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EAN : 9782070363711
448 pages
Gallimard (13/04/1973)
3.75/5   44 notes
Résumé :
Le titre de ce livre est une des phrases mystérieuses que l'on entendait à la radio de Londres, pendant l'Occupation, un message chiffré destiné à la Résistance. Des quatre nouvelles qui le composent, la première, Les Amants d'Avignon, avait paru clandestinement aux Editions de Minuit. Les manuscrits des trois autres, enterrés près de la maison habitée par Elsa Triolet, n'ont vu le jour qu'après la Libération. Dans ces quatre nouvelles, les personnages ne peuvent éc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Chestakova
  16 novembre 2020
Écrites de 1942 à 1944, ces quatre nouvelles sont réunies dans un recueil paru à la libération sous le titre symbolique d'un message annonçant sur la radio de Londres, le débarquement en Normandie de juin 44 : » le premier accroc coûte deux cent francs »
A l'exception de la dernière nouvelle qu'elle écrit à Paris en automne 1944, Elsa Triolet écrit ses textes dans la clandestinité, le premier d'entre eux : « Les amants d'Avignon » sera publié par les Éditions de Minuit en 1943 sous un pseudonyme.
Il est émouvant de lire dans ces histoires qu'elle raconte, le lien très fort qui existe entre la fiction et l'expérience qu'elle a vécue. En introduction au récit, elle évoque d'ailleurs dans une préface, comment elle a traversé ces années, et on retrouve dans ses lignes le terreau de son récit, écrit dans une langue d'une poésie solaire et d'un réalisme acéré.
Elle met en scène des personnages qu'elle connaît bien, ils sont majoritairement de son monde, artistes, journalistes, ils ont quitté Paris et se retrouvent en fuite, de villages en campagnes, de logement meublé en pensions de famille, ils sont perdus :
« Dans le salon où tout le monde se réfugiait parce que c'était le seul endroit chauffé, Alexis se sentait comme un bateau par gros temps. »
Pour eux, le quotidien, c'est la chaleur étouffante l'été, le froid mordant l'hiver, la difficulté de s'approvisionner et surtout le ballotement de leurs vies, suspendues à la peur, à l'incertitude. Ils font contraste avec ceux qui s'engagent : des femmes comme Juliette qui cherche des planques dans la montagne, comme Louise qui se cache, déjà arrêtée une fois, des hommes comme Célestin, comme tous ces villageois qui aident le maquis. Pas de manichéisme toutefois, la réalité est toute en nuances, Henriette et Alexis applaudissent aux bonnes nouvelles du front et la part de rêve est forte chez Juliette ou Louise. C'est le rêve qui fait écrire à Louise ses souvenirs d'enfance en Russie dans la neige immaculée de Moscou, une enfance qui ressemble à celle d'Elsa, et Louise cache ses cahiers sous un pêcher tout comme Elsa le fait de ses écrits. le rêve et la poésie ont raison de tout, ils transfigurent la réalité : Juliette cachée dans la maison perdue oublie les rats au spectacle de la neige, elle oublie la solitude et demande à Célestin de faire comme si, et les messages d'amour qu'ils voient gravés sur les murs du fort Saint André se prennent à une nouvelle vie. le miroir est partout dans ces histoires, dans la description de Lyon en ville laide et détestée à l'image de ce que ressentait l'auteur elle-même, dans la description de la petite ville refuge au bord du Rhône avec son « café de la poste et du sauvage » qui plante son décor dans les deux nouvelles qui se suivent. D'une nouvelle à l'autre, il y a des rencontres, Alexis et Louise se croisent, se reconnaissent, elle aide Alexis à se remettre à la peinture, il l'aide sans le savoir à inventer des histoires. A leurs côtés, il y a tous ces personnages, croqués sur le vif, la logeuse envahissante, l'industriel généreux, et deux mondes qui coexistent, ceux qui « sont en dehors de tout » et ceux qui sont dans l'action même modeste, ceux qui cachent, ceux qui savent, ceux de la plaine et ceux du maquis. Pas d'héroïsme grandiloquent dans ces lignes, juste la réalité fragile de l'occupation, Juliette est arrêtée en allant aux Galeries Lafayette. La réalité de la guerre est toutefois bien là et elle déchaine sa violence alors que tout semble promis à finir, la dernière nouvelle met en scène dans l'été 44, les massacres et la fureur que la défaite annoncée de l'Allemagne voit décupler.
Un récit sincère qui n'exclue pas les aveuglements (sur l'URSS notamment) mais qui apporte un témoignage historique fort tout en hissant le récit historique au rang d'une superbe création littéraire.
Une lecture émouvante.
Ce livre a obtenu le prix Goncourt en 1945, premier Goncourt attribué à une femme.
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davidomi
  23 avril 2022
C'est un livre qui parle d'une autre époque, mais c'est aussi une écriture qui parle d'une autre époque : où l'on écrivait comme l'on peignait, où l'on peaufinait à merveille portraits et paysages, où le récit n'était pas encore imbibée de télévision et de série télé. Ni de cinéma pourtant déjà bien présent dans la vie culturelle de l'époque.... Où l'on prenait le temps d'écrire, de décrire... et de lire. Sans que son cerveau réclame à chaque fin de page sa dose de rebondissements.
Ce sont bien des tableaux que l'on découvre ici, comme l'on visiterait en s'attardant une galerie. Et Elsa Triolet excelle dans ces deux exercices (paysages et portraits) même si cette autre écriture "best seller" existait déjà, notamment du côté des anglo-saxons (je range par exemple dans cette catégorie un autre recueil de nouvelles de Daphné du Maurier (Les oiseaux et autres nouvelles) de presque la même époque)
Certaines de ces nouvelles (de 100 voir 200 pages) ne sont pas pour autant de petits romans. Car il s'agit bien de toiles réalisées à un moment donné, des "instantanées", aussi bien côté paysages que portraits. Des tableaux "pris sur le vif", ou plutôt qui ont imprégnés la rétine de l'artiste et qu'il restitue plus tard. Comme certaines de ses pensées, notamment sur l'écriture : " (...)vouloir fixer un souvenir par écrit, d'en fixer de pauvres brides au lieu de rester à rêver, richement. Etrange besoin que d'écrire"
Contrairement à ce que dit l'une des critiques ci dessus, on ne lira pas ici l'aveuglement dont a put faire preuve, comme une majorité de personnes ayant embrassées la cause communiste en ces années là, Elsa Triolet vis à vis de l'Urss. Dans la préface, l'auteur évoque par contre toute l'animosité dont elle a souffert, de fait de ses choix politiques, de la grande méfiance qui l'entourait, elle et l'amour de sa vie.
Ce que j'ai particulièrement apprécié ici, c'est le fait de n'avoir pas de suite compris les liens entre certaines nouvelles, de me rendre compte que la journaliste dont le peintre parle d'une façon peu amène dans une nouvelle, est l'héroïne que l'on suit ailleurs. Et dont alors on sait la fin tragique, alors qu'elle même ne se doute de rien... Savoir le futur sombre d'une femme qui a choisi en ces années le camp de la résistance, comme un double d'Elsa Triolet et de ce qu'aurait pu être sa fin, sans doute le tableau de ses angoisses quotidiennes d'être découvertes et promis aux pires représailles...
Le livre d'une survivante.
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Leo38000
  03 décembre 2020
C'est la critique de Chestakova ici, belle et intelligente, qui m'a donné envie de lire « le 1er accroc.... ». Je suis un fou d'Aragon et pour moi Elsa Triolet n'était que la femme de...
J'ai découvert une vraie autrice. Ses belles phrases précises et vives décrivent admirablement villes, paysages, sentiments et ambiances. (Je me suis régalé avec les descriptions de Lyon, tellement pertinentes et avec celles de Moscou sous la neige, propres à faire rêver).
Les personnages sont campés avec justesse au moyen d'images originales qui font mouche. (« ...ce beau garçon méridional a la loyauté des terrains de sport... »)
Le récit est bien construit et nous tient en haleine : je n'ai pas pu lâcher ma lecture avant de savoir ce qu'il adviendrait d'Alexis, d'Henriette ou de Louise.
Il exclut tout manichéisme ce qui lui confère profondeur et densité.
Un bémol tout de même peut-être : les épilogues, à mon sens un peu bébêtes, ne sont pas à la hauteur des récits. Mais la petite déception finale est bien peu de chose comparée au plaisir de la lecture. Après tout il existe des voyages où l'itinéraire est bien plus beau et enrichissant que la destination.
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oran
  13 juillet 2016
Elsa s'inspire des lieux où elle résida dans une certaine clandestinité pendant la guerre , notamment à Villeneuve les Avignon. (Une plaque apposée sur une belle demeure - Les Saisons- Place de l'Oratoire, nous indique qu'en ce lieu vécurent Aragon et Elsa) Je pense qu'elle a effectivement vu les graffitis sur les murailles ruinées du Fort St André qu'elle décrit longuement et qui a eux seuls constituent une (belle) histoire...
Personnellement j'ai trouvé que l'atmosphère de peur, la pesanteur de la guerre, l'incertitude du lendemain sont particulièrement bien rendues par son écriture
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Jaures95
  09 décembre 2018
Ecrit pendant l'Occupation , ce livre contient 4 nouvelles .
Complètement immergées dans leur époque, ce sont des histoires liées à la Résistance. Ce sont plutôt des histoires de résistants. Elle donne à suivre des tranches de vie plus ou moins longues d'hommes et de femmes ordinaires emportés par les circonstances. sans prédispositions ni pour l'action ni pour l'héroisme , ils sont juste de leur temps troublé.
Le ressort est l'indignation, l'espoir, la peur ...
Ce livre c'est une page d'Histoire au niveau des anonymes qui l'on écrite.
A lire.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
OlivierMaldentOlivierMaldent   15 mai 2022
Si Mme Loiseau avait été méchante, cela aurait été facile, mais comme elle était pleine de bonne volonté, il n'y avait aucun recours contre elle. Comment faire pour ne pas manger avec elle, quand malgré les habitudes de toute une vie, elle déplaçait ses heures de repas pour ne pas contrarier ses locataires, et que l'idée de manger séparément ne lui venait même pas ? Les premiers jours, dans l'espoir qu'elle se fatiguerait d'attendre, les Slavsky déjeunèrent à trois heures, mais rien n'y fit, et Mme Loiseau essaya même de cacher le mal d'estomac que cela lui avait donné. Il ne fallait pas songer à prendre leur repas dans la salle à manger de chêne clair ; jamais Henriette n'aurait osé mettre le couvert sur cette table immaculée, devant laquelle personne ne s'était jamais assis pour manger. Pas plus qu'elle n'osait se servir de la vaisselle qu'il y avait dans le buffet, les mains lui tremblaient lorsqu'elle touchait à une de ces assiettes à filet d'or, à un de ces verres à fond rouge, et qu'elle voyait les yeux anxieux de Mme Loiseau surveillant chacun de ses mouvements. Elle n'utilisait plus que la vaisselle dépareillée de la cuisine.

(La Vie privée ou Alexis Slavsky, artiste peintre)
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OlivierMaldentOlivierMaldent   14 mai 2022
Juliette eut chaud avant même d'avoir allumé le feu. Les flammes sortirent du bois, crépitantes, déchiquetées, de belles guenilles de luxe. Cela vous tient compagnie, le feu, son mouvement, le bruit meublent la solitude... On le regarde vivre, se démener... Se sautes d'humeur, ses trépignements, ses jaillissements, sa perfidie, et comme il se fait tout petit, comme il se tapit sous une bûche, on le croirait mourant, mais c'est alors qu'il se lève haut et clair ! Sa gaieté cascadeuse, ses débordements, ses appétits illimités et le calme brûlant des braises...

(Les Amants d'Avignon)
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HelenkerrHelenkerr   29 mars 2013
L'importance de l'art dans la vie d'un artiste dépasse l'entendement de la plupart des gens. On comprend la passion chez un savant, chez un révolutionnaire, dans le monde social, mais on l'admet mal chez l'artiste. Vivre et se battre à mort pour la poésie, la peinture, la musique, le théâtre, voilà qui dépasse l'entendement ! Et pourtant je n'ai pas besoin de citer des exemples pour affirmer la réalité de ce combat. Le thème de la gravité de l'art qui ne plaisante pas avec l'artiste, ce qui lui demande sa vie, morale et physique. Ce thème est celui de mes romans.
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HelenkerrHelenkerr   29 mars 2013
C'était une femme très agitée à son ordinaire, rien que de l'entendre parler intarissablement comme un robinet qu'on aurait oublié de fermer, on avait l'impression de perdre pied dans toute cette eau.
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jm62jm62   11 novembre 2021
Un maquis c'est un endroit où se cachent ceux de la relève. C'est un îlot de résistance, comme qui dirait, des partisans qui se préparent à faire la guérilla.
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Videos de Elsa Triolet (35) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Elsa Triolet
SECONDE PARTIE TABLE RONDE Samedi 22 janvier 2022 14h30 - 17h30 Librairie A. Pedone - 13, rue Soufflot - Paris Ve
Les chefs-d'oeuvre de la littérature sont si divers qu'il paraît impossible d'en donner une définition générale pertinente. Outre l'intérêt durable qu'ils suscitent, la plupart partagent cependant au moins deux caractéristiques : leur lecture demande un effort et ils transforment la vie du lecteur. On n'est plus le même après avoir lu Proust, Musil ou Joyce. Arrêtés par l'effort à fournir, beaucoup passent à côté du plaisir qu'apporte cette expérience. Peut-on la faciliter en contractant ou en transposant l'oeuvre ? le sujet fait débat. Chaque fois qu'un grand classique est porté sur la scène ou à l'écran, on entend des voix s'insurger contre l'inévitable simplification de l'ouvrage. Et lorsque les mêmes chefs-d'oeuvre font l'objet d'une bande dessinée ou d'une édition abrégée, d'aucuns vont jusqu'à crier au sacrilège ! À l'occasion de la parution de la substantifique moëlle de l'Homme sans qualités – une version contractée par François de Combret du chef-d'oeuvre de Musil – et de Proust pour tous – une transposition par Laurence Grenier en 500 pages des sept tomes d'À la recherche du temps perdu –, les Éditions du Palio organisent une table ronde autour de la question : « Comment faciliter l'accès aux chefs-d'oeuvre de la littérature ? » * Introduction : « Pourquoi faciliter l'accès aux chefs-d'oeuvre de la littérature ? » Luc Fraisse, professeur de littérature française à l'université de Strasbourg Première partie : « Contracter un chef-d'oeuvre littéraire : est-ce le trahir ou le soutenir ? » Autour des auteurs de la substantifique moëlle de l'Homme sans qualités et de Proust pour tous, les intervenants s'interrogeront sur les bonnes pratiques à respecter quand on entreprend de simplifier ou traduire un chef-d'oeuvre de la littérature pour, selon l'expression de François de Combret, « mettre en appétit de lecture ». François de Combret, Laurence Grenier Marine Molins, professeure agrégée de lettres modernes, co-autrice de « Translatio : traduire et adapter les Anciens » (Garnier, 2013) Didier de Calan, ancien directeur de la pédagogie aux éditions Nathan Animation : Jean-Jacques Salomon, Éditions du Palio
Seconde partie : « Transposer un chef-d'oeuvre littéraire : est-ce le réduire ou le promouvoir ? » À partir d'expériences de transposition d'oeuvres littéraires à l'écran, sur la scène, en bande dessinée, etc., on se demandera comment conserver l'esprit d'un chef d'oeuvre quand on le déplace hors du champ littéraire. Valentine Varela, actrice et réalisatrice Frédéric Richaud, romancier et scénariste de bande dessinée Anne Armagnac et Bernard Dollet, membres de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet Hélène Waysbord, autrice de « La chambre de Léonie » (Le Vistemboir, 2021) Animation : Céline Mas, co-fondatrice de Love for Livres
Conclusion Hélène Waysbord *
Table ronde organisée en partenariat avec la librairie A. Pedone, l'Association des amis d'écrivains, organisatrice du Salon international des amis d'écrivains, et Love for Livres, initiative pour la promotion de la lecture par les émotions
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