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Critique de Apoapo


Apoapo
  08 février 2016
Lorsque j'avais lu, avec suprême délectation, La Salle de bain de J-Ph. Toussaint, je m'étais aperçu que, au-delà d'un procédé stylistique très original, la narration à la première personne constituait au fond la représentation de l'état psychique de la dépression – une excellente représentation.

Dans ce roman, percevoir une intention similaire a été plus évident : l'état psychique représenté est cette fois l'aboulie, le manque de résolution d'un chercheur universitaire face à son travail – une recherche à mon goût très alléchante sur l'art et le politique à l'époque du Titien et de Charles Quint. Serait-il nécessaire d'ajouter ici combien l'identification à la condition du narrateur est aisée pour quiconque ait exercé un travail semblable dans sa vie… ?

La télévision donc, c'est la résolution du protagoniste d'arrêter de la regarder, faite à la fois de moralisme attendu et de pusillanimité dans sa manière de s'y conformer, qui constitue le principal emblème de sa conduite dominée par les prétextes qu'il trouve pour justifier son inactivité. de surcroît la télévision, comme objet physique d'émission de sons et d'images, représente aussi la principale occasion de savourer les descriptions de Toussaint, si particulières, précises, menues, matérielles, très Nouveau Roman en somme – particulièrement la première, toute en syntaxe nominale, qui s'étend en une seule phrase de la moitié de la p. 22 jusqu'au début de la p. 25.

De ces descriptions tout aussi réussies, il y en a d'autres, qui situent facilement le lecteur dans le Berlin estival [un] où le narrateur passe son temps entre parcs, piscines et la pinacothèque de Dahlem, éloigné de sa famille [deux], et négligeant allégrement les plantes [trois] dont les Drecher, ses voisins partis en vacances, lui ont confié les soins – les trois autres pôles descriptifs.
En contrepartie, les moments d'action sont rares, mais ne manquent pas d'une extraordinaire cocasserie : je pense en particulier à la scène au parc du Halensee où le héros, dans son plus simple appareil, fait la rencontre de Hans Heinrich Melchelius, son directeur de recherche et octroyeur de bourse d'étude, ainsi qu'à celle, chez les Drecher, où il s'évade des toilettes pour atteindre la cuisine et extraire du réfrigérateur la fougère qu'il y avait placée.
En fait, l'humour est omniprésent dans le roman, à la fois dans l'auto-ironie de la situation du narrateur, dans l'hypertrophie descriptive, tout comme dans les quelques actions. Il culmine dans la chute du roman : trois téléviseurs en simultané ! Quelque chose me pousse à choisir un fragment du premier cas d'espèce :

« […] il y avait plutôt lieu de se réjouir, dans le fond, que, depuis bientôt trois semaines, par scrupules exagérés et souci d'exigence perfectionniste, je m'étais ainsi contenté de me disposer en permanence à écrire, sans jamais céder à la paresse de m'y mettre. » (p. 115)
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