces histoires familiales, 300 ans en arrière, auxquelles l'écriture somptueuse d'Olga Tokarczuk redonne vie dans ce roman monumental.
Elle le fait au travers de l'épopée d'un personnage au charisme exceptionnel : Jakób Frank, mi-gourou, mi-bonimenteur.
L'objectif officiel des prêches de Jakób est d'unifier les trois grands monothéismes en une seule religion messianique. Son projet personnel, par contre, semble se borner à bien manger, bien boire, bien s'habiller et séduire un maximum de femmes.
Sa vie est racontée par plusieurs narrateurs, dont sa propre grand-mère, plongée dans un coma miraculeux d'où elle suit en pensée les pérégrinations de son petit-fils.
Ces différents points de vue permettent de décrire dans un grand luxe de détails la vie des communautés juives dans la Pologne rurale du 18ème, ainsi que dans les grands ports marchands du Sud de l'Europe entre autres.
Parallèlement on suit le point de vue des catholiques, notamment par le biais d'une correspondance entre une poétesse et un curé précurseur des Lumières, auteur modeste d'une ambitieuse Encyclopédie.
On a ainsi le portrait saisissant et érudit, à l'aube de la période révolutionnaire, d'une Europe multiculturelle, d'une assez grande liberté religieuse malgré les discriminations, d'une Europe où les frontières sont plus des lieux d'échanges que des murs infranchissables.
De multiples illustrations tirées d'archives rares ponctuent le roman de façon émouvante.
Traduction parfaitement fluide de Maryla Laurent.

LC thématique de décembre 2021 : ''Le retour de l'hiver”
Challenge Nobel
Challenge Globe-trotter (Pologne)
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Streala
  11 mars 2020
Vite ,vite j essaie avant toute chose de vous encourager à lire ce pavé ,expérience inédite .
Peu originale et Romantique ,je l ai choisi Car son auteur venait de recevoir le prix Nobel: Olga Tolka..-truc ?? une femme polonaise d âge moyen en dreadlocks ,Inconnue ,une originale...dans un pays ultra conservateur et catholique ,cela me plaisait .
Mes poignets accusèrent le choc quand l employée de ma grande librairie préférée à Bruxelles me remis l ouvrage sans conviction , « je vous préviens c est lourd ! Un pavé! » me dit elle masquant mal son peu d enthousiasme pour ce grand -oeuvre mais je tins Bon.

1000 pages plus tard ,je ne regrette pas de l avoir lu ,ce roman m a fait sortir de ma zone de confort et de sentiers 1000 fois rebattus

La pagination est inversée comme dans les livres juifs ,la page 1 est la dernière :au fond c est une bonne idée comme cela vous savez combien de Pages il vous reste à lire avant la fin !

En bref ,(Je souris en relisant ma critique ,bref n est pas le mot mais tenez bon chers babeliens )
nous suivons la vie de Jakob Frank ,un juif qui fonda une secte dissidente au 18 eme siècle ,une personnalité charismatique , l archétype du gourou qui n hésita pas à s'auto- proclamer le messie tant attendu ( 2 autres illuminés l avaient fait avant lui ).
Il fut entouré d une cour fidèle toute sa vie ou toutes ses nombreuses vies : en effet ,son existence est rocambolesque :
-Après les années de formation et de jeunesse auprès de maîtres juifs divers à Smyrne et ailleurs où il vécu d amour et d eau fraîche
-il fonda une communauté (miséreuse )et un poil hippie en Podolie (amours libres et débridées ,incestes,rites magiques divers ,interdiction de la propriété privée ,Jakob aime se nourrir du lait maternel de ses fidèles….jeunes accouchées ..)

-Il passera ensuite à une vie de bon bourgeois turc propriétaire d'une ferme prospère,marié et père de famille,converti à l islam pour le business .

-Attendant son baptême en Pologne :lui et ses nombreux suiveurs embrassèrent la religion catholique (En façade)car cela servait au mieux leur quête d absolu et le destin de leur secte ( longueurs décrivant comment il parvînt à convaincre l'Eglise )

-emprisonnement dans le dénuement dans un monastère humide (La hiérarchie catholique finit par désavouer sa conversion de façade et a voir en lui homme influent et donc dangereux )

-Vie fastueuse à Brunn et Vienne ou sa fille adorée devient la maîtresse du futur empereur d Autriche

-vie un peu moins fastueuse en Allemagne ,dans un château tout de même ,entouré d une garde rapprochée en tenue d opérette

Etc etc ….et j oublié qq épisodes

Ce Jakob ,homme de haute stature ,charismatique ,Exotiquement vêtu à la turque (mais d étoffes précieuses) )était probablement un psychopathe qui a réussi .

Ceci dit ,le livre est décidément trop long!!!
De nombreux passages sont des extraits du journal intime de Nahman (un de ses fidèles de la première heure) :ceux ci décrivent par le menu Et en longueur les discussions stériles ,kabbalistiques et illuminées de Jakob et ses fidèles ,ces passages surtout au début du roman risquent de vous faire lâcher le pesant volume si vous n êtes pas morts d ennui avant cela !

Les Très nombreux personnages aux noms compliqués qui changent d identité après leur baptême font que l on s y perd (est ce le but ?) un tableau des personnages aurait été utile !

Dommage que l auteur reste en surface ,se contentant de décrire les faits ,la psychologie et les ressorts intimes des protagonistes nous échappent .

Ainsi la rencontre de la fille de Jakob avec Casanova À la cour de Marie - Thérèse d Autriche aurait mérité un développement.

J'ai bien aimé les passages décrivant la condition des juifs à cette époque .

Manque aussi un rappel du contexte historique ,je ne connais pas le géographie ni l Histoire de la Pologne .

En conclusion ,une expérience de lecture inédite ,qui se lit assez facilement
Ce roman mériterait d être réécrit ! (Avis aux agents et éditeurs )

Il faudra que je lise les autres romans de l auteur pour comprendre l attribution du prix Nobel mais je ne suis probablement qu une lectrice ignorante et bornée ... ;))
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Christlbouquine
  04 novembre 2018
Le sous-titre de ce roman est "Ou le Grand Voyage à travers sept frontières, cinq langues, trois grandes religions et d'autres moindres."
Et c'est à un voyage foisonnant et passionnant que nous convie Olga Tokarczuk, dans les pas de son personnage principal, Jakob Frank, juif converti à l'Islam puis au Christianisme, considéré comme un messie par ses adeptes, habile manipulateur, mystificateur sublime, personnalité charismatique haute en couleurs et complexe. Jakob Frank est tout cela à la fois, et son histoire qui court sur près de 1 000 pages est tout simplement hallucinante !

Soyons clair, ce livre représente un véritable défi littéraire pour l'auteur comme pour le lecteur, et indéniablement pour sa traductrice ! Il s'agit d'une lecture exigeante, mais à laquelle j'ai pris un plaisir immense. Olga Tokarczuk nous conte avec un souffle romanesque sans pareil l'itinéraire de cet étrange "messie" et de sa secte au coeur de l'Europe des Lumières, en plein XVIIIème siècle. Cette épopée flamboyante est admirablement construite et totalement captivante. L'érudition époustouflante de l'auteure reste toujours accessible au lecteur.

Ce récit nous plonge au coeur de l'histoire et de la vie de la Pologne du XVIIIème siècle et dans la vie quotidienne de ses habitants mais aussi au sein du système initié par Jakob Frank et de ses idées subversives. Cet éclairage passionnant se lit comme une odyssée fantastique et laisse le lecteur se faire sa propre opinion sur ce Jakob Frank aussi fascinant que mystérieux et controversé. Un manipulateur génial, un esprit libre, un profiteur sublime, en tous les cas un personnage qui ne laisse personne indifférent, ses adaptes comme ses ennemis.

Le travail de la traductrice, Maryla Laurent, est indéniablement à souligner. Elle a su rendre tout le charme et la quintessence de l'oeuvre d'Olga Tokarczuk, ce qui n'est pas une mince prouesse !

Je dois aussi avouer que c'est un livre qui gagne très certainement à être lu dans sa version papier, car il comporte un nombre assez conséquent de reproduction de gravures qui proviennent en majorité des collections de la Bibliothèque Ossolineum de Wroclaw. Et la liseuse ne rend sans doute pas justice au travail de mise en page et d'impression.

Au final, un livre qui laisse une forte impression, tant par le travail qu'il représente que par l'originalité du personnage.
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