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EAN : 9782313002162
354 pages
Chemins de tr@verse (28/02/2012)
4.6/5   5 notes
Résumé :
"Nous avons besoin de l'histoire pour vivre et pour agir", écrit Nietzsche. Rien de tel que le reflet subjectif de l'histoire pour comprendre, afin de mieux y résister, les mécanismes qui entraînent un peuple dans une logique d'exclusion et d'extermination.
Ces mémoires nous font vivre l'effondrement du monde désuet des Junkers, de ses valeurs et de son mode de vie à la fois opulent et austère. Avec une grande lucidité et beaucoup d'humour, l'auteur transcende... >Voir plus
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Que lire après La vie caméléon : mémoires sans nostalgie d'une Allemande exilée (1926-1954)Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Quelle leçon – vivante – d'Histoire ! J'ai appris beaucoup, j'ai réfléchi, aussi. J'ai ri – du moins au début – et j'ai frémi plus d'une fois. Ce n'est pas peu dire que j'ai véritablement apprécié ces mémoires d'une Allemande !

Son style vivant, bourré d'anecdotes toutes plus piquantes les unes que les autres, et certaines même abominables, l'humour avec lequel elle raconte son enfance et son adolescence choyées, au sein d'une famille aristocratique, dans un grand domaine de la Poméranie orientale, sa réflexion honnête sur le nazisme, son amour des gens et donc sa facilité à les cerner et à les faire vivre, son naturel et sa sincérité, enfin, tout cela m'a tenue en haleine.

Hélène est née en 1926...Vous l'aurez compris, elle va parler du nazisme et de la guerre. C'est d'ailleurs cette partie qui est le propos essentiel de ces mémoires.
Mais ce qui est vraiment intéressant ici, c'est que j'ai pu ressentir de l'intérieur la réaction de certains Allemands contemporains d'Hitler, et plus réagir comme la plupart d'entre nous le faisons, en les condamnant sans appel.
Petits extraits choisis :
« (...) l'aversion de mes parents et de toutes mes connaissances – et je ne fréquentais que des gens de notre caste – pour ce petit peintre en bâtiment, ce caporal même pas caporal-chef, ce petit parvenu autrichien à moustache, avec son horrible accent qui faisait plutôt danseur de tango professionnel que chef suprême de l'armée, qui n'était pas un aristocrate mais un fils de personne. Et il prétendait commander des généraux se prévalant de 32 ancêtres nobles, dont beaucoup s'étaient illustrés sur les champs de bataille pendant plusieurs siècles ! C'était inadmissible ! »

« Je crois, hélas, qu'il est plus difficile de faire changer d'avis un seul individu, qu'une foule compacte rassemblée dans un stade. Quand le Fürher vociférait dans un micro : « Nous allons écraser les sous-hommes comme des vers de terre », qui aurait osé intervenir pour dire à haute voix : ce sont des êtres humains comme nous, il me semble ? Abstraction faite de tout facteur de peur, nager à contre-courant dans une foule doit demander des efforts surhumains et les hommes ne sont pas des saumons... » (...) « Il suffisait donc de quatre à cinq Iznogoud placés à des postes-clés, dotés de tous les avantages matériels possibles, mais surtout d'un pouvoir presque illimité, sous la férule d'un suppôt de Satan habile et beau parleur, pour diaboliser tout un peuple, par une réaction en chaîne. La manipulation par bourrage de crâne et conditionnement est d'autant plus facile s'il s'agit d'un peuple habitué à respecter l'ordre et les institutions établies. «

Qu'est-ce que j'aurais fait à cette époque ? D'autres se sont posé cette question avant moi, mais moi, c'est seulement à cette lecture que j'y ai vraiment réfléchi.

Hélène raconte aussi, en vrac, les prisonniers français, polonais, russes, qui viennent travailler dans le domaine de ses parents et ses inévitables coups de coeur pour quelques-uns de ces hommes, avec qui elle a mis en pratique son amour des langues étrangères. Elle nous narre, toujours avec autant de naturel et sans démonstration aucune, son passage dans un camp de travail, là où sa vie a basculé. Elle nous emmène sur les chemins de l'exode, à la fin de la guerre, lorsque les Russes s'abattent sur une partie de l'Allemagne - et là, il faut s'accrocher, car le récit devient terrible. Et puis viennent les années de « reconstruction », et pour elle, les années de construction – amoureuse, professionnelle, personnelle-. Elle termine ses mémoires en 1954, lors du fameux hiver où un autre homme charismatique, l'Abbé Pierre, prend le contrepied de ce ridicule peintre en bâtiment se prenant pour Jésus-Christ.

Les Allemands, Les Russes, les Américains, les Anglais, les Italiens, les militaires, les civils, les gentils, les méchants, les courageux, les pleutres, les femmes, les hommes, les petits enfants et les adolescents, les riches, les pauvres...tous font partie de ce kaléidoscope humain, profondément humain.
Je vous recommande chaudement la lecture de ces mémoires, et j'en profite pour remercier Babelio et son opération Masse Critique ainsi que les éditions « Chemins de traverse » qui m'ont fait découvrir ce livre passionnant.
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Nous avons besoin de l'histoire pour vivre et pour agir, écrit Nietszche. Dans ces temps de crise où les politiques institutionnalisent la xénophobie, installent un climat de suspicion et de délation envers l'étranger, le livre de souvenirs de Waldtraut Treilles arrive à temps pour nous rafraîchir la mémoire.
Rien de tel que le reflet subjectif de l'histoire pour nous aider à ressentir de l'intérieur les évènements et les enjeux du nazisme. Comprendre, pour mieux y résister, les mécanismes qui ont massivement entraîné un peuple dans une logique de rejet de l'autre, d'exclusion et d'extermination.
Ces Mémoires d'une jeune fille de l'aristocratie prussienne de Poméranie nous font traverser la période de bouleversements profonds des années trente à l'après-guerre. Nous vivons avec elle l'effondrement du monde désuet des Junkers, de ses valeurs et de son mode de vie à la fois opulent et austère, ancré dans l'univers terrien. Avec une grande lucidité et beaucoup d'humour, l'auteur transcende la nostalgie de son enfance pour nous montrer l'étroitesse de cette société, l'attachement à ses privilèges, ses ambiguïtés vis-à-vis du nazisme : le tort de Hitler est d'abord pour eux sa basse extraction. Elle souligne le rôle joué par l'éducation à la soumission et à l'obéissance dans le conformisme du peuple allemand, qui le pousse à adhérer aveuglément au nazisme. « Les hommes ne sont pas des saumons », regrette Waldtraut Treilles. Certains pourtant sauront nager à contre-courant et faire preuve de résistance civile.
Sur la trajectoire tourmentée de la jeune fille, nous partageons le quotidien de la montée du nazisme, le Service du Travail obligatoire, l'arrestation de son père, compromis dans l'attentat du 20 juillet contre Hitler, la vie misérable au camp de travail. L'exode avec la perte de tous les biens de la famille, les années chaotiques d'après-guerre avec l'occupation des Alliés. D'aristocrate choyée, la jeune fille se retrouve confrontée à la faim et à la pauvreté, contrainte de se débrouiller seule et de travailler comme tout le monde. Loin de s'apitoyer sur son sort, elle y découvre la liberté, liberté d'aller voir ailleurs, liberté d'aimer, de sortir du milieu étriqué où elle était enfermée, une ouverture sur le monde, une occasion de se métamorphoser et de devenir elle-même.
Ce document irremplaçable restitue de façon concrète et détaillée et dans une langue imagée, vivante et expressive un univers disparu, mais dont les échos nous aident aussi à penser le présent.
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La vie caméléon : mémoires sans nostalgie d'une Allemande exilée (1926-1954)
L'auteure nous raconte son enfance, en Poméranie orientale,(frontalière avec la Pologne), enfance privilégiée par sa condition sociale car elle vit dans un grand domaine au milieu des terres et appartient aux « Junkers », aristocrates agricoles.
Elle est née en 1926 et va alors connaître le chaos de la guerre et les douces conditions de vie qui deviennent les dures conditions de survie.
Elle prend alors « conscience de la fragilité du vernis que donnent l'éducation et la culture, face à la nécessité toute nue de la survie ».
Elle revient naturellement sur la montée du nazisme en Allemagne et ce qui a poussé le peuple à avoir des pensées xénophobes, à être conditionné par les idées de ses politiques. Mais elle nous parle aussi de solidarités humaines, de valeurs morales…
Enfin, elle revient sur une page d'histoire tenue quelque peu sous silence : celle des massacres d'allemands par les troupes russes.
Ce livre m'a fait découvrir la classe sociale des « Junkers » et m'a permis de me souvenir d'une époque qui s'éloigne peu à peu de la mémoire de notre génération… !
Beaucoup d'humour et une écriture fort agréable font de ce roman autobiographique une lecture à ne pas rater.
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Ce livre est une autobiographie d'une Allemande née dans les années 20 et donc adolescente au début de la guerre. Elle a une particularité : c'est une fille de junker de l'Est, issue d'une grande famille aristocratique de Poméranie qui possédait à l'époque un immense domaine. Ce milieu conservateur était par ailleurs anti-nazi et son père était proche d'un certain nombre de gens impliqués dans l'attentat de juillet 1944 contre Hitler. L'auteure s'est ainsi liée d'amitié avec des Juifs et des prisonniers de guerre français, polonais et russes qui avaient été affectés à l'exploitation du domaine familial, malgré les interdictions du régime nazi. Et comme toutes les familles de l'est de l'Allemagne, il vont subir très lourdement la débâcle contre les Russes, échappant au viol et au meurtre car ayant pu se réfugier à temps à Hanovre, sous contrôle anglais. Mais leur région d'origine est annexée à la Pologne, leur propriété est perdue et la famille est donc ruinée. C'est vraiment très intéressant. C'est bien écrit, bien documenté et ça donne un point de vue assez original sur cette période, autant sur les milieux anti-nazis de la haute-société allemande que sur les exactions dont ont été victimes les populations de l'est de l'Allemagne, qui sont largement passées sous silence dans la plupart des livres d'histoire (quatre millions de victimes quand même...)
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Dans le camp de Moschwig, j'ai connu pour la première fois de ma vie, la faim. La vraie faim, celle qui vous tenaille, qui vous tord les boyaux, qui vous empêche de dormir, faisant miroiter des images de plats succulents qui vous font monter l'eau à la bouche, mais tout ce qu'on a dans la bouche, c'est de la salive.
Une blague circulait en ces temps-là : « C'est pour quand la fin de la guerre ? » « Quand Göring pourra mettre l'uniforme de Göbbels ». Nous y étions presque !
Le camp était prévu pour une centaine de gamines et nous étions plus de trois cents. Mais le ravitaillement, vu le chaos général et les bombardements quotidiens, était toujours prévu pour cent Arbeitsmaiden, et ceci en rations de guerre. Nous avions entre seize et dix-neuf ans, et le solide appétit de notre âge était encore redoublé par le travail très dur que nous devions accomplir et le cafard qui nous rongeait le soir, dans nos couchettes superposées, quand nous pensions à nos familles dont nous étions sans nouvelles. Seuls les faire-part de « mort héroïque sur le champ d'honneur » arrivaient parfois jusqu'au camp.
Je me souviens d'une camarade assignée aux cuisines, une belle fille brune, très gentille, qui distribuait la soupe du soir ; elle cédait si souvent aux yeux implorants des filles qui tendaient leur assiette ébréchée à travers le petit guichet de cuisine qu’à plusieurs reprises il ne lui resta plus rien pour elle-même, juste la casserole à lécher.
Un soir, alors qu'elle avait le bras droit plongé jusqu'aux coudes dans le chaudron fumant de soupe à l'eau et aux rutabagas douceâtres, on l'appela pour lui annoncer sans ménagement que son frère venait de mourir aux portes de Berlin. Elle laissa tomber son écuelle, dénoua son tablier sale et s'assit sur un tas de sacs vides sous l'escalier, où elle sanglota sans retenue.
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Tout foyer allemand était tenu de posséder un Volksempfänger, littéralement un « récepteur du peuple », que les gens appelaient Göbbelsschnauze, gueule de Göbbels. Ce petit poste minable, noir, rond et laid, avait en effet une certaine ressemblance avec la tête de notre ministre de la propagande. Il coûtait une somme dérisoire et était allumé pratiquement jour et nuit. Les Allemands étaient-ils vraiment assez naïfs pour ne pas se rendre compte qu'il ne servait qu'à mieux endoctriner et désinformer les masses jusque dans les fermes les plus isolées, des alpages bavarois jusqu'aux Halligen1 frisonnes de la mer du Nord ?
Pour nos journaliers, logés dans des maisons appartenant à mon père, qui ne possédaient que quelques meubles dont le principal était une desserte avec des tasses multicolores qu'on ne sortait que pour les baptêmes, les enterrements, ou les visites de ma mère, eux qui n’avaient qu’une vache, un chien de garde galeux et une douzaine d’oies qui en hiver, dormaient dans la cuisine ou sous le lit conjugal, posséder une radio semblait le comble du luxe.
Nous avions également acheté un poste pour les domestiques, car les jours où le Führer faisait ses grands discours publics, tous les patrons étaient obligés de rassembler leur personnel. Ils devaient contrôler que personne ne s’était esquivé pour piquer un roupillon ou se baigner dans le lac au lieu d’écouter les harangues ponctuées de « Sieg-Heil » et de fanfares, qui s’achevaient sur un pathétique « Un peuple, un pays, un guide ». Pendant ce temps-là tout le travail de la ferme s’arrêtait. Une femme pouvait accoucher, une vache vêler, le feu prendre dans une grange, personne ne se serait dérangé. Je ne pense pas, après avoir vécu cinquante ans en France, qu'un Hitler aurait pu ainsi réduire tout un peuple à des marionnettes, à des songe-creux, à l'ouest du Rhin.
Après chaque discours, surtout après l'invasion de la Russie, mon père disait, avec une voix grave « Cela va mal se terminer ». Et le soir, mes parents écoutaient sur leur grande radio d'avant-guerre, après avoir fermé toutes les portes à clé et recouvert le poste d'un duvet, « London calling, London calling, here is London, here is London, boum, boum, boum, boum, boum ».
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