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Pierre Pascal (Autre)Pierre Gascar (Autre)
EAN : 9782070368501
320 pages
Gallimard (05/11/1976)
3.79/5   177 notes
Résumé :
A travers les paysages du Caucase et le régiment de Cosaques auquel il est affecté, un jeune officier,.. Olénine, qui n'est autre que Tolstoï lui-même, découvre la splendeur du monde primitif. «Dieu que notre Russie est triste», soupirait Pouchkine; le Caucase, c'est pour Tolstoï la découverte de la joie, l'oubli de l'accablant sentiment de culpabilité qui est au fond de l'âme russe.
D'admirables évocations de nature. Le pittoresque éclatant des voyages roman... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
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Alexein
  20 juillet 2017
Dans ce récit, Tolstoï déploie son style franc et incisif plein de beaux adjectifs vigoureux qui vont droit au coeur. Il endosse l'habit d'Olénine, son double littéraire, jeune aristocrate épris d'absolu et aspirant à une vie simple et sauvage qu'il va vivre au contact des Cosaques.
Ces guerriers et leurs familles sont un peuple aux moeurs bourrues : costauds et agiles comme Lucas ; rusés et grandes gueules comme « l'oncle Erochka » ; ils sont riches d'une qualité que tout le monde ne possède pas : ce sont des Cosaques.
C'est aussi pour Olénine la révélation de l'amour lorsqu'il pose les yeux sur Marion, la fille de ses logeurs : sa grâce simple et naturelle, la sauvagerie rétive qui habite ses yeux sombres, son corps svelte et fort l'émeuvent immédiatement comme jamais une femme ne l'a ému.
Les jours passent et se ressemblent, la vie au cordon est rythmée par les tentatives d'incursion des abreks, les chasses d'Olénine et les discussions très arrosées de vodka (doux euphémisme !) ; des liens prudents et farouches se nouent. Malgré cela, les parlers différents rappellent la frontière tacite entre Cosaques et Russes, comme un mur de verre que Tolstoï, grand admirateur de Rousseau, chercha toute sa vie à briser pour se dépouiller enfin des fioritures indignes d'un homme de nature.
Tolstoï peint vivement la beauté rude, impitoyable et noble des Cosaques ; leur tempérament d'ours ; leur attitude austère pleine d'orgueil ; leurs traits communs d'humanité affleurant sous la couche de rudesse. Les belles envolées d'un lyrisme limpide alternent avec un réalisme qui ne manque pas d'espièglerie.
C'est l'histoire déchirante d'une nature fraîchement révélée à elle-même et ambiguë face à une nature indomptable ; de la méconnaissance de soi et de l'incompréhension de l'Autre ; de l'incompatibilité de ce qui semblerait s'accorder.
Quelle belle allégorie que cette histoire ! Marion est de ces beautés féroces qui semblent nées pour entraîner les hommes dans le désespoir. Elle est la femme sauvage, la chimère vénérée de Tolstoï. La vraie richesse, la vraie noblesse sont dans la nature qui porte en elle les secrets inaccessibles et inlassablement convoités de leur pureté.
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Tatooa
  05 janvier 2016
J'ai entrepris depuis quelques mois de découvrir les auteurs russes dits "classiques" car je n'en avais jamais lus auparavant.
J'ai commencé par une courte nouvelle de Dostoïevski et j'ai été enchantée. Je continue avec Tolstoï, et la magie continue.
Cette langue ! Même traduite, c'est magnifique, alors je me dis qu'en russe, ça doit être juste fabuleux...
Il est rare que j'aime les descriptions à répétition, et c'est pourtant ce que j'ai préféré dans ce livre ! Incroyable tout de même... A dire vrai, la Mongolie, les steppes, les mongols, ça fait partie d'un mythe (de l'histoire, je sais, mais pour moi c'est de l'histoire mythique) qui m'a toujours fascinée, au même titre que l'Egypte ancienne. Donc ce livre tombait à pic, les cosaques étant, dans mon esprit, les héritiers des mongols, et d'après les descriptions de Tolstoï, je ne suis pas très loin de la réalité.
Il n'est pas trop long (il est difficile de trouver du Tolstoï qui ne soit pas "pavesque", et lire un pavé d'un auteur que je ne connais pas, très peu pour moi !), et j'ai pu donc m'y plonger sans hésitation.
Oups, je me rends compte que j'ai hérité la tendance de Tolstoï à faire des phrases interminables, je dois tout réécrire en coupant ! Mdr !
Ma version contient une notice à la fin, sur la vie de Tolstoï et l'épisode qui a donné lieu à ce roman, ses 3 ans de "cosaquerie". Il est très autobiographique donc, et ça se sent, ses personnages sont tangibles, vivants, Erochka étant mon préféré ! Marion, malgré les descriptions enthousiastes de son côté naturel, solide et travailleur, m'a parue très "fille", bien plus que ce à quoi je m'attendais ! Je me doute bien que ça changeait Tolstoï des femmes poudrées qui ne faisaient rien de leurs dix doigts, ce qui l'a séduit, bien sûr, mais quand même, elle fait un brin caractérielle sur la fin du bouquin lol !
Ce livre nous montre un élan très romantique dans la démarche de Tolstoï/Olenine qui part sur un coup de tête, quittant sa vie facile d'aristocrate russe pour devenir "junker" (élève-officier) dans l'armée russe qui appuie les cosaques livrant batailles aux tchétchènes (appelés ici "montagnards ou abrek").
Et Tolstoï est envouté par ces paysages grandioses (déjà que ça fait un moment que j'ai envie d'y aller voir, il n'a pas arrangé les choses pour moi, là, mdr !), qui l'inspirent, le transportent, lui donnent un désir mystique. Il y a pourtant la dureté et la violence du monde cosaque, même si j'ai trouvé que c'était assez édulcoré par Tolstoï, qui, finalement, semble fuir pas mal ce côté "guerre" pour se consacrer à la chasse et à la nature, et ensuite à l'amour, même s'il rêve de "croix de guerre" et de devenir officier (il se sent obligé de participer aux raids, mais pas du tout de gaieté de coeur, contrairement à Lucas, "vrai" cosaque sanguinaire et voleur), la contradiction ne semble pas le déranger, lol...
C'est très humain comme texte, on reste un peu sur un goût d'inachevé quand il part, à la fin, mais c'est ça, la vraie vie, et Tolstoï est assez lucide sur lui-même et sur tout ce qu'il a vécu chez les cosaques. L'herbe paraît toujours plus verte ailleurs, on aimerait "y être né", dans cet ailleurs, mais si on y était né, on ne serait pas qui on est. On n'obtient pas toujours ce qu'on veut, et l'amour ne suffit pas, contrairement à ce qu'il écrit à un moment. Il part en s'en étant rendu compte, en ayant beaucoup grandi...


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afadeau
  18 novembre 2020
Voici un formidable roman littéraire, historique et humain... Tout comme dans « Enfance, Adolescence, Jeunesse », Lev Nikolaïevitch (dit Léon) tolstoï écrit une autobiographie romancée. C'est sa vie qu'il commente en parallèle à son journal intime qu'il tiendra jusqu'à la fin. Quelle écriture ! Limpide, fluide tout comme la vie captée au plus près des personnages qui évoluent ici. Il s'agit d'un texte court de 255 pages possédant bien des attraits dont celui de pouvoir en faire une relecture plus facilement que le célèbre « Anna Karénine » (1 000 pages en folio) ou « Guerre et paix » (2 tomes et plus de 2 000 pages). Un écrit de jeunesse par un homme qui deviendra un monument incontournable de la littérature russe et mondiale. Un destin hors du commun ! Jugez-en ! En 1847, à dix-neuf ans à peine, il décide d'abandonner ses études de droit pour vivre de ses rentes dans le domaine familial dont il est maintenant le propriétaire – il avait deux ans à la mort de sa mère et neuf ans à celle de son père. A vingt-trois ans, pour fuir une vie d'ennui et rechercher l'authenticité d'une vie nouvelle en pleine nature, il accompagne son frère lieutenant au Caucase, avec un statut de demi-civil avant de devenir junker (élève-officier). Il y séjournera trois ans.
Peu de romans atteignent la force absolue que possède ceux de tolstoï. Peu de personnages littéraires me sont restés à ce point en mémoire : peut-être Sophie dans « le choix de Sophie » de William Styron ou bien Ivitch dans « Les chemins de la liberté » de Jean-Paul Sartre, ou encore Rosario dans « le partage des eaux » de Alejo Carpentier.
Ici la plupart des personnages entrent en résonance avec des mythes, des fantasmes qui les rendent universels. D'Olenine – double de l'auteur –, à Marion – dont il a été amoureux, belle caucasienne évoquant Carmen de Prosper Mérimée –, de Lucas l'intrépide cosaque à Erochka – copié sur « une figure locale » selon le Journal de tolstoï, que d'images et de vie (rehaussées encore par les impressions recueillies en Géorgie où j'ai eu l'occasion de séjourner). Les rapports D'Olenine et son ordonnance Jeannot reproduisent la situation de tolstoï et le serf domestique emmené pour le servir au Caucase, assez lettré pour recopier ses brouillons mais qu'il fit renvoyer (cela rappelle Montaigne et son serviteur à qui il fait écrire la première partie de son « Journal de voyage ».)
L'action se déroule sur le fleuve Terek dans le Caucase, au nord de la chaine du Grand Caucase avec ses sommets impressionnants de plus de 5 000 m, entre la mer Noire et la mer Caspienne. tolstoï s'immerge dans la nature, qu'il décrit merveilleusement.
Les personnages sont parfaitement décrits, le talent de l'auteur arrive à restituer et à nous faire vivre des scènes inoubliables : par exemple la scène du départ d'Olenine en traîneau dans la neige, la scène aussi de Lucas tuant un abrek (rebelle au colonisateur russe), la scène de chasse en forêt avec Erochka et Olenine, les scènes entre Olenine et Marion toutes oniriques rejoignant le « ça y est enfin, c'est elle ! » de son premier livre « Enfance, Adolescence, Jeunesse » dont il constitue une suite passionnante.
A travers les personnages et les dialogues, l'auteur exprime ses idées sur la société de son temps, sur la guerre, la religion. Des idées qui vont participer à bien des évolutions futures en Russie.
Léon Tolstoï est né en 1828 (mort en 1910). A la fois prophète et grand artiste, grand propriétaire, comte et opposé au servage – il a voulu affranchir et donner des terres à ses serfs sur sa vaste propriété cinq ans avant l'abolition du servage en 1861–, « poète de sa vie » comme l'avait nommé Stéphan Zweig. Un personnage multiple, d'une grande modernité. Vivant à une époque où la Russie sortait tout juste d'une période très francophile. Il a été influencé par la civilisation occidentale et est à la fois resté très critique vis-à-vis d'elle.
En marge de l'oeuvre, aujourd'hui : C'est un chef d'oeuvre classique qui nous fait voyager dans des contrées lointaines, dans une nature vierge avec une belle histoire d'amour et de l'action. C'est déjà passionnant mais c'est plus que cela ! tolstoï nous donne accès, indirectement bien sûr, à la géopolitique d'une région du monde toujours autant convoitée et instable. le Caucase du nord, appelé Ciscaucasie, a été conquis par la Russie au XIXe siècle après une guerre interminable de 47 ans, entre 1817 et 1864. Il abrite des populations très diverses qui cohabitent ou pas...
La désintégration de l'empire ottoman à la suite de la première guerre mondiale, puis de l'Union Soviétique après la chute du mur de Berlin laisse une région du Caucase exposée à tous les dangers. Malheur aux petits Etats situés au carrefour de la Turquie, de la Russie et du Moyen Orient, avec en voisin l'inquiétant Erdogan – mais il n'est pas seul dans cette volonté de reconquête –, courtisé en plus par l'Europe pour faire tampon avec les mouvements de migration du Moyen orient. Les récentes guerres de Tchétchénie, trouvent des racines dans les génocides et exodes liés à la guerre du Caucase. Et l'histoire se répète avec la guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan pour la possession du Nagorny Karabakh. Les peuples (en premier arméniens, tchétchènes...) de cette multitude de petits Etats du Caucase font les frais de ces guerres incessantes avec génocide et exil massif, souvent pilotées de l'extérieur, dangereuses car risquant de déboucher sur un conflit de plus grande ampleur encore !
Un livre à lire et relire pour toutes ces raisons, sans avoir peur des termes spécifiques, enrichissant le texte, dont on peut facilement trouver la signification dans les précieuses notes. tolstoï utilise une langue composite incluant des termes caucasiens, des expressions françaises, illustrant ainsi parfaitement ce carrefour de civilisations.
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Visitez mon blog clesbibliofeel à l'adresse indiquée ci-dessous afin de compléter cette chronique par des photos, cartes géographiques et compositions personnelles ainsi que des vidéos et musique en lien avec ce récit.

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Iboo
  23 juillet 2016
Pris au hasard dans la bibliothèque qui me vient de mes parents. C'est mon premier Tolstoï et, un peu frileuse, je l'ai choisi parce qu'il ne comportait que 216 pages. Oui, je sais, c'est lâche.
Dans l'ensemble, j'ai aimé ce roman mais j'ai été un peu déconcertée par le style d'écriture de l'auteur, pas toujours très clair dans sa narration. Ainsi, à maintes reprises, je me suis fait la remarque qu'une action se préparant arrivait subitement à sa conclusion sans que l'on sache vraiment comment elle s'était déroulée. On a l'avant, l'après, mais le pendant est laissé à notre supposition.
Dommage car l'histoire en elle-même est vraiment intéressante mais cette absence de clarté, de précision, m'a empêchée d'être complètement accrochée. A moins que cela ne vienne d'un manque de concentration de ma part, ce n'est pas exclu...
Impression générale un peu tiède, donc. Comme ma critique, je l'admets.
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Simonbothorel
  19 août 2020
Les Cosaques, premier roman de Léon Tolstoï, oeuvre considérait comme autobiographique conte l'histoire d'Olenine, un jeune noble moscovite de 24 ans qui sur un coup de tête veut devenir junker dans l'armée des Cosaques dans le Caucase, région semi-indépendante de l'impérialisme russe connu pour sa soif de liberté habitant dans des terres magnifiques au bord du Terek lorgné par les steppes, les bois et les roseaux sauvages. Il y fait la rencontre de plusieurs personnalités hautes en couleurs comme l'Oncle Erochka un vieux chasseur extravagant, Lucas un jeune soldat Cosaque très apprécié par son village mais surtout celle de Marion, la fille de son hôte dont il tombe amoureux. C'est dans ce roman qu'on y aperçoit les premières évolutions morales et humanistes du grand auteur russe.
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C'est avec grande facilitée que le lecteur peut apprécier la progression de ce récit centré sur une forme de romantisme et une ode à la nature. Olenine, l'avatar de Tolstoï est galvanisé par la nature qui l'entoure, elle devient allégorique et presque jouissive pour le personnage. La végétation montagneuse et riche joue sur l'état d'âme de cet homme en proie à une volonté de liberté et de se défaire de ses chaînes moscovites. Mais on le sait d'avance, Olenine ne reste que provisoirement sur les terres caucasiennes mais il sera marqué à tout jamais par son voyage. Les Cosaques est un regard réflexif sur ce qu'est le bonheur et la liberté. Jamais loin d'une pensée rousseauiste, Tolstoï prône pour une égalité entre l'Homme et l'animal mais surtout entre l'Homme et la nature. Ses nombreuses descriptions poétiques donnent une valeur ethnologique et l'auteur russe nous décrit d'abord le quotidien et la culture cosaque avec précision pour mieux nous immerger dans ce peuple singulier. Un peuple au fort caractère, sauvage et rigoureux dans leurs travaux. Chacun a son rôle à jouer et même la femme qui garde l'image de la mère au foyer est la chef du foyer familial, elle a tout autant son importance dans la hiérarchie domestique. Sans non plus tomber dans une quelconque morale pseudo-progressiste, l'écrivain décrit avec réalisme le mode de vie des Cosaques. de leur tradition, à l'architecture de leur maison, à la topographie du lieu, leurs coutumes et leurs vêtements ou encore leur langage, tout y passe. L'armée Cosaque est aussi au centre de la plume de Tolstoï. C'est par ce biais que le lecteur fait la connaissance de Lucas, fils d'une mère veuve et frère d'une soeur muette. Il est un soldat modèle, fort et courageux, il est l'incarnation d'un esprit émancipé dont Olenine est admirateur et dont il voudrait presque emprunter son corps. le problème est que les deux hommes sont attirés par la même jeune femme, Marion, promise au mariage pour Lucas. C'est d'ailleurs dans cette mésentente que Tolstoï parle du tiraillement entre le plaisir de la chair et le plaisir spirituel. Pour être heureux faut-il que je pense aux autres ou uniquement à moi-même ? C'est la question que se pose continuellement Olenine qui apprécie énormément Lucas mais ne peut s'empêcher de contempler et désirer la beauté de Marion. Il tente d'ailleurs de lui demander en mariage une première fois où elle hésite puis une seconde fois où Marion refuse catégoriquement. le protagoniste est toujours prêt à servir autrui mais se demande toujours si c'est la bonne façon pour lui de s'élever spirituellement parlant. La force de l'écrivain est de faire basculer son récit dans un grand lyrisme où l'homme est en osmose avec ce qu'il entoure et pense avoir atteint un bonheur cathartique mais spontanément, passer de l'autre côté de la barrière et de ne pas être rassuré sur son bonheur actuel.
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L'auteur ne sombre jamais dans un quelconque sentimentalisme ou pathos car les extraits plus maussades sont équilibrés parfaitement par la légèreté et l'humour qui respirent au sein du livre. En effet, les autres personnages folkloriques sont plutôt amusants comme Jeannot, le serveur d'Olenine, Nazaire le copain de Lucas mais surtout l'oncle Erochka. Cet ancien militaire reconverti en chasseur devient très proche du personnage principal, une belle fraternité s'entame entre les deux compères. le vieil homme est exaltant, bon vivant, costaud et a toujours des milliers d'histoires à raconter, c'est probablement le personnage le plus attachant de ce livre. Les Cosaques ne sont pas non plus sans défaut, Tolstoï décrit à plusieurs reprises l'alcoolisme proéminent, le virilisme auquel il faut se confronter régulièrement, le jugement d'autrui, la difficulté à se faire accepter, etc. Mais pour l'auteur nous sommes loin des défauts de l'aristocratie moscovite qui se complaît dans la satisfaction matérielle, accorde de l'importance à l'héritage des « noms » et qui est une société totalement faussée par l'apparence et le mensonge. Avec les Cosaques, Olenine trouve une essence plus pure de l'être humain, qui n'est pas pervertie par les hautes structures sociales et bourgeoises. C'est d'ailleurs par une lettre qu'il garde pour lui-même que le protagoniste expose toute sa haine contre sa vie passée qu'il considère comme égoïste et valorise la vie Cosaque et la beauté stimulante de celle-ci. le lecteur est totalement invité à plonger dans cet état bucolique et cette errance rêveuse — comme il a été dit auparavant — à travers les descriptions sur la nature mais aussi les activités auxquelles s'adonne le jeune homme. Pénétré par une forme de mysticisme, le livre parle régulièrement de Dieu mais l'écrivain ne parle pas d'un Dieu inquisiteur ou moralisateur mais d'un Dieu créateur, celui qui a donné naissance à la nature et a confié à l'Homme la chance de pouvoir fouler ses contrées. Qu'importe alors si nous croyons à Dieu ou non car il devient surtout une métaphore sur la synergie et la fusion entre la Vie et l'être humain. Par conséquent, l'activité de la chasse est un bel exemple de ce regard porté sur la flore et les animaux parcourant les paysages. Tolstoï ne fait pas abstraction de la guerre mais encore une fois porte une attention sans jugement car c'est grâce à elle que les Cosaques sont installés dans ces lieux idylliques et jouissent d'une posture singulière, c'est une société à la base militaire [Merci à PhillipeCastellain pour cette précision], la guerre fait partie de leur ADN. Une preuve pour démontrer ce point de vue est cette scène où un abrek est tué par Lucas. Cet exploit est vu comme héroïque sous les yeux de sa stanitsa (village) mais Olenine ne le voit pas de cette façon. Malgré ça, il explique que les escarmouches que réalisent les Cosaques et leurs ennemies n'aient jamais égocentrique, narcissique ou pour avoir un bout de territoire, ce sera toujours pour protéger ses biens, ses proches ou ses provisions. La fin nous montre également un dernier combat plus cinglant entre les Cosaques et les Tchétchènes où Lucas se fait blessé mortellement par le frère de l'abrek qui voulait venger ce dernier car il fut tué par le jeune cosaque. Une façon de démontrer que l'on revient à des lois plus primaires mais au moins plus sincères. C'est par la sincérité que je finirai mon avis, en effet l'enthousiasme qui transpire dans cette oeuvre communique une passion pour ce peuple qui fut marquante et décisive dans la carrière de Tolstoï. Une sincérité indéniable donc qui interroge la position de l'Homme au sein de la nature et donc de son existence. L'Homme ne peut évoluer sans une communauté et la liberté qu'offre la nature, il faut être au sein de ce microcosme pour pouvoir s'élever spirituellement et humainement. Ainsi, Olenine repart comme il est venue, après un adieu poignant avec Erochka et un dernier regard indifférent de Marion. Il retourne vers sa vie moscovite — comprenant qu'il ne peut rester toute sa vie dans ce peuple — mais avec un regard plus sensible, moins égoïste et plus humain.
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
SimonbothorelSimonbothorel   19 août 2020
Quelques citations/extraits du roman Les Cosaques (1969) de Léon Tolstoï (Édition Folio, 1976) traduit du russe par Pierre Pascal :

• « Il semblait à Olenine que seuls ceux qui partaient passaient par ces rues-là. Tout autour, c’était l’obscurité, le silence, l’ennui, et son âme était pleine de souvenirs, d’amour, de regrets et de larmes agréables, qui l’étouffaient… » (Olenine avant de partir de Moscou) p. 22.

• « Il se demandait à quoi dépenser toute cette énergie de la jeunesse que l’homme ne possède qu’une dans sa vie : l’art, la science, l’amour, ou bien l’activité pratique ? Non pas l’énergie de l’esprit, du cœur, de l’instruction, mais cet élan qui ne se répète plus, ce pouvoir une fois donné à l’homme de faire de sa personne tout ce qu’il veut, comme il le veut, et du monde entier tout ce qui lui plaît. Il est, il est vrai, des gens privés de cet élan, qui, aussitôt endossent le premier harnais venu et loyalement travaillent dessous jusqu’à la fin de leurs jours. Mais Olenine sentait trop fort fortement en soi la présence de ce Dieu tout-puissant de la jeunesse, cette faculté de se métamorphoser en un seul désir, en une seule pensée, de vouloir et de faire, de se jeter tête baissée dans un abîme sans fond sans savoir pour qui ni pour quoi. » p. 25.

• « Il considérait encore les montagnes et le ciel, et à tous ses souvenirs ou rêves se mêlait le sentiment austère d’une nature majestueuse. Sa vie avait commencé autrement qu’il ne s’y attendait en quittant Moscou, mais avec un bonheur inespéré. Les montagnes, les montagnes et toujours les montagnes inspiraient tout ce qu’il pensait et sentait. » p. 86.

• « Donc, chacun a sa loi. Selon moi, toutes se valent. Tout a été créé par Dieu pour le plaisir de l’homme. Il n’y a nulle part part de péché. Prenez exemple sur les bêtes. Elles vivent dans les roseaux tatars, et aussi dans les nôtres. Où elles se trouvent, là est leur maison. Ce que Dieu donne, elles l’avalent. Tandis que les nôtres prétendent que pour cela nous aurons à lécher les poêles. Moi, je pense que tout ça c’est du faux, […] » (Erochka à Olenine) p. 107

• « La puissance de la végétation de ce bois que n’avait jamais foulé le bétail frappait à chaque pas Olenine. Il n’avait encore rien vu de semblable. La forêt, le danger, ce vieillard avec son chuchotement mystérieux, Marion avec sa statue virile et bien proportionnée, et les montagnes, tout cela lui semblait un songe. » p. 140.

• « Chose bizarre, sur les midi, cette sensation lui fut même agréable. Il lui sembla même que, sans cette atmosphère de moustiques qui l’environnait de toutes parts, sans cette pâte de moustiques que sa main écrasait sur son visage en sueur, et sans cette irritante démangeaison sur tout le corps, ce bois perdrait de son caractère et de son charme. Ces myriades d’insectes allaient si bien à cette végétation sauvage, riche jusqu’à la monstruosité, à cet infini de bêtes et d’oiseaux emplissant le bois, à cette verdure sombre, à cet air chaud, capiteux, à ces petits fossés d’eau boueuse qui partout percent du Terek et chantonnent sous les feuillages pendants, qu’il trouva du plaisir à cela même qui, un moment avant, lui semblait effroyable et intolérable. » p. 146.

• « Le bonheur, le voici, se dit-il à lui-même, le bonheur consiste à vivre pour les autres. C’est clair. L’homme a reçu un appétit de bonheur ; donc cet appétit est légitime. En le satisfaisant égoïstement, c’est-à-dire en recherchant pour soi richesse, gloire et commodités de l’existence, amour, il peut se faire que les circonstances ne nous permettent pas de satisfaire nos désirs. Ainsi, sont ces désirs qui sont illégitimes, et non l’appétit de bonheur. Alors, quels sont les désirs qui peuvent toujours être satisfaits, en dépit des conditions extérieures ? Lesquels ? La charité, le renoncement ! » p. 149.

• « La végétation devenait plus pauvre ; de plus en plus souvent se rencontraient les roseaux bruissants et les clairières de sable, nues, creusées par les traces des bêtes. Au grondement du vent se joignit un autre grondement, monotone et triste. D’une façon générale, son âme s’assombrissait. Il tâta derrière lui les faisans et trouva qu’il en manquait un. Il s’était détaché et était tombé : seul le cou et la tête ensanglantés pendaient à sa ceinture. Il eut plus peur que jamais. Il se mit à prier. Il craignait seulement de mourir sans avoir rien fait de bien, de bon : et pourtant il voulait tellement vivre, vivre pour accomplir un exploit de dévouement ! » p. 150.

• « Cet homme en a tué un autre, et il est heureux, content, comme s’il avait accompli la plus belle action du monde ! Est-ce que rien ne lui dit qu’il n’y a pas là de quoi tant se réjouir, que le bonheur ne consiste pas à tuer, mais à se sacrifier ? » p. 156. (Olenine sur Lucas après que ce dernier ait tué un abrek)

• « Sottises, tout ce que je croyais avant : amour et dévouement, et Lucas. Il n’y a qu’un bonheur : celui qui est heureux, celui-là a raison » (Olenine) p. 184.

• « Pas de capes de feutre, pas de précipices, pas d’Amalat-Bek, de héros ni de scélérats, pensait-il. Les hommes vivent comme vit la nature : meurent, naissent, s’unissent, naissent de nouveau, se battent, boivent, mangent, se réjouissent et de nouveau meurent, sans autres conditions que celles que la nature immuable a imposées au soleil, à l’herbe, aux bêtes et aux arbres. Ils n’ont pas d’autre loi… » (Olenine sur les Cosaques) p. 189.

• « Comme vous me paraissez tous ignobles et pitoyables ! Vous ignorez ce qu’est le bonheur et ce qu’est la vie ! Il faut avoir une fois éprouvé la vie dans toute sa beauté sauvage. Il faut voir et comprendre ce que, chaque jour, je vois devant moi : les neiges éternelles et inaccessibles des montagnes et une femme majestueuse dans cette beauté primitive qui dut être celle de la première femme au sortir des mains de son Créateur. Et alors vous saurez quel est celui qui se perd et celui qui vit dans le vrai ou dans le mensonge, si c’est vous ou moi. […] Comprenez une chose, ou bien croyez-la. Il faut voir et comprendre ce que sont la vérité et la beauté, et vous verrez tomber en poussière tout ce que vous dites et pensez, tous vos vœux de bonheur et pour vous et pour moi. Le bonheur, c’est d’être avec la nature, de la voir, de causer avec elle. » (Lettre d’Olenine sur le dégoût qu’il a de la noblesse moscovite) p. 222.

• « Je n’ai pas pu m’oublier moi-même, ni oublier mon passé compliqué, discordant, monstrueux. Et mon avenir, je me le figure encore plus désespéré. Chaque jour j’ai devant moi les lointaines montagnes neigeuses et cette femme majestueuse, heureuse. Et l’unique bonheur possible sur cette terre n’est pas pour moi, cette femme n’est pas pour moi ! Le plus terrible et le plus doux dans mon état, c’est que je sens que je la comprends, tandis qu’elle ne me comprendra jamais. Non pas qu’elle soit au-dessous de moi, au contraire, elle ne doit pas comprendre. Elle est heureuse, elle, comme la nature, égale, calme et toute à soi. Tandis que moi, faible créature mutilée, je veux qu’elle comprenne ma monstruosité et mes tourments. J’ai passé des nuits blanches à me promener sans but sous ses fenêtres, sans me rendre compte de ce qui se passait en moi. » (Lettre d’Olenine à propos de Marion) p. 225.

• « Un pareil amour n’a pas besoin de mots, il a besoin de la vie, de toute la vie. » (Olenine sur Marion à qui il veut demander de l’épouser) p. 259.

• « Est-ce ainsi qu’on se sépare ! Idiot ! Ah ! Voilà les gens de maintenant ! On a fait bon ménage toute une année, et puis : adieu ! Et le voilà loin. Mais moi je t’aime, j’ai pitié de toi ! Tu es si malheureux, toujours seul, toujours seul. Tu es mal aimée, on dirait ! Des fois je ne dors pas, je songe à toi, et j’ai pitié. Comme on dit dans la chanson : Il n’est pas commode, non, frère, De vivre en pays étranger. C’est comme ça pour toi. » (Erochka à Olenine avant son départ) p. 277.

• « Olenine se retourna. L’oncle Erochka était en conversation avec Marion, sans doute au sujet de leurs affaires. Ni le vieillard, ni la jeune fille ne le regardaient. » (Fin) p. 278.
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PatriceGPatriceG   14 mai 2020
Olénine escalada le perron et poussa la porte du vestibule. Marion, en chemise rose comme en portent habituellement les femmes cosaques à la maison, fit un bond effrayé et, collée contre le mur, se couvrit le bas du visage avec la large manche de sa chemise tatare. Olénine, ouvrant davantage la porte, vit dans la pénombre toute la haute et droite silhouette de la jeune fille. Avec la curiosité rapide et avide de la jeunesse, il remarqua malgré lui les formes vigoureuses et virginales qui se dessinaient sous la fine toile, ainsi que les beaux yeux noirs fixés sur lui avec un effroi enfantin et une sauvage curiosité.
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Qu'ai-je à dire, rien sinon admirer, relire ce beau texte de la rencontre entre Olénine l'officier russe et Marion la cosaque. Long à venir comme si Tolstoï voulait faire durer le moment qui précède la rencontre qui bien sûr après une si longue attente devient d'une torride sensualité. Tolstoï fera le même coup après avec Anna Karénine et Vronski, à peu près au même nombre de pages du livre, bien sûr dans un autre contexte. Il est difficile d'imaginer comment Tolstoï n'aurait pas vécu ces moments-là avec une cosaque ou une princesse ..
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PatriceGPatriceG   04 janvier 2021
Mon ami Afadeau est passé par là et je l'en remercie. C'est de lui dont je parlais avantageusement dans ma première partie qui a fait un beau billet sur les Cosaques la semaine passée.

Donc je poursuis ma rubrique.
Boris de Schloezer, brillant traducteur qui a aussi traduit Dostoïesvki ajoute ceci dans sa préface : "Tolstoï saisit leur vérité profonde de ce regard aigu, compréhensif, impitoyable aussi parfois, qu'il n'a jamais cessé de porter sur les êtres et les choses tant que son moralisme n'a pas obscurci sa vision. Or la doctrine tolstoïenne ne tient aucune place dans Les Cosaques, l'oeuvre la plus audacieuse de Tolstoï, celle où s'exprime avec le plus de violence sa nature charnelle, où surgit en pleine lumière le visage pour ainsi dire païen de sa personnalité complexe. Car Tolstoï ce n'est pas seulement Olenine que tourmente la conscience de sa culpabilité, c'est encore et surtout Erochka, l'homme des bois, le vieux faune, qui, pareil aux cerfs, aux sangliers, n'obéit qu'à ses instincts. Les Cosaques ne sont nullement les "bons sauvages" de Rousseau ; ils sont heureux parce que, libres, ils vivent selon la nature qui, elle, ignore le bien et le mal. Et si Olénine qui envie leur bonheur ne peut l'atteindre, c'est qu'il est incapable de chanter comme Louka, de voler, d'aimer, de tuer, sans se poser aucune question, c'est qu'il a goûté des fruits de l'arbre de la science."
BdeS
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TatooaTatooa   25 décembre 2015
La femme est pour le Cosaque l'instrument de sa prospérité ; la jeune fille seule a le droit de prendre du bon temps, mais l'épouse doit, de la jeunesse jusqu'à une vieillesse avancée, travailler pour son mari, qui, à l'orientale, exige d'elle soumission et labeur. Par suite de ces coutumes, la femme, fort développée physiquement et moralement, a beau être soumise extérieurement, elle jouit dans la vie domestique, comme en général dans tout l'Orient, d'une influence et d'un poids infiniment plus grands qu'en Occident. [...] En outre ce perpétuel travail masculin et pénible qui lui est confié a donné à la femme de la Crête un caractère viril, d'une rare indépendance, a développé chez elle à un degré étonnant la force physique, le bon sens, la fermeté, l'esprit de décision.
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TatooaTatooa   29 décembre 2015
C'était l'un de ces soirs comme il n'en existe qu'au Caucase. Le soleil avait disparu derrière les montagnes, mais il faisait encore clair. Le crépuscule avait envahi le tiers du ciel, et à sa lueur se découpait nettement les masses blanc mat des montagnes.
L'air était rare, immobile et sonore. Une ombre longue de plusieurs verstes descendait des montagnes sur la steppe. Dans la steppe, derrière la rivière, sur les chemins, c'était partout le vide.
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