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Critiques sur Quelle époque ! (15)
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iris29
  18 février 2018
Quelle époque et quel pavé !
807 pages ...Il m'aura fallu une semaine pour venir à bout de ce roman, autant dire que j'ai été en totale immersion dans le monde que nous décrit Anthony Trollope.
Dans le Londres des années 1870, débarque un personnage mystérieux et sulfureux affublé d'une épouse et d'une fille unique . On croit savoir qu'il viendrait de Paris et qu'il est très riche mais il y a un hic : sa fortune soudaine ne serait pas acquise honnêtement.
Qu'importe ! Immédiatement, des hommes de la bonne société désirent s'associer avec lui, pressentant qu'il y a de l'argent à se faire sans rien faire ...
Car les jeunes gens que nous présente l'auteur, sont des héritiers, des rentiers , qui n'en "foutent" pas une, mais qui sont très doués pour dilapider le peu de fortune qu'ils ont , à leur Club, entre alcool et parties de cartes . Presque ruinés , ne pouvant payer leurs dettes de jeux, ils n' auront de salut que dans le mariage , à condition de tomber sur la bonne poire doté d'une dot conséquente ...
Quelle drôle d'époque que celle-ci, et ses jeunes gens obligés de se marier pour maintenir leur train de vie , n'envisageant jamais le travail comme source de revenus .
Quelle drôle d' époque qui voit leurs pères préférant s'acoquiner avec ce Monsieur Melmotte, parce qu'incompétents en affaires, ils n'ont pas vu venir le piège de celui qui achète sans jamais payer , emberlificotant son monde par de belles paroles.
Quelle époque aussi, qui permettait à un écrivain d'écrire ceci : " Sa femme était grosse et blonde, une couleur qui n'était pas celle de nos juives traditionnelles ; mais elle avait le nez juif et les yeux resserrés des juifs".
[ J'avais déjà un truc identique dans un roman d'Agatha Christie ... ] .
Et même si après , il se fait pardonner, en dénonçant un homme qui refuse d'accorder la main de sa fille à un monsieur juif et qu'il dit de jolies choses sur la tolérance et le monde qui change , c'est choquant pour la lectrice du 21 ° siècle que je suis.
Bien sûr, il y a quelques longueurs , notamment sur les passages concernant les affaires et la politique ; bien sûr il y a quelques longueurs autours des histoires d'amours et d'argent , mais dans l'ensemble, c'est extrêmement plaisant et instructif.
J'ajouterais , que la langue est belle et les réflexions pertinentes dont une en particulier m' a fait sourire tant elle colle parfaitement à notre actualité "people/héritage ":
" Là-bas, la femme peut prétendre à avoir sa part des biens de son mari, mais ses biens à elle n'appartiennent qu'à elle. L'Amérique est assurément le pays des femmes... et , tout particulièrement, la Californie."
A QUE ... certaines personnes auraient été bien avisées de lire "Quelle époque !" Ils se trouveraient moins "démunis" aujourd'hui ...
Quand à moi, en refermant ce roman, je me suis demandé ce que Monsieur Anthony Trollope penserait de la notre, d'époque ...
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Kirsikka
  12 octobre 2018
Ah, oui, un vrai pavé : plus de 800 pages grand format sur papier fin, il m'a fallu trois semaines pour en venir à bout.
Une époque qui ressemble à la nôtre sous quelques aspects, la recherche du profit, la spéculation, la renommée, la fascination pour la richesse, et les moeurs médiatiques ; et qui en diffère sur d'autres, car un roman du XIXème siècle échappe rarement à la "question féminine" comme on dirait dans un roman de Tolstoï. Ou autrement dit la place des femmes, leur dépendance économique, la nécessité pour elles de se marier pour espérer avoir une maison à elles, si elles ont la chance de tirer le bon numéro à la loterie des prétendant, rarement désintéressés.
Beaucoup de personnages, peut-être un peu trop de longueurs, un humour qui permet d'apprécier la plume de l'auteur : s'il n'a pas un grand style, l'ironie permet de prendre un peu de distance avec des sujets qui, au fond, sont plutôt tragiques.
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cmpf
  16 décembre 2015
En anglais « The way we live now », ce roman présente sur une période d'environ six mois des spécimens de la « bonne société » londonienne. Il y a Lady Carbury sur laquelle s'ouvre le roman, veuve mal mariée qui a gardé de son expérience matrimoniale l'idée que l'amour est un objet de luxe que seuls quelques-uns peuvent s'offrir. Elle fait donc preuve d'une grande dureté envers sa fille Henrietta qui souhaite épouser le jeune homme dont elle est éprise. D'un autre côté tout en étant coupablement indulgente avec son fils Félix, joueur et buveur, et qui l'entraine à la ruine, elle le pousse à épouser une jeune fille dont la famille est douteuse mais très riche, quitte à en passer par l'enlèvement. Cette jeune fille c'est Marie Melmotte dont le père arrivé depuis peu en Angleterre brasse beaucoup d'affaires assez nébuleuses. Mais Melmotte entend bien donner sa fille selon ses intérêts à lui. Autour de ce financier gravitent des lords désargentés mais imbus d'eux-mêmes, prêt à vendre leur nom pour « respectabiliser » le lancement d'actions assises sur du vent ou presque.
Le monde littéraire et celui de la presse ne valant pas mieux. Lady Carbury qui s'est lancée dans l'écriture pour gagner un peu d'argent, n'hésite pas à jouer de son charme pour essayer d'obtenir de bons papiers, plutôt immérités, dans les journaux, avec plus ou moins de succès, car de toute façon, certains éreintent les livres dont ils font la chronique parce que cela fait vendre.
Le monde financier dans lequel on met ses opinions et scrupules de côté afin de participer aux bénéfices, le monde des jeunes aristocrates joueurs, buveurs, en quête d'une héritière, tous assez inconsistants, le monde journalistique peu respectueux de la vérité, peu sont épargnés.
Les femmes me semble-t-il s'en tirent un peu mieux. L'énergie n'est niée ni à Mrs Hurtle, américaine venue rappeler à un jeune anglais sa promesse de mariage, ni à Lady Carbury. Les jeunes filles telles Mary Melmotte ou Henriette Carbury sont droites. Les soeurs Longestaffe sont un peu moins bien traitées, mais dans l'ensemble face aux frères auxquels tout est permis, leurs personnalités sont plus riches.
Autre sujet traité, les préjugés à l'encontre des juifs, tolérés dans la finance, mais dont on ne veut pas dans sa famille malgré un début d'évolution. Bref, une peinture peu reluisante de la société de la deuxième moitié du 19ème comme le laissant entendre le titre.

Je me suis aperçue que je jugeais l'un des protagonistes différemment que les personnages du livre le font. Roger Carbury est considéré par tous comme un modèle de vertu, mais je l'ai trouvé particulièrement hypocrite, sans qu'il s'en rendre compte apparemment. Parce qu'il est parfait tant que ses intérêts ne sont pas en cause, mais lorsqu'ils le sont, il se révèle impitoyable et surtout sûr de son bon droit au-delà de la réalité. Tandis que j'ai été plus indulgente que prévu apparemment pour son rival Paul Montague. Preuve encore que la lecture n'est pas un acte neutre.
Publié en 1875, se passant dans les années 1870, il semble que ce soit à cette période qu'Anthony Trollope situe le début du règne inconditionnel de l'argent. C'est à quelques années près, celle que Zola juge aussi à l'origine du même changement.
Je me suis demandé si Trollope était puritain, car si ces jeunes gens jouent, boivent, courtisent sans amour, ils ne semblent pas vivre d'aventures amoureuses. Si sir Félix s'intéresse à une jeune villageoise qui le rejoint à Londres où elle s'installe chez une tante, il se contente de l'inviter au music-hall ou au restaurant. La seule fois où Félix tente d'en avoir un peu plus se termine mal pour lui ; la morale est sauve. .
Dans l'ensemble, ce livre trouve de nombreux échos dans notre époque.
Peut-être quelques longueurs, et quelques redites en début de chapitres qui laissent à penser qu'il a été publié d'abord en roman feuilleton, mais un roman qui vaut la peine d'être lu. D'ailleurs j'y reviendrai, la grande production de monsieur Trollope laisse un large choix. Je serai assez tentée par la série Les chroniques du Barsetshire.

Challenge ABC 2015-2016
Challenge 19ème siècle


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ElizaLectures
  08 juin 2012
Le roman s'ouvre sur trois lettres cajoleuses écrites par Lady Carbury aux rédacteurs en chef des journaux les plus en vue de Londres pour demander un bon accueil à son roman, implorant l'indulgence de l'un, flirtant avec l'autre…. Dès le départ, Trollope place ainsi cette grande saga victorienne sous le signe des tromperies et des manipulations. Si Lady Carbury en est réduite à écrire des romans et à convoiter avidement une carrière de femme de lettres, c'est qu'elle est ruinée par la conduite insouciante de son fils, Sir Felix. Ce dernier passe ses journées à s'endetter aux cartes dans un club londonien sans prestige avec quelques autres jeunes hommes. Pour lui, seul un mariage avec une héritière pourra lui assurer le train de vie dont il a besoin pour subsister. Cette héritière pourrait bien être Miss Marie Melmotte, la fille du grand financier Augustus Melmotte, nouveau génie de la City. Melmotte n'a ni titre ni distinction, mais assez d'argent pour s'acheter des duchesses à ses bals et faire des scandales aux secrétaires d'Etat. Grâce à sa fortune, toutes les portes lui sont ouvertes… Sur cette intrigue principale se greffent d'autres couples, Hetta Carbury déchirée entre son cousin plus âgé, Roger Carbury, et Paul Montague, jeune homme à l'allure bien plus engageante, mais lui-même pris aux griffes d'une “tigresse” américaine venue exiger de lui le respect d'une ancienne promesse de mariage. On trouvera aussi Lord Grendall et son fils, devenus laquais de Melmotte pour grappiller quelques sous de sa fortune, le jeune Dolly Longestaffe, que la seule pensée d'écrire une lettre fatigue et sa soeur, qui se débat pour obtenir une certaine indépendance, ou encore la jeune Ruby Rugles, petite paysanne qui se pâme devant son amoureux londonien au détriment de l'honnête fermier qu'elle doit épouser. Une galerie de personnages haute en couleurs que l'auteur entrecroise avec une maîtrise et une facilité déconcertante, ajoutant à tout cela la “grande affaire” de Melmotte, la Société de Chemin de Fer du Pacifique Centre et Sud et du Mexique, dont on ne voit durant tout le roman pas le premier mètre de rails.

Dans ce tumulte, certains personnages révèlent avec surprise un caractère plus ferme que ce qu'on croyait quand d'autres ne se relèvent jamais alors qu'on l'espérait toujours. le titre original du roman “The Way We Live Now” montre bien le parti pris de Trollope qui sous-tend tout le roman : “cette” époque a perverti la bonne vieille Angleterre. L'argent achète tout, les bonnes manières n'y sont plus respectées et la noblesse n'a plus le panache de l'ancienne époque. Si Trollope ne peut empêcher le monde d'avancer et les idées d'évoluer, il ne se retient pas de donner son avis à travers deux personnages : Roger Carbury, effaré devant la conduite de Sir Felix et Mrs Pumpkin, la tante de Ruby.

Ce livre pourrait s'intituler Grandeur et décadence d'Augustus Melmotte, tant il m'a fait penser à Balzac dans la description des affaires financières, des combines politiques, de ces caractères si forts (la mère se sacrifiant pour son fils, le journaliste jouant avec son pouvoir, l'héritier désargenté, la fille rebelle, etc.) et cette opposition permanente entre la campagne et la Ville… La différence réside cependant dans l'analyse psychologique beaucoup plus fine, parfois un peu longue, que fait Trollope des ressorts des actions de ses personnages.
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Titine75
  28 mars 2013
En 1873 à Londres, un personnage attire l'attention de toute la bonne société. Augustus Melmotte est un financier à la réputation sulfureuse mais c'est son argent qui lui vaut sa popularité. La vieille noblesse, à bout de souffle pécuniairement, voit en Melmotte une occasion de se refaire une santé. Pour récolter une partie du pactole, deux possibilités s'offrent aux Lords : adhérer à la compagnie du chemin de fer du Pacifique Centre et Sud et du Mexique, dont Melmotte est le président pour l'Angleterre, ou épouser la fille du financier, Marie. Certains, comme le futile et dépravé Sir Felix Carbury, tentent de faire les deux. La course à la spéculation et au mariage est lancée dans l'aristocratie londonienne.

Ce résumé ne vous donne qu'un mince aperçu de ce que contient ce foisonnant roman d'Anthony Trollope. « Quelle époque ! » (« The way we live now » en anglais mais le titre français traduit bien l'ironie de l'auteur) passe au tamis du sarcasme l'aristocratie, les milieux financiers, littéraires et journalistiques. Anthony Trollope a écrit une vaste et dynamique fresque qui fourmille de personnages et d'intrigues.

Au centre de cette satire se trouve donc Augustus Melmotte. Personne ne sait d'où il vient ni comment il est devenu si riche. Les rumeurs vont bon train et il semble évident que cette immense fortune a des origines malhonnêtes. Néanmoins les aristocrates courtisans ne manquent pas. Les Lords ne sont pas très regardants. « La noblesse gaspille l'argent ; le commerce le gagne ; et alors le commerce achète la noblesse, en lui permettant de redorer son blason. » Anthony Trollope nous montre précisément ce moment où l'argent change de main. La finance prend l'ascendant sur les vieilles familles aristocratiques en achetant leurs propriétés, en faisant des mariages pour acquérir des titres ou en se présentant au parlement comme le fera Melmotte. Ce thème est très moderne et finalement toujours d'actualité. La compagnie du chemin de fer du Pacifique Centre et Sud et du Mexique n'est qu'une vaste supercherie basée uniquement sur la spéculation. Peu importe que le chemin de fer soit construit du moment que les actions se vendent. Melmotte incarne parfaitement ce monde financier corrompu. C'est un homme détestable, méprisant et imbu de lui-même. Il considère sa femme et sa fille comme des marchandises et les maltraite. Marie Melmotte doit épouser le prétendant choisi par son mère et non l'élu de son coeur, Sir Felix Carbury. Même si ce choix est loin d'être judicieux, la jeune femme fera preuve de beaucoup de force de caractère pour défier son terrible père. La révolte de Marie correspond au moment où la chute de l'empire Melmotte est amorcée.

Le financier n'est pas le seul personnage détestable, d'ailleurs peu sont ceux qui sont véritablement honnêtes et bons. Seuls Roger et Hetta Carbury, le cousin et la soeur de Sir Felix, n'ont rien à se reprocher. Sir Felix remporte la palme de la bêtise et de la suffisance. le livre s'ouvre sur trois lettres envoyées par Lady Carbury à des journalistes pour obtenir de bons articles sur son essai historique. Si elle est obligée de s'abaisser à flatter les critiques, c'est uniquement pour espérer rembourser les lourdes dettes de son fils. L'obséquieuse Lady Carbury est en fait une mère aimante et pardonnant trop à son fils unique. Sir Felix dilapide l'argent de la famille dans son club minable où il passe des soirées arrosées autour de la table de jeu. Il n'a aucune conscience, aucun sentiment, seul son intérêt et son bien-être l'intéressent. C'est Hetta Carbury qui devrait se sacrifier pour sauver les finances familiales. Sa mère la voudrait mariée à son riche cousin Roger mais elle est amoureuse d'un autre homme, Paul Montague. Mais les jeunes femmes ont du caractère chez Anthony Trollope. Hetta, comme Marie Melmotte, ne laissera pas sa famille choisir son destin.

« Quelle époque ! » est une grande réussite : les intrigues sont parfaitement menées, les personnages sont complexes et ne laissent pas indifférents, l'écriture et fluide et pleine d'humour. Un grand auteur victorien que j'aimerais voir plus réédité en français.
Lien : http://plaisirsacultiver.wor..
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jfponge
  16 mai 2015
Qu'elle fait pâle figure, la littérature dite "victorienne", mise à la mode par Michel Faber et consorts, à côté des auteurs ayant réellement vécu cette époque. Parmi eux, Anthony Trollope mérite d'être (re)découvert par les lecteurs francophones. La remarquable traduction d'Alain Jumeau nous fait connaître une oeuvre magistrale, le regard acéré d'un fonctionnaire de sa majesté sur la bourgeoisie et l'aristocratie d'un dix-neuvième siècle finissant. le fonctionnement de la City, les mille et une combinaisons nécessaires à la création et à la transmission du patrimoine à une époque où le droit d'aînesse régnait encore en maître et où la femme, dès lors qu'elle était mariée, remettait la totalité de sa fortune entre les mains de son époux. Autres temps, autres moeurs, et pourtant le message reste bien actuel. L'ascension et la chute d'Augustus Melmotte, un aventurier de la finance à la moralité très "soluble", nous font penser à des personnages bien d'aujourd'hui : il n'hésite pas à contrefaire des signatures lorsque ses intérêts sont en jeu, et rachète pour un "shilling" symbolique, pour les revendre ensuite en pièces détachées et en tirer de grands bénéfices, des entreprises en difficulté. Non, vraiment, cela ne vous rappelle rien ni personne ? Cherchez bien... Autour de ce chef de guerre de la City gravitent nobles et roturiers en quête de fortune ou de pouvoir politique (le plus souvent les deux). Certes, on ne trouve pas le souffle d'un Zola ou d'un Victor Hugo dans ce portrait au vitriol de l'establishment britannique, mais le regard de l'auteur sur la société de son époque se veut le plus neutre et le plus crédible possible, ce qui en fait toute la modernité. À travers une galerie de personnages, masculins et féminins, dont on suit les péripéties financières et amoureuses sur une période relativement brève (quelques mois à peine), se dessine le passage d'un monde quasiment féodal au capitalisme féroce qui domine encore le monde aujourd'hui. L'argent est omniprésent, mais il n'est pas le seul ressort du récit, et l'on espère que les personnages auxquels on s'est le plus attaché vont enfin trouver le bonheur. La réponse est oui, mais lisez donc "Quelle époque !", et régalez-vous...
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Syl
  20 mars 2013
Je suis ravie d'avoir participé à la lecture commune organisée par Adalana. Sans cette motivation, je pense que je n'aurais jamais ouvert ce livre, ou je l'aurais reposé après avoir lu les premières pages. Même s'il est intéressant et très bien écrit, ce roman n'est pas facile à lire. Ce billet commencera par une présentation des personnages et finira par une petite conlusion.

Aux premières pages, on rencontre lady Carbury. Cette veuve d'une quarantaine d'années, encore belle, souhaite que ses écrits sur les amours d'Henri VIII soient édités. C'est obsessionnel et d'une ambition démesurée. Manipulatrice, elle joue de son petit pouvoir auprès des hommes, peu scrupuleux, qui seraient susceptibles de la publier ; oeillades, frôlements, lettres… elle promet sans donner. Son caractère se dévoile dès les premiers mots. Je sais alors que je n'éprouverai aucune sympathie pour elle, trop stratège et vulgaire dans ses desseins. L'auteur explique, peut-être pour l'excuser, que sa vie ne fut pas facile avec une enfance misérable et un mari odieux. Ce militaire anobli était généreux mais violent, impulsif et tyrannique. Lady Carbury a deux enfants.

La cadette, Henrietta que l'on appelle Hetta, est une jeune fille de vingt-un ans. Moins lumineuse que son frère aîné, elle possède une beauté douce et bonne. Soumise à l'autorité maternelle, elle reste souvent en retrait, cherchant à n'occasionner aucun remous, aucune affliction. Cette jeune fille, image parfaite, est courtisée par son cousin Roger…

L'aîné, le baronnet sir Félix Carbury, est l'héritier. Il dilapide la fortune familiale au jeu, trop gâté par sa mère qui voit en ce fils des promesses qu'il ne tiendra jamais. Beau, on le compare à un Adonis, jeune, plein de suffisance, égoïste, paresseux, stupide, inconscient ou insouciant, il est détestable. Il n'aime pas, il s'aime. Responsable de l'état pitoyable des finances familiales, il est obligé de chercher une héritière. Les familles nobles sont en ce siècle, désargentées. le travail étant une indignité, ils vendent leurs titres, leur pedigree, en épousant des filles de « boutiquiers ». La finance tient le monde fermement par le collet. Les maîtres de la City sont des hommes d'affaires qui donnent le tempo, et font la pluie et le beau temps. Souverain absolu, Augustus Melmotte, est l'homme à courtiser… sa fille Marie est la proie de tous les coureurs de dot, elle est dans la mire de sir Félix…

Augustus Melmotte est Midas. On le dit si riche ! Mais qui connaît vraiment cet aventurier de la finance ? Les gens le haïssent, le craignent, l'écoutent et s'en méfient. Il oblige la noblesse à courber l'échine. Sans considération, sans estime pour son prochain, il est possédé par l'envie de dominer ; affaires et politique. Son empire est considérable, mais ce qu'il convoite est difficile à acquérir. Si certains désirent l'argent, lui veut la terre, des biens fonciers, un patrimoine et toute l'histoire qui s'en rattache. Il cherche une légitimité. Il propose des actions dans le Grand Chemin de fer du Pacifique Centre et Sud du Mexique. Il distribue les rôles et implique la bonne société dans ses conseils d'administration. Sa fille ? elle est un pion qu'il dispose pour assouvir ses ambitieux projets…

Marie Melmotte, d'après la noblesse, n'est pas une fille « comme il faut ». Au premier coup d'oeil, Sir Félix la trouve sotte, commune et inintéressante. Seule sa fortune la pare d'une aura particulière. Forcé à se montrer galant, il arrive à s'en faire aimer. Rival de son ami de débauche lord Nidderdale, fils de marquis, il triche sur ses sentiments sans effort et même sans conviction. Et Marie, qui aspire à rencontrer l'amour, s'abuse bien tristement.

Lors de son premier bal, Henrietta prend conscience de son attirance pour Paul Montague. Ami de longue date du cousin Roger Carbury, presque un parent, il était parti en Amérique rejoindre son oncle. de retour en Angleterre, ses projets professionnels et financiers sont en affaire avec ceux de Melmotte. Jeune homme intègre et fidèle, il m'a paru naïf et falot (rien de bien séduisant).

Dernier personnage principal, un homme un peu en retrait de l'intrigue financière, c'est le cousin Roger Carbury. Il est une âme loyale, honnête et juste. Proche de sa terre, de ses gens, il a su gérer son capital et bénéficie de belles rentes. A travers ses yeux, l'auteur nous parle de son domaine d'une façon aimante et respectueuse. Les descriptions sont belles, elles m'ont enchantée. Roger est un homme d'âge mûr de quarante ans, hélas trop vieux aux yeux d'une jeune demoiselle dont il est passionnément épris. Ce qui le distingue, c'est sa sincérité et le fait qu'il place l'amour au dessus de tout. Généreux dans ses actions, il l'est aussi dans les sentiments. Par amour, il saura placer le bonheur d'Henrietta hors de sa portée et l'offrir à son ami avec sa bénédiction. Homme d'un seul amour, le lecteur sait tout le mal qu'il peut endurer.

D'autres personnages animent l'histoire. Ils participent avec bassesse aux impostures et manigances. Se vendre paraît être l'élément commun de cette noble assemblée, l'argent étant le carburant vital.
Le roman est une satire sur l'immoralité. Cette époque voit des jeunes gens de l'aristocratie s'endetter sans se formaliser ; le jeu, la paresse, la vanité, les faussetés…
L'auteur met en branle sa mécanique. le XIXème siècle se transforme, il s'épanouit dans son industrie et les bénéfices sont colossaux pour ceux qui se hasardent à investir. le pouvoir est donné aux hommes les plus rapaces et les plus corrompus. C'est l'introduction du monde capitaliste actuel.

Ai-je aimé cette lecture ? Oui, certainement. Elle est très intéressante. J'ai pris de nombreuses notes, accordant de l'importance à toutes les trames du scénario, appréciant les histoires de coeur comme celles plus politisées et sociétales. Cependant… là, étant mes bémols… j'ai trouvé certains passages trop longs, trop bavards dans leur analyse, et je n'ai pas eu cet élan admiratif que j'ai à chacune de mes lectures des oeuvres de Jane Austen ou Elizabeth Gaskell. Je suis restée en retrait, j'étais simple spectatrice, alors que j'aime m'impliquer dans mes lectures.

En ce qui concerne la couverture du J'ai lu, je suis du même avis que certaines lectrices, elle est horrible. Cependant, elle caricature bien les personnages, leur donnant une forme de gnome pour les deux hommes, et de charretière pour la femme. le ton est grotesque, vulgaire, presque libidineux pour l'un des trois. Sa convoitise est malsaine. Au plus je regarde cette illustration, au plus je lui trouve une vérité. Elle raconte tout l'abject du roman. La concupiscence de l'un, la grossièreté de l'autre…
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sophie
  12 mars 2011
Avec ce roman, Trollope, de retour d'un voyage de dix-huit mois dans les colonies et choqué par la corruption omniprésente à Londres, a voulu stigmatiser les vices de son temps. Il peint une foire aux vanités aux allures de cinglant jeu de massacre. Trollope a l'art du portrait mordant et assassin, et croque ses personnages d'une plume leste et trempée dans l'acide. L'intrigue, qui se joue en quelques mois, est centré autour du personnage du financier Augustus Melmotte. Autour de lui gravite une galerie de personnages troubles (fort nombreux) ou intègres (une minorité). Personnage ambigu, dont les ambitions ne dénoteraient pas chez Balzac, Melmotte cristallise les plus bas instincts de ses contemporains en leur faisant miroiter une fortune rapide, grâce aux jeunes chemins de fer. Il dépense à foison et est reçu dans la plus haute société, jusqu'au jour où le château de carte menace de s'effondrer, faute de confiance. Ce Bernard Madoff de l'âge victorien est un symbole de l'argent roi dont la vulgarité révulse Trollope. Tout est à vendre, même les êtres, en particulier grâce au mariage, décrit comme une vile transaction lorsqu'elle est le fruit d'un calcul financier. Si ses jeunes filles, en quête du parti idéal, sont en cela cousines des héroïnes de Jane Austen, Trollope va bien plus loin que la romancière dans l'exploration des pulsions souterraines à l'oeuvre derrière les façades de respectabilité si chères aux Victoriens. Ce satiriste traque le mal à l'oeuvre dans le grand monde. (...)
Lien : http://horstemps.blog.lemond..
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keisha
  11 décembre 2010
Anthony Trollope (1815-1882) est un romancier victorien moins connu en France que Dickens, mais qui a écrit beaucoup de romans, tout en exerçant le métier d'inspecteur des postes, et mérite absolument d'être lu. Bien évidemment, comme d'habitude dans ces circonstances, mon billet manquera totalement d'objectivité.



Dans le groupe des « aventuriers » Augustus Melmotte, apparu depuis peu à Londres, dont l'origine de la richesse pose question, éblouit cependant la bonne société. Il se lance dans une vaste opération spéculative, le Chemin de Fer du Pacifique Centre et Sud et du Mexique, les actions s'achètent, se vendent avec bénéfice, sans qu'on en sache vraiment plus. Alors, escroc ou génie de la finance?

Pour conquérir sa fille, parmi les jeunes gens de bonne famille et désargentés démarre « la grande course de la coupe Marie Melmotte ».

Apparaît aussi la mystérieuse Winifred Hurtle, une américaine au passé pas très clair, une « tigresse », qui ne veut pas lâcher sa proie, à savoir Paul Montague, qui lui a promis le mariage.

Face à ces personnages qui luttent pour être maîtres (ou maîtresse) de leur destin, un groupe d'anglais traditionnels de petite ou moyenne noblesse : Roger Carbury vit sur ses terres, alors que d'autres mènent à Londres la grande vie, accumulant les dettes, jouant (trichant même). Lady Carbury intrigue pour qu'on loue ses romans dans les journaux.

Sa fille Hetta parviendra-t-elle à choisir entre ses amoureux, Roger et Paul? John Crumb, le meunier un peu rustaud, convaincra-t-il Ruby de l'épouser? La pauvre Georgiana trouvera-t-elle un mari? A qui Marie Melmotte accordra-t-elle sa main (et son argent)?



Trollope se lance dans une satire des milieux aristocratiques, politiques (Melmotte deviendra candidat à la députation), journalistiques et financiers. Un véritable tourbillon, qui foisonne de personnages, et dévoile sans prendre de gants les travers de son époque, qui ressemble parfois beaucoup à la nôtre. Il y a du Balzac et du Zola chez ce romancier.

Lancez-vous sans crainte dans ces 800 (ben oui, on a affaire à un auteur victorien) pages dynamiques!
Lien : http://en-lisant-en-voyagean..
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hannah851
  30 octobre 2016
En ce dernier quart du XIXe siècle, Londres est devenue la première place financière au monde grâce au pouvoir économique et politique de l'Empire britannique fort des richesses de ses colonies et de l'industrie qui a transformé le pays. L'avènement du capitalisme et l'essor à grande échelle du crédit vont attirer des escrocs en tous genres sans moral ni loi. La corruption gangrène rapidement tous les échelons d'une société qui cherche l'enrichissement et le profit rapides. Très marqué par ces changements, Anthony Trollope n'hésite pas à prendre la plume pour brosser le portrait d'une société où le monde de la finance a pris la première place en bouleversant les règles traditionnelles et les moeurs.

L'écriture parfois virulente de l'auteur est empreinte d'ironisme et de cynisme du début à la fin de ce roman fleuve dont le titre "Quelle époque!" donne le ton du roman.

Au coeur de cette intrigue au long court se trouve le personnage d'Augustus Melmotte, un financier véreux, aux origines incertaines, tout nouveau venu à Londres. Malgré les soupçons qui pèsent sur l'origine et l'état de sa fortune, une kyrielle de personnages issus de l'aristocratie tentent d'obtenir ses faveurs. Homme fort de la City, directeur de la filiale anglaise du très prometteur Chemin de Fer du Pacifique et du Mexique, candidat au Parlement, hôte généreux de l'Empereur de Chine son ascension est fulgurante tout autant que sa chute, six mois à peine après son arrivée à Londres. La brièveté de son règne financier contraste avec celle de l'aristocratie qui malgré sa fragilité financière et son manque d'évolution face au capitalisme survit tant bien que mal. Frileuses dans un premier temps, les familles aristrocratiques les plus désargentées sentent très vite quelles avantages elles peuvent tirer en gravitant dans la sphère de ce financier. de Lord Alfred qui le suit comme son ombre à Lord Longestaffe qui lui vend son hôtel particulier, tous sont en quête d'une fortune rapide et d'un train de vie à jamais perdu. Cependant, ils ne sont pas seulement des victimes innocentes des malversations de Melmotte car ils ont eux aussi leur part de malhonnêteté.

Fiancé de Marie Melmotte et endetté chronique, Sir Félix et ses camarades de jeux du club de la Fosse-aux-Lions incarnent cette génération de jeunes aristocrates ayant dilapidé leur fortune et en quête d'une jeune héritière à la dot généreuse pour les mettre définitivement hors d'atteinte de leurs débiteurs poussés par leurs progéniteurs. Sans morale ni coeur, Sir Félix n'hésite pas à entraîner à la ruine sa mère Lady Carbury et sa soeur Hetta. C'est poussé par ce besoin de nouvelles ressources financières mais également de reconnaissance que Lady Carbury se lance dans l'écriture de romans qu'elle souhaite à succès. Pour cela, elle joue agréablement de ses charmes auprès des critiques littéraires pour s'assurer le succès dans les journaux de l'époque plutôt que de viser l'excellence dans sa création.

Quelques personnages cependant apparaissent habités d'une droiture et d'une morale qui leur permettent de résister aux dérives du moment comme notamment Hetta Carbury, Marie Melmotte ou Robert Carbury.

Fourmillant d'histoires aux multiples rebondissements parallèles à l'intrigue principale, cette fresque se révèle passionnante par son intensité, les nombreux détails sur les manoeuvres financières de Melmotte, du monde politique et journalistique mais aussi sur les mariages arrangées et l'hypocrisie de l'aristocratie. L'humour de l'auteur innerve l'ensemble de ce récit intelligemment construit. L'intensité et la virulence des reproches de l'auteur envers ses contemporains sont très vives tout long du roman. Il s'amuse ainsi à caricaturer à l'extrême les sentiments ou la cupidité de certains personnages comme la pugnacité de Lady Georgiana Longestaffe à vouloir faire un riche mariage coûte que coûte même si c'est avec un homme plus vieux que son père, l'entichement absurde de Ruby pour Sir Félix ou encore l'amour inconditionnelle de Lady Carbury pour son fils. Cependant, il modère ses propos dans l'épilogue en ménageant une fin optimiste avec une valse de mariage, qui apparaît comme un retour à l'ordre traditionnel, une fois que la disparition ou l'émigration des éléments les plus perturbateurs du récit aient été effectives.

J'ai passé un excellent moment happée par le récit à l'atmosphère victorienne si particulière malgré les huit cents pages de ce roman qui au final se dévorent facilement.
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