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Critique de vincentf


vincentf
  27 juin 2010
Délicieux petit roman, le style si sympathique de Toussaint, cette drôlerie constante, cette distance ironique sur les événements vécus, cette façon de faire passer pour normales des situations absurdes, incarnée merveilleusement dans cette phrase entre parenthèses, là où le narrateur se lâche un peu : "la réalité, une fois de plus, était beaucoup plus simple : j'avais tout simplement oublié une fougère dans le frigo de mes voisins du dessus".

Tout est raconté avec naturel, la lecture De Musset nu dans un parc de Berlin où les gens se déshabillent sans que cela ne pose de problème à personne, l'arrosage des fleurs du voisin qui dit des mots d'amour en allemand à ses plantes vertes, les séances de piscines les lunettes sur le front, et surtout la décision irrévocable et révoquée sans cesse d'arrêter de regarder la télévision. La télévision, en plus de faire semblant de réfléchir sur notre rapport à la télévision, fait l'éloge de la paresse, le narrateur choisissant de travailler son livre sur Titien (ou le Titien, question qu'il ne résout pas et qui l'empêche d'écrire) en nageant plutôt qu'en écrivant.

Paradoxalement, le roman est le récit d'une non-écriture, d'un texte qui ne va pas plus loin que "Quand Musset" mais qui permet les histoires saugrenues racontées par un narrateur qui semble ne pas se rendre compte du caractère iconoclaste de son récit.

La télévision, c'est aussi un éloge de l'individu libre, qui fait ce qu'il veut, c'est à dire rien, mais observe ce qu'il fait, notant les détails les plus banals et les plus bizarres de sa vie de tous les jours en leur donnant le caractère d'une aventure nonchalante, montrant ainsi que c'est le regard que nous portons sur le monde qui fait de celui-ci soit une morne plaine soit une aventure carnavalesque. le narrateur de la télévision, mine de rien, est un type épatant, qu'on aimerait bien voir débouler au coin de la rue, se pencher sur les oeuvres complètes d'Alfred de Musset à la BCU ou faire ses traversées tranquillement à la piscine couverte de Payerne, entre le type en costume de bain bleu rikiki et la dame qui ne s'arrête jamais au bord de la piscine pour souffler un peu alors que moi, je suis obligé de m'arrêter après vingt mètres pour faire des ciseaux avec les jambes en attendant qu'arrivent les deux jeunes filles qui arrivent à nager et à causer en même temps.
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