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Boris de Schloezer (Autre)J. Wladimir Bienstock (Autre)Dominique Fache (Autre)Michel-Rostislav Hofmann (Autre)
EAN : 9782253001775
224 pages
Le Livre de Poche (15/05/2003)
4.04/5   530 notes
Résumé :
Trois nouvelles, six morts exemplaires, dont celle d'Ivan Illitch - l'agonie la plus célèbre de la littérature. La mort, la vie et son mensonge - soit qu'au dernier moment on s'accroche encore à ce mensonge comme la vieille dame (Trois morts), soit qu'on s'en dépouille enfin, comme Ivan Illitch, soit qu'on meure, comme l'arbre, "paisiblement, honnêtement, en beauté". "A la grâce de Dieu. Nous y passerons tous un jour !"
Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
4,04

sur 530 notes

Nastasia-B
  26 mars 2016
Ce livre regroupe trois nouvelles ayant une même racine pivot : la mort. Mais chacune avec des architectures et des circonvolutions qui lui sont propres et quelque peu différentes. Au passage, l'auteur nous donne une leçon d'écriture de nouvelle qui prouve, si besoin était, qu'en plus d'être un immense romancier, c'était également un nouvelliste hors pair.
Par exemple, ne vous êtes-vous jamais retrouvés totalement transis par le froid, le vent, la neige, l'épuisement et le manque d'équipement, dans une situation scabreuse, dont on ne peut prévoir la durée ? Eh bien Lev Tolstoï possède cet art unique de nous faire ressentir cette expérience comme si l'on y était dans Maître Et Serviteur.
Voici une nouvelle d'une écriture et d'une composition parfaite : on a un frisson à chaque paragraphe et l'on termine les pages avec l'onglée. On a des engelures rien qu'à imaginer ce pauvre cheval lancé dans le blizzard ; on hurle de froid en imaginant les membres douloureux de l'infortuné Nikita, le serviteur dévoué du cupide, avide, impavide, fétide, rigide et stupide Vassili, son maître.
Pour une histoire de gros sous — lesquelles histoires ne peuvent pas attendre, comme vous le savez —, pour conclure une affaire juteuse autant que douteuse, donc, avant que le vendeur ne se rétracte, Vassili tient absolument à partir de suite, malgré la météo catastrophique. À chaque alternative, le bon sens paysan de Nikita se heurte au bon sens financier de Vassili… et la neige continue de tomber, et le vent continue de souffler…
Dans la nouvelle intitulée Trois morts, c'est la magie de la tuberculose que l'auteur nous dévoile ; et ses effets qu'il portraiture dans une petite nouvelle au format " Maupassant ". Tolstoï appuie particulièrement sur le point sensible et douloureux qu'est le comportement des proches, en attente du trépas du poitrinaire, qui est particulièrement sordide et hypocrite, tout en étant parfaitement transparent pour le malade, qui ne s'y laisse pas prendre et qui imagine déjà le faible manque que représentera sa disparition dans le coeur de ceux qu'il nommait " ses proches ".
L'auteur termine avec un étonnant parallèle, la grande unicité du monde vivant et sa communauté de destin, comme une manière de méditation écrite sur le papier…
Mais bien évidemment, le morceau de choix de ce livre est La Mort d'Ivan Illitch. Avec cette nouvelle, en quelques dizaines de pages, Lev Tolstoï a le talent d'évoquer une vie entière et tout un monde de convenances, d'aspirations, de doutes et de certitudes.
L'issue de la lutte ne laissant guère de suspense, l'auteur s'attache à nous faire vivre et ressentir la lente et inéluctable descente, l'affaissement, le basculement d'un homme, en apparence enviable, du monde des vivants à celui des trépassés. Chemin faisant, l'individu incline à l'examen distancié de sa propre existence passée, à l'introspection, au voyage au creux de soi-même, de tout ce que l'on a pensé et cru, et qui bien sûr n'était que du flan, de la poudre aux yeux, des chimères…
En cette lumineuse nouvelle, Lev Tolstoï aborde une foule de notions, comme l'atroce solitude d'un malade durant les heures de veille nocturne, le schéma du dialogue intérieur du mourant, la personnification de la douleur et la mise à l'épreuve qu'elle engendre, le lancinant va-et-vient entre espoirs de guérison et certitudes du contraire en passant par les phases médianes du doute, l'alternance mécanique entre l'hypocondrie et le déni du mal véritable, la manipulation et l'abus de pouvoir des médecins, l'hypocrisie et le mensonge des proches, la crise de la foi face à l'imminence de la mort ou bien encore la vacuité des apparences et le sens vrai de l'existence.
L'auteur utilise le symbole d'Ivan Illitch, magistrat de premier ordre, rendant des sentences, mis face à la sienne de sentence. Les médecins jouent le rôle des avocats véreux et la Mort, l'authentique présidente de l'audience. Nul besoin de pousser plus loin l'évocation, vous avez dans les mains un petit délice à déguster sans modération en vous pourléchant les doigts. Une fois encore, chapeau bas Monsieur Tolstoï, vous êtes un maître et vos livres sont nos bien fidèles serviteurs. Mais ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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BazaR
  26 janvier 2022
Je me suis régalé avec ce livre qui regroupe trois nouvelles de Tolstoï tournant autour de l'idée de la mort.
Tout d'abord chapeau à l'éditrice qui a conçu le dossier. Les notes viennent à propos expliquer des détails utiles de l'Histoire de la Russie, ou un mot russe peu connu, ou encore dénouer la pelote des noms, surnoms et autres diminutifs par lesquels les Russes s'interpellent.
Trois morts est une courte nouvelle écrite plutôt en début de carrière (1858). C'est la moins palpitante des trois tout en étant quand même bien agréable à lire. Elle permet de montrer le contraste entre la mort d'un homme du peuple – un cocher – et d'une noble dame. Si le premier s'enfonce lentement dans la maladie, couché sur le poêle d'une isba (une habitude à l'époque), sans se plaindre et meurt en douceur sans un mot, la dame est terrifiée par la maladie, la dénie, pleure, enrage. Quant à la troisième mort, je vous laisse sur votre faim. Elle est surprenante.
Une bonne introduction aux deux autres nouvelles.
Tolstoï publie La mort d'Ivan Ilitch en 1886, soit presque trente ans après Trois morts. La Russie et l'auteur ont bien changé.
On est dans la bonne société. le début présente le comportement des « amis » et de la famille d'Ilitch dans les heures qui suivent son décès ; des gens moins effondrés de chagrin qu'ennuyés par cette séance qui vient parasiter leur routine ou par les problèmes financiers que la mort va impliquer (ça c'est sa femme). La mort elle-même ne les atteint pas ; elle ne peut pas les concerner, eux. La suite narre la vie d'Ivan Ilitch, une vie en forme de parabole avec une montée vers les sommets de la réussite sociale et une chute d'abord lente puis de plus en plus rapide à cause d'une blessure mal soignée (les médecins en prennent pour leur grade dans le texte). On suit pas à pas la progression de l'idée de sa propre mort qui fait son trou dans l'esprit de plus en plus paniqué d'Ilitch. C'est pathétique, terrible et finalement effrayant. L'homme si fier de sa carrière finit par se convaincre que c'est parce qu'il a choisi la « mauvaise route » qu'il a été en quelque sorte puni. Jusqu'à la fin il s'accrochera à n'importe quel élément – un serviteur, la religion – pour tarir son effroi.
Maître et serviteur est ma préférée. Publiée en 1895, elle s'intéresse moins à la mort, même si celle-ci est la fin obligée du voyage pour un individu trop peu prévoyant. Elle m'a fait penser à une sorte de Jack London russe. Vassili, le maître, un marchand qui a réussi, et Nikita, un paysan aux besoins simples, partent pour ce qu'ils pensent être un court voyage. Vassili a une affaire à régler qui ne souffre aucun retard. C'est l'hiver, la tempête de neige menace. Il part en traineau tiré par un bon cheval. Inquiète, son épouse l'a obligé à emmener Nikita. Vassili est une sorte d'Harpagon addict à l'argent. L'affaire commerciale, but du voyage, capte toutes ses pensées. Il ne parvient pas à saisir les signes multiples du danger que ce voyage représente, jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Quand la nature, son froid, son vent, son immensité nocturne, s'impose à lui, il panique. Nikita, lui, vit le moment, cherche des solutions et ne râle même pas sur son maître si peu prévoyant et qui prend des décisions stupides. Les deux personnages iront au bout de ce que vers quoi leur caractère les pousse. Enfin, … pas tout à fait. Les caractères peuvent exploser quand la nature se déchaine au point de menacer votre vie.
C'est mon deuxième livre de Tolstoï, après Les cosaques lu il y a longtemps. Je compte bien poursuivre l'aventure, même si je ne suis pas prêt à me lancer dans ses briques littéraires les plus célèbres.
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palamede
  15 novembre 2015
Au seuil de la mort, Ivan Illitch, dans sa solitude tourmentée d’agonisant, procède à un dialogue intérieur. La pensée du magistrat alterne entre espoir de guérir et conviction de sa fin proche. Il ressent la fausseté et l’hypocrisie de ses proches qui lui mentent sur son état, rejette le simulacre de la médecine, analyse la vacuité de l’orgueil humain, pense à Dieu et finalement accepte après cette longue introspection, l’inéluctable fin de sa vie.
Dans le froid intense d’une tempête de neige, un maître et son serviteur se rendent dans une ville voisine pour conclure une affaire. Face aux éléments déchaînés, le bon sens voudrait qu’ils fassent demi-tour, c’est ce que pense Nikita face à l'obstination de son maître. Mais la cupidité de celui-ci est supérieure à son instinct de survie. Ils vont se perdre et le serviteur ne pourra sauver son maître.
La mort d’une vieille dame, d’un cocher et d’un arbre. La première meurt comme elle a vécu, acariâtre et tyrannique. L’arbre mort laissera sa place à d'autres arbres et deviendra une croix sur la tombe du vieux cocher disparu simplement, à l’image de sa vie.
Trois récits magnifiques par leur puissance d’évocation (le passage dans la tempête de neige est absolument glaçant) dans lesquels Léon Tolstoï se livre à une critique sociale, des récits hautement symboliques qui traduisent ses interrogations et angoisses existentielles.
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bouquine
  22 juin 2013
Ce recueil de trois nouvelles est un pur régal, même si j'ai trouvé la dernière « Trois morts » un peu en-dessous, les deux premières sont excellentes.
C'est court, percutant, très fort et tellement juste. L'écriture est limpide. J'ai vraiment adoré cette lecture.
La mort d'Ivan Illitch
De la lente agonie vers l'inéluctable dénouement, rien n'échappe à Tolstoï. La solitude d'Ivan Illitch face à ses angoisses, le cheminement des pensées du mourant, du déni jusqu'à l'acceptation de l'inexorable châtiment sont décrits avec une grande lucidité.
Il nous transmet une fine analyse des rapports humains démontrant l'hypocrisie de l'entourage tenu par les conventions, la compassion laissant vite la place à l'opportunisme.
L'épouse et la fille d' Ivan Illitch sont des modèles d'égoïsme, Tolstoï avait-il des comptes à régler avec les femmes ?
Maîtres et serviteurs
Dans cette deuxième nouvelle (ma préférée), il est question de hiérarchie sociale, de hiérarchie des valeurs humaines et matérielles. Face à la mort valent-elles encore ? Deux personnages, un riche marchand accompagné de son serviteur, traversent une tempête de neige. Dans la nuit hivernale, leur traîneau s'égare. On fait partie du voyage, on grelotte avec eux. Pressentant l'issue, on maudit l'entêtement de Vassili, le maître, à poursuivre leur course et on regrette la soumission de Nikita, paysan pourtant plein de bon sens. Avec ce texte magnifique, Tolstoï nous livre une réflexion profonde sur la vie et la mort. Les convictions de l'auteur, son combat pour l'abolition du servage et son altruisme transparaissent dans ce récit - Il légua ses biens à ses serfs pour finir sa vie dans le dépouillement.
Trois morts
Dans le dernier récit, l‘auteur nous conte la mort d'une femme riche, d'un vieux paysan et d'un arbre. Là aussi, il est question de mensonge, et là aussi, le comportement de la femme n'est pas très honorable. Comme un miroir à La mort d'Ivan Illitch, la disparition de l'arbre réjouit ses congénères, voisins du trépassé, en leur libérant un espace bienvenu. La nature n'aime pas le vide.
Trois nouvelles à l'écriture limpide pour un thème intemporel et universel.
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Aela
  08 septembre 2012
Trois nouvelles autour du thème de la mort.
L'une d'elles moins connue, m'a particulièrement touchée: "Trois morts"' (Тпи смерти) .
C'est un récit court mais intense, publié en 1858. Léon Tolstoï y aborde les problèmes éthiques de l'existence humaine au travers de la mort de trois êtres que tout oppose: la dame riche; le paysan, et l'arbre.
Tout va les opposer également dans la manière dont ils vont aborder la mort.
La dame est pitoyable et vile: elle se ment à elle-même et croit qu'en partant vivre à l'étranger elle pourra obtenir quelques années de vie en plus.
Le vieux paysan accepte tranquillement l'idée de la mort et accepte de donner ses précieuses bottes à son petit-fils Serge contre la promesse que celui-ci placera une pierre sur la tombe de son aïeul.
Le paysan ne meurt pas en chrétien, sa religion est autre, sa religion c'est la nature avec laquelle il a vécu et travaillé. Il connaît et accepte la dure loi de la nature: naître et mourir, loi que la dame refuse, car trop attachée est-elle aux biens terrestres dont jouit sa catégorie sociale.
L'arbre quant à lui meurt tranquillement, avec beauté parce qu'il ne ment pas et il ne se ment pas à lui-même, il n'a pas peur, ne regrette rien.
Tolstoï condamne ainsi le mensonge intérieur: les mensonges que nous nous faisons à nous-mêmes, et l'hypocrisie des classes sociales élevées.
Il établit une hiérarchie très poussée dans ces trois morts: la mort de l'arbre est l'expression la plus forte de la vérité, du naturel, le paysan s'en approche, quant à la dame, elle lui est hostile et meurt désespérée.
Ainsi apparaît pleinement la philosophie de Tolstoï: selon lui, le critère de la conduite sociale juste est la nature, et seul l'homme proche d'elle peut espérer trouver son salut.
Que de force et d'émotion en ces quelques pages...
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Citations et extraits (50) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   06 août 2012
L'arbre vacillait tout entier, se penchait vivement, se redressait en ébranlant profondément ses racines. Pour un moment, tout devint calme, mais de nouveau l'arbre se courba, son tronc craqua, et, brisant les taillis, écrasant ses branches et ses feuilles, son sommet toucha le sol humide.
Les sons de la hache et ceux des pas se turent. La fauvette, en sifflant, sauta plus haut, la petite branche qu'elle accrocha avec ses ailes se balança un moment et s'arrêta, comme les autres, avec toutes ses feuilles. Les arbres avec leurs branches immobiles se dressèrent encore plus joyeux sur l'espace élargi.
Les premiers rayons du soleil, en perçant les nuages transparents, brillaient sur le ciel et se dispersaient sur la terre et le ciel. Le brouillard, par ondes, commençait à glisser dans les ravins. La rosée brillait en se jouant dans la verdure ; de petits nuages blancs, transparents, blanchissaient et couraient sur la voûte bleue. Les oiseaux s'ébattaient dans le fourré et comme éperdus, gazouillaient quelque chose d'heureux. Les feuilles luisantes, calmes, murmuraient dans les cimes, et les branches des arbres vivants s'agitaient lentement, majestueusement au-dessus de l'arbre abattu, mort.

(Дерево вздрогнуло всем телом, погнулось и быстро выпрямилось, испуганно колебаясь на своем корне. На мгновенье все затихло, но снова погнулось дерево, снова послышался треск в его стволе, и, ломая сучья и спустив ветви, оно рухнулось макушей на сырую землю. Звуки топора и шагов затихли. Малиновка свистнула и вспорхнула выше. Ветка, которую она зацепила своими крыльями, покачалась несколько времени и замерла, как и другие, со всеми своими листьями. Деревья еще радостнее красовались на новом просторе своими неподвижными ветвями.
Первые лучи солнца, пробив сквозившую тучу, блеснули в небе и пробежали по земле и небу. Туман волнами стал переливаться в лощинах, роса, блестя, заиграла на зелени, прозрачные побелевшие тучки спеша разбегались по синевшему своду. Птицы гомозились в чаще и, как потерянные, щебетали что-то счастливое; сочные листья радостно и спокойно шептались в вершинах, и ветви живых дерев медленно, величаво зашевелились над мертвым, поникшим деревом.)

Trois Morts.
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AelaAela   08 septembre 2012
Elle gardait le silence, fâchée.
- Le temps va s'arranger, la route d'hiver va peut-être s'établir et ce serait mieux pour toi; nous partirions tous ensemble.
- Excuse-moi. Si je ne t'avais pas écouté si longtemps, je serais maintenant à Berlin et en excellente santé.
- Mais que faire, mon ange, c'était impossible, tu le sais. Et maintenant si tu restais un mois, tu te remettrais très bien; je terminerais mes affaires et nous prendrions les enfants.
она сердито молчала.
- погода поправится, может быть, путь установится, и тебе бы лучше стало; мы бы и поехали все месте.
- Извини меня. Ежели бы я давно тебя не слушала, я бы была теперь в Берлине и была бы совсем здорова.
- Что ж делать, мой ангел, невозможно было, ты знаешь. А теперь, ежели бы ты осталась ха месяц, ты бы славно поправилась; я бы кончил дела, и детей,бы мы взяли..
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Nastasia-BNastasia-B   23 octobre 2012
Des dispositions avaient été prises pour la défécation, et chaque fois, Ivan Illitch était au supplice, à cause de la malpropreté, de l'indécence de la chose, à cause de l'odeur et du sentiment qu'un autre homme devait être là et l'aider. (...) C'était "l'homme à tout faire" Guérassime qu'on avait chargé de nettoyer après lui. Guérassime était un grand diable de moujik, frais et rose, engraissé au service de ses maîtres, toujours gai, souriant, d'excellente pâte. Les premiers temps, Ivan Illitch fut gêné que ce gaillard, toujours si proprement vêtu à la russe, prît soin de ses excréments. Un jour, en quittant le bassin, il n'avait pas eu la force de relever son pantalon, s'était effondré dans un fauteuil et contemplait avec horreur ses cuisses nues, impuissantes, aux muscles nettement dessinés.
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BazaRBazaR   20 janvier 2022
Ivan Ilitch était mort à quarante-cinq ans, comme magistrat en activité. Il était le fils d'un membre de la fonction publique qui avait fait à Saint-Pétersbourg, dans divers ministères et départements, ce genre de carrière qui amène les gens jusqu'à une situation telle que, en dépit de leur incapacité évidente à exercer la moindre fonction de quelque importance, il est malgré tout impossible de les déloger étant donné leurs longs états de service et leur grade ; et de ce fait, ils se voient attribuer des postes fictifs et de pure convention, ainsi que des salaires non fictifs pouvant aller de six mille à dix mille roubles, qu'ils conservent jusqu'à un âge avancé.
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Nastasia-BNastasia-B   16 juillet 2012
Dès qu'ils eurent dépassé la dernière isba, celle du forgeron, ils remarquèrent aussitôt que le vent était bien plus fort qu'ils ne se l'imaginaient. On ne voyait presque plus la route. Les traces des patins étaient aussitôt recouvertes par la neige que chassait le vent, et l'on ne pouvait distinguer la route que parce qu'elle était plus élevée que la plaine qu'elle traversait. Des tourbillons de neige couraient sur les champs, et l'on ne discernait plus la ligne où le ciel et la terre se rejoignent. La forêt de Teliatino, qu'on distingue toujours très bien, ne se laissait entrevoir que par instants comme une tache noirâtre à travers la neige poussiéreuse. Le vent venait de gauche, chassant obstinément vers la droite la crinière du Bai et sa queue bien fournie, serrée en un gros nœud. Le long col de Nikita, qui était assis sous le vent, se collait à son nez et à sa joue.
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