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ISBN : 225308901X
Éditeur : Le Livre de Poche (25/08/2010)

Note moyenne : 4.33/5 (sur 209 notes)
Résumé :
Tolstoï a voulu que l'action de Guerre et Paix débute comme un jet d'eau dont les mille gouttelettes iraient s'éparpiller ensuite de tous les côtés.
Le jet d'eau jaillit avec une telle force qu'il retombe en pluie, en torrents fougueux qui charrient toute la Russie. Y voguent, y chevauchent, au son des cloches et du canon, des armées entières, des personnages historiques - Napoléon, Koutouzov, Alexandre -, et des êtres non moins célèbres bien que sortis de l'... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  10 juillet 2015
Au début de ce volume 2, rien ne va plus pour l'empereur Alexandre, tsar de toutes les Russies, car ce vilain cafard de Napoléon est en train de vouloir lui manger la laine sur le dos…
Rien ne va plus pour le prince André Bolkonski après ses déboires amoureux, lui qui semblait avoir retrouvé le goût à tout, il ne semble plus avoir goût à rien, sauf peut-être à assouvir sa vengeance auprès du ravisseur de sa belle…
Rien ne va plus pour Nicolas Rostov qui après son enthousiasme de jeunesse pour les choses de l'armée et du combat dans les années 1805 et 1807, découvre avec mélancolie, en cette année 1812, la réalité derrière les façades de tout ça, et se voit décerner une médaille ; une médaille pour quoi ? pour avoir failli tuer un homme ? Pour avoir enfreint les ordres ? Pour avoir eu bien peu de bravoure ? N'est-ce que cela cette croix militaire ?...
Rien ne va plus non plus pour Natacha Rostov ; son avenir amoureux semble brisé, elle ne sait plus où elle en est, tant dans ses sentiments que de sa vie…
Rien ne va plus pour Pierre Bézoukhov, qui patauge plus que jamais dans l'errance, ne sachant à quelle idéologie se vouer…
Vous voyez que Lev Tolstoï a bien fait monter sa mayonnaise et, après un livre deuxième bercé par les auspices de la paix, la guerre franco-russe de 1812 est dans les livres trois (avancée des Français en territoire russe, Borodino et prise de Moscou) et quatre (incendie de Moscou et retraite des Français), le canevas idéal pour l'auteur désireux de dérouler sa théorie sur l'insignifiance des destinées individuelles lorsqu'elles sont prises dans le courant de l'histoire (développée sous forme d'essai dans l'épilogue).
Tolstoï inclut dans cette acception des destinées individuelles aussi grandes que celles de Napoléon ou d'Alexandre. Selon lui, c'est l'inextricable lacis de causes et d'effets combinés, qui produisent l'histoire et non les décisions individuelles, quelles qu'elles soient.
L'histoire passe, tel un gros rouleau compresseur, inexorable, et les individus s'agitent à la surface du rouleau, croyant que la marche de leur destinée ou du rouleau dépend d'eux, et d'eux seuls. (Au passage, je vous conseille vivement le petit chapitre d'analyse historique de la campagne de Russie que vous trouverez au chapitre premier de la seconde partie du livre troisième, je sais, c'est un peu compliqué comme dénomination, mais finalement plus simple qu'il y paraît.)
Une vision à laquelle on peut adhérer ou pas, mais en tous les cas, une lecture très distanciée et intéressante de l'histoire et des événements historiques en général, sans oublier une narration de tout premier ordre, ce qui suffit à en faire un monstre sacré de la littérature mondiale, qu'il est bon d'avoir lu, au moins une fois dans sa petite vie de lecteur entraîné par le flot de l'histoire. du moins c'est mon avis, autant dire, pas grand-chose.
P. S. : Je signale au passage, pour ceux que cela intéresse, certains points communs, imputables au côté religieux de Tolstoï, entre La Guerre Et La Paix et son autre grand roman, Anna Karénine. Ici, André Bolkonski accord son pardon sur le champ de bataille de Borodino à Anatole Kouraguine qui lui a ravi Natacha, exactement comme Alexis Karénine l'accorde à Anna et Vronski.
De même, le personnage de Marie Bolkonski, soeur d'André, pleine d'abnégation et de piété, n'est pas sans rappeler celui de Dolly, la femme du volage Stepan Oblonski, frère d'Anna Karénine. L'une comme l'autre trouvent leur raison d'être dans le pardon inspiré par la religion.
On retrouve donc le pardon, l'un des grands chevaux de bataille de l'auteur, développé dans d'autres oeuvres, dont ses nouvelles.
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Nastasia-B
  27 août 2012
Un de mes amis prétend que le plus ennuyeux dans un roman, ce sont les cent premières pages. Il entend par là que c'est le temps nécessaire pour s'y sentir à l'aise, chez soi si j'ose dire, pour apprivoiser les personnages et s'infuser de l'ambiance générale du récit.
S'agissant de "La Guerre et la Paix", je pense qu'on pourrait presque doubler la mise tant la kyrielle de personnages est impressionnante et tant l'emploi, typique des romans russes, du prénom + patronyme + nom de famille pour les désigner peut parfois rendre l'accroche ardue.
Mais quand l'amorce est faite, quand on a passé cette première habituation, lorsqu'on a domestiqué les André Nicolaïévitch et les Nicolaï Andréitch ou qu'on arrive à distinguer du premier coup les Anna Pavlovna des Anna Mikhaïlovna, quel pied mes aïeux, quel pied ! Et alors là, la seule crainte qui nous assaille n'est plus celle d'être à même de rentrer dans l'ouvrage mais bien l'horrible pincement au coeur qui nous fera tourner la dernière page et retarder, inconsciemment, au maximum les affres de la dernière phrase car l'on aimerait que cela ne s'arrête jamais.
Vous avez le temps nonobstant, le livre fait 1600 pages en pléiade rien que pour le texte brut !
Ici, dans ce volume 1, vous avez entre les mains les livres 1 et 2, sachant que l'ouvrage entier en comporte quatre plus un épilogue (grosso modo, chaque livre couvre un quart du roman).
Le livre premier s'étant sur une période assez courte de six mois, la seconde moitié de l'année 1805. C'est une manière de longue mise en bouche ayant pour mission de nous faire rencontrer l'essentiel des personnages principaux, ainsi que le monde dans lequel ils évoluent, le tout baigné dans le contexte historique du grand remue-ménage des conquêtes napoléoniennes.
Nous sommes dans les hautes sphères de l'aristocratie russe, répartie à parts à peu près égales entre Pétersbourg et Moscou. Trois familles principalement nous sont dévoilées de l'intérieur (les Bolkonski, les Rostov et les Bézoukhov) plus une quatrième par contact extérieur (les Kouraguine) avec une focalisation plus appuyée sur les personnages d'André Bolkonski et de Pierre Bézoukhov, bien qu'il faille s'imaginer de nombreux satellites gravitant autour d'eux et n'ayant pas toujours un rôle anodin.
Lév Tolstoï appuie sur le contraste et les similitudes existant entre ce monde de fastes, de paillettes, d'apparences et de poursuites souterraines et parfois troubles d'intérêts particuliers, avec la boucherie barbare orchestrée par ces mêmes personnes en qualité d'officiers guindés dans leurs somptueux uniformes de l'armée russe sur le terrain tragique des champs de bataille.
C'est donc un fréquent va-et-vient entre les lumières des lustres sur les parquets cirés et les feux des détonations sur les parterres boueux éclaboussés de sang humain ; les mêmes galants courtois qui disent "Ma chère princesse" et "Feu à volonté !"
Le livre premier s'achève fin 1805 avec la cuisante défaite (nous sommes côté russe !) d'Austerlitz.
Le livre second s'étend quant à lui sur une période beaucoup plus longue d'environ six ans qui conduira jusqu'à la fin de l'année 1811 et même un peu 1812. On y suit d'abord durant l'année 1806 l'évolution du destin de Nicolas Rostov et de sa famille à Moscou (les Rostov avaient été un peu moins suivis dans le livre 1) ainsi que ses amis militaires Dolokhov et Denissov.
Ensuite, Tolstoï nous convie durant l'année 1807 à mesurer les changements qui s'opèrent dans la vision de la vie de Pierre Bézoukhov, d'abord, et d'André Bolkonski, ensuite. Ces deux personnages étant une sorte de dédoublement de l'auteur lui-même et reflètent son propre cheminement qui l'a conduit à quitter la vie mondaine et s'implanter définitivement dans son domaine familial à la campagne.
Ce livre second est aussi le lieu de notre véritable (amorcée dès le livre 1 mais de façon minime) rencontre avec l'incontournable, la troublante, lumineuse et tonitruante Natacha Rostov, la soeur de Nicolas. Elle semble avoir beaucoup de prétendants : Boris Doubretskoï, Vassili Denissov, André Bolkonski... Tout ceci sans compter sur les machiavéliques tractations des deux diables d'Hélène et d'Anatole Kouraguine, mais ça, c'est ce que je vous laisse le soin de découvrir dans ce premier volume...
Faut-il réellement que je donne un avis ? Ce livre est un monument, ce livre est magique, mais ce n'est que mon avis, un parmi tant d'autres, c'est-à-dire, pas grand-chose.
P. S. : ceci n'est qu'une petite et fort indigente présentation ne concernant que le volume 1 de cette oeuvre grandiose. Je suis en train de préparer une vraie critique plus consistante et plus poussée dans ses interprétations pour l'édition en un seul volume. (à suivre...)
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Allantvers
  20 août 2016
C'est un moment extraordinaire et un bonheur rare que d'ouvrir un livre et de percevoir, d'emblée, le monument de littérature, et de fait de pénétrer ce totem et d'être pénétré de sa force, de plus en plus intense au fil des pages, et de sentir et savoir que ce livre-là vous nourrira pour toujours.
Ainsi en a-t-il été pour moi à l'ouverture du 3ème livre de Guerre et Paix qui ouvre ce deuxième tome et se poursuit jusqu'à la fin de l'oeuvre en un long épilogue suivi d'une ‘préface' de l'auteur.
Maintenant que j'en ai achevé la lecture, je salue ce découpage éditorial en deux tomes qui a contribué à m'ouvrir la porte de cette magistrale pièce d'art que je n'aurais peut-être pas perçue avec autant de joie s'il m'avait été présenté d'un seul bloc : la lecture des Livres I et II (tome 1) m'a fait percevoir la grandeur de l'oeuvre, découverte sans laquelle la lecture des Livres III et IV présentée à part (tome 2) ne m'aurait peut-être pas autant subjuguée. A quoi cela tient, l'émoi littéraire…
Tout semble tourner mal à l'ouverture de cette troisième époque, dans laquelle les salons moscovites et les futilités urbaines de la noblesse s'éloignent pour laisser place au brutal terrain de la guerre menée par une armée française surnuméraire par rapport aux forces russes.
Jetés dans ces tourments de l'histoire, nos trois héros mâles (dans le tome 1 les femmes, dans leur éternelle préscience des tourments à venir, tenaient le devant de la scène, maintenant ce sont eux : André Bolkonski, Pierre Bekouzhov et Nicolas Rostov) se retrouvent chacun à jouer leur douloureuse mais lumineuse partition dans le courant déterminé de l'histoire des peuples, que l'histoire officielle, nous dit Tolstoi, ne saura jamais lire ni discriminer les vainqueurs des vaincus.
Réagissant à chaud, humblement dépassée par l'ampleur de la réflexion que Tosltoi conduit dans cette oeuvre sur le sens de l'histoire, sur l'humanité, sur le pouvoir, sur la liberté et son corollaire complémentaire le déterminisme, je n'en ai pas moins ressenti au fond de mon cerveau reptilien ma place infime dans le courant profond, tellurique des courants de fonds qui animent l'histoire des hommes.
Une joie aussi pure est rare dans une vie de lecteur.

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Louis111222
  01 mai 2019
Dans ce tome 2, le personnage qui domine tous les autres, c'est le général en chef Koutouzov, celui qui refuse de livrer bataille, celui qui chasse le renard napoléon, le blesse à Borodino, l'enfume à Moscou et le saigne à mort dans les plaines gelées de Russie. Koutouzov est celui qui a définitivement battu Napoléon, qui ne pourra jamais se relever de son écrasante défaite en Russie. Leipzig, Waterloo, juste des soubresauts de l'Empire à l'agonie.
Koutouzov est un général d'expérience. Déjà à Austerlitz, il est le seul à comprendre la bataille et les plans de Napoléon, le seul à placer ses troupes au bon endroit et à trainer des pieds pour exécuter les ordres imbéciles qu'il reçoit. Il est mis sur la touche jusqu'en 1812. La Russie est en danger et elle n'a d'autre choix que de rappeler son meilleur général. Et que fait Koutouzov? Rien, il se retire, se dérobe et refuse le combat.
Borodino, koutouzov ne voulait pas livrer bataille mais le peuple russe, son armée ne veulent pas livrer Moscou sans combattre. Borodino, une boucherie inutile qui blesse pourtant très gravement l'armée française. Koutouzov sait qu'il a gagné cette bataille inutile mais il sait aussi qu'il doit encore se retirer et livrer Moscou.
Koutouzov se retire, mais il ne fuit pas, bien au contraire, il se place en tueur à Kalouga. Là il refait ses forces et attend. Il n'est pas derrière les français, mais sur les flancs. Napoléon aurait du se méfier de ce général russe qui se place de la sorte, déjà sur la route de la retraite de la Grande Armée.
Moscou brûle. Napoléon perd beaucoup de temps. Les russes ne répondent à aucune des tentatives de négociations. Négocier quoi? Koutouzov sait que l'armée française est blessée à mort et que chaque jour qui passe l'affaiblit alors que l'armée russe ne fait que se renforcer.
Lorsque Napoléon réalise qu'il est prit au piège dans Moscou, comme les allemands le seront plus tard à Stalingrad, il est trop tard. Déjà les cosaques commencent à harceler ses troupes. Ils avaient su faire les morts et se faire oublier pour enfumer Napoléon. Désormais ils ne cesseront plus d'attaquer sans prévenir, sur les arrières, les cotés, les devants. L'armée Russe, elle se prépare déjà à la grande offensive en Europe, pour aller jusqu'à Paris.
Koutouzov meurt lorsque les derniers soldats français quittent le sol russes. Ils ne sont plus que quelques milliers. La Grande Armée a été anéantie.
Tolstoï se livre à des réflexions sur l'histoire, conteste le génie militaire de Napoléon, donne sa version des évènements majeurs de l'année 1812. Pour ma part, j'ai beaucoup d'estime pour ce roublard de Koutouzov qui n'a considéré celui qui s'était autoproclamé "empereur des français" que comme un simple renard. Un simple renard qui s'est fait enfumer dans son terrier et qui était attendu à la sortie.
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Missbouquin
  28 août 2012
"la littérature véritable, à savoir celle qui, en deçà ou au-delà de l'écume des événements immédiats, relie entre elles, dans le temps et dans l'espace, les âmes fraternelles, n'a sans doute pas sa source dans le langage ni dans l'habileté rhétorique mais plutôt au plus profond de l'âme communautaire des peuples et fatalement donc (qu'on le sache expressément ou non) dans les plus vieux mythes consacrés par les traditions et que l'imagination moderne réinvente, bref que l'esprit du temps habille de parures nouvelles, combine de façon inusitée, sans jamais en modifier pourtant la teneur pérenne." Denis Grozdanovitch
Alors que je venais d'attaquer ce monument de la littérature russe, presque sans trembler face à ses 1200 pages, je suis tombée sur cette citation de Grozdanovitch, qui me semble parfaitement définir ce que j'ai ressenti à la lecture de Tolstoï. L'impression de lire un chef d'oeuvre universel, qui, bien qu'ancré dans la tradition russe, la dépasse et la sublime.
Cela fait un moment que je repousse ce moment : écrire ma chronique de ce pavé, effrayée par avance de l'ampleur la tâche. Reprendre toutes les citations, analyser, et surtout condenser en une demi-page mon expérience d'un mois de lecture. Cet article sera donc long, je m'en excuse. Mais on ne lit pas impunément des chef d'oeuvre. Il faut l'assumer, si on veut en parler. de même, je ne suis pas critique littéraire, je jette seulement des pistes d'analyse et de ressenti personnels, qui vous parleront ou pas ...
"J'ai lu Guerre et Paix. Ça parle de la Russie." déclare Woody Allen. Ce sera mon point de départ. Car la Russie est bien le personnage central de ces 1200 pages : on vit, on se bat, on meurt pour elle. Comme pendant, tour à tour amie, modèle, envahisseur, ennemi puis mythe : la France.
"L'intrigue" est assez simple : le fonds de l'histoire, c'est L Histoire, les guerres napoléoniennes, d'Austerlitz à Waterloo qui influent la vie de personnages que l'on suit sur une vingtaine d'années. D'où l'opposition entre les différentes périodes de guerre - magistralement décrites - qui ne concernent que les hommes; et les périodes de paix, où les intrigues de cour des aristocrates reprennent.
J'ai dévoré les deux premiers tomes comme des petits pains : avalant les pages de guerre, les chapitres de réflexion sur l'histoire, l'évolution des personnages qui illustrent chacun à leur manière les facettes de la société russe - bourgeoise et aristocrate seulement, le peuple russe étant pratiquement absent en temps de paix. Passionnée d'Histoire, j'ai pourtant fini par me lasser - non pas des descriptions des batailles - mais plutôt des longues considérations du romancier sur le cours de l'histoire, la société, parties qui représentent pratiquement tout le quatrième volume. Comme si Tolstoï s'était lassé de faire croire qu'il écrivait un roman, et affichait ouvertement son goût pour les considérations philosophiques. Malheureusement pour lui, ces démonstrations sont maladroites et lourdes.
Et pourtant la puissance romanesque de ce texte est formidable : les Rostov et compagnie sont attachants malgré leurs choix, leurs défauts. Ils sont terriblement réels et vivants. Car Tolstoï met en avant des anti-héros, pour lui « il n'y a pas de grands hommes ». C'est en les faisant agir, vivre, que l'auteur défend le mieux ses idées. Par exemple le fatalisme historique qu'il décrit est parfaitement incarné par le général Koutouzov, qui aura raison envers et contre tous les autres. D'un autre côté, Pierre, un des personnages que l'on suit le plus, passe de l'indifférence à la religion, dans une recherche de lui-même qui n'aboutira à rien, et fait écho aux incertitudes de Tolstoï lui-même : « Pierre était un de ces chambellans en non-activité terminant leurs jours à Moscou comme il y en avait des centaines. » Et il se méprise pour ça, pour sa mollesse, son manque d'ambition, la vie dorée offerte par la société, une société trompeuse et oisive.
Au final, le véritable acteur de ce roman c'est le peuple russe en entier, le peuple russe en mouvement pour combattre l'envahisseur et d'où vient de magnifiques actions, qui étonnent sans cesse les brillants officiers issus de la puissante Académie militaire. Car les Russes combattent avec leur coeur, pour défendre leurs terres, alors que les riches combattent l'idéologie de Napoléon. Tolstoï nous a offert une véritable épopée – amour de la patrie, de la gloire et de la grandeur des armes russes, qui paraissent pourtant dérisoires face aux milliers de morts occasionnés.
"Car la vie, pendant ce temps, la vraie vie des hommes, avec ses intérêts essentiels, santé, maladie, travail, repos, avec ses intérêts d'un autre ordre, pensée, science, poésie, musique, amour, amitié, haine, passions, continuait comme par le passé, indépendamment et en dehors de toutes les réformes et de la bonne ou mauvaise entente avec Napoléon Bonaparte."
Influencé par les anciens et grands de son temps – Rousseau, Dickens, Balzac et surtout Stendhal – son roman est l'apogée de la littérature du XIXe.
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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Citations et extraits (182) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   23 avril 2018
Sur l'ordre de Napoléon cent trente pièces avaient commencé, à cinq heures, le bombardement de Smolensk. Au premier moment, la population n'avait pas compris de quoi il s'agissait. La chute des obus et des boulets n'avait éveillé d'abord que la curiosité. [...] Tous, avec une béate curiosité, tâchaient d'apercevoir les projectiles qui passaient au-dessus de leur tête. Au coin de la rue apparurent quelques individus qui s'entretenaient avec animation.
— Ça en a une force ! disait l'un ; le toit, le plafond, tout a été mis en miettes.
— Ça vous laboure la terre comme un cochon avec son groin, disait l'autre en riant. Ça fait du beau travail et ça vous met du cœur au ventre : si tu n'avais pas fait un saut de côté, il t'aurait bien arrangé, hein !
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Nastasia-BNastasia-B   17 décembre 2014
Chacun de nous, en effet, a sa constitution particulière et porte en lui une maladie spéciale, nouvelle, bien à lui, compliquée, inconnue de la médecine ; elle ne rentre pas dans les altérations cataloguées du poumon, du foie, de la peau, du cœur, des nerfs, etc., elle résulte des combinaisons innombrables produites par l'altération de ces organes. Cette idée ne pouvait pas plus venir à l'esprit des médecins que ne vient à l'esprit des sorciers celle de renoncer à leurs sortilèges : guérir était en effet leur gagne-pain, leur raison d'être, un métier auquel ils avaient consacré leurs meilleures années ; enfin et surtout ils avaient conscience d'être utiles à quelque chose, et de fait leur présence chez les Rostov ne laissait pas d'être précieuse. Peu importait qu'ils fissent absorber à la malade des drogues pour la plupart nuisibles, dont l'effet néfaste était d'ailleurs atténué par la petitesse des doses ; ils étaient utiles, voire indispensables, pour la raison qu'ils satisfaisaient les besoins moraux de Natacha et de ceux qui l'entouraient. C'est pourquoi, soit dit entre parenthèses, il y aura toujours de faux guérisseurs, des charlatans, tant allopathes qu'homéopathes. Ils donnent satisfaction à ce désir éternel chez l'homme d'espérer un soulagement, de voir les gens s'empresser autour de lui, sympathiser à ses maux.
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Nastasia-BNastasia-B   24 janvier 2013
Les Allemands fondent leur assurance sur une idée abstraite, la science, c'est-à-dire la prétendue connaissance de la vérité absolue. Le Français est sûr de lui parce qu'il s'imagine exercer, soit par son esprit soit par son physique, une séduction irrésistible, tant sur les hommes que sur les femmes. L'Anglais est sûr de lui parce qu'il se croit le citoyen de l’État le mieux policé du monde : en qualité d'Anglais il sait toujours ce qu'il doit faire ; en qualité d'Anglais, il sait que tout ce qu'il fait est indiscutablement bien fait. L'Italien est sûr de lui parce que sa nature facilement émotive lui fait oublier et lui-même et les autres. Le Russe est sûr de lui parce qu'il ne sait rien et ne veut rien savoir et parce qu'il ne croit pas qu'on puisse connaître parfaitement quoi que ce soit. La suffisance de l'Allemand est la plus obstinée et la plus odieuse de toutes, car il se figure connaître la vérité, autrement dit la science qu'il a lui-même fabriquée, mais qu'il tient pour la vérité absolue.
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Nastasia-BNastasia-B   21 décembre 2012
Une salve partit, des balles perdues sifflèrent et claquèrent. Les cosaques et Dolokhov s'engouffrèrent sur les traces de Pétia par le portail ouvert. Dans l'épaisse et mouvante fumée, quelques-uns des Français jetaient leurs armes, et se précipitaient hors des buissons à la rencontre des cosaques, d'autres s'enfuyaient vers le bas de la colline dans la direction de l'étang. Pétia galopait toujours au travers de la cour, mais au lieu de tenir les rênes, il balançait les bras d'une façon bizarre et rapide et s'inclinait de plus en plus de côté sur sa selle. Son cheval, ayant posé les pieds dans les tisons d'un feu qui couvait, invisible à la clarté du matin, fit une ruade, et Pétia s'écroula lourdement sur la terre humide. Les cosaques virent ses bras et ses jambes s'agiter sans que sa tête remuât. Une balle lui avait traversé le crâne. (...) Dolokhov mit pied à terre et s'avança vers Pétia qui gisait inerte, les bras étendus.
- Il a son compte, dit-il en fronçant le sourcil, et alla vers le portail, à la rencontre de Denissov qui accourait.
- Il est tué ? cria Denissov qui avait déjà compris de loin ce que signifiait la position dans laquelle gisait le corps de Pétia.
- Il a son compte, répéta Dolokhov, comme s'il trouvait un certain plaisir à employer ces mots. (...) Pas de prisonniers ! cria-t-il à Denissov.
Denissov ne répondit pas. Il s'approcha de Pétia, mit pied à terre et de ses mains tremblantes tourna vers lui le visage du jeune homme ; ce visage était couvert de boue et de sang et déjà en train de blêmir.
" Je suis habitué aux douceurs. D'excellents raisins secs, prenez tout ! " Ces phrases de Pétia lui revinrent en mémoire.
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Nastasia-BNastasia-B   04 juillet 2015
Au lieu d'une beauté marmoréenne ne faisant qu'un avec la toilette, il devinait sous le voile léger du vêtement tous les charmes d'un corps adorable. Et dès l'instant où il avait fait cette découverte, il ne lui était plus possible de voir autrement , de même que nous ne pouvons nous laisser prendre une seconde fois à une supercherie.
"Ainsi, vous n'aviez pas encore remarqué combien j'étais belle ? semblait dire Hélène. Vous n'aviez pas vu que j'étais une femme ? Oui, je suis une femme, qui peut appartenir à celui-ci ou à celui-là, à vous comme à un autre." Et sur-le-champ Pierre sentit qu'Hélène non seulement pouvait mais devait être sa femme, qu'il ne pouvait en être autrement. Il le sut dès cette minute aussi sûrement que s'il s'était trouvé avec elle devant l'autel. Comment et quand cela se ferait-il ? Il l'ignorait ; il ne savait même pas si ce serait là un heureux événement (il prévoyait même vaguement le contraire), mais il était sûr que cela aurait lieu.
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