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EAN : 9791097434298
Éditeur : Lynks Editions (22/08/2019)

Note moyenne : 4.43/5 (sur 30 notes)
Résumé :
Dans un monde dévasté par les guerres et les catastrophes, les hommes sont coupés les uns des autres par une colère incessante.
À Kuala Lumpur, Spider, un hacker, échappe à de mystérieux ennemis, aidé par des araignées. Seuls survivants de la réserve de Mwanga, Kamili et Ushingi, l’un des derniers okapis, découvrent que l’ultime chance de l’espèce se trouve au cœur de l’Europe en ruines. À Paris, Faustine, trouve l’apaisement auprès des animaux du sanctuaire ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
Allisonline
  03 août 2019
Vous aussi, vous en avez marre des climatosceptiques et des politiciens qui se fichent du sort de la planète ? Vous grincez des dents en voyant des hommes murs s'attaquer à Greta Thunberg, cette jeune militante plus engagée que nombre de nos dirigeants ? Vous êtes exaspérés de voir que ceux qui ont le pouvoir de changer les choses font la sourde oreille alors que les scientifiques se montrent de plus en plus alarmistes ? Eh bien, Adrien Tomas aussi.
Zoomancie présente une vision apocalyptique du monde dans un futur malheureusement beaucoup trop vraisemblable. La planète nous lâche, l'équilibre mondial est chamboulé, les eaux montent, la colère règne, les gens s'entretuent. Faustine tente de survivre dans un Paris dévasté, où elle s'accroche à son unique bouée de sauvetage : son travail au Zoo de Montvermeil, où elle peut mettre de côté la haine ambiante pour s'oublier auprès des animaux. Son empathie exacerbée va la lier à une baleine piégée au bord de la Seine et leur connexion semble apaiser la colère perpétuelle qui habite les gens qui l'entourent. Au Congo, la réserve où travaille Kamili subit une attaque aussi terrible qu'incompréhensible, poussant le jeune homme à fuir avec l'okapi à laquelle il s'est irrémédiablement uni. À Kuala Lumpur, un jeune hacker surnommé Spider se lie avec ses homonymes juste à temps pour échapper à une mystérieuse organisation. Il semblerait que dans un monde en ruine déchiré par la colère, dans lequel l'égoïsme est monnaie courante et où la compassion disparait, le merveilleux don des protagonistes détonne suffisamment pour les mettre en danger…
J'ai adoré Zoomancie : les convictions que le roman laisse transparaître, le background immersif et crédible, l'intrigue haletante et ses personnages si agréables à suivre. Faustine, Spider et Kamili sont les produits d'une évolution négative. Élevés dans la colère, l'égocentrisme et la misère, ils font partie des rares êtres humains à trouver en eux la force de faire appel à des émotions non destructrices, faisant d'eux des parangons d'espoir irrémédiablement attachants. Les héros se partagent une narration à la première personne et leur ton pourra surprendre, lui qui sera parfois dur, blasé ou cynique. Mais c'est la preuve qu'ils sont abîmés par le monde qui les a construits, jusqu'à ce qu'ils trouvent l'apaisement grâce au lien qui les unit à leurs animaux. Celui-ci est remarquablement bien dépeint, comme tout ce qui touche à la nature, grâce au talent de l'auteur et à son passé de zoologiste. Les animaux sont au coeur du roman, mis en avant avec une affection sincère qui transparait au travers du texte. Ils apportent un peu de lumière à ce récit somme toute assez sombre, qui ne prend pas les jeunes adultes auquel il s'adresse pour des gens incapables d'entendre les vérités que les adultes semblent occulter. Et malgré la noirceur de l'avenir dépeint par Adrien Tomas, le message reste positif et touchant.
Zoomancie se veut donc à la fois alarmiste et porteur d'espoir. le roman tient à véhiculer des valeurs primordiales qui semblent pourtant s'être perdues en cours de route. Il nous rappelle l'importance de la nature, le devoir de protection qui nous incombe, mais aussi la nécessité de valoriser l'empathie et la bienveillance. Il nous invite à réagir, à ne plus avancer avec des oeillères et nous rappelle que même si ceux qui ont le pouvoir de faire quelque chose ne le font pas, nous pouvons toujours nous battre et nous faire entendre. Zoomancie délivre un message fort et nécessaire, porté par un style toujours aussi efficace au service d'une intrigue menée tambour battant. C'est un roman touchant et percutant que je ne peux que vous inviter à découvrir et à partager !
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Melisende
  19 mars 2020
« A l'époque, les gens s'imaginaient que tout allait bien, ou finirait par aller mieux. Ils s'enfermaient dans des certitudes absurdes et n'oeuvraient que pour que leur environnement immédiat s'améliore. Sans trop penser au reste du monde. Sans trop faire d'effort… »
Voilà une amorce efficace. Vous l'avez sans doute compris, ce one-shot plutôt destiné à un public Young Adult prend place dans un monde un peu futuriste dans lequel l'humanité n'a pas su réagir à temps et paye dorénavant ses erreurs passées.
Le lecteur découvre trois personnages principaux, trois jeunes adultes vivant sur trois continents différents.
Faustine survit dans l'ancienne capitale française. L'humidité et le froid ont envahi les rues parisiennes, seuls les immeubles et habitations les plus surélevées ont résisté à la montée des eaux. Tout est gris et inondé. Les parisiens ne s'émerveillent plus de rien, seuls la colère et le désespoir habitent leur quotidien. Faustine résiste à l'ambiance générale grâce à son travail dans un sanctuaire animalier et surtout grâce à sa relation avec l'apaisante Léa. Un jour, une baleine s'échoue sur les quais de l'ancienne Seine. Les habitants y voient des tonnes de viande à consommer pour améliorer leurs maigres rations, Faustine protège l'animal au péril de sa propre sécurité.
Kamili est le piètre gardien d'une réserve protégée en Afrique. Heureusement qu'un ancien écossais virulent fait partie de son équipe parce que Kamili est réticent à utiliser son arme, même pour protéger les animaux pour lesquels il a juré de donner sa vie. Des troupes attaquent régulièrement les lieux pour tuer et braconner, au mépris de la sauvegarde animale. le jeune homme tient tout particulièrement au troupeau d'okapis, les derniers représentants de leur espèce et notamment à Ushingi avec laquelle un lien très fort s'est créé.
Confiné dans des planques toujours changeantes, Spider semble bien éloigné du monde animal et de ses enjeux. Lui, ce qui le passionne et ce pour quoi il est grassement payé, c'est le hackage et la vente d'informations aux plus offrants. de son ordinateur, il est capable de retrouver n'importe quel homme politique ou industriel véreux et d'envoyer leurs coordonnées à ceux qui souhaitent leur mort. Sa contribution à la « dépollution humaine » de la planète.
Pas grand chose ne semble relier ces trois jeunes gens, et pourtant… Chacun découvre une connexion avec un animal bien particulier. Baleine, okapi ou araignée, chacun ses forces et ses particularités.
J'ai aimé cette idée d'animal-totem et l'explication avancée dans le dernier tiers du roman. Je ne peux pas vous dire le pourquoi du comment, ce serait vous gâcher une des principales trouvailles de ce court roman résolument engagé et actuel (plus que jamais alors que j'écris cette chronique, le 19 mars 2020). La « révélation » est bien amenée et ne manque pas d'originalité. J'ai aimé.
D'autant plus que je n'imaginais pas du tout que le roman prendrait ce chemin. J'avais lu la quatrième de couverture avant de commencer ma lecture mais je ne comprenais absolument pas comment les trois héros allaient pouvoir être rassemblés. Et surtout pourquoi ? Dans quelle optique ? Quel rapport avec les animaux ? Quel rapport avec ceux qui semblent les poursuivre ?
Bref, l'intrigue m'a convaincue.
Là où je suis plus sceptique, c'est dans le traitement des personnages. Si je ne suis pas particulièrement friande de la narration unique et interne à la première personne du singulier, je crois que je le suis encore moins du roman « chorale » quand il est si court et donc si peu développé. Trois personnages principaux (et d'autres secondaires qui viennent se greffer) c'est au moins trois « arcs narratifs », donc au moins trois voix narratives donc une division du lecteur dans au moins trois directions différentes (dans des chapitres qui s'alternent).
Personnellement, si je ne passe pas beaucoup de temps avec un personnage (en tout cas un certain temps), j'ai du mal à m'attacher à lui et donc à être émue. J'ai parfois eu des coups de coeur pour des romans qui mettaient en scène plusieurs « héros » mais qui prenaient le temps de développer chacun d'eux. Ce n'est malheureusement pas le cas ici. Il faut dire que le public visé est plutôt Young Adult et que 330 pages, c'est court. Alors tout va un peu trop vite, aussi bien dans la rencontre avec les personnages que dans l'action en elle-même. Pas de temps morts, c'est clair. Mais les pauses descriptives c'est bien aussi pour avaler, digérer, s'habituer et s'attacher. Enfin pour moi.
Si je ne suis pas convaincue à 100% par ce titre, je salue l'engagement d'Adrien Tomas. On sent que l'écologie et la préservation de la nature font partie des sujets qui lui tiennent à coeur et on profite largement de ses connaissances dans le domaine (il a lui même travaillé en lien étroit avec les animaux à plusieurs reprises). Zoomancie commence dans la grisaille et la colère mais nous rappelle aussi que nous pouvons tous agir, nous pouvons retrouver l'essentiel et nous reconnecter avec la nature… Finalement il y a de l'espoir, il suffit d'ouvrir les yeux.
Lien : http://bazardelalitterature...
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FungiLumini
  02 septembre 2019
drien Tomas est un auteur que j'avais envie de découvrir depuis un petit temps déjà. (Notre-Dame des Loups ou encore Engrenages et Sortilèges me tentent aussi énormément !) La cause animale est un sujet qui me touche beaucoup, tout comme le lien entre humains, animaux et notre planète. Je remercie donc les éditions Lynks pour cet envoi, toujours super soigné (la box ici). J'étais étonnée de voir Mina M aux crayons de l'illustration de couverture : un style très différent de ce qu'elle fait habituellement, mais très réussi aussi, dont chaque détail colle au récit.
La première chose que j'ai adorée dans ce livre est l'univers dans lequel on est plongé : les dérèglements climatiques, la pollution extrême et d'autres facteurs ont mené la planète au bord de la rupture. Une Terre dystopique (mais réaliste dans un futur pas si lointain?) sur laquelle nos pays européens sont pour la plupart plongés sous les eaux et sont devenus le tiers-monde, alors que d'autres puissances mondiales sont montées au pouvoir. Un roman qui fait réfléchir sur la politique actuelle des grandes nations vis-à-vis des pays aujourd'hui les plus pauvres.
C'est aussi un monde très triste, dans lequel par exemple les autorités parisiennes ont préféré investir des budgets faramineux pour sauver leurs monuments historiques des eaux plutôt que d'aider leur population à s'en sortir. On n'y voit plus la beauté, tout ce qui compte, c'est la survie, comme pour ces gens affamés qui tueraient pour un peu de viande et extermineraient les derniers membres d'une espèce animale pour se nourrir. Peut-on vraiment leur en vouloir ? Cela pousse la réflexion plus loin encore : que ferait-on dans pareille situation ?
Les habitants de la Terre sont contrôlés par la colère. Plus aucun geste n'est anodin, chaque mot, chaque regard, peut entraîner une altercation, un conflit poussé à une violence extrême et peut aller jusqu'à la mort. Dans ce contexte de pauvreté, famine, colère, la survie passe par l'évitement des contacts sociaux autant que possible et par les privations. Un événement change cependant la donne : une baleine est coincée dans un des bassins de Paris et entre en contact avec Faustine, responsable des animaux au refuge de Montvermeil. Sans savoir comment, elles se connectent et Faustine chante pour les foules, qui sont immédiatement soulagées des affres de la colère et de la violence. Y aurait-il moyen de soigner les populations de leurs pulsions d'agressivité ?
En plus de la soigneuse, nous suivons trois autres personnages, dont on découvre petit à petit le lien avec les animaux. Il y a d'abord Spider, un hacker hyper doué dont la toile s'étend sur tout le dark web. (Je vous laisse deviner son animal :D) Il va faire des découvertes hallucinantes sur les événements qui ont secoué la planète, mais aussi sur la « zoomancie ». Il y a ensuite Kamili, soigneur également, mais dans une réserve africaine : il protège les derniers okapis et va devoir entreprendre un voyage risqué pour amener Ushingi, dernière femelle de son espèce, sur l'île de Montvermeil. Il rencontre sur son chemin Nour, sorcière des rues accompagnée par son chat du désert.
J'ai adoré tous ces personnages, aux personnalités affirmées, mais aussi aux faiblesses assumées. Si leurs histoires sont au départ bien distinctes, elles font se regrouper pour un final explosif, à la fois plein d'espoir, mais aussi de déception quant à la nature humaine. Je me suis pour ma part beaucoup attachée au personnage de Nour, jeune femme indépendante qui suit ses intuitions et qui va avoir un rôle capital, bien qu'elle n'arrive que plus tard dans la narration.
J'ai adoré ce roman : son univers dystopique (mais qui pourrait se voir concrétiser dans un futur pas si lointain) hyper développé, ses personnages humains et animaux attachants et « vrais », le contexte sociétal oppressant… Tous ces éléments amènent à une réflexion plus poussée sur notre lien à la nature, aux animaux, à notre environnement direct. Une lecture prenante qui fait beaucoup réfléchir !
Lien : https://livraisonslitteraire..
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Les_lectures_de_Sophie
  30 août 2019
...Revenons à Zoomancie, et son auteur Adrien Tomas. de lui je n'ai lu qu'Engrenages et sortilèges, que j'avais beaucoup aimé (ma chronique par ici), alors que j'ai d'autres ouvrages qui m'attendent sagement (notamment dans ma liseuse). J'étais donc contente de le découvrir dans un registre un peu moins jeunesse, me disant que ça m'encouragerait à lire ses romans plus à destination des « adultes ». D'autant plus contente qu'il s'agit des éditions Lynks, et que j'attendais avec impatience de voir quelle thématique serait abordée et de quelle manière. A la lecture de sa biographie, le thème de son roman m'a semblé une évidence, et j'avais d'autant plus envie de l'entamer. Il a en effet été soigneur dans des parcs animaliers, donc les animaux ça le connait ! J'aimerais bien connaître son ressenti sur le respect des animaux dans les parcs où il a travaillé, car je sais que les conditions ne sont pas les mêmes partout. J'aurais peut-être un jour l'occasion de lui poser la question, qui sait ?
On démarre le roman aux côtés de Faustine, qui vit dans un Paris qui fait froid dans le dos. Si vous avez déjà vu des documentaires sur ce que pourrait être les futures grandes inondations de notre capitale, dites vous bien que ce n'est rien par rapport à ce qui est décrit ici. Même Venise à l'heure actuelle est plus à l'abri des eaux que ce Paris du futur (proche ?) imaginé par l'auteur. On est plongé d'entrée de jeu dans un monde apocalyptique, presque post-apocalyptique, j'avoue qu'à ce point de dérèglements sur la planète, on n'est pas loin de la fin de l'apocalypse… Faustine est très proche des animaux, elle travaille dans un sanctuaire de préservation des espèces, le parc de Montvermeil, situé sur une île protégée des flots à Paris, créée par un mystérieux mécène scientifique. C'est aussi lui qui a créé et offert le système de ponts et passerelles qui permet aux parisiens de continuer à vivre et se déplacer dans la capitale.
Au chapitre suivant, on rencontre Spider, un hacker de génie, plus précisément un death broker, je vous laisserai découvrir ce dont il s'agit dans le roman, qui vit entouré malgré lui (du moins pour le moment) d'araignées, et qui au début se cache en Malaisie, poursuivi par la Num, la police qui traque les hackers. Il résume dans ce chapitre en une phrase la tension qui nous poursuit, personnages et lecteur.ices, tout au long du livre : « Il y a toujours quelque chose à craindre, et on ne peut jamais prévoir si le coup dur suivant sera du fait de Mère Nature, ou de l'humanité à bout de nerfs. »
Au fil des chapitres, on va découvrir et suivre les personnages principaux et les animaux qui les entourent, dans leurs aventures pour le moins rocambolesques. J'aime quand il y a une alternance de points de vue dans un roman (du moins quand c'est bien fait), car ça donne un rythme effréné. On a toujours envie de savoir ce qui arrive à un personnage, mais pour le savoir, il faut attendre plusieurs chapitres… c'est d'autant plus vrai ici que comme les personnages se croisent, on ne peut pas sauter trois ou quatre chapitres pour avoir la suite !!! C'est chacun d'eux qui nous raconte sa version de l'histoire, ce qui renforce l'impression d'immersion, et l'empathie pour les personnages. Au bout du compte, on a terminé le livre sans s'en rendre compte, ce qui est assez frustrant…
Le monde imaginé par Adrien Tomas est (hélas) très réaliste. Il nous prouve que, suivant l'évolution de la planète, les positions dominantes de certains pays pourraient vaciller… Ce roman pointe le fait que sans les animaux, au sens large (« animaux » et « humains »), il n'est pas d'avenir possible. Il nous rappelle qu'il sera très compliqué de sortir du cercle vicieux capitaliste et consumériste où les êtres humains se sont embarqués, sauf à apprendre des autres espèces, et que sans sortir de ce cercle, ou le faire changer de forme, l'avenir de la planète Terre semble compromis…
Zoomancie est un thriller écologique, qui pose des questions cruciales sur notre rapport aux animaux, et notre capacité d'adaptation pour avoir un futur à vivre, tout simplement. Car il ne s'agit plus ici de modifier son comportement par de petits gestes, mais d'accepter de voir le monde d'une manière différente, nouvelle… et d'essayer de se débrouiller avec le résultat des erreurs passées de l'humanité. Ce n'en est pas moins un roman plein d'espoir, car Adrien Tomas, en nous confrontant à des situations désespérées, nous met face à notre destin, et nous permet donc de réagir ensemble, avant qu'il soit trop tard.
J'ai reçu la version papier de ce livre dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Lynks. Merci à eux pour la confiance.
Lien : https://leslecturesdesophieb..
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DreamBookeuse
  18 septembre 2019
Devant les yeux des hommes, un voile rouge incessant que plus rien ne transperce, ni l'amour, ni l'empathie, ni la joie. Un mot de travers, un regard, sont propices à la mort, à la guerre. La colère a tout envahi. de Paris à Kuala Lumpur ou dans la réserve du Mangwa, partout où l'on va.
Au milieu de tout cela, Mère Nature se fait tantôt vengeresse, tantôt lueur d'espoir, invitant les hommes à se réunir, se reconnecter à ce qu'ils ont oublié. Éparpillés aux quatre coins du monde, ses parangons commencent à comprendre le lien qui les unit aux créatures de la terre.
A Paris, un chant de baleine s'élève dans le brouillard et la pluie glaciale. A Kuala Lumpur, une terreur sans nom immobilise des organisations secrètes à la simple vue d'un homme et de ses araignées. Dans la réserve du Mangwa, l'un des derniers okapis et son acolyte tentent d'échapper à la rage des hommes en se fondant dans l'obscurité.
Mais cette magie ancestrale, ce chamanisme étrange, n'est pas au goût de tout le monde et surtout pas quand elle projette de détruire le voile rouge. Bientôt des forces armées et surpuissantes se lancent à leur poursuite laissant derrière eux un chemin de sang et de haine.
Mon avis
Le seul roman que j'ai lu d'Adrien Tomas est La Geste du Sixième Royaume. Déjà il était question de la nature contre le progrès, de l'enchantement contre la colère, mais le registre était celui de la fantasy, l'écriture moins young adult, la profusion de détails plus impressionnant. En clair, c'était différent. Mais le combat se ressemblait.
Ici nous suivons les points de vue de trois à quatre personnages très différents les uns des autres. Spider est un hacker mondial dont le visage n'a jamais été vu, les pares feux jamais franchis, l'identité jamais révélée. Quand il rentre en possession d'un document sensible par le biais d'un de ses informateurs, tous les voyants sont au rouge. Il doit fuir, le plus loin possible, où l'on ne pourra pas le retrouver. Poursuivi par une organisation secrète, baladé de service en service le jeune homme n'est pas au bout de ses peines. Mais autour de lui, des milliers d'araignées se rassemblent, forment un cocon protecteur, un ensemble homogène de terreur.
Faustine habite Paris. A la prochaine grande crue son appartement sera inondé. La colère rouge s'immisce régulièrement dans ses pensées même si elle tente de la repousser tant bien que mal, retrouvant un peu de quiétude au Zoo de Montvermeil. Indépendante, libre, et fière, Faustine est pourtant la seule à s'arrêter un temps soit peu sur la créature immense et magnifique qui se baigne désormais dans les Eaux. Bientôt son chant se liera au sien et réchauffera le coeur des hommes.
Quant à Kamili, il tente d'échapper à la bête froide tapie dans son ventre, celle qui le fait douter, hésiter, celle qui lui fait peur, ou le culpabilise. Seule la forêt et les okapis, en particulier Ushingi semblent pouvoir l'apaiser. Mais bientôt la réserve sera assaillie par des hommes et lui sera obligé de fuir pour sauver la dernière femelle okapi, préserver la race entière.
Tous trois sont liés à un animal totem. Ce lien est immensément fort, parfaitement décrit. J'ai ressenti beaucoup de bien être en lisant ces passages de « connexion », comme si une partie de moi voulait se connecter à ces mots, ces êtres, quand bien même ce serait fictif. Adrien Tomas arrive à nous rendre tout cela réaliste, tangible, sans l'en départir de sa magie, de son enchantement.
Ce réalisme ne s'arrête pas là. La colère, la rage, la haine, la nature qui part à vau-l'eau, le Japon effacé de la surface de la Terre, la Provence carbonisée, l'Afrique galvanisée. Toutes les irruptions, les événements du monde, les guerres, les famines, les tsunamis, les ouragans, tout cela a bouleversé la face du monde, tout comme nous pouvons aussi le prévoir pour notre planète. Pour notre siècle. Drôle de mise en abîme prophétique…et effrayante. Des livres post apo inspiré des futures catastrophes écologiques et du déclin de l'humanité, il y en a. A commencer par Apocalypse Blues que j'ai lu récemment. Bien qu'immensément défaitiste sur l'avenir proche de notre planète bleue, Adrien Tomas redonne un espoir, un unique espoir de rédemption à l'humanité : la reconnexion. Aux autres. A soi. Aux animaux. A la nature. La reconnexion comme garde-fou et lueur dans l'obscurité. Et ça a quelque chose de beau, ça fait sens, ça impacte.
J'ai eu du mal à m'accrocher aux personnages. Ce n'est pas grave. Ce qui compte c'est l'histoire, ce qu'elle dit. Alors tant pis si Faustine m'a exaspérée, tant pis si Kamili m'a franchement fait lever les yeux au ciel. Tant pis si je trouve le personnage de Spider un peu excessif. Il y avait plus. Il y avait l'écriture, les pages qui défilent et l'impossibilité de lâcher le roman. Et les mots qui parlent et qui font sens.
En résumé
Zoomancie est un roman incroyable entre post-apo, prophétie et écologie. Si les personnages ne m'ont pas beaucoup touchée, j'ai ressenti beaucoup d'empathie pour leur histoire. Représentants d'une humanité fragile et au bord de l'auto-destruction, leurs liens avec leurs animaux-totem est puissant de magie et de poésie. Une invitation à la reconnexion, à l'espoir…et à l'action.
Lien : https://lesdreamdreamdunebou..
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
FungiLuminiFungiLumini   02 septembre 2019
Quelque chose est apparu derrière mes pupilles, je le sens. Quelque chose de vraiment dangereux, de terrifiant. Il y a dans mon regard une horreur informe, noire et grouillante, qui fait naître en chaque humain une peur antique, une crainte immémoriale, gravée au fer rouge dans les gènes de notre espèce.
Je suis une araignée. Une immense araignée, sombre, dangereuse, ramassée, au sang froid et au venin bouillonnant.
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ReveursEtMangeursDePapierReveursEtMangeursDePapier   14 août 2019
Avant, on les appelait les Eaux "la Seine". C'était une rivière d'eau douce qui traversait sagement Paris dans un lit de béton et de pierre. C'était avant ma naissance, il y a plus de cinquante ans. Avant le givre en mai et les tempêtes en juillet, avant l'insurrection sanglante de la Bretagne et la Provence réduite en cendres, avant les Masques rouges et les Gants blancs. Je suis heureuse de ne pas avoir connu ce qu'il y avait avant, quand je vois la douleur de tous ceux qui se souviennent de leur ancienne vie. Je comprends leur colère...
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ReveursEtMangeursDePapierReveursEtMangeursDePapier   14 août 2019
Les baleines ont failli s'éteindre, jadis. La légende veut que ce soit à cause de son goût pervers pour la chasse aux cétacés que le Japon a sombré dans la mer en une seule nuit. La vengeance de Mère Nature qui n'aurait pas supporter qu'on massacre ses enfants favoris...
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ReveursEtMangeursDePapierReveursEtMangeursDePapier   14 août 2019
A l'époque, les gens s'imaginaient que tout allait bien, ou finirait par aller mieux. Ils s'enfermaient dans des certitudes absurdes et n'œuvraient que pour que leur environnement immédiat s'améliore. Sans trop penser au reste du monde. Sans trop faire d'effort...
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FungiLuminiFungiLumini   02 septembre 2019
Le chant emplit mon corps, j’ai l’impression d’être prête à exploser et, en même temps, de rayonner de bien-être. D’être une lanterne, seule, allumée dans un océan d’obscurité, repoussant les ténèbres de mes pulsions de lumière.
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Videos de Adrien Tomas (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Adrien Tomas
A l'occasion du festival "Imaginales" à Epinal, rencontre avec Adrien Tomas autour de son ouvrage "Engrenages et sortilèges" aux éditions Rageot.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2284635/adrien-tomas-engrenages-et-sortileges
Notes de Musique : Youtube Audio Library.
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