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EAN : 9782313002162
354 pages
Éditeur : Ch. de Traverse (28/02/2012)
5/5   3 notes
Résumé :
"Nous avons besoin de l'histoire pour vivre et pour agir", écrit Nietzsche. Rien de tel que le reflet subjectif de l'histoire pour comprendre, afin de mieux y résister, les mécanismes qui entraînent un peuple dans une logique d'exclusion et d'extermination.
Ces mémoires nous font vivre l'effondrement du monde désuet des Junkers, de ses valeurs et de son mode de vie à la fois opulent et austère. Avec une grande lucidité et beaucoup d'humour, l'auteur transcende... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
latina
  16 juin 2015
Quelle leçon – vivante – d'Histoire ! J'ai appris beaucoup, j'ai réfléchi, aussi. J'ai ri – du moins au début – et j'ai frémi plus d'une fois. Ce n'est pas peu dire que j'ai véritablement apprécié ces mémoires d'une Allemande !
Son style vivant, bourré d'anecdotes toutes plus piquantes les unes que les autres, et certaines même abominables, l'humour avec lequel elle raconte son enfance et son adolescence choyées, au sein d'une famille aristocratique, dans un grand domaine de la Poméranie orientale, sa réflexion honnête sur le nazisme, son amour des gens et donc sa facilité à les cerner et à les faire vivre, son naturel et sa sincérité, enfin, tout cela m'a tenue en haleine.
Hélène est née en 1926...Vous l'aurez compris, elle va parler du nazisme et de la guerre. C'est d'ailleurs cette partie qui est le propos essentiel de ces mémoires.
Mais ce qui est vraiment intéressant ici, c'est que j'ai pu ressentir de l'intérieur la réaction de certains Allemands contemporains d'Hitler, et plus réagir comme la plupart d'entre nous le faisons, en les condamnant sans appel.
Petits extraits choisis :
« (...) l'aversion de mes parents et de toutes mes connaissances – et je ne fréquentais que des gens de notre caste – pour ce petit peintre en bâtiment, ce caporal même pas caporal-chef, ce petit parvenu autrichien à moustache, avec son horrible accent qui faisait plutôt danseur de tango professionnel que chef suprême de l'armée, qui n'était pas un aristocrate mais un fils de personne. Et il prétendait commander des généraux se prévalant de 32 ancêtres nobles, dont beaucoup s'étaient illustrés sur les champs de bataille pendant plusieurs siècles ! C'était inadmissible ! »
« Je crois, hélas, qu'il est plus difficile de faire changer d'avis un seul individu, qu'une foule compacte rassemblée dans un stade. Quand le Fürher vociférait dans un micro : « Nous allons écraser les sous-hommes comme des vers de terre », qui aurait osé intervenir pour dire à haute voix : ce sont des êtres humains comme nous, il me semble ? Abstraction faite de tout facteur de peur, nager à contre-courant dans une foule doit demander des efforts surhumains et les hommes ne sont pas des saumons... » (...) « Il suffisait donc de quatre à cinq Iznogoud placés à des postes-clés, dotés de tous les avantages matériels possibles, mais surtout d'un pouvoir presque illimité, sous la férule d'un suppôt de Satan habile et beau parleur, pour diaboliser tout un peuple, par une réaction en chaîne. La manipulation par bourrage de crâne et conditionnement est d'autant plus facile s'il s'agit d'un peuple habitué à respecter l'ordre et les institutions établies. «
Qu'est-ce que j'aurais fait à cette époque ? D'autres se sont posé cette question avant moi, mais moi, c'est seulement à cette lecture que j'y ai vraiment réfléchi.
Hélène raconte aussi, en vrac, les prisonniers français, polonais, russes, qui viennent travailler dans le domaine de ses parents et ses inévitables coups de coeur pour quelques-uns de ces hommes, avec qui elle a mis en pratique son amour des langues étrangères. Elle nous narre, toujours avec autant de naturel et sans démonstration aucune, son passage dans un camp de travail, là où sa vie a basculé. Elle nous emmène sur les chemins de l'exode, à la fin de la guerre, lorsque les Russes s'abattent sur une partie de l'Allemagne - et là, il faut s'accrocher, car le récit devient terrible. Et puis viennent les années de « reconstruction », et pour elle, les années de construction – amoureuse, professionnelle, personnelle-. Elle termine ses mémoires en 1954, lors du fameux hiver où un autre homme charismatique, l'Abbé Pierre, prend le contrepied de ce ridicule peintre en bâtiment se prenant pour Jésus-Christ.
Les Allemands, Les Russes, les Américains, les Anglais, les Italiens, les militaires, les civils, les gentils, les méchants, les courageux, les pleutres, les femmes, les hommes, les petits enfants et les adolescents, les riches, les pauvres...tous font partie de ce kaléidoscope humain, profondément humain.
Je vous recommande chaudement la lecture de ces mémoires, et j'en profite pour remercier Babelio et son opération Masse Critique ainsi que les éditions « Chemins de traverse » qui m'ont fait découvrir ce livre passionnant.
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patouch
  29 juillet 2015
La vie caméléon : mémoires sans nostalgie d'une Allemande exilée (1926-1954)
L'auteure nous raconte son enfance, en Poméranie orientale,(frontalière avec la Pologne), enfance privilégiée par sa condition sociale car elle vit dans un grand domaine au milieu des terres et appartient aux « Junkers », aristocrates agricoles.
Elle est née en 1926 et va alors connaître le chaos de la guerre et les douces conditions de vie qui deviennent les dures conditions de survie.
Elle prend alors « conscience de la fragilité du vernis que donnent l'éducation et la culture, face à la nécessité toute nue de la survie ».
Elle revient naturellement sur la montée du nazisme en Allemagne et ce qui a poussé le peuple à avoir des pensées xénophobes, à être conditionné par les idées de ses politiques. Mais elle nous parle aussi de solidarités humaines, de valeurs morales…
Enfin, elle revient sur une page d'histoire tenue quelque peu sous silence : celle des massacres d'allemands par les troupes russes.
Ce livre m'a fait découvrir la classe sociale des « Junkers » et m'a permis de me souvenir d'une époque qui s'éloigne peu à peu de la mémoire de notre génération… !
Beaucoup d'humour et une écriture fort agréable font de ce roman autobiographique une lecture à ne pas rater.
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pdupaty
  07 juillet 2015
Ce livre est une autobiographie d'une Allemande née dans les années 20 et donc adolescente au début de la guerre. Elle a une particularité : c'est une fille de junker de l'Est, issue d'une grande famille aristocratique de Poméranie qui possédait à l'époque un immense domaine. Ce milieu conservateur était par ailleurs anti-nazi et son père était proche d'un certain nombre de gens impliqués dans l'attentat de juillet 1944 contre Hitler. L'auteure s'est ainsi liée d'amitié avec des Juifs et des prisonniers de guerre français, polonais et russes qui avaient été affectés à l'exploitation du domaine familial, malgré les interdictions du régime nazi. Et comme toutes les familles de l'est de l'Allemagne, il vont subir très lourdement la débâcle contre les Russes, échappant au viol et au meurtre car ayant pu se réfugier à temps à Hanovre, sous contrôle anglais. Mais leur région d'origine est annexée à la Pologne, leur propriété est perdue et la famille est donc ruinée. C'est vraiment très intéressant. C'est bien écrit, bien documenté et ça donne un point de vue assez original sur cette période, autant sur les milieux anti-nazis de la haute-société allemande que sur les exactions dont ont été victimes les populations de l'est de l'Allemagne, qui sont largement passées sous silence dans la plupart des livres d'histoire (quatre millions de victimes quand même...)
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