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EAN : 9782924898987
216 pages
La Peuplade (19/08/2021)
3.97/5   104 notes
Résumé :
Librement inspiré de la vie du peintre Francis Bacon, Tableau final de l’amour fait le récit d’une quête artistique sans compromis, viscérale, voire dangereuse. Dans une Europe traversée par deux guerres s’impose la vision d’un artiste radical dont l’œuvre entière, obsédée par le corps, résonne comme un cri. S’adressant à l’amant qui lui a servi de modèle – ce « petit voleur inexpérimenté » qui, en pleine nuit, s’est introduit dans son atelier –, le narrateur retrac... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
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Troublant roman, que ce Tableau final de l'amour. Il s'agit du récit « d'une quête artistique sans compromis, viscérale, voire dangereuse » librement inspirée de la vie du peintre Francis Bacon. D'emblée, je précise que je ne connaissais pas du tout cet artiste, encore moins son oeuvre, et cela m'a affecté. Je n'ai pas fait d'études en histoire de l'art mais je me considère comme une personne ayant une grande culture. Passé ce choc initial, il y a celui de l'écriture même. Dès les premières pages, j'ai ressenti une certaine violente et un sans gêne quant à la sexualité. Remarquez, je ne suis pas prude, quand cela convient, je n'y vois pas d'objection. Et, après mes rapides recherches, il semble que ce soit le cas, Bacon semblait être un individu coloré. Toutefois, il me manquait un je-ne-sais-quoi pour contrebalancer ce côté cru. Je me sentais agressé par ma lecture.

« Mon désir de peindre est venu avec la prostitution. Ces deux activités, l'artistique et l'érotique, ont formé une seule bouche tordue par le manque d'air. Me convaincre que je n'étais que de la viande m'a soulagé. Me vendre m'a libéré de mon enfance. » (p. 33)

Si cela ne fait pas réagir les lecteurs, peut-être la phrase suivante le fera?

« Peindre cette toile m'a fait physiquement mal. » (p. 152)

Le roman est rempli de phrases comme celles-là. Dès les premières pages, Bacon développe une étrange relation avec un cambrioleur qu'il transforme en modèle. Rien qui ne permette au lecteur de se sentir interpellé par lui, encore moins de s'identifier à lui. Ensuite, l'auteur Larry Tremblay transporte le lecteur dans le passé du peintre, son enfance, l'abus sexuel qu'il a subi et désiré, sa relation tendue avec son père. le seul hic est que, à ce moment, je n'avais pas encore réussi à sentir une connexion avec lui alors je lisais tout cela avec indifférence. Puis, rapidement (trop rapidement), Tremblay a fait un survol de la carrière de Bacon, son séjour en France, aux États-Unis….

Je trouvais cela inégal. Tremblay s'est arrêté longuement sur certains aspects de la vie sexuelle de Bacon, ses dépravations, son abus d'alcool, etc. Et il est passé rapidement (trop rapidement?) sur d'autres, comme sa carrière artistique à proprement parler. Certains diront que les deux étaient liés. Ils ont raison. D'autres diront que, si l'on est intéressé par le processus artistique et un ouvrage bibliographique plus conventionnel, qui retrace plus fidèlement la vie de l'auteur, il est possible d'aller voir ailleurs. Et ils ont raison également. D'emblée, Tremblay a précisé qu'il s'était « librement inspiré » de la vie du peintre. Néanmoins, cela ne m'a pas consolé pendant ma lecture.
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« Pour moi, il n'y a toujours eu qu'une seule chose à peindre : le corps et son cri… Et toi, le voyou, le voleur, le petit boxeur, au moment où dans ma nuit tu avais fait intrusion, j'étais enfin prêt à accepter les bassesses, les joies, les blessures nécessaires pour peindre le corps que tu m'offrais et son cri que j'aspirais à étaler à la grandeur de ma toile. L'amour avait déjà commis tous les crimes. Un défi pour moi d'en imaginer de nouveaux. » Tableau final de l'amour, le nouveau roman de Larry Tremblay, emprunte la forme d'une confession, comme une longue lettre posthume adressée par Francis Bacon à George Dyer, son amant et le modèle de nombre de ses tableaux, suicidé à la veille de l'inauguration, au Grand Palais, de l'importante rétrospective consacrée au peintre en octobre 1971. Tout avait commencé entre eux dans la plus brutale des violences, avec l'entrée nocturne du «voyou», à la recherche de quelque butin facile, dans l'appartement-atelier du peintre, prélude à une empoignade sans pitié, laissant les deux adversaires groggys… mais finissant leur nuit dans la plus amoureuse des étreintes ! Cette scène formidable qui ouvre le récit impose d'emblée, comme les premières mesures d'une fugue, le thème majeur qui domine le texte, à travers de multiples variations, le noeud fondamental liant le corps (« la viande », disait Bacon), la sexualité et la violence, et l'expérience de la création artistique dans la pensée du peintre. Si l'histoire évoque surtout ces années Dyer, la relation passionnée, mais souvent houleuse et pleine de rebondissements, entre un artiste déjà très célèbre et riche et un dilettante, délinquant et drogué, le roman convoque, avec une certaine liberté parfois à l'égard des faits et des noms, d'autres étapes de la vie de Francis Bacon, son départ forcé de la maison familiale, après la découverte par son père de son homosexualité - les coups subis aussi dans son enfance, et ce viol dont il fut victime par un palefrenier -, ses premières années parisiennes où il n'avait d'autres choix que de se prostituer pour vivre, ses aventures avec d'autres amants, Paul Le pilote ou Alex (les prénoms ne sont pas ceux des personnages réels…), le jeune nouveau talent new-yorkais, dont il méprise les oeuvres mais qu'il invite, pour préserver son amour, à Venise ou Tanger, la rencontre aussi avec Maggy, l'actrice et metteuse en scène, la confidente, l'amie… Toujours, pourtant, à travers l'évocation des tours et détours de cette existence, ce qui intéresse Larry Tremblay et qu'il réussit puissamment, avec autant de finesse dans le propos esthétique que de poésie dans l'écriture, à imposer au lecteur, c'est l'imbrication absolue entre l'homme et l'oeuvre, jusqu'à la douleur, parfois, jusqu'à la folie. Laissons-le faire parler Bacon, son homme-peinture : « J'apprenais à peindre avec tout ce que j'étais, avec tout ce que je n'étais plus. Emporté par un élan de création proche de l'extase, je travaillais jour et nuit. Je buvais pour tenir le coup. J'enchaînais les tableaux comme si c'était une question de vie et de mort. Je peignais sans aucune distance, emporté, aveuglé par mes gestes, ouvert comme une hémorragie… » Comment mieux dire l'exigence tyrannique du geste artistique ? Avec ce corollaire du côté du regard du spectateur : « L'essentiel, c'était que la sensation du tableau monte directement au cerveau sans passer par un jugement moral, une histoire, une anecdote, un souvenir, une référence ». Et si, pour Larry Tremblay, l'idéal littéraire, et il nous semble qu'il le réalise merveilleusement dans ce texte, c'était aussi, cela, une écriture qui « monterait directement au cerveau», imposant son sens par le seul jeu de la sensibilité ?
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À ma grande honte, je ne connaissais aucunement le peintre Francis Bacon avant de m'attaquer à ce livre de Larry Tremblay, auteur du merveilleux roman l'Orangeraie, cette oeuvre de coeur qui m'a tant émue.
Et comme tout est dans tout, je vois passer cette semaine dans les News qu'à Londres, « Un portrait de l'artiste britannique Lucian Freud, peint par son ami le peintre Francis Bacon, a été vendu mercredi plus de 43,3 millions de livres aux enchères à Londres.  
Et bien, ce peintre vaut son pesant d'or et Larry Tremblay puise dans son bas-ventre pour me le présenter.
Francis Bacon n'est pas ennuyeux, il vient d'une famille de petite bourgeoisie et l'auteur imagine son père, sa mère, son enfance qui aurait façonné l'être qu'il est, fasciné par le corps où il installe son ancrage, la brutalité qui forge ses relations et sa traversée des deux guerres, obnubilé par la boucherie des corps comme de la viande.
Ce peintre, aux relations sadomasochistes, voit sa vie bouleversée par l'intrusion d'un voleur dans son atelier une nuit. Cette entrée avec fracas ne sera pas sans conséquence et le petit bum, George Dyer, devient la muse et l'amant du peintre.
La relation entre les deux est violente, étrange et malsaine. L'auteur pousse les descriptions très loins, le sexe bouleverse et agite l'énergie créatrice.
Ce roman est dur mais tellement touchant, on sent la carapace du peintre craquer lors du suicide de l'amant en octobre 1971, avant le début de la prestigieuse rétrospective de l'artiste au Grand Palais. Malgré son apparente désinvolture, Francis Bacon retrouve sa lucidité et supporté par le personnage imaginaire de Maggy, figure féminine forte qui le ramène à des sentiments plus profonds et humains, trouve une voie pour la paix intérieure.
Ce roman inventé à 85% et librement inspiré de quelques épisodes de la vie du peintre est sublime, quelle intelligence d'auteur. Il faut transcender la douleur de certains passages et apprécier l'énergie créatrice. Il me reste maintenant à m'instruire sur l'oeuvre du peintre.

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Avec « Tableau final de l'amour » Larry Tremblay nous offre un texte cru, poétique, parfois déstabilisant.
Il romance librement la vie de Francis Bacon et donne voix à l'artiste qui s'adresse à son amant, à sa grande et tumultueuse histoire d'amour, celle qui se terminera comme une tragédie grecque.

Entre quête artistique, quête personnelle et quête amoureuse, on suit toutes les errances d'un homme sans compromis qui se met continuellement en danger.
Traversé par la chair et le sexe, ce roman raconte une vie passionnée, toujours sur la corde raide, jusqu'à l'extrême limite, jusqu'au chaos.

Bacon peignait des personnages déformés, des figures aux frontières de l'humain, des portraits inquiétants qui dissèquent les corps, laissent apparaître la viande, le sang.
Il m'a semblé que Larry Tremblay parvenait incroyablement à transposer tout ça en écriture.

Un texte radical, où violence et beauté se disputent, un texte qui trouble et ne laisse pas insensible.
Bref, de la littérature.
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Tableau final de l'amourLarry Tremblaytous les livres sur Babelio.com

Lu dans le cadre de l'Opération Masse Critique Québec. Merci à Babelio et aux éditions La Peuplade.

Avec Tableau final de l'amour, Larry Tremblay nous offre une incursion fictive dans la vie du peintre Francis Bacon. Loin du roman biographique avec ses développements évènementiels, on plonge ici dans une projection d'états d'âmes probables, élaborée certes autour de la vie du peintre, mais encore davantage à partir de son oeuvre. On assiste en quelque sorte à une mise en scène des tableaux, à ce qui semble sous-tendre la création, on traque la jonction qui se manifeste entre la vie et l'oeuvre.

Le moteur de cette démarche est la relation pour le moins ambiguë que le peintre entretenait avec George Dyer, qu'il croise pour la première fois lorsque celui-ci entre par effraction chez lui pour le cambrioler. Cette rencontre et les circonstances qui l'entourent fascinent et tourmentent le peintre. Les deux hommes se reverront régulièrement et George deviendra son modèle. Ils développent ainsi une relation amour/haine, teintée d'un érotisme débridé, dont les méandres s'éclairent furtivement devant nous le temps d'un clignotement de lampe torche. Ce faisceau fait resurgir des moments clés de la vie de Bacon, mettant à jour les névroses profondes, les traumatismes, l'enfermement dans un mal être qui ne trouvera d'échappatoire que dans l'urgence de la création ou le désir de destruction.

L'expérience de dramaturge de Larry Tremblay est ici évidente. Tout comme au théâtre, les scènes se vivent plus qu'elles ne se lisent, la présence des personnages est massive, incontournable, physique. Cette lourdeur entre parfaitement en correspondance avec le contenu des tableaux de Bacon. le portrait ne cesse de sortir du cadre. On y sent la sueur, le sang, les ecchymoses, la chair mutilée. Les scènes tombent sur la page comme un morceau de viande crue sur une planche à découper.

L'ensemble est une réussite, on croit se rapprocher de ce que pouvait être les perceptions de l'artiste, ses noeuds, ses impasses. Lecture violente, comme souvent chez Larry Tremblay (on se souviendra de L'orangeraie), écriture qui n'a pas froid aux yeux, qui ose mordre le réel là où il saigne. Une profondeur dérangeante. Un affrontement enrichissant.

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critiques presse (2)
Actualitte
07 juin 2022
Librement inspiré de la vie du peintre Francis Bacon, Tableau final de l’amour fait le récit d’une quête artistique sans compromis, viscérale, voire dangereuse.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaPresse
24 août 2021
Larry Tremblay éblouit en nous plongeant au cœur des ténèbres et de la violence destructrice des toiles de Francis Bacon. Avec Tableau final de l’amour, il s’inspire librement de l’œuvre et de la vie du peintre d’origine dublinoise – et particulièrement de sa relation orageuse et tragique avec George Dyer. Un roman troublant et jouissif, qui plonge dans le vif de la chair, où extase et douleur s’abreuvent l’un à l’autre.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Ta mort transfigurait les tableaux où tu étais représenté : Ils devenaient prémonitoires. Je ne les avais pas créés pour raconter une histoire, aucun lien n'existait entre eux. Je les regardais à présent comme les moments inséparables d'une vie qui se terminerait par un désastre.
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Tu as ébranlé ma vie comme un coup de poing que je n'ai pas eu le temps de voir arriver. A peine un mois auparavant, tu avais tenté de me dévaliser en pleine nuit. Tu avais espéré quoi ? Que je cachais mon argent sous mon matelas ? J'aurais été flatté si tu étais venu pour me voler une toile. Mais tu étais ignorant et vulgaire malgré tes beaux vêtements. Tu ne savais rien de l'art, tu n'avais aucune idée de l'artiste que j'étais. Tu avais cru repartir avec une montre, une télé, des babioles. Tu m'as sauté dessus comme un chat. Une bête d'égout. Dommage que tu n'aies pas pu me dévaliser chaque soir. J'étais prêt à subir de ta part ces violences qui s'enfoncent dans la chair comme des hameçons.
(p.23)
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Pour moi, il n'y a toujours eu qu'une seule chose à peindre : le corps et son cri. Et si la sainteté et le tragique avaient la chance de se marier, c'était assurément au sein de la figure humaine. L'art abstrait l'avait évincée de la toile, remplacée par des paysages de points, de lignes, de taches, l'avait déconstruite pour signifier l'insignifiance de toute vérité humaine, voire son inexistence absolue. Il n'y avait que du vent dans cet art aseptisé. Pour peindre des crucifiés ou me hisser moi-même en haut d'une croix, je n'avais pas besoin de croire. N'importe qui pouvait se retrouver dans cette position. Et toi, le voyou, le voleur, le petit boxeur, au moment où dans ma nuit tu avais fait intrusion, j'étais enfin prêt à accepter les bassesses, les joies, les blessures nécessaires pour peindre le corps que tu m'offrais et son cri que j'aspirais à étaler à la grandeur de ma toile. L'amour avait déjà commis tous les crimes. Un défi pour moi d'en imaginer de nouveaux.
(pp. 110-111)
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Je ne peignais pas de paysage. Ma peinture ne supportait pas le grand air. Pas besoin de montagnes, de rivières, de déserts, de pâturages ni de plages léchées par les vagues. Encore moins de soleil, de lune, de nuages. Ton corps me suffisait à peindre l’univers.
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Ton corps me suffisait à peindre l'univers"

"J'ai aimé ta fureur. Et j'ai été effrayé par la tendresse qui a envahit ton corps endormi"

"Et j'aimais cette usure qui sortait de ta bouche, j'aimais tes lèvres qui la rendait visible"

"Un impossible cri noir"

"L'abandon de ta peau se métamorphosait en l'errance de ta chair"

"Pour moi, il n'y a toujours eu qu'une seule chose à peindre : le corps et son cri."
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